‹ Œuvres complètes; nouvelle édition collationnée et augmentée des lettres de Sainte Chartal, des lettres inédites de l'auteur, du portrait de lui et d'autographes (volume 2)Chapitre 55 sur 356 · POUR LE DIMANCHE DES RAMEAUX · texte numérisé non relu

POUR LE DIMANCHE DES RAMEAUX

Dixitj et fmelm «iml .* ipm wutndavit^ et creaia nmt. Psal. cxLvnt. • dit y et toDtct ehoies ont eité taictet t il a commandé , et elles ont estées creéee da néant

Tontes les choses qui sont au monde ont deux visages, parce qu'elles ont deux extractions, ou deux principes, dont le premier vient de Dieu qui est la cause preniere et le principe de toutes choses. Le second vient du néant, duquel toutes créatures ont esté faites. Or d'autant que Dieu ett le premier principe de tout ce qui a eilre, il ne se trouve aucune créature qui n'ait quelque beauté ou bonté en soy : mis aussi en tant qu'elles tirent leur extraction du néant, il y a en toutes quelque defiiut et imperfection. Creaturœ omnes mMtaàiies et defeclibiles, non quia à Dite, sed quia de nihilo factœ. Toutes la créatures, dit S. Augustin, ont des def- £nits et sont subjecles au changement, non piroe qu'elles sont de Dieu , mais parce qn'elies sontfaictesdu néant.

La créature raisonnable est vrayment QKée à rimage et semblance de Dieu, qui est sa première cause et son souverain

principe ; et comme telle, elle est non-seulement toute aymable; mais de plus est tellement belle et parfaite, que qui verroit une ame en grâce, et qui a conservé en soy l'image de Dieu, il seroit tout esprit et ravi de sa beauté, ainsi que nous lisons de Sle Catherine de Sienne.

Mais quant à la seconde extraction de la créature, l'on y void et découvre tousjours du deflaut et de l'imperfection , qui est comme la marque du néant, d'où elle a esté tirée ; tellement qu'en toutes créatures raisonnables il se trouve tousjours do la perfection et de l'imperfection , comme marque des deux causes d'où elles tirent leur extraction : et d'autant que tout «:o qui procède de Dieu est bon et aymablo, aussi tout ce qui se retrouve de bon et d'aymable en la créature raisonnable procède de Dieu, comme de sa première cause : de mesme l'imperfection qui s'y trouve procède du néant, duquel elle a

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egté iifée Q% «xiroite. Kl teâ doux viaagei

raisonnables ; mais encore en tontes le» autres lanl. animales que vegetanles el i»* seuâihles.

Or eomme toutes les oreatnfee ont or aoy de la perfection et de l-imperfeetioa , cela fait que la saincte Eaerilupe e^n sert pournoua représenter tantost le bien et taib test le mal ; et il n*]r en a poinct desqueliea elle ne se serve pour nous donner des ^ miliiudês propres ponr nous représenter tfptost l'un et Uuntost Tftutre ; aussi to^tea peuvent servir 9t estre acconimodées en ^iinilitu4e$(. propre ^ nous représenter et 1q bien elle mal.

La colombe est prise en plusieurs endroits de la saincte Escriture pour nous représenter la vertu, et Nostre-Seigneur

mesme ft*en est servi pour cela , disant 4 et ^ fane sur le sair : neanimoins Noslr^

ses npostres : Estote simplices sicut columbœ (4) : Soyez simples comme la colombe ; nous monstraut par ces p^|e^ quMl vouloit que nous fussions simples pour Tattirer en nos cœurs. Mais quoy que la colombe soil prise pour lV)rdinaire pour nous représenter la vertu et la perfection , si est«ce que je trouva que la mesina aaùiete Escriture s'en sert pour nous faire entendre la laideur du vice et du pesché : Dieu parlant au peuple, d'Ephraïm par le prophète Osée, luy dit : Vous avez erré, et vous vous estes Umt* voyé comme une colombe qui n^ayant point de cœur s'est laissée séduire. : Ei facHu eit Fpkratm fuasi eohêmba sêâueta, non kaèens eor (2), En quoy nous voyons que TEscrilure saincte nous repre-^ sente la colombe sans courage et sans ge^ neroailé. Et quoy que le serpent soit un animal immonde et meçohanl, et lequel semble n^eslre propre^à rien qu'à faire d» mal ; si est-ce pourtant que l'Escriture s'en sert pour nous représenter le bien. Nostre- Seigneur a-t-il pas dit à ses apostres : J>* Me ffudmHê sicut serpenHè (3) : Soyes prudens comme les serpens ; el en 4^u« très endroits elle compare l'iniquité au venin du serpent, et d'autres ^is ^ lu queue d'ieeluy. En sommeielle s^en sert pour représenter tantost le bien tantost

le mal.

La rose mesme n'est point si parfaicte 4ig s. Bank. <. -(t) oita. w. «(a>s. «ttih,s.

qu'il ne se retreuTO ea eUt do Timperf» Uon ; car quoy que le matin elle soit belle et ineamate, et jette une trefteuave odeo^} si est-ce que le soir elle est toute fanée et Qestrie; de sorte que l'Eseriture s'en sert pour représenter la volupté et les délices du monde. Car les Tolnptueux , vains ei mondains, dit Salomon au livre de la 8«« pience, disant oss psroles : Ffniiê «r^, HfruumHT èoi^tâfiMi swnt, cefontmm nos rosiê anlffuém mmre$$omn$ (I) s Elennons-^nous du bon temps, jouyssont des biens de oe monde, et nous couro»* nona de roses avant qu'elles se flestris* sent (i). Ainsi elle s'en sert pour repre« aenter les délices et la molosse de la vie nnondaine, et compare souvent les cbosee belles et apparentes, qui sont passagères et de peu de durée, à la rose qui se flestrit

Seigneur, qui est la Sapiencc éternelle, s'est comparé à elle, car parlant de luy, il dit } Bgo quasi planlatio rosœ;ie suis -comme une tige ou rejcttonde rosier. Enfin toutes les créatures ont en eiles de la per- ^ fectkm et de l^mper^tion, el sont propres à servir de similitude, poumons représenter le mal et le bien.

Mais bien que cela soit très- véritable, j% n'ay pourtant jamais treuvé en la saincte Escriture que l'on se soit servy de la palme pour représenter autre chose quo la pcrfectioB, et pour donner des similitudes des cho>es excellentes et relevées , et semble qu41 ne se peut rien trouver en icelle de vil et mesprisable : tout ainsi qne le lys entre les autres fleurs semble n'avoir riee dUject, et je n^y jamais leu en l'fi^icnture, non plus que de la palms, qu^le s^en soit servie pour représenter autre ckiQs^ que la perfection : ce qui ne se tre^ive point de toutes les autres créatures irraisonnables et végétantes : tellement que la pahne et le lys sont uniques en cela , bien qu^ils tirent leur exlraetiee du néant.

De mesme entre toutes les créatures relsonnables, il n'y a que la saincte Vierge qui aye eu en elle toutes sortes de biens , sans aucun mesla»ge de mal : elle seule a esté exempte de la tare du per^ché et de l'^imperfeotien : elle seule a esté toute pure, toute belle, et sans macule, ainsi qu'il est

POUR LE DIMAIfCHE Q^S RAKEAUX.

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dit ao Çaptique : Totapuîchra es, arnica mea, ei macula non est in le (4). Elle a esté une fleur qui ne s*est jamais flestric Dv fanée : mais je dis seule entre toutes les simples créatures : car quant à son Fils Nostre-Scigneur, il n'estoit pas simple créatare, ains Dieu et homme tout ensemble : c'est pourquoy il ne se pouvoit treuver en luy aucune chose qui fust imparfaicte , parce qa*il estoit la source de toute per* fectîon. Mais la tres-saincte Vierge, qui , comme les autres créatures , tient son ex- ^action du néant, a esté seule en laquelle il ne 5*est jnmais trouvé d'imperfection, quoy que généralement toutç? les antres , quelles qu'elles soient, il se trouve tousjours de la perfection et de rimperfection. Etceluyqui diroit à unthommo qu*il n'a aucune imperfection seroit aussi menteur qnecelay qui lui dirolt qu'il n'a point de perfection ; car tout homme, pour sainct qu'il soit, a de Timperfcction ; ot tout homme, pour roeschant qu*il soit, a quelque perfection ; d'autant qu'il est créé à Pi mage de Dieu, et pour cette raison il'aenluy quelque chose de bon : et parce qu'il est tiré du néant, pour sainct qu'il soit, il luy reste tousjours de l'imperfection.

Blcecy est si gênerai, qu'il ne se trouve {09 seulement aux créatures humaines , mais encore parmy les anges eux-mesmes, caravant qu'ils fussent confirmez en grâce, lear perfection n'a pas esté exemple d'Imperfection , l'iniquité s'est treuvée parmy eux : £t in angelis suis reperit pravitaiem, et Dieu les a précipitez du ciel en enfer, parce qu'ils se j^opt révoltez contre luy. Or non seulement rimperfection s'est trouvée panny les anges avant qu'ils fussent confirmez en grâce; mais encore depuis qu'ils ont esté confirmez en icelle : car bien qu'ils n'ayent plus d'imperfection morale, aeanlmoins ils ne sont pas parfaicts d'une perfection si entière, qu'il ne leur soit encore resté une certaine imperfection négative, laquelle toutesfois ne les rend pas désagréables à Dieu , ny ne les peut faire descheoir de la beatiti]de,d*autant qu'ils ne peuvent commettre aucun pesché. N'est-ce pas une imperfection aux anges, de ne pas connoistre tousjours i)arfaltement co qui eslde la volonté de Dieu, quoy qu'ils soient Jooissans do la claire vision de sa divinité,

et (|u'ils le voyent f^co à face comme il est*? Mats attendant quMja iiyent une plus claire conpoissnnce de sa ^'olonté, ils font au plus près qu'ils peuvent ce qu'ils jugenHestre plus conforme à son divin vouloir, combien qu'ils soient quelquefois differens en c«la les uns des autres : comme il advint aux anges gardiens dc3 Perses et des Juifs, qui debattoient l'un contre l'autre pour ea qui estoit de l'exécution do la volonté de Dieu : en quoy ils commirent une imper fection sans toutesfois pencher, eaf ils (ii« le pouvoîent faire , etresscmbloient à ceux qui contreviennent à la volonté de Dieu sans qu'ils le sçachent ou connoissent, et lesquels s'ils sçavoicnt que ce qu'ils font no fust pas selon sa volonté, ilsmourroient plustost mille fois quo de le faire : Or la divine Sapience a voulu laisser ce deffaut aux anges, pour monstrer qu'il n'y avoit aucune créature qui n'eust en soy quelque imperfection , et qu'il ne portast la marque dt son extraction qui est le néant.

Tellement qu'on ne faict point de tort aux saincts, quand on raconte leurs peschez et desfauts, en escrivant leurs vertus ; mais au contraire ceux qui escrivent leurs vies, semblent pour cette raison faire un grand tort à tous les hommes, de celer les penchez et imperfections des saincts, sous prétexte de les honorer, ne rapportant pas le commencement de leur vie, crainte que celcn ne diminue ou amoindrisse l'estime qu'on a de leur sainctcté ; 6 non ccrles, cela n'est pas ; niais au contraire, ils font tort et aux saincts, et à toute tu i)Ostcrilé« Tous les grands saincts escrivant les vies des autres saincts, ont tousjours dit clairement et naïtvement leurs fautes et im • perfections, et ont pensé, comme il est vray, faire en cela autant de service à Dieu et aux mesmes saincts, qu'en racontant leurs vertus. Le grand S. Ilierosme escrivant l'espitaphc, les loiianges et les vertus de sa chère fille Stc Paule, dit clairement ses Imperfections, condamnant luy-mesmo avec une naiTvelé très-grande, quelquesunes de ses actions, faisant tousjours marcher la vérité et la sincérité en escrivant ses vertus et ses défauts, sçachant bien nue l'un seroit autant utile que l'autre : Cîir voyant les défauts des saincts en voyan' leurs vies , cela nous fait reconnoistre It bonté de Dieu (|ui les leur a pardonneii •*.

SERMON

nous apprend encore à les éviter et à en faire pénitence comme ils ont fait, de me»me q\à% nous voyons leurs vertus pour les imiter.

Certes tous les chrestiens, mais spécialement les religieux , en considérant et lisant les vies des saincts, se devroicnt former sur leurs exemples, faisant comme les avettes qui ne voltigent dessus les fleurs que pour y cueillir le miel et s*en nourrir, imitant le grand S. Antoine, lequel après qu*il se fusl retiré du monde, il s'en alloit courant les déserts parmy les grottes des Anachorettes, pour remarquer et recueillir tout ainsi qu'une soignelise avette le miel de leurs vertus pour s'en nourrir : Ce qu'il faisoit encore pour reconnoistre ce qu'il y avoit d'imparfaict en eux, afm de l'éviter, et par cette practique il devint un grand sainct. Or il se trouve souvent des âmes qui font le contraire de cecy, et ressemblent non à des abeilles, mais à des guespes, lesquelles à la vérité vont bien volant sur les fleurs, mais c'est pour en tirer non le miel comme les abeilles, ains le venin ; et si elles y recueillent le miel , elles le convertissent en fiel, regardant les actions du prochain, non pour en recueillir le miel d'une saincte édification par la considération de leurs vertus, mais pour en tirer le venin, remarquant les fautes et imperfections de ceux avec lesquels ils conversent, ou mesme en lisant la vie des Saincts, afm de prendre de là occasion de commettre les mesmes péchez et imperfections plus librement.

D*où vient que lorsqu'on est repris de quelque defiaut ou imperfection, l'on n'a point d'envie de s'en corriger : et l'on objecte promptement un tel sainct faisoit bien cela, je ne suis pas meilleur ny plus parfait que luy. Hal pauvres et chetives créatures que nous sommes, n'avons-nous pas assez à travailler chez nous , pour nous défaire de nos imperfections et mauvaises habitudes , sans nous aller encore reve>tir de celles que nous voyons aux autres? Ne sommes-nous pas bien misérables, qu au lieu d'éviter les deffauts et imperfections que nous voyons en nostre prochain , nous nous en servons pour nous conûrmer es nostres? Certes c'est à tresjusle raison qu'on peut dire que les personnes qui ont cette imperfection tiennent

de la nature des guespes , d'autant que al elles ne trouvent du venin dans les fleurs» et qu'elles y recueillent le miel , elles lé convertissent en fiel.

Mais il y a des âmes si malicieuses, que non contentes de remarquer les défauts d'autruy , pour se confirmer es leurs, elles passent encore jusques-là que de tirer des mauvaises interprétations et conséquences des bonnes œuvres, qu'elles voyent faire, et outre cela elles excitent et provoquent les autres à faire le mesme , faisant ainsi que les guespes, lesquelles par leur bour^ donnement attirent les autres mouches à venir sur la fleur où elles ont trouvé do venin.

Et pour vous donner des exemples de cecy : Voilà un jeune homme qui enCre en religion, ou une autre personne qui Dut une bonne œuvre , il s'en treuvera qui censureront cette retraite, ou cette bonne œuvre, et par leurs raisons et discours ils seront cause que plusieurs en feront de mesme. Certes l'on peut fort à propos dire» qu'à telles personnes l'on pput très-bien approprier ce que dit S. Grégoire des chiens, que si tost que Tun abboye tous les autres en fout de mesme, sans regarder s'ils ont tort ou raison de le faire, le faisant parce qu'ils y sont excitez et provoquez par les autres. Mais, dit ce grand sainct, ne laissez pas pour lesabboyemem des chiens de poursuivre vostre chemin.

Que le monde crie tant qu'il voudra, que la prudence humaine censure et condamne nos actions tant qu'il luy plaira; il fout tout escouter et souffrir, et ne se pas effrayer ny désister de son entreprise, ains poursuivre son chemin fermement et fidellement. Vous voyez donc comme ceux qui regardent les actions du prochain des yeux de la prudence humaine, convertissent le miel en fiel , et tirent des mauvaises interprétations de tout.

Mais nous estonnerons-nous que lemondfl trouve à redire aux actions des Saincts, puisque nous voyons le Sainct des Saincts Nosire -Seigneur ( selon que le rapporte S. Matthieu au vingt et un chapitre de son Evangile, parlant du mystère que noofl célébrons aujourd'huy de son entrée eo Hierusalem] censuré et calomnié des Scribes et Pharisiens meschans et pleins (!*envie » et cela à cause des merveilles ijii'il

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