POUR LE IV* DIMANCHE DE GARESHR
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▼a près du torrent de Gedron, oubien dans les déserts de Bcrsabée; vous verrez que Dieu le nourrira en un lieu par l'ontremîsed'un ange qui luy apportera du pain cuit sous la cendre, et en l'autre par le moyen d'un corbeau qui luy apportera tous les jours du pain et de la chair pour sa nourriture.
Quand le secours humain nous manque, tMt ne nous manque pas ; car Dieu succède, et prend soin de nous par sa spéciale providence, ainsi que nous voyons en l'Evangile de ce jour. Car ces pauvres gens qoi snivoient Nostre-Seigneur, ne furent leoourusdeluy qu'après qu'ils furent tous alangouris de faim : or Nostre-Seigneur •yint pitié d'eux, il en prit soin, à cause que pour son amour ils s'estoient tellement oabKez d'eux-mesmes, qu'ils ne portoient arec eux nulle provision, excepté le petit Martial, qui portoit cinq pains d'orge et deux petits poissons , mais tous les autres le portoient rien. Ce qui pleût tellement à Nostre-Seigneur, qu'il semble que tout aDooreux des cœurs de ces bonnes gens, qui estoienl plus de cinq mille, il disoit en loT-meame : vous n'avez nul soin de vous, ■ais ne craignez point, d'autant que je le pnndray moy-mesme et rien ne vous manqiera : et appellent à soy S. Philippe, il Û dit : Unde ememus panes , ut tnandu- €mi ki? hoe autem dicebat tentam eum ; ces pauvres gens s'en vont défaillir de fum, si nous ne les secourons de quelques Tivres; où pourrons-nous prouver de quoy les sustenter? ce qu'il ne disoit pas, dit rSvangeiiste, par ignorance ; car il est trèscertain que Nostre-Seigneur sçavoit bien qa'il pou voit remédier à la nécessité de ce peuple , ains seulement pour tenter ce nind apostre, et faire espreuve de sa foy et de sa confiance. Mais quand on dit que Dieu nous tente, il ne faut pas entendre qne ce soit pour nous faire commettre le ■al : Deui enim intentator malorum «t, car Dieu ne tente jamais les hommes pnr les porter au péché , dit le grand 8. Jacques , et ce seroit un blasphème de croire le contraire; mais c'est à dire, qu'il tente quelquesfois les hommes, et ses ser- TÎteors mieux aymez, pour éprouver leur Uelité et lamour qu'ils luy portent, afin de leur faire faire quelques grandes et ooellentes actions, conune il fit à Abraham
lorsqu'il luy commanda de sacrifier son fils tant nymable Isaac. De mesme. Dieu tente quelquesfois ses serviteurs en la foy, et en la confiance qu*its ont en sa divine providence, permettant qu'ils soient si alangouris, si secs et pleins d'ariditez en tous leurs exercices spirituels , qu'ils ne sçavent de quel costé se tourner, pour se soulager un peu de i'ennuy intérieur qui les accable.
Nostre-Seigneur tenta donc S. Philippe , pour éprouver sa confiance , lequel n'estant pas encore confirmé en la foy , et doutant de la toute-puissance de son bon Maistre , luy respondit, comme en rejettent sa proposition : 0 vraiment pour deux cens deniers de pain ne suffiroient pas pour en donner à chascun un morceau , Dueento^ rum denariorum panes non sufficiunt eis , ui UMuquisque modieum quid aecipiat. 0 que ce sainct nous représente merveilleusement bien certaines âmes, lesquelles manquant de confiance en Dieu se plaignent tousjours ; escoutez-les, je vous prie , il n'y a rien de si pauvre qu'elles sont , il n'y eut jamais personnes ( disentelles) si affligées qu'elles. 0 certes, l'on peut bien dire que ces personnes ressemblent encore à S. André , lequel dit à Nostre-Seigneur : Il y a bien ici un jeune garçon qui porte cinq pains d*orge et deux poissons ; mais qu'est-ce que cela pour tant de gens? Est puer unus hie, qui habet quinque panes hordeaeeos^ et duos pis* ces, sed hœc quid sunt inler tantos?
Hélas 1 disent ces pauvres âmes, ainsi affligées , et qui sont dans les seicheresses intérieures, il est vray que nous avons de bons livres spirituels, des prédications , et des temps pour vaquer à l'oraison , mais qu'est-ce que cela ? Chose estrange de l'esprit humain. Hé 1 que voudriez-vous donc déplus? que Dieu vous envoyast un ange pour vous consoler ? 0 certes 1 il ne le fera pas, car vous n'avez pas encore jeusné plusieurs jours pour le suivre au désert , et sur la montagne de la perfection , pour à laquelle parvenir , il faut que vous vous oubliiez vous-mesmes, vous laissant conduire à Dieu , ainsi que bon luy semblera, ne vous mettant en peine ny en soucy que de le suivre en escoutant sa parole , ainsi que faisoient ses troupes, comme nous voyons en l'Evangile de ce jour.
SERMON
Je remarque de plus que Nostre-Sei* goeur tenta S. Philippe pour le faire humilier pour une parole de si grande défiance, comme futcelle qu'il dit, reâpondnntàson divin Maistre, que deux cens deniers de pain ne sufGroient pas pour en donner à cliascunun morceau : Ducenlorum dena" riorum panes non iufflciunt. Mais remorquez, je vous prie , mes chères j?OBurs, que Dieu ayme tant rhumililé , qu'il nous tente quelquesfois , non pour nous faire faire le mal ; mais pour nous faire apprendre quels nous sommes par nostre propre expérience, permettant que nous disions ou fassions (luelquo chose mal à propos , cl où il y a du défaut pour nous faire humilier. Ces plaintes, ces respugnances , ces difficultez à la poursuite du bien encommencé , qu'est-ce autre chose que des subjets vrayement dignes de nous humilier , et faire recognoistre pour foibles et enfant* en ce qui est de la perfection et do la vertu ? Or le remède à cela est qu'il ne faut pus tant se regarder soy-mesme , ains il faut penser à Dieu , et le laisser penser à nous. Nous nous dexOQS bien tenir en humilité, à cause de nos imperfections; mais il faut que cette humilité soitaccompagnéed'une grande générosité, parce que ces deux vertus doivent tousjours aller ensemble , et l'une sans l'autre dégénère en imperfection : car l'humilité sans générosité n'est que tromperie, et lascheté de cœur qui nous porte au découragement, quand on nous veut employer h quelque chose ; comme aii contraire, la générosité sans humilité n'est que présomption.
Nostre-Seigneur donc , nonobstant que 6. Philippe et S. André affirmassent, que ce n'esloit rien que cinq pains et deux petits poissons pour cette grande multitude de peuple , ne laissa pas de dire qu'on les iuy upportast , et commanda à ses apostres qu'ils lissent asseoir ce peu|>le , ce que ces bonnes gens firent fort simplement : en quoy certes ils furent adminibles en leur soubmission , se tnettant à table sans qu'ils vissent rien dessus , ny apparence qu'on leur pust rien donner ; où estant Noslre- Seiî^neur prenant les cinq pains , les bénit, et les rompit , puis commanda a ses apostres qu'ils en fissent la distribution, laquelle estant faite , il y en eut encore douze corbeilles de reste que Nofttfe^^Seigoeur fit
ramasser , tous en ayant eu à suflkanoa pour se rassasier selon leur nécessité.
Il y auroit icy plusieurs belles questions à proposer; mais je n'en diray qu'une qui a esté emeuè' enlro plusieurs docteurs : a sçavoir, si tous mangèrent des cinq pains d'orge, ou si Nostre-Seigneur en fit de nouveaux par sa toute-puissance pour dis» tribuer au peuple : mais TEvangeliste dit expressément tant en l'histoire qu'il rapporte de ce miracle , qu'en celle d'un autre presque semblable , n'estant pas toutesfois le mesme, comme il se peut voir dans lé texte sacré des Evangiles , parce qu'en oeluy-là il y avoit sept pains, et qu'il n'y en avoit que cinq en celuy-cy , selon que le rapporte S. Jean , lequel dit que tous mangèrent des cinq pains d'orge et des deiu poissons , sur quoy je diray ce mot en passant , puis qu'il vient à mon propos.
Comment se pourra-t'il faire qu*en la résurrection générale chascun ressuscite en son mesme corps, les uns ayant esté mangez des vers , les autres dévores 4t consommez par les bestes farouches , ou par les oyseaux; d'autres auront esié brusIeK, et les cendres jettées au venl: comment donc se pourra-t'il faire qu'an mesme temps que l'ange appellera tous les hommes pour venir au jugement, tous se relèvent à Tinstant sans aucun delay, ressuscitant en leur mesme chair? Ouy sans doute ces mesmes corps que nous avons maintenant ressusciteront par la toute-puissance de Dieu qui les produira de nouveau , et auquel n'ayant pas esté difficile de les produire du néant en la création , il ne Iuy sera pas moins facile de les reproduire derechef, et faire qu'ils soient les mesmes qu'ils sont à présent, ut r$i snbslanliaUter corrupta , eadem numéro repareinr , comme enseignent les théologiens, expliquant les mystères de la fojr. Ainsi Nostre-Seigneur fit que les cinq mille hommes mangèrent tous des cinq pains d'ori^e et des deux poissons , les reproduisant auUmtde fois qu'il fut nécessaire pour faire qu'un chuscun en eust selon sa nécessité.
Tous donc mangèrent des cinq pains, et des deux poissons, que Nostre-Seigneur multiplia miraculeusement, hormis le petit Martial , lequel , comme on tient , mangea Iuy seul de son pain , uo partici|NMl
POUR LE IV* MII4IIGIB DE GARESME.
MS
à MMirade, d'aulaiil qu'il avoit IM pains ai ces poitaons pour sa pro- . ftNir nous monstrar que tandis que irons du pain , Dieu ne fait pas des as pour nous nourrir.
waidere en troisième lieu que Noaigneur pouvant faire tomber la I du ciel sur cette montagne \ oomme uCrefois au désert pour les enfans R 9 aûn de sustenter ce peuple qu'il t Unt , et lequel ne murmuroit point, lie faisoient les Israélites , et mesme ibjetj puisque rien ne leur manquoit, me ayant le goust de tout oe qu'ils ent manger; il ne le fit pas neant- I ains fît son festin avec des pains . Mon Dieu 1 qu'est-ce que cela nous rate? Les Israélites murmurateurs ourris du pain des anges , c'est à ) la manne, qui esloit pestrie de la ies anges , et ces bonnes gens qui int Nostre-Seigneur avec une aiïecmpareille , et un cœur tout vuide et lié du soin d'eux-mesmes , ne sont I que de pain d*orge.
Israélites ne nous représentent auise que ies mondains , qui ne sont oontens des consolations qu'ils ont, recherchent tousjoursdc nouvelles, Y qu'ils prétendent de posséder un . terre de promission céleste, qui utre que la gloire éternelle , ils ne lutesfois pas contens de cela , ains lent grandement afin do posséder ira davantage la terre de promisrreslre : car nous voyons que ceux ent dans le monde , quoy qu'ils dce ciel , ils ne laissent pas neantmoins randir en la terre; et de rechercher ises et commoditez , passant au-delà iece>sité. Mais ceux qui prétendent 're Nostre-Seigneur jusques sur la ;ne de la perfection , se doivent coude la seule nécessité en toutes choant spirituelles que temporelles, Tabondance et la superfluité, doit contens de la suilisance , ouy de la nécessité, quand il plaistà ii'elle leur arrive , c'est à dire, qu'ils ent nourrir de pain d'orge , laissant ine aux mondains, laquelle repreea délices et consolations, i lequel aimeriez-vous mieux , mes aœun, ou d'astre nourries avec le
prophète Sliadana le àêêmi de BaraaMe par la aaain d'un ange« d'uh peU da pain cuit aoua la cendre^ ou bien airao le mesme prophète près du torrent dé Cedron, avec du pain et de la chair qu'il recavoit du bec d'un oorbean?Quattt à moy, Je tous diray, que j'aymerois bien mieux du pain cuit sous la Gendre de ia main d'un ange, que non paa de la chair, ny du pAin, pour excellent qu'il fust, m'estant apporté par un corbeau, qui est un oyseau infect et puant. Mieux vaut| sans comparaison, un morceau de pain d'orge de la main de Nostre- Seigneur, que non paa de la manne de celle d'un ange. Plus honorées mille fois furent ces pauvres troupes, mangeant un morceau de pain d'orge à la table de Nostre-Seigneur, que de manger des viandes les plus exquises du monde, ouy mesme des perles à la tablé de ôetta misérable Cleopatre.
Les grands amis de Dieu, et ceux qui le suivent fîdellement par tout où il va, pouasee de l'amour qu'ils portent à sa divine Majesté, et, pour le dire en un mot, les religieilt él religieuses, qui ont fait profaesion de l'accompagner par les chemins laa plus difficiles jusques sur la montagne de la Perfection , doivent , à Timitation de ce peuple^ n'avoir plus qu'un pied en ia terre, tenant leur ame avec toutes ses puissances et ses feeultez tousjours eslevée aux choses célestes, laissant tout le soin d'eux-mesmcs à Nostre-Seigneur, au service duquel ils se sont dédiez et eon^ttëz, ne désirant ny recherchant autre chose que simplement ce qui est nécessaire ; mais specialeftient pour ce qui regarde les neces^sitez spirituelles , car quant aux temporelles , cela est tout clair.
Dieu ne commanda pas à Elle estant dans le désert, comme nous avons dit , de s'en retourner entre les prophètes pour y estre nourry et sustanté, ains il luy envoya un ange, parce qu'il estoit allé en ce lieu par l'ordre de sa providence : de mesme il ne veut pas que les religieux retournent dans le monde pour rechercher la consolation que la nature leur fait désirer comme la nourriture propre à leur esprit, d'au* tant que c'est par son inspiration qu'ils sont venus en la religion, ains il les veut nourrir lui-mesme dans ce désert, non de Dersabée i mais du monastère » non paa
tu
tousjotirs avec de la manne cpii aroit le goust qu'un chacun eust pu désirer, mais avec un morceau de pain cuit sous la cendre, comme EUe, ou bien avec un morceau de pain d'orge, comme ces troupes qui suivoient Nostre-Seigneur, parce qu'il veut que ces âmes choisies pour le service de sa divine Majesté, se nourrissent d'une resolution ferme et invariable de persévérer à le suivre parmy les difficultez, contradictions et respugnances de la vie spirituelle ; et qu'elles se nourrissent, non de la manne qui représente les consolations , mais du pam cuit sous la cendre d'une très-profonde humilité, croyant de n'estre pas dignes d'autre chose , prenant amoureusement ce pain, non de la main d'un ange, ains de celle de Nostre-Seigneur , qui le leur donne conformément à leur nécessité ; car c'est chose certaine ^ que si bien il n'est pas beaucoup savoureux au goust, il est neantmoins grandement profitable à nostre santé spirituelle.
Je remarque de plus, que Nostre-Seigneur, pour faire ce miracle, ne voulut pas àanger le pain d'orge que le petit Martial portoit, afin de nous apprendre que tandis que nous avons quelque chose, il veut que nous nous en servions, et que nous la luy présentions. Par exemple, si l'on nous donne de bons documens, ou que nous ayons de bons désirs, et que nous n'ayons
pas assez de force pour les mettre es pntique, nous les luy devons présenter, espérant qu'il nous fortifiera pour lea ter; car si nous mettons tonte nostre fiance en sa bonté, il ne manquera jamais de nous donner ce qui nous sera necesBaire pour persévérer à son service, et parvenir à la perfection.
Mais vous ne sçavez pas, dires-vona, ri la bonne volonté que vous avez maintenant durera tout le temps de votre vie : certes vous avez bien raison d'avoir ce doute, car il n'y a rien de si foible et diangeant que nostre volonté; mais pourtant ne noos troublons pas, ains exposons souventes fm cette bonne volonté devant Nostre-Seigneur, remettons-la entre ses mainff; et il la reproduira autant de fois qu'il Bem requis pour nous faire persévérer en son sainct amour pendant cette vie mortelle, après laquelle il n'y aura plus subjet de craindre, ny d'avoir telle apprehensioa; car Dieu aydant, nous serons en lien di seureté, où nous ne pourrons jamais manquer de glorifier sa divine majesté, laquelle seule nous devons aimer et suivre au plus près qu'il nous sera possible par lesdeseiil de ce monde misérable, jusques au phi haut de la montagne de la perfection oih leste, où nous devons tous espérer de pei^ venir par sa grâce, pour Thonneur et gloiri de son nom. Ainsi soit-il.