‹ Œuvres complètes; nouvelle édition collationnée et augmentée des lettres de Sainte Chartal, des lettres inédites de l'auteur, du portrait de lui et d'autographes (volume 2)Chapitre 60 sur 356 · SERVO · texte numérisé non relu

SERVO

Cra lesquelles estdent fndabîtablement plusîeuri de ceux qui s'estoient treuvez à la mort et passion de nostre doux Sauveur: conversion laquelle appartient au mérite de cette admirable prière, qu'il avoit faite pour eux à son Père céleste, en Pacte Diesme des injures et des tourmens qu^ils luy faisoient souffrir. Chose admirable certes ; pendant que ces hommes meschans et perGdes vomissoient contre luy et contre son Pcre étemel des blasphèmes insupportables, disant: S11 est tout-puissant comme il dit, et s'il se confie tant en son Pero qui Ta envoyé , qu*ii rappelle donc maintenant à son secours : il a sauvé les autres , qu*il se sauve soy-mesme , et s'il estroy d'Israël, qu'il descende maintenant de la croix, et nous croirons en luy. Jlios $alvo$ fecit^ êeipsum non potesi salvum facere : Si rex Israël est. descendat nunc de crticet et credemus ei. Paroles vrayement diaboliques : mais rinfmie bonté de Nostre-Seigneur en mesme temps eslançoit des soupirs de compassion, et des paroles plus douces que le miel à son Père étemel, afin qu'il leur pardonnast et leur donnast sa grâce. Mon Pcre , pardonnez-leur, disoitil, car ils ne savent ce qu'ils font : Pater ignosce Ulis, non enim sciunt quid faeiunt. Je ne demande pas, vouloit-il dire, que vous me pardonniez, ains je me soumets de bon cœur à supporter les effets de voslre justice pour les hommes : prenez sur moy la vengeance de leurs péchez. In me pro crimine couverte iram, et sume viniiclam. Mais quant aux pécheurs, ah ! je TOUS prie, pardonnez-leur, car tel est mon désir. Donc le premier leg que fit Nostre- Seignenr en son testament, fut de donner la grâce aux pécheurs, par le moyen do laquelle ils pcussent parvenir à la gloire eternetle, en laquelle nul ne peut entrer sans sa grâce, et sans le mérite de sa passion. Or, Nostre-Sauveur ayant desjà monstre que tres-veritablementil estoit appelé Sauveur, en méritant et donnant la grâce aux pécheurs, il promet après la gloire au bon larron qui estoit pénitent. Où il faut remarquer en passant que l'un des larrons se convertit, et l'autre non : £t nos quidem juste, nam digna factis redpimus^ et quant à nous, dit le bon larron, nous somnies justement condamnez et punis de nos mes&iits, parce que nous avons tous-

jours esté meschans, et ayons Mt de grande péchez pour lequels nous méritons cesie punition , confessant ainsi ses fautes en s*humiliant.

Le mesme devrions-nous foire tontesfois et quantesque nous recevons quelque affliction, disant comme le bon larron, tfi- ■ gna factU reeipimus, nous sommes justement condamnez et punis de nos pecbex, ' confessant que c'est pour nosmesfaits que nous souffrons : mais helas ! nous demeurons souvent dans l'endurcissement comme le mauvais larron qui blasphemoit encore en mourant : où au contraire, le bon lar- ron ayant fait la confession de ses fautes, ' soudain^ipres il en demanda l'absolution à Nostre-Seigneur, disant : Domine^ iwir- ' mento mei, cum ven eris in regnum tuum^ Seigneur, ressouvenez-vous de moy qu an vous serez en vostre royaume; ti quoy nostre doux Sauveur respondit gracieusement : En vérité, je te dis qu'aujourd'huy tu seras avec moy en paradis : jémen dieo^ tibi hodie mecum eris in paradiso. Ce ftit ' la première fois (que l'on sçache) qu'il aye fait cette promesse.

0 1 quelle douce et gracieuse parole fut celle-cy : Aujourd'huy tu seras avec moy t " Grand, certes, a tousjours esté l'amour de ' nostre Sauveur envers les penilens. Ua peu auparavant il demandoit que la graoe fust donnée aux pécheurs, et maintenant il donne sa gloire aux penilens ; parce que la grâce rend les pécheurs penitens, et les penitens sont rendus dignes de la gloire, le ciel n'estant presque remply que de penitens. Nostre-Damo , et comme plusieurs tiennent, S. Jean-Baptisle, S. Joseph, et quelques autres n'ont point eu besoin de pénitence, d'autant qu'ils ont esté prévenus de la grâce, laquelle les a empesches de tomber dans le malheureux principe du péché mortel; mais spécialement la tressaincte Vierge Fa esté d'une façon toute particulière, ayant esté préservée du pèche tant originel qu'actuel, et mesme de l'ombre du péché, et en une manière si excellente, qu'elle n'a jamais commis aucune imperfection ; mais pour le re^te des hommes qui ont atteint Page de raison, il est certain qu'ils ne vont en paradis que par la pénitence.

Les martyrs mesmes ont esté penitens, ayant respandu leur sang, dans lequel ils

POUR LE JOUR BU YEIfDREDT SAIIfGT.

peiv comme dans un bain de pe- H tous les tourmens qu'ils ont 'ont esté que des actes de peni-

feseeurs ont aussi esté penitens :

des hommes n*est entré au ciel ence, et sans se recognoistre peepté la tres-saincte Vierge, ainsi

avons dit, et comme Ton peut iz dont nous avons parié. Mais ralcment sans exception, ouy sire-Dame, ont eu besoin du me- Dg de Nostre -Seigneur : sang leindit des odeurs et des parfums 18, tant devant la majesté du lel, que devant les hommes, qu'il )S8ible qu'il ne fust recognu pour ig, non d'un homme seulement, lomme qui estoit Dieu et homme nble : de sorte qu'on peut dire Bg tres-sacré estoit comme Tenel estant jette dans le feu , reumée tre&odoriferante de toutes le sang de Nostre-Seigneur dison corps tres-sacré en terre juslemiere goutte, jettoit des paraves, que cette odeur précieuse sques au bon larron , lequel en i si grave suavité, qu'à Tinstant a convertit et mérita d'ouyr cette mse parole : Hodie mecum eris '40, aujourd'huy tu seras en rec moy ; paradis duquel nostre veur n'avoit pas voulu parler

ce qu'il fust tout proche d'y

iSirCd donc pas là une marque rée, mes chères âmes, qu'il esnent Sauveur, puisque si absopromet la gloire, et ne diffère donner, ains aujourd'huy, dil-il, ligne d'une grande consolation ïchcurs! Et ce que sa bonté a le bon larron, il le fera sans ' tous les cnfans de la croix, qui ^is chreslicns. 0 heureux encroix , puisqu'on mesme temps îrez pénitence, et vous repentii péchez , vous serez asseurez in Jésus sera vostrc Sauveur, et îra sa gloire ; outre la grâce qu'il pécheurs, et qu'il demande pour Père céleste, avec une charité sose, qu'il ne l'appelle point son

Dieu et son Seigneur, comme nous verrons cy-après qu'il fera en parlant pour soy; sçacbant bien que cette parole de Père estant prononcée par l'amour cordial, est plus respectueuse que celle de Seigneur, et que partant il seroit plustost exaucé : et semble qu'il commence par là sa prière, pour charmer le cœur paternel de son Père céleste, afin qu'il pardonne aux pauvres pécheurs, pour lesquels il se rendoit pleige et caution devant sa divine majesté, comme s'il eust voulu dire : Mon Père, pardonnez aux pécheurs et à ceux mesmes qui me crucifient, parce que je suis icy pour payer pour eux, je suis monté sur cette croix afin de satisfaire pour toutes les debtes, et pour cela je repandray jusques à la dernière goutte de mon sang, bien qu'une seule fust plus que suffisante pour faire que vostre bonté leur pardonne leurs péchez , et que vous

i ne leur demandiez jamais rien. 0 Dieu! quelle douceur de cœur nostre cher Sau-

; veur fait paroistre envers les pécheurs. Mais outre cela, il luy restoit encore quelques legs à faire en son divin testament. Hé quoy ! me direz-vous, peut-il avoir encore quelque autre chose à donner? Ouy certes, mes chères sœurs. Il y a certaine délicatesse spirituelle dans l'amour, qui est un moyen très-singulier pour conserver la

, grâce acquise, et parvenir à un plus haut degré de perfection, ainsi que nous dirons maintenant.

Nostre-Seigneur regardant sa tres-be*

, niste Mère de ses yeux pleins de compassion, laquelle, selon le rapport de l'Ëvangeliste, estoit debout au pied de la croix avec son bien-aymé disciple , stabat

i juxta crucem : il ne lui voulut pas donner, ny demander la grâce à son Père éternel pour elle, d'autant qu'elle la possedoit d'une manière très-excellente; ny luy promettre la gloire, parce qu'elle luy estoit desja toute asseurée : mais il luy donne une certaine union de cœur et amour tendre pour le prochain, car cet amour cordial des uns envers les autres, est un don des plus grands et excellons que sa divine bonté fasse aux hommes. Femme, luy diUil, parlant de son bien-ayme disciple S. Jean, voilà ton fils, A/u/t>r, ecce filius tuu$, 0 Dieu ! quel eschange du Fils au serviteur» de Dieu à la créature? Neantmoim eUd

ne le refusa point, sçacbant bien qu'en la personne de S. Jean, elle acceptoit tous les enfans de la croix de Nostre-Seigneur pour siens, et qu'elle seroit désormais la chère mère de tous les chrestiens. Nostre-Seigneur nous enseignant par là, qu*il vouloit qne nous nous aymassions tous , si nous voulons avoir part à son divin testament et aux mérites de sa passion, d'un amour extresmement tendre et cordial, ainsi qu*estramourd'un bon fils envers sa mère, et de la mère envers son fils, lequel est en quelque façon plus grand que n'est pas ce* luy des peros.

Mais remarquezque TEvangelistodit que Nostrc-Dame es toit debout auprès de la croix , Stahat autem jtixta crucetn Jeêu Mater ejui; En quoy certes ont grand tort ceux qui pensent qu'elle fut tellement outrée de douleur qu'elle en demeura pasmée, car il est vray qu'elle demeura tousjours ferme et constimte, bien que sa douleur fust incomparablement plus grande que jamais aucune mère ayt resscnty pour la mort de son enfant, à cause de Tcxtresme amour qu'elle avoit pour Noslre- Seigneur, non-seulement parce qu il esloit son Dieu, mais aussi parce qu'il estoit son Fils très- cher et tres-aymablo.

0 que grande fut la constance de cette tres-Saincte Vierge, et du bien-aymé disciple Sainct Jean ; C'est pourquoy Nostre- Seigneur le favorisa d'une grâce si spéciale, luy remettant sa Ires-Saincte Mère; Mère la plus aymablo qu'il est possible d'imaginer. Cette vertu de constance et de générosité d'esprit a tousjours esté grandement chérie de Nostre-Seigneur au-dessus de plusieurs autres. Or bien que l'amour de Nostre-Dame fust vraymentplus fort et plus tendro qu'il ne se peut dire ny imaginer, et par conséquent sa douleur la plus vehemento que Ton puisse dire, ny penser en la mort et passion de son Fils Nostre-Sauveur ; cet amour neantmoins estant selon l'esprit, conduit et gouverné par la raison, il ne produisit point de mouvemens déréglez en l'affliiction qu'elle ressentit se voyant privée de son Fils qui luy ' causoit une consolation incomparable, ains elle demeura tousjours, cctto glorieuse Mère, ferme et constante au pied de la croix , et parfaitement soubmise au bon plaisir do Père éternel, qui vouloit que son

fils mourust pour le aalot et la radf

des hommes.

Nostre-Seigneur fut donc appel!

vèur à tres-justo raison, comme nou dcsja dit, puisqu'il en fit l'office aa la croix : Car si bien tout ce qu'il a rant le cours de sa vie mortolle a et nous sauver , et en intention de as pour nous à son Père céleste, neai ce qu'il fit en sa mort et passion est l'œuvre de nostre rédemption par lence , comme estant Tabregé et !

sommé de tout ce qu'il estoit ven pour nous en ce monde : Redemp laquelle il ne se monstre pas set digne du nom de Jésus, mais encon luy de Nazaréen, qui est la seconde de ce titre sacré que j'ay dit avoir i et considéré sur Tautel de la croix non au Dieu incognu : Ignoto DeOj Dieu mescoimu.

Le doux Sauveur de nos âmes donc qu'on l'appellast Jésus de Ka:

parce que Nazareth est Intel prel fleurie , ou fleurissante : Ego sti campi , Je suis la fleur des champs au Cantique des Cantiques : Et poi monstrer qu'il n'estoit pas seulemi fleur, ainS qu'il estoit un boucquc posé de Tassemblage des plus b< odoriférantes fleurs que l'on eusl se contrer, il a voulu garder le nom c rissent sur Tarbre de la croix. Mai moy , je vous prie , n'eust-on pas | dit que Nostre-Seigneur estoit ur flestrie, fanée et passée, estant sur l que fleurie? Regardez -le tout m playes, saly dé crachats infects et les yeux cavez et ternis , la face no de coups , pasle et décolorée à f tourmens, ayant respandu tout son les douleurs de la mort s'eslant dc!

sics de toutes les parties de son ci certes ce fut véritablement alors i monstre, non seulement fleury, aii rissant en toutes sortes de vertus :

grandes et belles, mes chères amc les fleurs que cette beniste planU mort et passion de Nostre-Sauveui clore et espanouir, pendant qu'il fui croix 1

Mais il faudroit trop de temps pot les présenter toutes : c'est pourquo; contenteray d'en choisir seulement

POUR LE JOUR DU TEIIDREDT SAIRGT.

IM

ém prindpeles que je ne feray que touoier en passant, les laissant par après odbrër lé resté dé bette journée â ùfiè cHàame de yoùs autres en particulier, afin

G' éîèur bdëuf tres-agreable puisse pafner iôule vostre aine, et l'embausmer jràn sàihct pr6t>08 9ë lés odorer souvent , j/H(a vostre àdvàiiceinénl eh là perfectiÔD. Or ces quatre flëùrs ne sont autres qiié quatre vétliiè des plus remarquables et nécessaires qui soient èh là vie spiritwlle.

La , emiére est la tres-âaihctè humilité, liquelle ccfhmé linë violette, relpandit une oitear eztrèsniemènt silavë éh fa mort et

eision dé Nostrë-Sauveur : la secondé est jMitience : lé trbisièsmè est la perseveikfiJDe : et la quàtricsme est iihe vertu

Èndément excellente, qiii est la trésicte indifférence.

Quant à là première, Nbstrë-Seigncùr iepractiqua-t*il pas au temps de sa passion Ibe humilité la plus jprofonde , là plus ve- Htablë et sincère qiii se puisse imaginer, hùà Ibuâ leâ tourmens, lèà mespris et ab- Jtetitths qu'il endura? ne practiqUa-t*il pas IHbi tetté vértii, eil ce que so pouvant tite ailler Hierosolimitain , oii bien de MUëèih , qiii estoit la ville où il cstoit ttf , et laquelle àppartenoit à son grand-

Btiavid, il ne le voulut neanlmoins îs prendre, pour monstrer qu'il choi- Ifatoit 'ce nom tout au contraire des grands dt monde qiii prennent tousjohrs les noms kt t>ltift honorables qu'ils peûvëtit : iriâis kf au contraire choisit le nom de la moînd^ ville qu*il pUst, prenant toujours pour Ato pttrtage Tabjection , là pauvreté et la

vine fleur flétrie à cause des doulAs mortelles doiit il estoit ènVifonflé , aè sorte qù*il sèmbloit qii^il eust expiré; car durant tout ce temps il ne dit pas un àèiil ino^, ains observa lin très-profond silence : Et de là vient que l'on a tousjôùrs ordonné qudtqùes heures de silence cfi tous les monaâ* tèresbieh réformez, pour imiter celùy qiie Nostre-Seigneur garda dur la croix.

Stais que pénsëz-vous quMl fàisbît ce divin Sauveur dé nos âmes durant ce silence^

Les Evangelistes disent qu*apres que îostre doux Sauveur eut prononcé les trois ]fhiàiieres paroles dont nous avons parlé , les teinebres se firent sur toute la terre Tespicë de trois heures, et que le soleil s*edipsà et cacha sa lumière : J^rat autem fête kara êexta : et ienebrœ factœ sunt tuf^ ^niversam tèirram usquè in horam mmàm : et obscuraius eet sol. En quoy je Almâgine qu'il fit un extrême plaisir à la Uie et aux esbilles , afin qu'elles eussent hioahenr de venir respahdre leur lumière CD la présence de ce vra]r soleil do justice, haùèr sèmbloit éstre entièrement éclipsé , wÛèoulèuriBfliôii ternie» et cette di-

noiis-inesines poilr nous considérer jpltis aiiehtiyetoent, ce qu'il nous fait entendre par cette parole qu*il dit ensuite, llôh biëu , mon t)ieu , pburqudy ih'avèz-voùs délaissé? tièUs meus ^ Deui înéui, ut " qûià dertliquisii nièf Câi* ayant considéré sa pauvreté , non tarit extérieure qu'intérieure , il eslâhçà celte parole de parfaibe humiliië , fàisàiit coanoislfe sa pauvreté, son abjection, et lé délaisséméhl intérieur où il estoit. Or il iie faut pas entendre qiie le Père céleste l'éust abàhdohiié d*iih âbaildon tel qu'il éiist éhtieretncnt rétiré sa protection paternelle pour un tils tant àymable : o non certes, cola he se pouvôit faire , estant joinct et uhy â sa Divinité. Mais quant au Seiitimeht du éëcoiirs de cette tres-saiticie protection, il estoit toiit j retiré en la pointe de son esprit , le i^cste I de Tamé et dû corps estant entièrement 1 délaissé à la merçy de toutes sortes de ■ peines, de méspris, d'afilictions et de souf- ' frances; de sorte que plongé qu'il estoit dans l'océan de tHbulations il s'ecrio : Véus meus. Deûs meus , ut quid derètiquistt ine 7 Mon Dieu , mon Dieu , poiirquby m*avez-vous délaissé? Durant le cours dé sa vie mortelle, il avbit quelquefois receu de la consolation , comme il tesmoignoit à ses âpostres, en la conversion ' des pescheurs ; mais en sa mort il n'en ' receut aucune, au contraire tout luy servoit ' d'affliction, de tourmens et d'amertumes. ! 0 que grandes furent les souffrances qu'il I endura alors ! Et que grande fut sa pauvreté intérieure, et que grand fut l'acte d'humilité qu'il practiquaen nous la faisant

cognoistre 1

Atais encore que pensons-nous que fit no6tre doux Sauveur, durant ce long si-

lence qu'il garda Bur la croix ; outre ce que nous venons de dire : Pour moy je croy qu*il regardoit tous les enfans de la croix, et tous Ic^ hommes en gênerai ; mais plus spécialement ceux qui tireroient du fruict de sa mort et pasàion. Il nous consideroit tous les uns après les autres , regardant tous les moyens qu'il nous devoit donner pour nouâ appliquer le mérite de ses souffrances. 0 Dieu I quelle douceur du cœur de ce divin Sauveur qui nous aymoit si chèrement? nous, diâ-je , chetives créatures , et ceux-mesmes qui estoient en l'acte du péché le plus énorme que jamais homme puisse faire ; c^r il n'y a point de plus grand péché que de hayr Dieu, qui n'est en quelque façon capable d'estre hay en soy-mesme; ains au contraire est digne d'un amour souverain : c'est pourquoy le péché que commirenf les Juifs qui crucifièrent Nostre- Seigneur fut le plus grand et le plus horrible qu'on se puisse imaginer ; car cq fut un monstre de malice : et neantmoins nostredoux Sauveur avoit des pensées d^amour pour eux, prévoyant les moyens qu'il leur devoit donner pour leur faire tirer du fruict de sa passion : et cecy appartient à la seconde fleur que nous avons prise à odorer, qui est la patience; patience qu'il practiqua en un degré si eminent que a'ia ne se peut dire; car jamais l'on n'entendit aucune parole de plainte sortir de sa divine bouche, ny ne rendit aucun tesnioignage (comme nous faisons nous autres dans nos peines) de la grandeur de ses soufl'ranccs, afin d'esmouvoir ceux qui estoient prcsens à compassion pour luy, quoy queses douleurs " fussent extrêmes et insupportables, estant attaché avec des clouds sur la croix , navré dès la teste jusques aux pieds , en telle sorte qu'il n'uvoit qu'une seule playe, ses os estant tous disloquez. Et quant aux douleurs intérieures, elles estoient encore sans comparaisen plus grandes : Et cette parole qu'il dit à son Père éternel , dont nous parlions maintenant, ne fut nullement dite pour se plaindre, ains seulement pour nous enseigner, comme au plus fort de nos peines, delair^semens et abandonnemens spirituels, nous nous devons adresser à Dieu , et ne nous plaindre qu'à luy, qui seul doit voir nostre affliction, ne souiïrant pas que les hommes s'en apperçoi vent que le moins qu'il se peut.

I Mais queHe ftit la douleur de nostre divin Sauveur, et combien grande fut sa pa* tience, entendant ces détestables blasphèmes que ses ennemis vomissoient contre luy et contre son Père céleste; voyant que la rage de leur cœur ne se pouvoit assouvir à force de le tourmenter , sans doute que cela luy outreperçoit le cœur plus sensiblement que les clouds ne perçoient ses pieds et srs mains tres-sacrés. Mais encore quel devoit estre l'attendrissement que luy causoit la douleur de sa tres-beniste Mère qui Faymoit si chèrement? Les cœurs du Fils et de la Mère s'entreregardoient non seulement avec une compassion nompareille , mais aussi avec une générosité et constance admirable , car ils ne se plaignoient point , ny ne destournoient point leur veutf l'un de dessus l'autre , pour rendre leur douleur moins sensible , ains ils se regardoicnt fixement.

Bref il n'est pas en nostre pouvoir de dire, ny mesme penser quelles furent les peines que Nostrc-Seigneur souffrit en sa passion , et cependant il ne se plaignit jamais ; il dit bien vrayment qu'il avait soif, silio; mais bien qu'il fust tres-vray qu'il eust soif, il ne demandoit toutesfois pas à boire ; car c'estoit du salut des âmes qu'il avoit soif. Il miinifesta neantmoins sa nécessité tout simplement, si vous le voulez prendre en ce sens pour noslre instruction, après quoy il fit un acte de très-grande soubmission , d'autant que quelqu'un des assistans luy ayant tendu au bout d'une lance un morceau d'eponge trempée dans du vinaigre , pour le désaltiTer , il la suça avec ses sacrées lèvres. Chose estrange, il n'ignoroitpas que c'estoit un breuvage qui augmenleroit sa peine; neantmoins il le prit tout simplement, sans rendre aucun tesmoignage qu'il ne l'eust pas treuvé bon; pour enseigner avec quelle soubmission nous devons prendre ce qui nous est donné quand nous sommes malades, mesme quand nous serions en doute que cela pourrcil accroistre nostre mal, prenant les viande qui nous sont présentées, sans rendre tan» de témoignages que nous sommes dégoûtez. Hélas! si nous avons tant soit peu de mal , nous faisons tout au contraire de ce que nostre tres-divin maistre nous a enseigné, car nous no cessons de nous lamenter et nous plaindre , ne trouvant pas asses di

POUR LE JOUR DU YEIfDREDT SAINCT.

penonnes poor leur raconter toutes nos doaleurspar le menu; etnostre mal, pour petit qu'il soit, nous semble incomparable, etoeluy que les autres souiïrent n*cst rien en comparaison : nous sommes plus chagrins et impatiens qu*il ne se peut dire. Enfin c'est une chose digne de grande compasion de voir combien nous sommes peu flutateurs de la patience de noslre Sauitur, lequel s'oublioit de ses souffrances , et ne taschoit point de les faire remarquer |ir les hommes ; se contentant que son Fsre céleste par Tobeyssance duquel il les oduroit les considerast , afin qu'il appaiiBst son courroux envers la nature humaine pour laquelle il souffroit.

La troisiesme vertu que Nostre-Seigneur BOUS présenta sur la croix, comme une ftur tres^greable et suave à odorer, es la tres-saincte persévérance , vertu sans laquelle nous ne sçaurions eslre dignes du fhiict de sa mort et passion ; car ce n*est pas tout de bien commencer si Ton ne-per- Nvere jusques à la fin, estant chose esseulée que Testât auquel nous serons à la fin de nos jours , lorsque Dieu coupera le fil de nostre vie, sera celuy dans lequel nous demeurerons dans toute Teternite. Bienheureuse donc sera Tame qui persévérera ibien vivre, et faire ce à quoy elle est obligée en imitant Nostre-Seigneur, lequel ijant persévéré en la praclique do toutes ks vertus, a esté (comme dit S. Paul) Qbey>sant jusques à la mort de la croix : Pactuê est obediens usque ad mortem^ Wiortem autem crucU; c'est pourquoy il dit enfin tres-verit;)blement : Consummahun est , tout est consommé.

0 que ce fut une parole admirable que eelle-cy 1 Tout est consommé, c'est à dire il ne reste plus rien à faire de ce qui m'a esté commandé : Et que les âmes religieu- Ks seront heureuses , si à la fin de leur Tie elles peuvent dire véritablement à rexemple de Nostre-Seigneur : Consuma «afiim esty Tout est consommé; il ne me reste plus rien à faire , j'ay accomply tout ce qui m*a esté commandé soit par les règles et constitutions, ou par les ordonnances des supérieur» ; j'ay persévéré fidclcaient en tous mes exercices.

Laquatricsme vertu que Nostre-Seigneur sons présenta à adorer en sa passion , une fleur tres-aymable , est la

saincte indifférence qui est la plus excellente de toutes , car elle est la cresme de la charité, Todeur de Thumilité, le mérite ce semble de la patience , et le fruictde la persévérance : grande certes est cette vertu et seule digne d'estre fidèlement practiquée dos plus chers enfans de Dieu.

Mon Père, dit nostre divin Sauveur, après avoir dit la sixiesme parole : Je remets mon esprit entre vos mains : Pater, in manus tuas eommendo spiritum tneum. 11 est vray, vouloit-il dire, que tout est consommé , et que j*ay accompli tout ce que vous m'aviez commandé, mais pourtant si c'est vostre volonté que je demeure encore sur cette croix pour souffrir plus long-temps, j'en suis content; je remets mon esprit entre vos mains, vous en pouvez faire tout ainsi qu'il vous plaira. Ainsi devons-nous faire, mes chères sœurs, en toutes sortes d'occasion, soit quand nous souffrons ou quand nous jouyssons : Mon Père, devons-nous dire, je remets mon esprit entre vos mains, faites de moy tout pe qu'il vous plaira, nous laissant conduire à la volonté divine, sans jamais nous laisser préoccuper de nostre volonté particulière.

0 certes il est vray que Nostre-Seigneur aymc d'un amour extrêmement tendre ceux qui sont si heureux que de s'abandonner totalement à son soin paternel , se laissant gouverner par sa divine providence tout ainsi qu'il luy plnist , sans s'amuser à considérer si les effocts de celte providence leur sont utiles , profitables ou dommageables , se tenant tres-asseurez que rien ne nous sçauroit estre envoyé de œ cœur paternel et tres-aymable, de quoy il ne nous fasse tirer du bien et de l'utilité , pourvcu que nous ayons mis toute nostre confiance en luy, et que de bon cœur nous disions à son imitation au Père éternel, je remets mon esprit entre vos mains : In manu* tuas eommendo spiritum meum; et non seulement mon esprit, mais encore mon ame , mon corps et tout ce que j'ay, afin que vous on disposiez comme il vous piaira: et si nous fai>ons cela , nous vérifierons que tres-viTitablemcnt Nostre-Seigneur est nostre roy, qui est la troisiesme qualité que Pilate luy donna. Mais il veut, ce divin roy de nos cœurs, que noua demeurions

SERMON

soubmls àbsotument et Bans reserve à ses

sainctp^ voloptez.

Or pour i)0U8 njonstrer qu'il est véritablement nostre roy, il expose son ame, c*e9t à dire sa vie , à la cruauté des homijfies s^s ennejnis, pour nous défendre de tous malheurs , et nous donner la paix que nous avjons perdue pour jamais par le péché eyant pris sur soy tous les coups de la justice divme , afin de nous restablir en sa ipaoe f et nous rendre dignes de sa miséricorde : justice qui se devoit exercer sur nous qui estions ceux contre qui elle estoit justement irritée, et non sur luy qui estoit innocent.

Consideron9 donc si très-justement il ne doit pas estre appelle nostre roy, ayant un tel soin de garantir son pauvre peuple de tant de malheurs, l'ayant défendu et délivré des mains de ses ennemis , au péril de sa propre vie. Or pui^u'il est nostre roy, ii nous faut soubmettre tout ce que nous ^vons pour son service , luy donnant nos corps , nos cœurs et nos esprits , afin qu'il en fas3e comme de chose sienne , et que jamais nous ne nous en ^rvioçs qbe pour

son honiietir, et non peur conlveveBir à aei sainctes lois.

Mais quelles sont-elles, me direb-voua, les loix de nostre divin roy î ce sont, mei chères sœurs, toutes les vertus que je viem de dire, qu'il a practiquéesen opérant no» tre salut , par lesquelles il nous a doiuitf l'exemple oe ce qu'il veut que nous tesions pour son sainct amour.'

Exerçons-nous donc en la practique de la saincte humilité, générosité, patience, constance, persévérance, et enfin en If tres-aymablo et excellente vertu d'indifférence : vertus lesquelles il veut particuli» rcment que nous apprenions de luy en 00» sidéra tion de sa mort et passion , et en b practique desquelles il veut que nous lu] tesmoignions nostre fidélité et noatfi amour, puisque ç*a esté en les praetiquaol qu'il nous a tesmoigné l'excellence et l'aF deur du sien envers nous qui en estiow tres-indignes ; amour qui luy a fait donnai sa vie pour nous acquérir la grâce et b gloire, où nous conduise le Père, le Fila, ai le Sainct-Esprit. Amen.

SEtlMON

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