‹ Œuvres complètes; nouvelle édition collationnée et augmentée des lettres de Sainte Chartal, des lettres inédites de l'auteur, du portrait de lui et d'autographes (volume 2)Chapitre 53 sur 356 · POUR LE DIMANCHE MS LA PASSION · texte numérisé non relu

POUR LE DIMANCHE MS LA PASSION

eré y SI enflammé , qu'il luy semblo qu'elle ne pourra Jamais rien trouver d faire, ou à souffrir de trop difficile, rion niorâ no liiy paroist impossible , les martyre n'ont rion fait pour Dieu, ce luy semble, aux prix de ee qu'elle voudroit faire.

Or cela est bon , mais demeurez fermes en cette venté, et tout ira bien, et c'est ce que nous ne faisons pas : car pour l'ordinaire, de cette vérité que nous aurons apprise à Toraison , nous passons à la vanité en Taction; ce qui fait que nous sommes anges en l'oraison, et bien souvent domons en la conversation et en Taclion , offensant le Dieu que nous avons reconnu ostre si aymable et si digne d'estre servy et obey. Ainsi quand nous considérons que Noslrc- Seigneur s*est aneanly et abaissé, maisd un abaissement si extrême, que nui no le peut comprendre , nous avons un î^rand dcsir de l'imiter; et Dieu prononce cotlo vorité au fond de nostre cœur, que si noslro doux Sauveur s'est tant humilié pour nousdoniier exemple, qu'il est bien raisonnable qu'à son imitation, nous nous humilions si 'profondement que nous demeurions tout abymez en la connoissnnc^de nostre néant ; et lorsque nous voyons cette vérité en fiostre cœur, il ne nous semble pas que BMis puissions avoir aucune respugnanc€ û'e»tre humiliez. Mais quant ce vient à toecasion, nous ne pensons plus à nos reso- Kilions , ains nous nous laissons tollcmont emporter à la vanité, qu'une petite ombre fabjection nous fait frémir, et nous nous armons à la deflcnse, afin de l'éviter.

Nostre-Seignour ne nous enseigne-t-il pas encore ces veritez en l'Evangile : Beali fttupereê $piritu : Bien-heureux sont les pauvres d'esprit, et cependant cliascun redite cette vérité pour embrasser la vaaité , tous désirent et pourchassent d'estre riches et que rien ne leur manque. Il a dit •Se plus , ce souverain maistro : Beati qui ferseeutionem patiuntur propter juslih'ffm : Que bien-heureux sont ceux qui souffrent persécution pour la justice; et tous ncantmoins se veulent venj^or, et no feulent rien souffrir crainte d'estre mospriscz et mésestimez. NVt-il pas encore dit : Beati mites : Que bien-heureux sont les débonnaires? Et nous voyons que presque tous les hommes se veulent fiiirccrainit9 et redouter. £( quoy que Nostro-Sei-

gneur qualifie bien-heureux ceux qui pleiirent : Beati qui lugent : tous neantmoins se veulent rcsjouyr en cette vie mortelle et périssable , comme si c*estoit un lieu d'aliecrresse et de félicité , et font ainsi les autres béatitudes. C'est pourquoy Nostre* Seigneur nous pourroit bien dire ce qu*H dit aux Juifs : Je vous enseigne la vérité « et vous ne me croyez pas ? Nous la croyons bien , pourrions-nous dire , mais nous ne la suivons pas, et c'est en quoy nous ne serons nullement excusables , non plus que les[)hilosophos payons, qui ayant reconnu qu'il y avoit un Dieu ne l'ont pas honoré comme tel , dit le grand Âpostre : Quia etim cognoviitsent Deum^ non sieut Deum glorifieaverunt.

Or c'est sans doute , mes chères âmes , que nous serons dignes d'une grande punition , d'avoir seu que nous avons esté st chèrement aymez de nostre doux sauveur, si nous sommes si misérables que de ne le pas aymer de tout nostre cœur, et de ne pas suivre de toutes nos forces et de tout nostre soin les exemples qu'il nous a donnez en sa vie, mort et passion. Certes il aura bfen subjet de nous f.iire les mesmes reproches qu'il fait aux Juifs en l'Evangile do ce jour : Si je vous ay enseigné , moy qui suis sans poché , moy dont la vie est irréprochable, la vérité que j'ay apprise de mon Pore céleste, pourquoy ne me crcyezvous pas? ou si vous croyez que mes paroles sont véritables, pourquoy ne les recevez-vous pas, et no demeurez-vous pas en cette vérité, sans vivre tout au contraire de ce qu'elle vous enseigno? Nous serons alors convaincus par sa divine Majesté , et faudra qu'à nostre confusion , nous confessions que le défaut vient de nostre costé, et que ça esté nostre malice qui en a esté la cause. Donc pour remédier il cela, mes chères âmes, il nous faut sçavoir comment nous nous devons disposer pour ouyr et recevoir utilement la parole de Dieu. Et pour cela passons un troisicsme poinct.

Premièrement , il est certain que nous nous devons préparer pour entendre cette divine parole , et ne la faut pas escouter avec négligence, comme nous forions quelque discours indiffèrent. Car tout ainsi qu*uno femme qui n'aymeroit pas davantage son mury que son laquais, ne luy ren-

SERMON

droit pas son devoir et ne Faymeroit pas comme il faut qu*elle Tayme; et que reniant qui aymeroit son père d'un amour égal à celuy qu'il porteroit à son valet, n'aymeroit pas suffisamment son père; ainsi celuy qui entendroit la parole de Dieu , et les prédications avec le mesme esprit et la mesme attention qu'il feroit un conte de récréation , ou tel autre propos , ne Tentendroit certes pas comme il faut ; et s'il avoit un plaisir égal en l'un comme en l'autre , on pourroit dire asseurement, qu'il n'aymeroit ny estimeroit pas assez cette divine parole.

Donc pour nous bien disposer et nous rendre capables d'entendre cette divine parole , selon que nous y sommes obligez , nous devons espandre nos cœurs en la présence de la divine Majesté pour recevoir cette rosée céleste, comme Gedeon espandit sa toison dans la prairie afin qu'elle fust arrousée de la pluye et des eaux du del : ainsi devons-nous espandre nos cœurs devant Dieu par de bonnes resolutions de tirer profit des choses qui nous seront dites de sa part, en nous tenant attentifs que c'est sa divine Majesté qui nous parle et qui nous fait sçavoir sa volonté; escoutant les veritez que les prédicateurs nous proposent avec esprit de dévotion , révérence et attention , mettant cette divine parole sur nos testes à l'imitation des Espagnols, lesquels quand ils reçoivent une lettre de quelque grand , la mettent à l'instant mesme sur leur teste , tant pour faire voir l'honneur qu'ils portent à celuy qui leur a escrit, comme pour monslrer qu'ils se soubmettent à l'obeyssance des commandemens qui leur sont faits par cette lettre. Faisons-en de mesme , mes chères âmes, quand nous entendons la parole de Dieu en la prédication, ou que nous la lisons dans quelques livres , mettons-la sur nos testes , je ne veux pas dire visiblement et réellement, ains spirituellement , soubmettant nos cœurs à l'obeyssance d«^ choses qui nous sont enseignées, par lesquelles nous entendons quelles sont les volontez de Dieu pour ce qui regarde nostre perfection et advancement spirituel , l'escoutant et la lisant avec la resolution d'en faire nostre profit ; ne regardant jamais à la qualité de celuy qui nous enseigne , s'il est bon ou mauvais . pourveu que ce qu'il

dit soit utile et conforme à la foy ; car Dieu ne nous demandera pas si ceux qui nous ont annoncé sa parole ont esté saincts ou pécheurs , ains seulement si nous aurons faict profit de ce qu*ils nous auront dit de sa part, et si nous l'aurons receuë' avec esprit d'humilité et de révérence.

L'exemple du grand S. Charles est gran* dément remarquable sur ce subjet , leouel ne lisoit jamais la saincte Bible, qu'à genoux, la teste nuë, avec un grand respect; d'autant qu'il lui sembloit que c'estoit Dieu mesme qui lui parloit. C'est ainsi qu'il faut faire, lisant et entendant tousjours cette divine parole avec une grande humilité et révérence , si nous voulons qu'elle nous profile : autrement nous aurons part aux reproches que Nostre-Seigneur fit aux Scribes, et il jettera toute la faute sur nous.

Mais mon Dieu ! direz-vous , comment pourray-je faire cela , car j'ay mon esprit si distraictet si accablé de seicheresse , et suis dans une si grande langueur intérieure que je ne prends goust à rien , et quand je suis à la prédication , mon esprit est tellement agité de distractions que je ne peux presque comprendre ce que le prédicateur dit, et il me semble que je n'ai point de dévotion , ny mesme de désir de mettre en practique ce que j'y apprends. Or quand on dit qu'il faut entendre la parole de Dieu avec attention, révérence et dévotion , cela se doit entendre comme quand on parle de l'oraison , et de tout ce qui regarde la practique de la vie spirituelle ; car l'on ne veut pas dire qu'il faille avoir les sentimens de dévotion ou de révérence en la partie inférieure de nostre ame, qui est celle en laquelle résident ces degousts et difficultez , ains il suffit qu'en la partie supérieure nous soyons en révérence, et que nous ayons l'intention de profiter de ce qui nous sera dit : et cela estant nous ne nous devons pas troubler, comme n'estant pas bien disposez pour recevoir et entendre la parole de Dieu, d'autant que la préparation estant faicte en la volonté et en la partie supérieure ce nostre esprit , il suffît ; Dieu se contente de cela , et n'a point d'esgard à tout ce qui se passe en la partie inférieure contre nostre volonté.

Enfin il faut conclure, disant que nous ne devons point rejetter cette saincte pa-

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