‹ Œuvres complètes; nouvelle édition collationnée et augmentée des lettres de Sainte Chartal, des lettres inédites de l'auteur, du portrait de lui et d'autographes (volume 2)Chapitre 49 sur 356 · POUR LE JEUDT DE LA T« SEMAINE DE GARESME · texte numérisé non relu

POUR LE JEUDT DE LA T« SEMAINE DE GARESME

ami te leveront-ils puis qu'ils n'OQt point de vie? Neantmoins c'est ù ces carcasses mortes ol réduites en poudre à qui cet an°;e ptrie; et cett<î parolo estant dite par le ^mmandement de Dieu : Qui vocat ea pim non auni , tanquam ea quœ sunt :

Onî perle aux choses qui ne sont pas, omime à celles qui sont, est tellement pniflfiante et efficace, qu'elle donne la vie à ceux qui ne l'ont pas; et en disant elle Wiee qu'elle dit, et de ce qui n'estoit pas, de en fait ce qui est : et ces corps qui estent réduits en cendres se lèveront vraye- ■mt vivnr; et réunis avt'c leurs âmes, MBBuaciLaDt ainsi que Nostro-Scigneur resnicita le troisiesme jour après sa mort; Mis avec cette dilFerencc neantmoins, que MUS ressusciterons , non de nous-mesmcs, ibspar la vertu dece:te parole toute puisiKtedeDieu. Et tout ainsi que nous voyons qq elle produit tous les jours sur nos autels ttt admirable eiïect de la transàubstantia-^ liM du psiin et du vin au cor|)s et au s;)ng lie Nostre-Seigneur : de mesme par reHioce de cette parole toute puissante , il se fera alors en lu résurrection générale, comme une transsubstantiation des cendr» qui estoicnt dans les tombeaux ou ailknrs en vrais corps vivans , qui se trouve- XMten un instant, comme dit l'apostre, nmonen/o, in iclu ocuU (1),^ au lieu destiné pour ce derniet jugement.

Donc si la parole , non de plusieurs an- {PS , ains d'un seul , dite par le commandement de Dieu , est si efficuce et opéra tive qu elle fait ce qui n*est pas , pourquoy ne croirons-nous pas à toutes ces divines paroles? £t pourquoy aurons-nous de la diffi- COl^decxoire que Dieu par sa parole, soit qaeDe soit dite par luy-mesme, ou par CNixà qui il on a donné le commandement tt la puissance , ne puisse faire ce qui est , dece qui n'est pas, encore que nous ne le foisfaîons comprendre ; et quelle difficulté ya-t-il à ceux qui ont la foy de croire la Riurrection des morts , puis qu'elle se fait pu* la toute- puissance de Dieu? Il n'y a ionc point de difficulté à concevoir com- MBt ce mort qui estoit dans cette bière , et qui n'estoit plus adolescent , le fut lors fw Nostre-Seigneur luy dit cette parole : Adolescent, leve-toy, Adolescens ^ tîbi ùeo turge , et ressuscita tel que Nostre-

M >• Gor. ST.

Seigneur Tavoit nommé. Or il estoit en quelque façon nécessaire de dire ces choses (x)ur reclaircissement du texte de TËvangilo, duquel je tireray quelques in* struclions particulières sur le subjet de la mort.

La première ef t , sçavoîr s*il faut craindre la mort , ou non. Il y a eu quelques philosophes anciens qui ont dit , qu'il ne la falloit pas craindre, et que ceux qui la craignoientmunquoient d'ei-prit ou de courage (1). Aquoy lesPeros de TEglise ont respondu que cela ne pouvoit estre; car quoy que les chrestiens ne doivent pas craindre la mort , parce qu*ils doivent tousjours estre disposez à bien mourir , neanU moins ils ne doivent pas pour cela estre exempts de c-. tte crainte, car qui est-ce qui peut sçavoir s'il est en Testât qu*il faut qu'il soit pour bien mourir? puisque pour bien mourir il faut estre en grâce , c'est à dire qui! faut avoir la charité ; laquelle est absolument nécessaire (lour faire une bonne mort, et obtenir le salut : or il est certain que personne ne peut sçavoir s'il a la charité sans une particulière révélation de Dieu , et encore ceux à qui il donne ces révélations ne sont pas exempts de cette crainte.

S. Augustin a dit très à propos sur ce subjet , que les stoyciens qui disoient qu'ils ne craignoient point la mort , estoient des gcn^ sans cœur , et lesquels n'avoient point d'ame à perdre, d'autant qu'ils l'avaient desjà perdue ; mais moy , je crains la mort, dit ce Sainct, parce que j'at une ame , et que je crains de la perdre. Mais comment osoient-ils dire qu'ils ne craignoient |)oint la mort, et que cette crainte est une marque de défaut d'esprit et de courage, puis- ([ue les plus courageux et sçavans pinlosophes d'eiitr'eux estant une fois dans un navire , demeurèrent tous pasles et transis, voyant ({ue les vagues et la tourmente de la mer les menaçoient d*une mort prochaine.

Or pour vous faire entendre comment il faut craindre la mort sans la craindre , je me serviray d'une similitude. Si ceux qui veulent passer une rivière sur quelque planche , se servent de ces lunettes qui sont à deux usages, qui agrandissent les choses petites, et amoindrissent les grandes, ils

(1) S«aeMiiM M fc» epistrw •! tUltvg.

«CTiro^

se mettent également au hazard de se précipiter dans Teau , et se noyer ; car s'ils regardent la planche par le costé qui fait les choses plus grandes qu'elles ne sont , elle leur représentera la planche beaucoup plus large qu*elle n'est pas, si bien que pensant mettre le pied sur iccUe , ils rencontreront le Yuide , qui leur fera faire un faux pas , do sorte qu'ils seront en danger de se précipiter dans Teau , et se noyer; mais si au contraire ils se servent du costé de la lunette qui fait les choses plus petites qu'elles ne sont , ils trouveront la planche si estroite , qu'ils n'oseront jamais entreprendre de passer sur icelle ; ou s'ils y passent, ils seront saisis d'une si grande frayeur qu'elle sera sulfisante de les faire précipiter dans l'eau ; ainsi l'une et l'autre de ces extremitez est tres-dangereuse.

n y a deux sortes de personnes , les unes qui ont des craintes excessives de la mort, et les autres qui ne la craignent pas assez : or les extremitez, de quelque costé qu'on les prenne, sont tousjours dangereuses et périlleuses, spécialement en ce subjet, d'autant que ceux qui se laissent emporter à ces grandes craintes de la mort , sont en danger de tomber dans le desespoir ; et ceux qui ne la craignent pas , se laissent facilement emporter au péché ; c'eât pourquoy, disent les anciens Pères, pour éviter les inconveniens qui se retreuvent en ces deux extremitez , il faut craindre la mort , sans la craindre , nous confiant humblement en la^ bonté et aux merles de nostre divin Sauveur.

Mais qui necrafndroit de mourir, puisque tous les Suincts ont eu cette crainte , et mesme le Sainct des Saincts , Nostre- Seigneur , duquel les Evangelistes disent , qu'approchant l'heure de sa passion , il commença à craindre et s'attrister , CtBpit pavere et tœdere (4). Or cette crainte de la mort procède de ce qu'elle n'est pas naturelle a l'homme ; car l'homme y a esté assujetty à cause de son péché.

Et d'autant que depuis la faute d'Adam, tous les hommes ont esté subjectsau péché, et que le pecbé nous sépare de Dieu , et faict mourir nostre ame , la privant de la vie de la grâce , et que chascun sera jugé en Testât auquel il montra; cela falct que très-justement on craint la mort ; car

a)S.Mailk.r-*

nul neflçalt , dît l'Escriture , 8*11 d'amour ou de haine : Nueit utrum amare , an odio dignui à l'heure de la mort il sera du oo esleus ou des reprouvez.

Donc celuy qui ne craint poic est en grand péril , puisque nou que l'arrest qui nous sera don icelle sera éternel , et ne se pour révoquer. Si ceciderit lignum trum^aut adjiquilonem, in qu loco ceciderit , ibi erit (4) : en lieu que l'arbre tombera , soit au septentrion , il y demeurera , di siaste ; et parce que personne ne voir s'il sera sauvé ou damné , c' faict que les plus grands Sainct douté ce passage , comme une c venté tres-redoutable. Or neantn rez-vous , il y a eu plusieurs Se n'ont point craint la mort , ains q traire l'ont souhaittée et demanda et se sont rejouïs quand ils se i proches d'icelle; c'est pourquo; quelques uns , il ne la faut point car cette crainte est pleine de fn

Il est vray qu'il y a eu des Si semblent avoir désiré la mort ; n'est pour cela qu'ils ne la redo et ne voyons-nous pas que soi désire ce que l'on craint , et l'on ce que l'on n'ayme point ? Qui e lade qui ne craigne et ne redoute quand il faut que le chirurgien s pour luy couper quelque membn de peur qu'il n'infecte et gaste le Mais quoy que le malade craigne il ne laisse point neantmoins de I et mesme de le demander , craii on ne met le rasoir à son membre la gangrené ne s'y mette , si bien crainte luy faict demander le n appréhende , et faict qu'il se re quelque façon quand on le luy ; Ainsi quoy qu'il y ayt eu des Ss ont désiré et demandé la mort , pas pourtant penser qu'ils n*en a^ eu de crainte : car il n'y a person sainct qu'il soit, qui n'ayt sut craindre , si ce n*est ceux qui c asseurances toutes parliculièrei salut par des révélations tres-£ mais cela est fort rare : et d'aï

(1) Beel. n.

POUR LE JEUDT DE LA V« SBMAI!fE DE GARESME.

Ions les Sainets n'ont pas eu ces asseurance» y ny ces révélations , tous aussi n'ont pas esté exempts de cette crainte.

Or entre ceux qui ont eu cette grâce , je vous propose le grand S. Paul , qui avoit des asseurances de la béatitude si certaines , qu*il sembloit n*avoir aucune crainte de la mort ; car ce glorieux apostre escrimant aux Philippiens , leur disoit : Coare^ tor é duokuêy detiderium habens disloM «I êêse cum Christo. Je me sens pressé de deux désirs du tout contraires , lesquels me travaillent extrêmement , et me donnent bien de la peine , l'un est de sortir de cette vie , pour m'en aller jouyr de la dooce présence de mon cher maistre ieras-ChrisI ; ô quand sera-ce que je le luray face à face , et non plus au travers <l*Qn miroir obscur? Infelix ego homo , ftiêWM liberabit de eorpore fnortis Au- Jst (I)? Ha 1 moy misérable, qui délivrera BKm ame de la prison de ce corps mortel , c( plusieurs autres semblables paroles; pir la-^juelles ce grand apostre exprimoit il grand désir qu*il avoit d*estre dissous et aeparé de son corps, aGn que son ame qui krasloit du désir de voir son Seigneur, ne hsl pas davantage retenue par sa chair ; tu estant bon et fidèle serviteur , il luy taiâoîi infiniment d'aller voir son divin maistre , et de jouyr de sa saincte prelenoe, et semble que la vie de laquelle Ojooissoit lui estoit insupportable, puisqu'elle luy empeschoit raccomplissement de œ désir.

Mais remarquez, je vous prie, mes chères sœurs, comme ce sainct apostre parle avec asseurance de sa félicité : Cupio dissolvi, a €iê€ cum ChristOf Je désire, dit-il , do quitter ce corps mortel pour voir Dieu : Ha I qui me fera ce bien que je meure, afin qu8j*aille voir mon Seigneur Jesus-Christ: paroles par lesquelles il monstre bien que irarilablement il n'avoit nulle appréhension qne la mort le pust séparer de son Dieu , ■ais qu'il avoit une certitude très-grande il sa part, qu'en mourant il iroit jouyr il son amoureuse présence; et partant il Il demandoit et desiroit , toutcsfois avec «rtle condition, qu'on peut remarquer Je premier chapitre du son Ëpistre Philippiens, à sçavoir, si c'estoit la volonté dt; Dieu : car je suis retenu « mes

d) 1. C«r. un.

tres-chers enfans , leur dit-il , d'un autre désir qui est de demeurer parmy vous, comme estant envoyé pour vous enseigner et instruire, de sorte que tant que ma présence vous sera tant soit peu nécessaire, je suis pressé de ne me point séparer de vous, et de me priver plus tost du con-

tentementincomparablequej'attendsaprès la mort, que de vous quitter, sçachant que ma présence vous est encore utile , et qu'il y a tant soit peu du bon plaisir de mon divin Maistre que je demeure pour vostre service. Je ne désire point la morf pour estre délivré des travaux que j'endure : 0 non certes , ce n'est point poui cela, ny moins encore pour estre quitte de la peine que me cause le désir de voir mon Seigneur ; mais seulement je désire de mourir pour le voir, car je sçay bien qu'après cette vie je le verray : neantmoinsj'ay un autre désir, qui est de ne point mourir qu'il ne luy plaise , et par conséquent de demeureravec vous tant qu'il luy plaira, etqu*il cognoistra que ma présence vous sera nécessaire: AftAtvtoere Chrislus est, et mori lucrum : guod si vivere in carne, hic mihi fructus operts est et quid eligam ignora : coarctor autem è duobus : desiderium habens dissolvi* et esse cum Christo, multo magis melius:permanere autem in carne necessarium propter vos (0- Si donc ce grand Sainct, comme nous voyons par ces paroles , desiroit la mort, c*estoit qu'il avoit asseurance de joiiir de la félicité éternelle; que s'il la demandoit, c'cstoit on tant que ce fust la volonté de Dieu.

L'on void souvent des personnes qui demandent la mort à Nostre-Seigneur, pour estre délivrez des misères de celte vie, disent-ils ; mais savez-vous bien, leur peuton dire , qu'estant délivrez des misères de celte vie , vous arriverez au repos de l'autre? En avez- vous autant d'asseurance que le grand Sainct Paul? Et ce désir que vous avez de mourir , procède- l'il de l'amour que vous portez à Nostre-Seigneur, ou non? ne vient-il point d'un défaut de courage à suporter les afDictions qu'il nous envoyé? Si cela est, ce n'est yms une bonne disposition pour aller jouyr de la félicité eldu repos éternel . touteafois quand bien vous seriez asseurez d'aller en paradis, si

(l)AnrhiUppl«M,ii

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ne fnudroît-il pas neantmolns demander la mort , ny la désirer pour estre delivrci des misères de ce monde , sinon avec cette condition si c*est la volonté de Dieu ; mais ncantmoins le meilleur est de ne la point demander, ny refuser quand elle arrivera. Et en cette practique de ne rien demander, ny rien refuser , consiste l'abrégé de la perfection chrétienne.

Or il est certain , ainsi que nous avons dit, que tous les hommes doivent craindre la mort, excepté ceux qui ont eu une spéciale révélation de feur salut.

Les paroles que Dieu dit à nos premiers parens au paradis terrestre , nous monstrent bien que la mort est naturellement redoutée do Thomme; car quand il fit commandement i Adam de ne point manger du fruict de Tarbrc de science du bien et du mal , il luy dit : Je suis le Seigneur ton Dieu , je le fiiis un commandement qui est, que tu ne manges point du fruict de l'arbre de science , car si lu en manges, tu mourrcs; De ligno autem scientiœ boni et malt itecomedas; in quocumque ntim die eomederis exeo, morte morieri$[i). Monstnint par ces paroles, que la morlesloil le chusiinient le plus rude et le plus contraire de tousâ la nainre de Phomme. Et c*ei;t ce que voul ut signifier Eve au serpent, lorsqu'il la tenta de manger de ce fruict , luy respondant: Dieu nous a dit que si nous on Diangions nous mourrions, Prœrepil nobis Peu8 neeomederemus, et ne tangeremus Ulud, ne forte moriamur['i), fiiisunt voir pîir celte response la cntinte qu'elle avoit de la mort. Et que la prudence humaine des mondains ne dise pas , qu'il faut ch s* ser le souvenir de la mort, pour vivre joyeusement, et que ce souvenir est plein de frayeur, et n'apporte que de la lris« tesse ; car cette crainte n'est point mauvaise, ains bonne et utile, cl nous nous en devons servir quelqucsfois pour ospou* vanter nostre ame , afin de la retirer du péché, et luy faire opérer le bien ; pour* veu neantmoins que, comme nous Tarons dit , nous craignions la mort sans la craindre d'une crainte excessive.

Marchons donc avec confiance sous l'estendard de la providence do Dieu , sans nous laisser emporter à des craintes qui nous troublent et pous causent du chagrin;

(t) Gti. II. — (D Coa. III.

oar si mras pensions à la mort avec iiupiii^ tude, ceste pensée nous seroit plus domm» geubic que profitable. Pensons-y avec pais et tranquillité d'esprit, nous reposant en la providence de Dieu , sans nous mettre ei peine pour sçavoir quand nous moarroos, ou en quel lieu , si ce sera d'accident oa non, subitement ou avec prevoyancev et s nous serons assistez ou non , nous confiant en la bonté de Dieu, croyant aflaeuremaat que ce qu'il permettra nous arriver, tara tousjours pour nostre plus grand bien. Hél ne voyons-nous pas qu'il a bien soin daa oyseaux du ciel , et que pas une de leiui pîumos ne tombe sans sa providence? 11 a compté tous les cheveux de nostre teste, et pas un ne sera perdu : Sed e^pUU eojritis vestri omnes numerati $unt. Il bn suffit, devons-nous dire, quo je scia tout i Dieu, non seulement \K\r devoir, nai»e<h coro par affection : et pourveu quenouaepcom plissions; s<i tres-saincle volonté , que nous doit-il importer du reste, ainon de nous abandonner aux elfecls d'une && douée providence? nous asseurant quelle aun soin de nous en la vie et en la mort. Il €Mlt donc craindre la mort, mais sans aoxîel^ ny inquiétude, ains d'une craiote truoqujille et pleine de confiance en Dieu , qui noai ayde à nous préparer et nous didpoaer à bien mourir.

S. Au.<i;uslin dit que pour bien mourir il faut bien vivre, et que telle sera nostre vie, IfIIo sera nostre m^rt : Ces paroles soat communes et triviales, mais eUes cootieanent beaucoup d'instruction , |)arce qu'il est certain quo la règle générale d'uae bonne nM>rt est de mener une bonne vis* Donc, mes chen>s âmes, vivei bien et \'oas ne craindrez pas la mort; ou si vouait craignez, co sera d'une crainte tonte doiPB et tranquille , appuyée sur les mérites de la pas-ion de Noslrc-Seignour, sana laquelle cerlcs la mort seroit effroyable et redoutable à tous les hommes, maia ap^ cialement aux grands pécheurs , car aMS doute rhorroiir de la mort, et la multitude de leurs pccliez les metlroicnt an denapoir, s'ils ne voyaient l'image du crucifix qui les fait ressouvenir que Noslre-Seigneur a esté attaché à la croix pour eux, et si le mérite de sa passion qui a aatisfeit à sa justice pour tous leurs mesfaita, ne leur ouvroit ia porte de la confiance, ila 9^

POUR LE JEUDY DE Là V* SEMAINE DE GARESME.

ntet en danger de ee perdre par le désespoir.

U faut donc craindre la mort d'une crainte tranquille et pleine d'espérance, puisque Dieu nous a laissé tant de moyens pour bien mourir, comme est particuliere- ■ent oeluy de la contrition qui est si gène* lal, ei si effksaoe pour efibcer toutes sortes de pèches , et encore celuy des sncremens fà aont en la saincte Eglise, par lesquels MUS sommes remis en grâce, et lavez de la ONilpe du péché; car les sacremens aont eomne des canaux par leîK|uclâ le mérite ^ la passion de Nostre-Sauvcur découle m ans âmes, et par îoeux nous recouvrons kgraoe perduèf.

Puis donc que Nostre-Seigneur ndhs a ènné tant de moyens de nous sauver, et fi*il désire plus nostre salut que nous- ■esmes, que nous re^^te-i-il plus à faire, tton de nous abandonner aux evencmens éb sa divine providence, ne dennandant riea, et ne refusant rien. 0 qu'heureux ami ceux qui sont en caste saincte indiile- RBoe, et qui attendant ce que Dieu ordon- Mra d*eux, se préparent à bien mourir ftr une bonne viol C'est co qu'ont faict iMits les saincts , et mesmo il y en a eu i|iielques-uns qui ont pris pour praclique pirticuliere de prendre quelque temps de Tannée , jMur s'appliquer spécialement à la ODosideration de la mort, les autres tous les mois , d'autres toutes les sepmaines, et quelques-uns mesme tous les jours, prenant une certaine heure du matin ou du loir pour y penser, et par ce fréquent souvenir de la mort ils se preparoient à bien BKmrir. Pensée certes très-utile, et laquelle sous devrions avoir toutesfois et quanlcs que nous nous motions au lict, nous représentant comme Ton nous mettra un jour dans le tombeau, considérant que le som- ■eil est l'image de la mort. Quid ettisomaiu g€lidm niêi mortiâ imago? Ua ! dcvions^fious dire ensuite de cette considention , il est certain que je mourray, et fie je seray un jour estendu dans le tom- Wsu où je seray couvert de terro, et réduit ts cendre, et moy qui me couche ce soir dans ce lict , je ne sçay pas si demain je ne leveray, et si cette nuict ne sera point la dernière de ma vie. 0 qu il nous seroit utile et profitable de prendre tous les jours qasIqQe heure pour nous occuper à t0iies

ou semblables pensées , afin de nous pro* parer à bien mourir, puisqu'il n*y a rien qui nous importe tant que de bien franchir co passage , d'autant que nostro bon heur ou mai-heur étemel en dépend I Certes le meilleur moyen que nous puissions prendre pour asseurer nostre salut, est de nous tenir tousjours en la mesme disposition que nous desirons estre à l'heure de nostre mort, taschant d'employer chaque moment comme si en iceluy nous devions sortir de ceste vie : £t puis qu'il vient à mon subjct , je vous rapporteray deux petites histoires desquelles vous pourrez tirer quelque instruction.

La première je l'ay prise d*un homme pieux , que j'ay connu , qui me dit qu'un roy envoya faire la visite des estats en une province de son royaume dans laquelle tous lo^ officiers de la police se trouvèrent coupables en quelque chose ; co qui obligea les visiteurs à se monstrer fort exacts et sévères à les chastier tous, les uns par des amendes, les autres par la privation de leurs estats , et mesme quelques-uns par la galère. Or d'autant que dans ce grand noidbre d'officiers il ne se trouva d'irrépréhensible qu'un bon vieillard , les visiteurs le carrcssercnt fort, et luy demandèrent comment il avoit faict pour estre si fidclle à son prince qu'on ne trouvoit rien à redire à luy, veu que tous les autres s'estoiciit trouvez coupables. Il respondit qu'il n'avoit faict qu'une seule chose, (|ui estoit qu'il avoit tousjours pensé que le roy feroit faire la visite des estats en ceste province, et qu'il y viendroit des visiteurs, lesquels pour s'acquitter do leurs chari^espuniroient sévèrement les coupables, et que cela estoit cause qu'il s'cstoit tousjours com])orté comme il desiroitd'estro trouvé quand on feroit la visite , et que la crainte d'estre trouvé coupable l'a voit faict vivre tous les jours comme si en chascun d'iceux il eust deu rendre compte de toutes ses actions.

0 que nous serions heureux, si nous faisions ainsi pour nostre salut! et si tous les jours do nostro vie noa< pensions tellement au compte qu'il nous faudra rendre , que nous nous tinssions tousjours au mesmQ estât que nous desirons d'estre trouvé à l'heure de la mort : ô que ce seroit un bon moyen pour nous ayder à bien vivre , ^ et à si bien laire nos actions qu*il n y

ISS

SERMON

eust rien de reprehensible devant Dicn.

La seconde histoire je Tay apprise d*une grande dame, laquelle me parlant un jour, me dit qu'un conseiller clerc avoit quitté la cour, et s'estoit desohargé de toutes sortes d'affaires pour se préparer à la mort , et que Testant allé trouver en sa maison (KHir luy parler d'un proccz qu'elle avoit, il ïuy fit dire qu'il s'estoit deschargé de toutes sortes d'affaires , et avoit quitté son office •fin de prendre du temps pour penser à sa conscience et dresser ses comptes : puis il luy renvoya les pièces de son procez qu'il avoit entre ses mains, luy mandant qu'il pripit Dieu pour luy en donner une bonne issue : or quelque temps après ceste dame Testant retourné voir, elle le trouva tousjours dans la me>me occupation, attendant le jour que Dieu luy assigneroit pour luy rendre ses comptes : un an après elle le visita derechef, et le trouva encore dans le mcsme exercice ; d'où je concluds , me dit-elle, qu'il feroit une heureuse On, puisqu'il s'y preparoit avec tant de soin.

0 qu'heureux serions-nous , mes chères âmes , si desoccupez de toute autre affaire, nous pensions sérieusement à préparer les

comptes de nostre conscience, afin d'estre bien disposez à les rendre à Dieu au jonr que sa providence nous a assigné , car la mort a des pieds de cotton , c'est à dire qu'elle vient si doucement qu'on ne s'en apperçoit point ; etainsi elle nous surprend; c'est pourquoy Nostre-Seignenr en plusieurs lieux de l'Evangile nous advertit de veiller et nous tenir sur nos gardes, afia que quand elle viendra elle nous trouva préparez : et no$ simuaparatij quia qui horâ non fmtamus , Filiui homénU «aniet. Figilate itaçue, quia neicHiêéiem^ neque horam.' Pensons donc souvent à la mort, mais que ce soit sans peur ny crainte démesurée; résolvons-nous à mourir avec un cœur paisible et tranquille ; et puisque c'est une chose qu'il faut faire , tenonsnous tousjours au mesme estât que nous voulons estre trouvez à l'heure de noatia mort ; car c'est le vray moyen de nous pr»> parer à bien mourir, et soyons asaeurei que si nous le faisons soigneusement nooi parviendrons à Tetemité bien-heureuse, M quittant ces jours mortels et perissabks nous arriverons aux éternels pour y loto et benir sans cesse la divine Majesté, àïdi&ê.

SERMON

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