‹ Œuvres complètes; nouvelle édition collationnée et augmentée des lettres de Sainte Chartal, des lettres inédites de l'auteur, du portrait de lui et d'autographes (volume 2)Chapitre 45 sur 356 · POUR LE QUATRIESME DIMANCHE DE GARESME · texte numérisé non relu

POUR LE QUATRIESME DIMANCHE DE GARESME

4fevpi< J€9Ui pqnêê , «f eum traiiai egiaet , ditirihuii diiCumbenHbut : timiMer «f es piêc^m

çvtantum volebant. Joan. vi.

Mm> tyant pris les p«ins , après qa'il eai rendu grâces à son père , U les distribua à eeiti qui etIalMl assis : et lit le semblable de deux poissons, en donnant i ehascan autant qu'ils en voulolral.

L'histoire que nous représente la saincte Eglise en TEvangile de ce jour, est un Utbleau dans lequel sont dépeints mille beaux subjels propres à nous faire admirer et louer la divjne Majesté : mais en particulier, ce tableau nous représente Tadmirable Providence, tant générale que particulière, que Dieu a pour tous les hommes; non seulement pour ceux qui Tayment, et qui vivent selon sa volonté dans le christianisme, mais aussi pour tous les autres, tant payens, hérétiques, qu'autres quels qu'ils soient, car autrement ils periroient indubitablement.

Or, bien que Dieu ayt une providence générale pour tous les hommes, il est vray neantmoins qu'il en a une beaucoup plus particulière et spéciale pour ses enfans, qui sont les chrestiens, entre lesquels il sVn treuve tousjours quelque troupe , comme nous voyons en TEvangile de oe jour, qui méritent que Dieu ait un soin plus spécial , et une providence plus particulière pour eux. Or ceux-là sont les personnes qui prétendent de parvenir à la perfection , et lesquelles jiour oetu ne se contentent pas de suivre Koâtre-Seigncur en la plaine des consolations, m»is ont encore le courage de le suivie parniy les déserts, et de monter avec jusques sur la cime de cette haute nmntagna de la perfection

Plusieurs virent Nostre-Seigneur, tandis qu'il alioit instruisant le§ bemmes, et gué-

rissant les malades, lesquels poqplrat m le suivirent pas : plusieurs aussi le voyant, le suivirent, mais seulement jusque! M pied de la montagne, se oontentant de Is suivre en la plaine et es lieux agreabta et faciles. Mais mille fois plus heureux furent ceux qui le virent et le suiviront, non seulement jusques au pied de la mok tagne ; ains transportez de Tamour qahls luy porloient, montèrent avec iuy, dtr pourveus de tout autre soin que de Ivy plaire; car ils méritèrent que ce dîvia Sauveur prit soin d'eux , et leur fit m banquet miraculeux de la multipliofiUoa des cinq pains, et des deux poissons, de peur qu'ils ne vinssent à défaillir de faim, comme il sembloit que plusieurs deusaeat faire, layant suivy long-temps sans boiif ny manger, pour Textreme suavité et eo» solation qu'ils recevoient d entendre soi . divines paroles , et de voir les miradei qu'il operoit; et bien que leur neceisilé fuât très-grande, si ny pensoient ils point. 0 1 que ces troupes qui suivoient Nostr^ Seigneur estoientaymables en cette pn^lU* que 8i pafaicte du délaissement total é$, soin d'eux-mesmes entre les bras de sa dW vine Providence 1 N'ayez pas peur que ries leur manque , car il en prendra soin , al en aura compassion, ainsi que nous vei^ rons en la suite de ce discours, lequel je feray, sur la con6ance que ceux qui prétendent à la perfection doivent avoir en la divine Providenea* epepiatenaMU pMW m

POUR LE lY* DIMANCHE DE CARESME.

qiif regarde les choses spirituelles, d'autant que j'ay parlé autrefois en ce mcsme lieu de la providence générale que Dieu a pour tous les hommes, et do la confîance que nous devons avoir en luy pour le regard des choses temporelles.

Je dîviseray ce subject en trois poincts. Au premier desquels je vous feray voir la bonté de ce peuple qui suivoit Nostre-Scigneursans aucun soin ny pensées sur enx-mesmes, laissant leurs maisons, et (oui ce qu'ils avoient, attirez de Taffeclion qu'ils luy portoient et du contentement qu'ils prenoient d'ouyr sa parole. O que c'est une bonne marque en une ame de se plaire à entendre la parole de Dieu , et quitter toutes choses pour k suivre plus parfaictement ! L'on peut sans doute prétendre et parvenir à la perfection en demeurant au inonde, en prenant soin un chascun de ce qu'il a affaire selon sa vocation : mais pourtant c'est une chose tres-certaine, queNostre-Scigncur n*exerce pas envers ceux-là une si spéciale providence, ny n'en prend pas un soin si particulier, comme il faict de ceux qui quittent toutes choses, et encore le soin d'euxnesmes pour le suivre plus parfaictement. GMles, ceux-cy ont beaucoup plus de cafadlé que les autres {)Our bien entendre la parole de Dieu , et estro attirez à l'odeur de ses divines suavitez, car tandis que nous avons tant de soin de nous-mêmes, je dis un soin plein de sollicitude, Nostre- Seigneur nous laisse faire : mais quand nous le luy laissons entièrement, il le prend tout, et à mesure que nostre abandonnement est plus grand, sa providence Test de mesme envers nous, ce que je ne dis pas tant pour ce qui est des choses temporelles , comme pour ce qui est des ^nrituelles.

Luy-mesme enseigna cette pracliquo à sa bien-aymée Ste Catherine de Sienne : Pense à moy, ma fille, luy dit-il, et je penseray et auray soin de toy. 0! qu*heurcuses lODt les âmes qui sont si amoureuses de Roâtre-Seigneur, que de bien suivre cette legle, de pensera luy, en se tenant ndoilement en sa présence, escoutant ce qu'il dit k leur cœur, obeyssant à ses divins traits et atlmits, muuvemens et inspirations, respi- Tant et aspirant continuellement au seul destr de luy plaire, et d'estre soumises a

sa tres-saincte volonté, pourven tontesfois que cela soit accompagné do confiance en a divine bonté et en sa providence, et qu'elles demeurent tousjours tranquilles et non troublées, ny pleines d anxiété après la recherche de la perfection qu'elles ont entreprise.

Considérez, je vous prie, ces troupes qui suivirent Nostre-Seigneur jusques sur la montagne, avec quelle paix et tranquillité d'esprit ils alloient après luy : on ne les.entendoit poinct murmurer ny se plaindre, bien qu'il sembloit qu'ils dussent exhaler l'ame, à force de langueur et de faim. Ils souffroient beaucoup, mais ils n*y pensoient pas, tant ils estoient attentifs à la prétention qu'ils avoient de suivre Nostre-Sei- Seigneur partout où il alloit. Ce que ceux qui prétendent à la perfection doivent soigneusement imiter, retranchant tant de soin et d'anxiété qu'ils ont pour ce qui regarde leur advancement spirituel, et tant de plaintes qu'ils font de se voir imparfaits. Ils sont ^*i tost lassez et recreus di'S qu'ils ont un peu cheminé, et leur semble tousjours qu'ils ne parviendront jamais assez tost à ce festin délicieux que Neutre Seigneur doit faire là haut sur la cime de cette montagne céleste. Ayez patience, peut-on dire à ces personnes ainsi empressées à la poursuite de la perfection, quittez un peu le soin do vous-mesmes, et ne craignez pas que rien vous manque; car si vous vous confiez on Dieu, il aura soin de vous, et de tout ce qui sera requis pour vostre avancement en la perfection ; et sçachez que nul n'a jamais esté trompé qui se soit abandonné à sa saincte providence ; ne voyezvous pas quo les oyseaux de l'air qui ne moissonnent ny ne recueillent, ne laissent pas pourtant d'estre nourris et sustentez par la providence du Père céleste , bien qu'ils ne servent qu'a recréer l'homme par leur chant : Respicite volatUfa cœti quoniam non serunt. neque metunt^ neque congregant in horrea^ et Pater rester cœtestis pascit ilta (4). Et comme vous voyez qu'on tient d'ordinaire de deux sortes d'oyseaux es maisons, comme des poules qu'on tient seulement pour l'utilité : et d'autres qu'on tient seulement pour donner du plaisir et de la récréation, comme sont les rossignols, et autres tels petits oyseaux qu'on

(1) s. HaUlw IL

SERMON

tient dans les cages seulement pour chanter, et que tous ncantmoins sont nourris par le soin de leur maistro ; mais non pas à mesme fin, d'autant que les uns le sont pour Tulilité, et les autres pour luy donner du plaisir. Or c*en est de mesme de TEglise, qui est la maison de Dieu, de laquelle le père de famille est Nostro-Seigneur, lequel a un soin très-grand de pourvoir aux nécessitez de tous les fidelles qui y sont associez, avec cette différence neantmoins qu'entre eux tous il en choisit tousjours quelques-uns pour estre entièrement employez à chanter ses lolian^res, et lesquels pour cela il veut qu*ils soient deschargez de tout autre soin ; c'est pourquoy il a ordonné que les prestres fussent sustentez et nourris des décimes, qui se recueillent sans sollicitude, à cause qu'ils sont consacrez à son service ; et qu'ils sont comme des oyseaux destinez pour recréer sa divine Majesté , et luy donner du plaisir par leur chant, et les continuelles loiian^es qu'ils luy donnent et doivent donner.

Mais les religieux et religieuses, qu'estce autre chose, sinon des oysoaux qui se sont volontairement enfermez dans leurs monastères, comme dans des cages , pour chanter sanscess(^ lesloiiange^ de Dieu?

Certes nous pouvons bien dire en vérité, que tous leurs exercices sont autant de cantiques nouveaux qui anonncent les divines miséricordes, et qui provoquent continuellement les hommes à louer la divine bonté, en rccognoissanc^ des gracosqu elle leur a faictes, et de la spéciale et toute particulière providence qu*elle a eue peureux, les ayant relirez du monde, afin que plus aisément et tranquillement ils le puissent suivre sur la montagne de la perfection, à laquelle tous sont ap elez, puisque Nostre- Seigneur parlant à tous, a dit : £$toteperfecti sicut et Pater vester eœlestis perfectus est (4 ), Soyez parfaicts comme vostre Père est parfaict.

Mais en vérité nous pouvons bien dire ce qui est dans le sainct Evangile, que plusieurs sont appeliez, mais f»eu sont esleus, MuUi enim iunt vocatif pauci verô electi (2). Car il est vray que plusieurs aspirent à la perfection, mais peu y parvienennt, parce qu'ils ne marchent pas dans une parfaicte confiance en Dieu, et aban-

(\) 8. Itttk. t. — (1) 14. u.

don à sa divine providence comme îIb devroient, s'appuyant trop sur eux-mesmet et sur leurs bonnes œuvres. Car ils s'inquiettent et s'empressent au lieu de se servir avec paix et tranquillité des moyens qui leur sont donnez selon leur vocation, pour tendre à la perfection, se tenant après en repos pour tout le reste; puisqu'il est certain que Dieu, sous la providence duquel nous nous sommes embarquez, aun tousjours soin de nous pourvoir de tout ce qui nous sera nécessaire : c'est pourquoy nous devons estre asseurez, que quand tout nous manquera , tout ne nous manquera pas, puisque nous aurons Dieu, qui est et qui doit estre notre tout. Ho! ne voyons-nous pas que les enfans d'Israèfl n*eurent poinct la manne jusques à tant qu'ils n'eurent plus de la farine d'Egypte, après quoy, sa divine providence les nourrit dans le désert par l'espace de quarante ans de cette viande céleste, jusqu'à oa qu'ils arrivèrent à la terre de promission, ainsi qu'il est rapporté en TExode : FU^ Israël eomederunt manna quadragintê annis^ donec venirent in terram haUtabilem (4).

Or pour passer à mon second poinct , je dis que bien qu'il soit tres-vcri table que Dieu fera plutost des miracles, que de lais* ser sans secours, tant spirituel que tempo* rel, ceux qui se confient pleinement en son soin et en sa divine providence, il vent neantmoins que nous fassions de nostra costé ce qui est en nous, c'est à dire, que sa volonté est que nous nous servions des moyens ordinaires pour parvenir à la pei^ fection, au défaut desquels il ne manquera jamais de nous secourir. Mais tandis que sa volonté nous est signifiée, et que noue avons des personnes qui nous disent ce qu'il faut que nous fassions, n'attendone pas que Dieu fasse des miracles pour nous enseigner, car il ne les fera pas : et tandis qu'Abraham sera dans sa famille, etElie entre les prophètes, Dieu ne fera poinct des miracles pour les nourrir. Mais pourquor cela ? d'autant qu'il veut qu'Abraham fasse recueillir son bled, afin d'en faire du pain pour se sustenter : il a des troupeaux, qu'il s'en nourrisse, ou bien, s'il veut, qu'il fasse tiier le veau gras, et qu'il en fasse festin aux anges. Mais au contraire, si Elies'en

(f) Bm4. tfL

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