‹ Œuvres complètes; nouvelle édition collationnée et augmentée des lettres de Sainte Chartal, des lettres inédites de l'auteur, du portrait de lui et d'autographes (volume 2)Chapitre 48 sur 356 · POUR LE JEUDT DE L4 ▼• SEMAINE DE CARESME · texte numérisé non relu

POUR LE JEUDT DE L4 ▼• SEMAINE DE CARESME

(très-grands miracles; ce qui fut cause leles Nazaréens luy reprochèrent, qu'il laîsoit point tant de miracles on Nazaihy qui estoit sa patrie, comme il faisoit

Gaphamaum ; mais Noslre - Seigneur ant honoré cette ville par sa demeure, il dal encore honorer par sa présence la tite ville de Kaïm ; et un jour y estant ê, comme il approchoit la porte, il trouva 'on portoit en terre un mort suivy d'une nde troupe de peuple et de sa pauvre >v,qiii estoit grandement afiligée parce *eUe estoit veurve et n'avoit que ce fils ; qui esmeut tellement Nostre-Seigneur à ■passion, que s'estant approché de ceux D portoient ce mort , il leur commanda irrester ; puis toucliant la Mère avec ses ■08, il prononça cette parole toute puis- ■le : Adolescenê^ tibi dico surge^ AdoiMnt, je te dis leve-toy ; et à l'instant ihy qui estoit mort se leva et commença pvkîr : JSt resedil qui erat tnortuus, et ijpil loqui. Et tout le peuple qui vit cette mnreille , se prist à loiier et magnifier ien. Voilà le sommaire de TEvangile de » jour, sur lequel je diray trois ou qua- «piroies pour Tesclaircissementdu texte, «i nous passerons à des instructions Itiatiles pour nostre édification.

Premièrement, il faut sçavoir que la re- ■rrccdon de ce jeune homme a esté l'un in plus grands et plus signalez miracles rue Xostre-Seigneur ayt faits on Galilée ,

autant qu'il le fit de son propre mouvelent , sans y eslre excité que de sa seule ooté et miséricorde.

La résurrection du Lazare fut bien , ce Hiible, un plus grand miracle quant à apparence extérieure, et se fit avec beauoup plus de cérémonie (1). Mais Nostrecîgneur le ressuscita à la prière etrequiitioD de ses sœurs.

La fille du prince de la Synagogue ne it aussi ressuscitéo qu'à la prirro de son ère (2]. En somme nous ne trouvons point ans l'Evangile que Nostre-Seigneur ayt lit aucune resurroction do son propre MBvement que celle-cy, par laquelle il MOI a voulu spécialement monstrcr comme I Ut et opère toutes ses œuvres par sa nfe bonté.

Or il faut sçavoir que celte bonté infinie a Nostre-Seigneur a deux paains, par les-

quelles il fait et opero loulos choses ; dont l'une est sa miséricorde , et Tautre est sa justice; et tout ce que fait la miiericordo et la justice procède également de la bonté de Nostre-Seigneur , duquel la justice est miséricorde, et miséricorde est justice : car ce divin Sauveur est tousjours souverainement bon en tout ce qu'il fait , autant quand il exerce sa justice , que quand il fait miséricorde ; d'autant qu'il n'y peut avoir de justice ny de miséricorde où il n'y a point de bonté : et comme Dieu est tousjours en soy la mesme bonté , aussi est- il tousjours très-juste et miséricordieux , et prest à se communiquer , parce que la bonté a cela de propre d'estre communicative de soy-mosnie , comme dit le grand S. D( :iis en son livre des Noms divins , Banum e$1 sut diffusum. Mais pour faire cette cx)mmunicHtion, il se sert tantost de sa miséricorde et tnntost de sa justice : car pour nous faire du bien il employé sa miséricorde, et sa justice pour punir et arracher le mal qui nous empesche de ressentir les effets de sa bonté , usant de sa miséricorde envers nous pour nous faire embrasser le bien , et de sa justice pour nous faire fuir et éviter le mal ; et ainsi la bonté de Dieu se communique à ses créatures , et par sa justice, et par sa miséricorde, demeurant égalemont bon en se servant de l'une comme de l'autre. Il fut donc poussé de sa seule bonté par laquelle il fait et opère toutes choses, quand il ressuscita ce jeune adolescent, d'auOint qu'il le fit sans y estro meu, ny excité d'aucun autre motif, que de sa seule miséricorde.

Secondement, il toucha la hiere ott^ommanda qu'on arrestast ce corp^, parce qu'il le vouloit ressusciter. Certes il n'estoit pas nécessaire , pour faire ce mirncli*, non plus que pour aucun autre, que Nostre-Seigneur touchast la bière avec ses mains : car il pouvoit bien faire arrester ceux qui la ])ortoient , et ressusciter ce morl par sa luulopuissance, sans aucune cérémonie; mais ■eanlmoins il ne le voulut pas faire , nins se servit de l'imposition de ses mains, {K)ur montrer qu'il faisoit ses œuvres par une vertu et puissance humaine , aux jours de sa chair, m dicbus eamis <U'r(4), cest à dire , quand il conversoit en sa chair parmy les hommes. C'est ce que nous si*

(1) Btbr. ▼•

SElUfOll

gniHe S. Jean au 4«r di. de son Evangile, Q'jind il dit, que le Verbe s*est fait chair, (la nabi té avec nous, Ferbum caro fctctum est et habitavit in nobin (4)-

Les Juifs , c'est à dire ceux de la synagoj^ue, disoient que Dieu habitoit avec eux, enseignant et instruisant son peuple à garder sescx)mmQndcmons; mais, comme disent les docteurs de l'Ki^lise, il n*y habitoit pns visiblement , ains invisiblcment : mnis depuis que œ Verbe (î) divin s'est incarné, il » conversé et habité avec nous visiblement entre sa chair; et pour preuve de cela , il s*est voulu servir de son humanité comme d'un outil , ou instrument pour faire les œuvres merveilleuses qui appartenuirnt à sa divinité.

En troisiesme lieu, quant à ce qui est dit qu*il trouva cxi mort à la porte de la ville , cVstoit qu'on le portoit enti^rer hors d*icxiWo , à cause qu'en ce temps-là Ton n'enterroit |)ersonne dans les villes; car comme dit S. Hierosme en ses Epistres, la coustiime de pouvoir enterrer les corps des deffnrirls dans les e|i;lises n'a esté introduite , et ne s*est practiquée qu'après la passion de Nostre-Seignour , par le moyen de laqueil(> In porte du ciel nous a esté ouverte , cl semble (pi'il n'eust pas esté raisonnable d'enterrer dans les temples, ceux desquels les âmes n'estoient |)as dans le ciel , ains dcscciuioient dans les enfers, ou dans les lymbes : mais depuis que par la mort de Nostrr-Seigneur la porte du ciel a esté ouverte aux hommes , on a'treuvé bon d'entcrrorles chrestiensdans loseglisesou ilans des rinu^tieres faicL^ à l'entourdes enlises pour ee sub'et.

En quatriesme lieu,Nostre-Seigneurvoulant ressusciter ce mort, il iuy commanda de se lever, Iuy i isant : Adolet^cenu , tibi dico jturye. Adolescent, lève-toy. Cette parole est un peu difScile à entendre; car qui est-ce que Nostre-Seigneur appelle adolescent , veu que ce jeune homme ne Tcstoit plus alors, ny quant au corps, ny quant à lame ? car vous sçavez que î'ame n'est susroptible d'aucun temps, estant une substance spirituelle et immortelle, qui ne peut esire subjette à aucunes vicissitudes : et le Corps estant séparé de son ame , il n'est pins qu'une charogne puante, et ne peut plus ostro api)eliéadnli*scent, puisqu'il est

(I) s. Jets, I. « (4 lui*, vu, M s. Hatth. u

mort ; à qui est-ce donc qoe Nostre-Seigneur parle, quand il dit : Jdoleiceni^HM dicomrge^ Adolescent, lève-toi?

Voicy resclaircissement de cette difiicqlté : Il est bien vray que ce jeune homme mort n*estoit pas adolescent, ny quant an corps, ny quant à l'âme; aussi Nostn^ Seigneur ne rappelle-t-il pas comme fil resloit : mais comme une chose à qui il veut donner l'estre , monstrant en cela la toute-puissance eteflicace de sa parole qui fait ce qu'elle dit; car celuy qui n'esloit pas adolescent , le fut auasi-tost qu'il eut prononcé cette parole : Jdoleicem , Hbf dico surge. Adolescent, je te dis, leve-toy. Parole puissante et efficace, et laquelle saoi doute fut semblable à celle par laquelle il a fait le ciel et la terre du rien, tirant l'estre du non estre , d'autant que la parole de Dieu est toute-puissante et operalive, et fuit ce (|u'elle dit, et ce qui n'est pM elle le fait ce qui est. Mais à qui parle Noitrc-Seigneur? à un mort. Les morts n'eih tendent pas; qui est-ce donc qui iuy repon Ira ? Certes Deu parlé aux morts tout ainsi que s'ils estoient vivans, pour moutrer que sa voix n'est piis seulement ouye de ceux qui ont des oreilles, c'est à dira, des cho!l^s qui ont l'estre , mais encore de c<;lles qui ne l'ont pas, et qu'il a puissaaes sur les choses créées , et sur les increées, et que s'il adressoit-sa voix aux choses ooa produites, elles Iuy repondroient , tantia parole est efficace et puissante.

Mais outre ce que j'ay dit, je remarque de plus, queNostre-Seigneur voulut parler à ce mort, comme s'il eust esté on vie, })0ur nous faire entendre la façon avec laquelle nous ressusciterons; car au jourda jugement, selon que dit l'Escrilure, ua ange piir le commandement de Dieu if^ pi)r toute la terre, disant ces piiroles : 5ur^ gite, mortui^ vent te ad judicium, Leveavous. morts, et venez au jugement : à cette parole, dis^je, tous les hommes ressuscita ront \yo\iT estre jugez. Mais à qui parle cal ange? aux morts qui sont dans les tonibeaux , à de^ charognes puantes; or pour». quoy donc cet ange adresse t-il ces parole^ à des charognes réduites en cendre el poussière? Ne sçait-il pas que les morta n'entendent rien? S'il le sçait, pourquof leur adri^ise-t-il ces paroles , disant : Sut» gite^ mortuiy Levez- vous, morts? Goi^

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