‹ Œuvres complètes; nouvelle édition collationnée et augmentée des lettres de Sainte Chartal, des lettres inédites de l'auteur, du portrait de lui et d'autographes (volume 2)Chapitre 56 sur 356 · POUR LE DIMANCHE DES RAVEAUX · texte numérisé non relu

POUR LE DIMANCHE DES RAVEAUX

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tperoît. et des ioaai^es que le peuple luy dooooil : deauoy ils oonceurent une telle kiTM oootre luy, qu*ils résolurent de le faire mourir. Indignatiquœrebant eum te^ mtn. O que la malice et l'ingratitude des V"»«ff^<^ est grande , de vouloir donner la ■ort à eeluy qui leur vouloit donner la lie ! Dans quel aveuglement estoient ces ■ÎBerables Scribes et Pharisiens , de hayr cdiiy qui leur faisoit tant de bien I Mais ktas ! toute leur hayne ne procedoit d'aufee cause, sinon de ce que cette grande kuere de la vie tres-saincte de Nostre- Sôgneur leur esbiouyssoit les yeux , que KS vertus condamnoient leurs vices , et qwson extrême pauvreté et humilité estoit contraire à leur avarice et à leur orgueil : iM pourquoy ils prirent resolution de le ttre mourir, et d*une mort tres-honteuse, Mivantre qui en avoit esté prédit : Morte ttrpistima eondemnemuê eum (1 ).

Mais Nostre-Seigneur , qui estoit venu n monde pour nous donner exemple de C8 que nous devons faire , quoy qu*on ayt normuré de luy, a tousjours voulu persévérer en la practique d*une très-profonde liomilité; c'est pourquoy voulant aujourdliuy foire son entrée royale en la ville de Hienisalem, il choisit, selon que le rappQffteat les Evangelistes, une aînesse et un

n y a plusieurs raisons pour lesquelles 3 fit choix de cet animal ; mnis je me conlenteray de vous en dire trois : dont la première est, que cet animal est humble; h seconde, qu'il est patient; et la troi- Msme, qu'il se laisse charger comme on vent. Or avant que de passer plus outre, il aie faut dire un mot du sens littéral.

n y a plusieurs docteurs qui sont en doute, sçavoir si Nostre-Seigncur monta dessus Tasnesse qui avoit desja porté le joug , et dessus Tasnon qui ne Ta voit jamais porté. Il y a diverses opinions sur ce subject; mais neantmoins la plus probable est qu'il monta dessus tous les deux, ce qui ne fut pas sans mystère; d'autant que Fasnesse qui avoit desja porté le joug representoit le peuple juif, et Tiisnon qui ne l'avoit jamais porté rcpresontoit le peuple gentil : car il est vray que Dieu avoit desja chargé le peuple juif du jou;;de sa saincte loy, ma s les gentils ne I avoient pas encore

! reçne, et Nostre-Seigneur venoit pour Wur imposer son joug, et leur donner sa loy ; c'est pourquoy, disent quelques docteurs, il monta non seulement dessus l'asnesse ,

, mais encore dessus lasnon.

Voyons maintenant les raisons pour lesquelles Nostre-Seigneur choisit cet animal : la première, c'est parce qu'il est humble : il est vray qu'il est fort paresseux et pesant ; mais aussi il n'a point d'orgueil ny de vanité, et n'est point comme le cheval, qui est fier et morguant, en sorte qu'il s'en trouve quelquesfois de si furieux qu'on ne les ose approcher. Et partant Nostre-Seigneur , qui vouloit destruire l'orgueil , ne se voulut pas servir du cheval pour faire son entrée, mais il voulut choisir entre les animaux le plus simple et le plus humble ; car il aime grandement l'humilité et la bassesse, et il n'habite, ny ne repose que dans le cœur humble et simple. Voulant donc nous donner des exemples de celte vertu , il a choisi cette monlurc >i remplie d'abjection pour le jour do son triomphe. Il s'est humilié et anéanti soy-mesme : Exivanivit semetipsum : On ne l'a point humilié ny mesprisé , c'est luy-mesme qui s'est abaisst^, et qui a fait choix des abjections ; car luy qui estoit en tout et par tout égal à son Père éternel , sans laisser d'estre ce qu'il estoit , a choisi d'estre le rebut et le rejet de tous les hommes. Et bien qu'il se fust humilié de la sorte , il pouvoit neantmoins dire qu'il estoit égal à son Père et au Sainct-Esprit , ayant la mesme substance , la mesme puissance et sapience que le Père et le Sainct-Esprit, et cela sans leur faire aucun tort. 0 non certes, mes chères âmes, nostre divin Sauveur n'eust point fait de tort à son Pero éternel , quand au plus fort de ses mespris et humiliations, il eust dit : Je suis aussi puissant que mon Père, aussi bon que le Sainct-Esprit, d'autant qu'il estoit en tout et par tout égal à eux. Et en cette gloire , il s'est humilié et a fait son entrée en Hierusalcm monté dessus une asnesse et dessus un asnon , couvert des pauvres manteaux des apostres : et c'est ce triomphe d'humilité que chante ce divin \x)iiU} lo royal prophoto David en ses psalnies (4) : Le Sei<;ncur, dit-il , a bandé son arc, et a décoché ses flesches d'amour dans le cœur

tu

SÉÊùkùfi

du petipte dlsfdtn , et tons ont esté estneuft de sa vcnu{f, et ont chnnté , /fo* iannà fitio Dûtià : ficny j^it le ftls de David ; BenedictUi qui venît in nomine Vomini (1) : Beny soit celUy qui vient an nom du Seigneuf : car il a par sa douceur et par son humilité captivé tous les cœurs du peuple d'Israël ; au lieu que s*il fust entré eu quelque autre equipaec, 11 les eust tous effrayez. La première raison donc pouir laquelle Nostre^igtieur choisit cet animal pour faire son entrée en Hierusatem, c*cst qu*il est humble.

La seconde raison, c'est parce qu*il est lirandement patient, d*autant qu'il soufïbe qu'on le halte et qu'on le maUraile sans se

{)Ialndre ny sans que pour cela il en oublie amais sa crelche, ny donne des ruades , mais 11 endure tout avec une grande patience.

Nostre-Selgneur a tellement aymé cette Vertu , qu'il s'est voulu donner luy-mesme ttux hommes pour miroir et exemple d'i- Celle ; car il a souffert qU*on Taye battu et maltraité avec une patience invincible ; il a enduré tant de blasphèmes, tant d*in- Jiirp!;i et de calomnies sans jamais se plaindre.

Or rhumilité a une si grande convehanceet rapport avec ta patience, qu'elles ne peuvent subsister Tune sans Tautre; et coliiy qui veut estre humble , il faut qu^il soit patient pour supporter les mespris , censures et reprchensions que les personnes humbles doivent souffrir : de mesme, pour estre patient , il faut estre humble ; car Ton ne sauroit supporter longuement les travaux et les adversitez de cette vie sans avoir Thumilité , laquelle tHnis rend doux et patiens. Nostre- Seigneur donc voyant ces deux qualitez en cet kinimal . il le choisit plustost que nul autre pour faire son entrée en Hierusalem.

Le troisiesme motif qu'il eut encore de ttiolsir cet animal, fUt parce qu'il estobeyswnt, et se laisse charger comme l'on veut, «t autant que Ton veut , sans respugnance et sanssecoUer en aucune manière le fardeau qu*on luy impose , mais porte le faix qu*on iuy met sur le dos avec une soubmii^ion et souplesse très -grande. Certes Nostrc-Scigncur ayme tollcmont l'obeyssancD et souples^, qu*il a voulu luy-mcs*

(1) s. lUIth. Ub

me nous en donner l'exemple ; il a poiié par obeyssanco le po>anl fanJeaii de nos iniquitez, dit le prophète làiiye : reré Ituvguores nostros ipse tulit, et dohres nosiros ipseportavit (I); ayant voulu souffrir pour icelles tout ce que nous avons mérité pour satisfaire à la jiistice de son Père éternel. 0 qu'heureuses sont les âmes qui sont obeyssantes et soubmiscs, et qui se laissent charger comme on veut, se soubmeltantà toutes sortes d'obeyssonces sans répliques ny excuses , supportant de bon cœur le joug et le fardeau qu'on leur impose 1

Certes, si nous voulons estre dignes de porter Noslre-Seîgncur, il faut que nous soyons revestus de ces quatre qunlitez : d'humilité, de patience, d'obeyssance et soubmission ; et alors Noslre - Seigneur montera en nos cœurs, et comme un divin escuyer il nous conduira selon sa tnsssaincte volonté.

Nostre - Seigneur donc voulant choisir l'asnesse pour sa monture, il envoya deux de ses disciples en un petit village qui estoit proche, leur disant : lie in canif tlufHj guod contra vot est; et statim invrnieliê afinamalUgatam, et pultum mm ea:

tohite, et àdducite mihi; et fi guis tobis aîiquid dixerit , dicUe , quia Dominus his opus habet (2) : Allez en ce village prochain , et desliez l'usnesse et rasnon que vous y trouverez, et me les amenez ; et si quelqo'un y trouve h redire, dites-leur que le Seigneur en a besoin. Ce qu*entendant ils sortirent à Tinstant , et allèrent où leur bon Maistre les envoyoît , et ayant deslié ces animaux ils les luy amenèrent.

Or je remarque sur ce subjet que ces deux apostres furent grandement simples et obeyssaos àfaire ce que Nostre-Scigneur leur disoit sans aucune réplique. Ne luy pouvoient-ils pas bien dire : Vous nous dites que nous vous amenions ces deux bestes ; mais comment connoistrons-nous que ce sont celles que vous voulez? n'y at-il que celles-là dans ce village? Nous les laissera- t-on bien amener? et plusieurs autres semblables raisons que la prudence humaine leur pouvoit fournir en telle occasion. Certes il y a des âmes si réfléchissantes, qu'elles Ireuvent tousjours mil

(1) iMlt, UXV. - (i) s. MUh M3U.

POUR LE DIMAMGUK DES RAMEAUX

repDques à faire sur toutes les choses qu*on leurordonne, elles ont tantdc regards, elles font tant d'interprétations , Ton ne void en elles aucune soubmission ; et ce dciïuut est cause qu'elles vivent en de perpétuelles inquiétudes. Muis ces apostres firent ce qui leur estoit commandé sans aucune réplique , parce qu'ils estoient obeyssans , et qu'ils aymoient l'obeyssance ; car c'est une marque qu'on n'ayme pas le commandement quand on trouve tant de répliques et de raisons pour ne faire là chose commandée , ou pour y fbire voir de grandes difficultez. Vous verrez par exemple une personne dans le monde à laquelle on or* donnera de firéquenter les sacremens , et s*adonner aux exercices de dévotion : 0 Dieu , dira-t-elle , que pensera-t-on si Ton me void faire Toraison , me confesser et communier souvent? Hô 1 de quoy vous mettez-vous en peine ? allez simplement et laites ce qu'on vous commande.

Nostre-Seigneur savoit bien qu'il se trouveroit des personnes qui demanderoient à ses disciples ce qu'ils vouloient faire de ces bestes, et où ils les vouloient mener : c'est pourquoy il leur dit : Si quelqu'un vous veut empescher de les amener , dites-leur . Quia Oominus his opus habet; Que le Seigneur en a besoin , et ils les laisseront aller. Ils s'en allèrent donc avec ces paroles de leur bon Maistre , et firent ainsi qu'il leur avoit ordonné.

Mais remarquez, je vous prie , cette parole ( le Siùgneur en a besoin ) , car c'est QDC parole générale , laquelle on doit dire à tous ceux qui nous veulent empescher de taire ce qui est de la volonté de Dieu. Pourqooy jeusnez-vous? allez-vous ù confesse? et communiez-vous si souvent? disent les sages du monde ; dites-leur, parce que le Seigneur en a besoin , c'est-à-dire , que le Seigneur le veut ainsi. Pourquoy onlrez- Tous en religion? à quel propos s'aller enfermer dans un cloistre comme dans une prison ? Le Seigneur en a besoin. Pourquoy se faire pauvre et se réduire à la mendidté ? Le Seigneur en a besoin. En somme, l'on se doit servir de cette parole pour respoodre à tous ceux qui nous voudroient empescher d'accomplir la volonté de Dieu. 4e considère de plus que Nostre-Seigneur

commanda qu'on deliast ces bestes pour les luy amener, pour nous monstrer que si nous voulons aller à ïuy , ii faut soutlrir qu'on nous deslie des liens de nos péchez, de nos passions , inclinations , habitudes et afTeetions dépravées, qui nous empeschent de le servir et d'aller à luy.

Les apostres donc ayant des!ié l'asnesse et l'asnon , les couvrirent de leurs manteaux , puis Nostro-Scigneur monta dessus, et fit en cette abjection et humilité son entrée triomphante en Hierusalcm ; confondant ainsi le monde, qui renverse toutes ses maximes , et ne veut embrasser son humilité et mépris; car bien que Nostre- Sei{*neur crie et récrie : Beati paupcres spiritUj beati pacifici^ beali miles, beali qui perseculionem paliuntur propler juttHiaini bienheureux sont les pauvres d'esprit, les pacifiques, les débonnaires, et ceux qui souffrent persécution pour la justice ; le monde tient tout le contraire » et ne cesse de dire que malheureux sont les pauvres et ceux qui souffrent; et quo ceux-là sont bienheureux qui ont beaucoup de biens et de possessions, et ainsi du reste. Mais Nostre-Seigneur renverse aujourd'hui toutes ces malheureuses maximes, faisant son entrée royalo en Hierusalem, non comme les princes du monde, qui , voulant entrer en quelque ville , le font avec tant de pompe et d'appareil ; il n'a auire monture qu'une usne^se , couverte des vils et pauvres manteaux de ses apostres. 0 qu'heureuses sont les âmes que Nostre-Seigneur choisit pour sa monture , et lesquelles sont couvertes des habits des apostres, c'est-à-dire revestuës des vertus apostoliques ; air elles seront capables do porter nostre divin Sauveur , et d'estre conduites par luy. Bienheureuses sont les âmes qui en cette vie s'exeramt en l'humilité; car elles seront exaltées là haut au ciel. Bienheureuses sont celles qui s'exercent en la patience, car elles auront une paix qui sera perpétuelle ; et pour leur obeyssance, elles recevront un comble de bénédictions en cette vie, et béniront éternellement le Père, le Fils et le Saincl-£spriten l'aulre. Dieu nous on fusse la ^acc. Amen. D. S. B.

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SERMON

POUR LE JOUR DES RAMEAUX

QCE LÀ YIB DE L'HOMME SUR LA TERRE EST UNE GUERRE, ET GOMME NOUS NOUS T

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