POUR LE III* JOUR DE PASQUES
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traîUeray de trois sortes de paix desquelles Noslre-Seigneur a fait présent à ses apostres.
La première est la paix du sainct Evangile , et de la saincte Eglise ; car hors de Tobservance du sainct Evangile et de robéîlssance à la saincte Eglise , il n'y a que trouble et inquiétude , ainsi que nous dirons bien-tost.
La seconde sorte de paix est distinguée par les SS. Pères en trois parties ; à sça- Toir, la paix avec Dieu , la paix les uns avec les autres , et la paix avec nous-mesmes.
La troisiesme sorte de paix est celle que nous posséderons en la vie éternelle. Si fay du temps je traitleray de toutes ces diverses sortes de paix , mais du moins parleray-je des deux premières.
Les Lsraëlites ayant quitté Tobservance des commandemens de Dieu , et s'estant départis de sa loy , Dieu , justement indigné contre eux, les laissa en punition de leors péchez tomber entre les mains des Ifadianislcs leurs ennemis jurez , et ainsi il leur esta sa paix en laqut^lle il les avoit tousjours maintenus tandis qu'ils luy avaient esté fidèles. Grande certes est la punition que Dieu tire de nous lors qu'il BOUS laisse et abandonne entre les mains de nos ennemis et ne nous tient plus sa tres^aincte protection ; car c'est un trèsgrand indice de nostre perte, parce qu'indubitablement les Madianistes, c'est-àdire nos ennemis spirituels , auront prise sur nous, et nous demeurerons vaincus.
Les Madianistes donc ayant résolu de brasier les Israélites à petit feu , comme l'on dit , venoient troupes à troupes dans leurs villages au temps de la cueillette et de la moisson , et leur emportoicnt et ravissoient tous leurs bleds, de sorte qu'ils De leur laissoient rien pour vivre.
Or la bonté de Dieu , qui est incomparable envers les hommes, les ayant laissez aÎDsi en la puissance de leurs ennemis , * par l'espace de sept çns , se résolut enfm d'avoir pitié d'eux, et envoya un ange annoncer à Gedeon , qu'il vouloit que les Israélites fussent rcstablis en leur première paix et liberté, et que ce fust par son moyen ; si que l'ange l'ayant trouvé dans on lieu où il battoit du bled , il le saliia en cette sorte : 0 homme très-fort entre les kommes , le Seigneur est avec toy : D(h
minus tecum , virorum fartissime , luy faisant entendre que Dieu vouloit qu'il quittast son occupation , et qu'il prist les armes contre les Madianistes , et que sans faute il remporteroit la vicloire et terrasseroit ses ennemis : rade in hae fortitu-
I dine tua , et liberabis Israël de manu
'■ Aîadian; Va, luy dit-il, en ta force, et tu délivreras Israël de la puissance de Madian. Paroles desquelles Gedeon demeura
I bien estonné : Hé ! se dit-il à l'ange , comment est-il possible que ce que vous dites soit vray ? Vous dites que le Seigneur est avec moy ; si cela estoit , comment se pourroi t-il faire que je fusse saisi et environné de tant d'affliction? Le Seigneur est le dieu de paix , et je suis tousjours en guerre et en trouble.
Grand cas de la tromperie et de Tabus des hommes , qui croient que là où est Nostro-Seigneur , l'affliction ny la peine n'y peut estre , ains que la consolation y abonde tousjours : 6 certes cela n'est pas ; au contraire , lorsque nous sommes dans l'affliction et dans les tribulations , Nostre- Seigneur se tient plus près de nous, d'autant qu'alors nous avons plus besoin de sa protection et de son secours : Dominus tecum, vivorum fortissime^ Le Seigneur est avec toy, 6 homme très-fort, dit l'ange à Gedeon , nonobstant que tu sois si affligé. Hélas ! luy respondit-il , comment osez-vous m'appeler fort, veu que je suis si foible ? Remarquez , je vous prie , que c'est le propre de l'ennemy de nous faire sembler foibles , nous faisant croire que nous n'avons nulle force, afin de nous décourager. Vous me dites, poursuit-il , que je prenne les armes, etque je demcureray victorieux :
! Hé , ne sçavez-vous pas que je suis le moindre de tous les hommes? C'est tout un , dit l'ange ; Dieu veut que ce soit toy qui délivre les Israélites de l'affliction en laquelle ils sont. Bien, dit Gedeon ; jecroy ce que vous me dites ; mais afin d'en estre plus certain y je desirerois qu'il vous pleust me donner quelque signe par l(>quel je puisse connoistre que véritablement il arrivera ainsi que vous me dite:". : Si inveni gratiam coram te, da mihi signum quod tu sis qui loqueris ad me. Lors l'ange condescendant à son désir luy dit: Va, prends un chevreau ot dresse un sacrifice, et l'ayant préparé presente-le au Seigneur ,
KERMON
ce que Gedeon fît fMromptemenl ; et ayant appresté le chevreau , et fait des tourtes cuites sous la cendre , il revint et drossa le sacriGce , lequel estant préparé , Tange le toucha du bout d'une baguette : Summiiate virgœ ascendit ignis de petra, et soudain le feu du ciel monta de la pierre , qui le consomma , puis Tango disparut: ce que voyant Gedeon: Ha, dit-il, je suis lïiort , car j'ay veu Tange du Seigneur face à face : Heu mihi , Domine Deus , quia tidi Angelufn Domini, fade adfaciem.
C'estoit TopiniOQ commune du vulgaire , qu'un homme vivant ne pouvoit voir un ange sans mourir : mais ceste opinion estoit fausse , car l'expérience a voit dosja fait voir le contraire en plusieurs à qui ils estoient apparus. Mais Gedeon s'estant un peu rasseuré, il fit ce qui luy estoit commandé par l'ange , lequel jusques alors il a voit tenu pour quelque prophète passager, et depuis il fit eslever un autel au lieu où l'ange luy avoit parlé , qu'il nomma Domini paœ , la paix du Seigneur ; parce que la paix luy avoit esté annoncée de la part du Seigneur en ce lieu-là.
Or il n'y a point de doute , mes chères âmes , que la croix nous représente merveilleusement bien cet autel sur lequel fut fait ce sacrifice de la paix, et qui peut estrc nommé DominipcuCy la paix du Seigneur; ou que plustost le sacrifice de Gedeon , et son autel ne fust la figure du sacrifice qu'offrit Nostre-Seigneur sur Tautel de la croix, puisque ce sacrifice ^ esté appelé le sacrifice de pacification : les hommes ayant esté pacifiez avec Dieu , et receu la paix par eux-mesmés , par le moyen de liji grâce que Nostre-Seigneur leur a acquise par sa mort et passion , en laquelle il fut pour nous fait péché, ainsi que dit S. Paul, c'est à dire qu'il fut fait , luy qui estoit impeccable, comme pécheur devant la face de Dieu son Père , ayant par une bonté inouye , pris tous nos péchez sur luy, afin de satisfaire pour nous à la justice divine : en quoy il fust offert comme un chevreau rosti.
En l'ancienne loy il n'esloit pas si expressément commandé qu'on celebrast la Pasque en mangeant un aigncau, qu'on ne pust prendre un chevreau au lieu d'un aigncau , de sorte que l'on se pouvoit servir do Tun ou de l'autre : de mesme en cette
Pasque ou en ce sacrifice que célébra Nostre-Seigneur au jour de sa passion , il s*offruit luy-mesme en sacrifice , non seulement comme un aigncau innocent , tout bénin et plein de purclé, ains aussi commft un chevreau qui représente le pécheur, parce qu'alors il fust pour nous fait comme pécheur.
Le sacrifice de Gedeon estant dressé , l'ange le toucha d'une baguette, par le moyen de laquelle le feu monta de la pierre , ou plustost descendit du ciel et lî^ consomma : de mesme le sacrifice de là croix estant dressé, le Père éternel, et non un ange , le toucha do la baguette de son amour infiny, et soudain le feu de sa trèssainctc charité survint qui consonuna le sacrifice. Et tout ainsi que par ce signe dé Gedeon il demeura confirmé en l'espérance de l'événement de la paix, et de la victoire qu'il devoi t remporter sur les Madianistes : de mesme le sacrifice de la croix estant consommé , et Nostre-Seigneur ayant dit ; Mon Père, je recommande mon esprit entrç vos mains ; Pater, in manus tuas cornmendo spiritum meum : Tout est consommé, Consummalitm est ; soudain les hommes furent confirmez on Tesperance que les prophètes leur avoienl piir tant dp siècles donnée qu'un jour ils possederoienf la vraye paix , et que l'ire de Dieu estant appaisée par le moyen de ce sacrifice dé pacification, ils seroient rendus victorieux et triomphansde tous leurs ennemis.
El c'est ce que vouloit dire Nostre-Seî:' gneur à ses apostres , quand se monslranj à eux, après sa résurrection , il leur dit : Paœvokis , la paix soit avec vous ; Voyei mes pieds et mes mains , f^idete manuf meas , et pedes, quia ego ipse sum , leur monstrant un signe certain que la paix leur estoit donnée par le moyen de ses playes , comme s'il eust voulu dire : Qu'avez- vous, mes apostres? Je voy bien que vous estes tous craintifs ; mais désormais vous n aurez plus aucun subjet de craindre ; car je vous ay acquis la paix que je vous donne : non seulement mon Pore céleste me la doij comme à son Fils bien-aymé, ains il me 1q doit encore, parce que je Tay acquise au prix de mon sang et de ces playes que jç vous monstre. Ne soyez donc plus désormais si craintifs , car la guerre est finîg ; vous avez eu quelque raison de crainort
POUR LE ni* JOUR DE PASQUES.
ijpg passez quand vous m'avez veu , ou du moins vous Tavez ouy dire ; s m*ont abandonné , excepté l'un vous qui m*a esté Gdolle : vous avez 3eu que j'ay esté battu , couronné 69, navré depuis la teste juxqu'aux Bttacbé à la croix, et souffert toutes de tourmens, d'opprobres, de dcriii d'ignominies ; et qu'enfin tous nerois s'estant bandez contre moy, rat fait mourir d'une mort tres- : mais maintenant ne craignez plus, soit en vos cœurs , car je suis touslemcuré victorieux, j'ay terrassé Demis , j'ay vaincu le diable , le et la chair. N'ayez donc plus de y car j'ay fait la paix entre mon Pcre et les hommes , et les ay rcconciic luy par ce sacrifice que je luy ai D mourant sur l'arbre de la croix.
3 à cette heure je vous ay en difoîs donné la paix ; mais maintenant montre comme je vous l'ay acquise de mon sang. Je suis pauvre de emporels , et ma grandeur ne conn'nt en la i)ossession des biens de la 'autant que je n*en ay point eu tout )s de mu vie, vous le sçavez ; mais ute richesse j'ay la paix , laquelle 3gs que je vous fis en me séparant ), et lequel je vous confirme de re- 'autant que tout ce je donne à mes lers amis est la paix ; donc , Pax paix vous soit et à tous ceux qui t en moy.
, leur avoit-il dit auparavant , et ez aux hommes les choses que je f apprises, et entrant es maisons , It^ paix soit céans , Pcuc huic do- )ipme s'il cust voulu dire : Ânnon- 30Td en entrant es maisons , que y allez que pour annoncer la paix de t , et quiconque vous recevra dea en paix : ou au contraire quiconjs rejettera aura indubitablement re.
voyez donc comme le sainct Evan- ^mme la suincte Eglise ne sont que /Evangile a esté commencé par la . par après il ne presche que la paix, ons-nous pas qu*en TEvangile qui iu la nativité de Nostre-Seignc^ur, ps nous jinnonçant la paix chan-
Gkrire à Dieu es lieux tre&-hauts »
et paix jBn terre aux hommes do bonne volonul ; Gloria in altissimii Deo , et in terra pax hominibus bonœ voluntatis. Je vous laisse ma paix, dit Nostre-Soigneur à ses apostres avant sa passion, et en leur )ersonne à tous les enfans de son Espouse, e vous donne ma paix ; mais je ne vous a donne point comme le mondo la donne, ains comme mon Père l'a donnée : Paeem relin^uo vohis^ paeem meam do vobii ; non'^juomodo munduê dat, ego do vobis, comme leur voulant dire : Le monde ne donne point ce qu'il n'a pas , quoy qu'il promette , car c'est un trompeur ; il amadoue les hommes , leur promettant beaucoup , et puis enfin il ne leur donne rien , se mocquant d'eux après qu'il les a ainsi trompez : mais moy je ne vous promets pas seulement la paix , ains je la vous donne , et non pas une paix telle quelle, mais telle que je l'ai reccuë de mon Père, par laquelle vous surmonterez vos ennemis , et en demeurerez victorieux. Il est vray qu'ils vous feront tousjours la guerre ; mais nonobstant leurs assauts vous conserverez la tranquillité et le repos de vos âmes. En somme le sainct Evangile ne traite presque partout que de la paix , et comme il commence par la paix , de mesme il finit par la paix , pour nous enseigner que c'est l'héritage que nostre divin maistre a laissé à ses enfans, qui sont à la subjection de la saincte Eglise nostre mère , et son espouse tres-chere.
Mais comme ceste paix est un peu bien générale , il nous faut traiter de la seconde, qui est celle qui nous pacifie avec Dieu, le prochain et nous-mesmes.
Quant au premier point , nous avons desjà dit , que c'est par le moyen de la mort et passion do Nostre -Seigneur que nous avons esté pacifiez et reconciliez avec Dieu le Père. Mais comme depuis nous nous sommes rendus tant de fois rebelles et dosobeyssans à ses divins commandomens , ayant perdu c^ste paix que Nostre- S(Mgneur nous avoit acquise, autant de fois que nous sommes tombez dans le péché mortel , nous avions besoin d'un nouveau moyen de reconciliation. Or c'e»t à cesttî fin que nostre divin Sauveur a establi le tres-sainct et tres-auguste Sacrement de l'autel , afin que comme nostre paix avoit esté faite avec son Père céleste pir le n-
SERMON
crifioe qu'il luy offrit de luy-mesme sur la croix, il fiistsemblablementappaiséparce divin sacrifice de rEucharislie , autant de fois qu'il nous arriverait d*irriler sa divine justice : moyen que personne ne peut avoir, sinon les enfans de TEglise, pour se reconcilier avec Dieu , à faute duquel ils demeurent tousjours enfans d'ire etde perj dition. Noslre-Seigneur disoit très-justement à ses apostres : Pacem meam do vobiSj Je vous donne ma paix, puis qu*il se donnoit luy-mesme qui est nostre vraye paix , dit Tapostre , Ipse enim est pax nostra.
La paix n'appartient qu'aux enfans de l'Eglise , il est vray ; car tous les autres n'ont pas les moyens efficaces de reconciliation que Noslre-Seigneur nous a donnez pour nous remettre en la grâce de Dieu son Père et en la sienne autant de fois qu'il nous arriveroit de la perdre , bien que véritablement nous la perdions par nostre faute, les chrestiens n'estant en guerre , sinon en tant qu'ils ne sont pas en grâce ; car estant en grâce , le diable , le démon et la chair, n'ont nul pouvoir sur eux. Hé ! ne le voyons-nous pas , puisque Nostre- Seigneur asseure ses apostres qu'il vient en paix , ayant terrassé par le moyen de ses playes et de ses lourmens tous leurs ennemis , et abattu toutes leurs forces.
Imaginez-vous un prince qui revient de la guerre, en laquelle il a battu à dos et à ventre ses ennemis et les a fait passer par le fil de l'espée, n'en ayant laissé aucun en vie, sinon quelques fugitifs ausquels il a par compassion donné la vie, et considérez comme après cesle victoire il s'en revient triomphant dans la principale ville de son royaume , tout chargé ncantmoins de playes , et rencontrant ses subjccts, leur dit : Courage , mes amis ; voilà les playes avec lesquelles je vous ay acquis la paix, demeurez en repos, ne craignez plus rien, j'ay terrassé vos ennemis ; il est vray que j'ay donné la vie à quelques goujats, lesquels vous pourront bien donner quelque importunité, mais ne craignez rien, car ils n'auront nul pouvoir sur vous, et ne vous pourront nuire, bien qu'ils vous ennuyent. Ainsi Noslre-Seigneur, qui est appelé pur ' Isaye, Prince de paix, Princeps pacis (4), ; revenant de la guerre en laquelle il avoit il)
recen véritablement quantité de playes ; mais playes non point dignes de mespris, ains dignes d'un honneur incomparable, et desquelles il fait trophée, et en mérite une éternelle louange, il s'adresse premie» rement à ses apostres, comme à son peuple bien aymé, et les leur monstre. Touchez, dira-t-il dimanche prochain à S. Thomas : Infer digitum tuum hue, et vide manut measy et affer manum tuam, et mitte m latus meum, et noli esse incredulus , sed fidelis; Voyez les playes de mes mains, et mettez si bon vous senible vostre main dans mon costé, et voyez que c'est moy-me<sme : ce qu'ayant fait ne soyez plus incrédule, ains fidèle, et sçachez que je les ay receuee terrassant vos ennemis, lesquels j'ay des* confits et exterminez : il en est bien resté encore quelques-uns en vie ; mais ne craignez point ; car ils ne vous sçauroient nuire, si vous ne voulez ; au contraire vous aurez pleine authorité sur eux, et partant demeurez en paix.
- Passons outre , et disons quelque chose de la paix que nous devons avoir les uns avec les autres, et d'autant que le défaut de cette paix est la source d'où procèdent la plus part des malheurs, afilictionsct misères qu'on voit en ce monde parmy les hommes : Et d'où pensez-vous, mes chères âmes, que provienne tant de pauvreté que plusieurs souffrent , sinon des malheureuses prétentions que quelques-uns ont d'accroislre leurs biens et richesses aux des* pens du prochain? Qu'est-ce qui ruine la paix sinon les procez et les ambitions que les uns ont sur les autres et les désirs des
honneurs,dignitezetpreeminences?Certes si la paix estoit entre les hommes, l'on n'y verroit point tous ces malheurs. Bref, rien qui ne faict tant la guerre à l'homme que l'homme mesme. Il n*y a rien qui ne puisse estre dompté et gouverné par l'homme, que le seul homme; car si bien le pouvoir absolu que Dieu avoit donné à Adam au paradis terrestre sur tous les ani> maux a receu quelque déchet par le pcché * si est-ce pourtant que l'homme peut dompter les bestes les plus farouches par l'entremise de la raison que Dieu luy a donnée ainsi que l'expérience nous faict voir tous les jours ; et si les hommes vivoicnt en paix les uns avec les autres, rien ne les pourroit troubler : que craindroient-ils, je vougprîeî
POUR LE m* JOUR DE PÀSQUES.
dequoyauroient-ilspeur? des lyons, nullenient; car ils auraient assez d'industrie poar éviter leurs rages, et celles de tous les autres animaux, pour cruels qu'ils puissent être.
C'est pourquoy Nostre-Seigneur sçachant bien la grande nécessité que les hommes avoient de cesle paix^ il n'a rien tant presché, et ne nous a rien tant reeommandé que de nous aymer les uns et les autres ; et nous voyons qu'il n'inculque rien tant en l'Evangile que le commandement de l'amour du prochain : et pour nous monstrer combien il ayme l'u- BÎOD, il ne visite ses apostres que quand ils sont tous ensemble , vivant les uns ivec les autres en une saincte concorde et union. Et si bien il s'apparut aux deux disciples qui alloient en Emaiis, et qui tttoient sortis de la ville de Uierusalem , ({ai représente la paix, estant appellée naison ou vision de paix ; nous ne devons pourtant pas croire que ce qu'il a faict pour ces deux disciples, il le veiiille faire pour plusieurs autres, car nous voyons que 8. Thomas ne receut cette grâce qu'après qa'il fut retourné en l'assemblée des apostres : de mesme si nous ne vivons en paix tt union les uns avec les autres, nous ne devons pas attendre la grâce de voir Nosire^igneur ressuscité.
Parions maintenant de la paix que nous devons avoiravec nous-mesmes (4). Et pour mieux entendre cecy, il faut que nous sçachions ce que dit le grand apostre , que BOUS avons deux parties en nous lesquelles le font une guerre perpétuelle , à sçavoir Tesprit et la chair (2); car la chair convoite contre l'esprit, et Tesprit a ses lois tout-à-fait contraires à celles de la chair : Caro eoncupiscit adversus spiritum.spi" rUuê auiem adversus camem. Hœc enim 9iki invicem adversantur, ut non quœenmgue vultis, iUa faciatis ; Et chascune de ses partie a ses adherens, c*est-à-dire des inclinations contraires Tune à l'autre, tinsi que l'expérience nous l'apprend tous les jours, et que le mesme apostre l'a expérimenté : Fideo auiem aliam legetn in Wèembris meis repugnaniem legi mentis wum. La chair a la partie concupiscible et certaines facultez et sens communs de Famé qui combattent eu sa faveur contre
fU.
l'esprit, lequel n'a pour toutes ses forcée que trois soldats qui combattent pour luy, et lesquels encore font à tous propos des faux-bons et des cheutes en la ûdeiité qu'ils luy doivent , se rangeant du costë de la chair, afin de combattre pour elle contre luy. Or si ces soldats estoient fidelles, l'esprit n'aurait nulle crainte, ains il se mocqueroit de tous ses ennemis, ainsi que font ceux qui se trauvent au donjon d'une forteresse qui est imprenable , ayant des munitions suffisantes pour vivre, bien que les ennemissoientjusques aux faubourgs, ou mesme que la ville fust prise.
Or ce donjon nous représente la partie supérieure de nostre ame , et pourven qu'elle soit accompagnée de ses trois soldats, qui sont l'entendement , la mémoire et la volonté , elle ne doit rien craindre ; car l'esprit aura toujours le dessus : et quoy que lo diable , le monde et la chair ayent bandé toutes leurs force contre luy, ils ne seront pas capables de le troubler ny espouvanter. Us brouilleront bien quelque chose, se servant des sens et facultez inférieures de l'ame; mais pourtant ils ne sçauroient luy nuire à cause de la paix que Nostre-Seigneur nous a acquise ; et si Tesprit demeure fermement attaché aux veritcz de la foy, et qu'il soit de bonne intelligence avec ces trois soldats, il se mocqucra de tous ses ennemis, et en demeurera vainqueur.
Les plus puissantes armes que les chrestiens puissent avoir pour résister à leurs ennemis, c'est la paix de l'esprit; et s'ils taschent de la conserver, indubitablement ils demeureront tousjours victorieux dans les combats; mais si la paix leur manque, et que cette intelligence entre Tesprit, Tcntendement , la mémoire et la volonté , vienne à défaillir, sans doute Thomme périra.
Lors que l'entendement se tient ferme en la croyance des veritez que Nostre-Seigneur nous a apprises et que la foy nous enseigne, il a une force incomparable audessus de la chair : mais quand il vient à escouler les raisons qu'elle luy représente pour le détourner de l'attentioif de ces divine veritez , incontinent il tombe dans le péché , ainsi que l'expérience nous lo fait voir tous les jours en la pluspart des hommes.
SERMON
Nul ne peut douter que Noslre-Seigneur h'ait dit j que les pauvres d'edpt'it et ceux Qtii souffrent perscciition sont bien-heureux, et Fentendement au lieu de demeurer fermerhent attctltif à cette vérité, 11 reçoit les suggestions de la chaif, laquelle lui fept-esotite qu1l faut avoir des biens et beaucoup, afin de luy dohner toutes ses aises et commoditez, et voilà que soudain il perd la paix. La ch&ir dicte ft rentcndcmcnt, que ceux qui sont pauvres ne sont pas estimez ; Il escoute cette proposition, et le voilà troublé. En somtne tout ce que In ch^i^ dcsirc dst touUù-fait contraire à Tesprit, lequel estant csclairé de la lumière céleste, ne se peut empesclier de voir que tous ses désirs sensuels et mondains sont tout-à-fait contraires à la raison ; de sorte que n'osant les approuver, il souffre une guerre très-grande , voyant l'un de ses soldats presque gaigné, cl lequel veut quitter son party, ce qu'il ne fait que trop souvent.
Or si nous disons que nous avon.^ la foy, nous la devons monstrer par les œuvres : et si nous voulons avoir la paix de l'esprit parmy la guerre de la chair, il faut tenir Tenlendement fermement attaché aux veritez que Nostre-Scigneur nous a enseignées, et Fempescher de recevoir toutes les raisons contraires que Famour propre nous Buggere, ne donnant jamais la liberté à nostre esprit d'écouter les malheureuses suggestions qu'il nous propose; car de cela a procédé là perte des anges et des hommes.
Les anges apostats pour avoir escouté cette fausse opinion qu'ils dévoient estre comme Dieu , se perdirent êii leurs pensées; mais S Michel ayant entrepris do résistera leur témérité : Misérables, leur dit-il, Quiê ut Deus? Qui est comme Dieu? El au son de cette parole , ils furent loUs misérablement précipitez dans le fond des enfehs. Mais soudain que le diable vit que son orgueil et son ambition oulrecuidéo Favoit perdu, il le fut présenter a nosire pauvre mère Eve , luy disant qu'elle ne mourroit point , bien que Dieu Fcust dit, ains qu'elle luy seroit semblable en mangeant du fruict défendu : Nequaquam morte moriemini : gcit enim Deu$, quod in quocutnque die comederitis ex eo ape- Hentur oeuli vêitri , et eriîis sicut dii ,
ieientei bonum et mo/tim (4). Mais au lien de se tenir ferma en la pêtxAe qoè Diea Iby àvoît dite , elle escouta oe inalbeui*6ux esprit, et censentit à cette perverse et détestable proposition , qui fut cause qu'elle se perdit et son mari avec elle. 0 ! qu'elle etist bien mieux fait de rest<ofld^e à Fennemy : Misérable 1 laisse-nous demeurer en la iMlssf sse et humilité en laquelle nous avôhs esté créez , et en la soiibtnissioh et obèyssance que nous devons à Dieu , plustost que de nous proposer uh eslevemcht dtiquel tu as esté précipité par ton orgueil.
Nos ehtendemens sont ordinairement si pleins de raisons , d'opinions et dé coftâiderations, que Famour-propre nous stl|;gère , que cela cause Une grande gUérre en Fâine : c^r au lieu de nous drrester et attacher fermement aux pÉlrolcs de Nostre- Seigneur , nous nous servons des raisons que la prudence humaine nous fourtlitj afin de mieux faire reUssir nos pi'etehlldhë ,- et cependaht c'est tout au contraire. El lès persormes qUi se servent de cette fttUdlo prudence, faute de simplifier leur entendement, ne veulent pas rere\oir lès avis qu'on leur donne, apportant loui^jodra dès raisons contraires pour soutenir leur opinion, quoy que mauvaise : Estote ptudik" tes (2), Soyez prudens, dit Nostre-Seigheùr en FEvangile, servez-vous de la prudence, car elle est bonne , mais servez-votis-ën rarement et seulement pour la «loire de Dieu, et en sorte que vous la rendiez aoiibmise à la simplicité.
No?tre-Seigneur donc voyant ses àpeitres troublez en diverses Considérations et* doutes do Faccom plissement de sa pfemes3c touchant sa résurrection ^ il se monstre à eux, et leur donne sa paix : Pita vobU, leur dit-il; que vos entendeftiens SOycnt pucifiez par le rejet de taht de considérations de la prudence humaine qni vous causent de la deffiance. Voyez mes playcs, et ne soyez pas mescroyans. 0 qtte la foiblesse de l'esprit humain est grande! Nostre-Seigneur a dit : Tout ce que vous demanderez nu Perc en mon nom , il vous sera donné ; Si quid pelieritis Pafrem in nominemeodabit vobiÈ(3). Mais d'autant qu'il ne nous donne pus tousjours ce que nous demandons , ou que nous ne le recevons pas sitost que nous voudrions . incon-
(l) Geo. ui.— (i) s. Mtiih. X. . (I) 8. Jmq , s.
POUR LE ni* JOUR DE PASQOES.
tineot nous sommes chancelans en la foy de Cette (fHrfhesse. J*ay desjfl tant (Inmahdé i Dieu une telle vertu (dira quelqu'un) et cependant je ne Fay pas ehoofc : 0 palienre ! le jour n'est pas passé, vdus n'estes qu*au matin , et vous doutez ; attendez au soir de cette vie mortelle, car indubitablement , si vous persévérez à la demander, tous l'obtiendrez.
Les apostres donc n'estant pas encore confirmez en la foy, et ne voyant pas Nostre^igneur ressuscité si promptement qu'ils desiroiout , ils en entrèrent en perplexité , et commencèrent à douter , disant en eux-mesmes : 0 que nous eussions esté heureux si nous eussions eu un maistrc (|ui eust esté immortel ! et plusieurs autres et semblables pensées qu'ils avoient , par lesc|uelles ils monstroicnt bien qu'ils estoient en doute de TefTect de la promesse 3e Nostre-Seigneur; et parlant il leur dit ^r les appniseï* : Pax vobis^ la puix soit Ivec vous. C'est assez parler sur ce subject, car vous voyez bien maintenant que ce «lui éiiise la guerre en nos âmes et qui en ïfaasse la paix , ne provient sinon de ce que nous manquons de foy et d'asseurance k paroles de Nostre-Seigneur, et que nous «coûtons les raisons de la prudence huniame. "*
Le second soldat de nostre esprit e-^t la Ibemoirc, la fidélité duquel venant A faillir, te trouble se fait grand en lame ; d'autunt que la mémoire est le siège de IVspenuice ii de la crainte ; or je sçay bien que Tes- (lerance est en la volonté ; mais |X)ur m'exfliquer, je veux dire ainsi maintenant, nous devons doncques sçavoii* que la plus- {artdes troubles que nous avons, viennent dequoy l'imagmalion des sens et de la chair Représente fréquemment des ressouvenirs Ihoiidains et terrestres à Timagination de fesprit, lesquels estant receus p<'ir la mehwire , elle commence soudain d'entrer en deffiance ; et au lieu de s'occuper a se ressouvenir des promesses de Nostre-Seigneur eo faisant des actes d'espérance, et demeurant ferme en la confiance que nous devons avoir en luy, que tout périra plustost que •es promesses viennent jamais à manquer : il arrive que nous nous laissons aller ù des vaines craintes qui nous portent à l'inquictnde, puis la chair employé toutes ses forces contre l'esprit, attirant de son costé
l'entendement et la mémoire pour combattre oour elle, tleftès l'on iiè peut assez dire !t; mal que ce manquement de paix fait dans les ameâ.
0 qu'heurctises sont ëêlles qui ont logé en Dieu toutes leurs espérances! ô qiie nous serions heureux , mes chères umes , si nous occupions bien nostre mémoire a nous ressouvenir des promesses (|ue nous avons faictes au baptesme , par lesquelles nous avons renoncé au diable , au monde et à la chair : promesses que les religieux et religieuses reconfirment par le moyen de leurs vœux ; par lesquels ils s'obligent non seulement de garder les commandcmens de Dieu , alns encore de suivre ses conseils afin de se rendre lousjours plus agréables aux yeux de sa divine Majesté ! d que nous serions heureux si nous nous ressouvenions bien de ses sainctes promesses , et que nous fussions fidèles à les garder, car sans doute Nostre-Seigneur viendroit à nous,et nous diroit i/'a.r ro6i>, paix vous soit ; comme il fit à ses apostre*:.
Le troisiesme soldat de nostre esprit , et le plus fort de tous est la volonté , d'autant que nul no peut surmonter la liberté de la volonté de l'homme. Dieu mesme qui Ta créée ne veut en façon quelconque la forcer ny violenter : etneantmoins elle est si lasche que bien souvent elle se laisse gaigner aux persuasions de la chair, sn rendant à ses sug}»estions , bien qu'elle no tende qu'à sa ruine , ressemblant à cette félonne Dalila qui trompa mesrhamment ce pauvre Samson, duquel elle es toit si chèrement aymée (1). La chair a des ruses nompareilles pour vaincre l'esprit, et l'attirer à ses brutales inclinations. Mais nostre volonté a encore un autre enemy qui luy cause beaucoup dé peines , cl luy fait souvent quitter le parly de l'esprit, qui est comme soh très-cher espoux : or cet ennemy n'est autre que la multitiide des desirs que nous avons, car nostre volonté est d'ordinaire si pleine de prétentions et de desseins, que bien souvent A\q lie fait rien que s'amuser à les regarder l'un apri s Vùùr tre, au lieu de s'occuper à en fïjilre reilssir quelques-uns des plus profitables.
Combieh avez- vous de désire eh vobtrè volonté? j*en ay deux, direz- vous; c'est trop, car il n'en faut avoir qu'un ; NostrO-
(l)XVLd«tJo|W.
?os
SERMON
Seiî;neur nous Ta luy-mesme enseigné :
Porro unum est necessarium^ Maria optimam partem elegit (4); Une seule chose est nécessaire, dit-il ; Marie a choisi la meilleure part, c'est à dire qu*elle a choisi cet Un nécessaire ; mais quel est-il cet Un nécessaire ? c'est Dieu , mes chères sœurs , qu'il faut aymer , et rien autre ; certes, qui ne se contente pas de Dieu, qui est tout , mérite de n'avoir rien.
Mais (direz-vous) ne faut-il pas aymer le prochain , ny les exercices spirituels? puis que vous dites qu'il ne faut aymer que Dieu, et ne vouloir que luy seul, pourquoy donc tant de livres, de prédications, et choses semblables? Un exemple vous fera entendre cecy : vous regardez cette muraille qui est blanche; et je vous demande qu'est-ce que vous voyez? Je voy, dircz-vous, cette muraille; mais ne voyezvous point l'air qui est entre vous et elle ? Non , parce que je ne regarde que la muraille, et bien que ma veuë traverse et passe purmy l'air qui est d'icy là, neantmoins je no le voy pas, d'autant que je n'y arresie pas ma veuë ; de mesme pourriezvous dire : En aymuntDieu je rencontre plusieurs autres choses , comme sont le prochain , les livres , les prédications et Toraison^que j'ayme vr«iy cmentbien ; mais mon dessein principal estant de n*aymer que Dieu seul, cela fait que je n'ayme toutes ces choses qu'en luy et pour luy.
En fin finale, si nous voulons avoir la paix en nous - mcsmes , il ne faut avoir qu'une seule volonté et qu'un seul désir, imitant le grand S. Paul, qui ne vouloit Ravoir ny prescher qu'une seule chose , à sçavoir , Nostre -Seigneur Jesus-Christ, et iceluy crucifié : Non enim judicavi me scire aliquid inter vos nisi Jesum Christum, et hune crucifiœum : c'estoit toute sa doctrine; en cela consistoit toute sa science; c'estoit en cette mort précieuse de nostre divin Sauveur , qu'il occupoit tout son entendement et sa mémoire, c'estoit en ce seul amour du crucifix qu'il avoit arresté tous ses désirs et toutes ses volontez : ainsi puissions-nous faire , mes chères amas , car nous posséderons la vraye paix , si nous ramassons bien toutes nos puissances et facultez intérieures, afin de ies occuper toutes en l'amour de nostre
Cl)i.Liie.^
divin Sauveur, lequel sans doute ne man* qiiera pas de nous visiter, aGn de nodt donner cette saincte paix qu'il donna aujourd'huy à ses apostres bien-aymez. Àhl mon Dieu, que cette paix est différente de celle que le monde donne à ses favoris : les mondain» se vantent quelquefois qu'ils possèdent la paix ; mais pour l'ordinaire c*est une paix fausse, et laquelle est enûa suivie d'une très-grande guerre.
Imaginez -vous, je vous prie, de voir deux navires qui voguent sur la mer, dont l'un soit celui de Nostre-Seigneur et de ses apostres, en lequel il dort doucement; et voyez que pendant son sommeil les vents s'esle vent, la tourmente devient si grande, et les vagues si impétueuses qu'elles semblent devoir à tout moment faire périr le navire : et considérez comme les apostres esmeus du présent danger, coarent de proile en poupe , et de poupe en proiie : enfin voyant qu'ils ne peuvent résister à cet orage , ils reveillent Nostre- Seigneur, luy disant : Domine, salvanoi^ perimus(i), Maistre, nous périssons, si vous ne nous secourez. 0 pauvres gens!
dequoy vous troublez- vous? n'avez- vous pas avec vous celuy qui pacifie touieschoses? Quid limidi estis modicœ fidei? Que craignez- vous, gens de petite foy? dit Nostre-Seigneur. Tune surgens imperavit ventis et mari, et fada est tranquillitat magna; Et incontinent se levant il commanda aux vents et à la mer de s'accoiser, et le calme se fit soudainement à sa parole, après quoy il persévéra de dormir en paix: paix qui procedoit de la pureté et candeur de son ame : en quoy il fut après suivy de son grand apostre S. Pierre , lequel dormoit fort tranquillement, quand l'ange le vint tirer de sa prison, la nuict mesme du jour qu'on le devoit faire mourir : car c'est chose certaine que les vrais amis de Dieu sont tousjours tranquilles et conservent tousjours la paix que Nostre-Seigneur leur a acquise par sa mort, dans les tribulations et afflictions pour grandes qu'elles pui^ sent estre.
L'autre barque de laquelle je veux parler, et qui représente bien naïfvementia paix des enfans du monde , est celle dans laquelle Jonas estoit; car les vents s'estant eslevez excitèrent en la mer une si
(l)5.IUUIi.Tliu
POUR LE m* JOUR DE PASQUES.
MT
tonnnente, que les matelots ne it plus que faire pour éviter le peinent de la mort, où ils se voyoient ) réduits, le patron 8*en va au fond ire 9 où trouvant le pauvre Jonas, *mUbat sopore gravi y qui dormoit, a sommeil de paix, ains d'un somdetresse ; il l'aborda , et luy dit : niserable , tu dors en l'extrcmo af- }ù nous sommes ; leve-toy , et inon Dieu : £t accessit ad eum gu- Tj et dixit et : Quid tu sopore dei$ ? surge^ et invoca Deum tuum, lelques - uns de ceux qui estoient navire s'estant enquis de Jonas Bstoit, et où il alloit : Hélas! dit-il, m pauvre homme hebrieu, qui fuy Dt la face do Dieu justement irrité moi ; ce qu*ayant entendu , ils le t dans la mer.
i cet exemple nous représente merîment bien les pecbeurs ; lesquels fuyr rire de Dieu, se vantent de Tun doux repos, comme s'ils possea paix ; mais enfm ils sont bien à leur réveil , c'est-à-dire , à de la mort, où ils se trouvent en- & de mille troubles qui sont prests necipiterdansia mer des tourmens , S'ils ne se repentent, et ne se retdu cx)sté de la divine bonté, pour *sa miséricorde sur eux, afin qu'ils . par le moyen de 'leur contrition >ria grâce qu'ils ont perdue dans sse paix , qui doit e^tre appellée trouble que tranquillité, puis- ■e termine enfin en une inquiétude rtable.
voyez doncques bien maintenant raye paix ne se trouve que parmy is de Dieu qui sont dans la saincte et qui vivent selon sa volonté en ance de ses saincts commandelais que beaucoup plus grande est 3 possèdent ceux qui ne vivent pas nt en l'observance des divins comiens,ains encore des conseils evan- ; d'autant qu'en la parfaicte mor- I desoy-mesme, se trouve la vraye îst pourquoy les enfans de la paix x qui font une continuelle guerre bair , et résistent courageusement ses attaques, sans jamais se lasser )lenles qu'elles soient , sçacbant
bien qu'ils peuvent affaiblir cet ennemy, mais non pas le destruire entièrement, car elle est comme l'un de ces goujats q\» Dieu a lais-^ez en vie pour nous exercer^ bien qu'elle ne nous puisse nuire, si nous ne le voulons.
La chair faict sa demeure dans nostre sein, nous la portons avec nous ; cest pourquoy elle inquiète quelquesfois nos cœurs, ayant des ruses estranges pour dresser des embusches à l'esprit ■: mais toutesfojs si nous nous tenons fermes dans le donjon de nostre ame, accompagnez des trois soldats que nous avons dit, nous serons les {)lus forts, et posséderons la vraye paix, uquelle nous rendra toujours oontensdans les persécutions, parmy les injures, mespris, afilictions et contradictions.
Et puis qu'il vient à mon propos, je vous rapporteray une histoire sur cesubject que je lisois il y a quelque temps, dans la vie des Pères du désert, d'un jeune homme lequel estant touché de l'esprit de Dieu, et désirant d'entrer en religion , il s'en alla trouver un bon père qui estoitdans l'un des monastères de la 'Thebaïde, auquel il raconta son dessein , !e suppliant avec beaucoup d'humilité, en lui faisant une harangue digne de sa ferveur , de le vou loir recevoir pour son disciple : Mon père, luy dit-il, je viens à vous, afin qu'il vous plaise m'enseigner comment je pourray faire pour estre bientost parfait. Ce bon père l'entendant ainsi parler, loiia fort son dessein, et luy respondit : Mon fils, quant à vous enseigner la voye de vous perfectionner, je le feray de bon cœur : mais que vous soyez si tosl parfait que vous le desirez , je ne vous le puis pas promettre, d'autant que la perfection ne s'acquiert pas comme vous pensez tout d'un coup : l'on n'ysauroit parvenir si prompt?ment; il faut passer tous les degrez , commcn* çant par les plus bas pour monter jusques aux plus hauts : ne voyez-vous pas qu'en l'eschelle de Jacob il y avoit des eschellons qu'il fallait monter l'un après l'autre pour parvenir jusques au sommot d'icelle, ce qui ne se pouvoit faire qu'avec beaucoup de I eine et de travail : de mesme, mon fils, l'on ne sauroit parvenir à la perfection qu'avec de grandes dillicullez; et partant si vous la voulez avoir, je vous enseigneray bien comment elle s'acquiert, pourveu
que vom ayez bon courage, et que vous faieiezfidolleinent c» qiie}e voas diniy.
Ce jeatie homme, qui ayoit un grand désir de se perfectionner , promit qu'il fsroJt fidellement tout ce qu'il luy diroit : iors le bon père luy dit : Mon fila, il faut que trois ans dorant , outre la florale prattiqne dé toutes les vertus, vous entrépreniez encore de soulager tous les frerea du monastère , de sorte que si vous rencontrez le cuisinier qui va puiser de l'eau , ou qui va quérir ou fendre du bois , vous y alliez pour luy; puis en rencontrant d^utrès chargez, vous preniez leurs charj^ et les soulagiez en la portant pour eux : bref que vous vous rendiez le ^et de tous en les servant généralement, en toutes choses, .sans vous espargner en rien. A quoy ce bon novice se soubmit humblement demandant si BU bout de ces trois ans il seroit parfait ; de cela, dit le père, je ne le puis pas sçavoir, faites bien seulement cette prattiquè et pute nous verrons ce qui en sera. Or les trois ans estant expirez il s'en revint tJrouver son maistre pour sçavoir s'il e^loît parfait : Mon père, hiy dit-il , me voîcy au bo^t de mon terme. Os n'est pas tout, mon fiis, dit le bon père, il ne faut p: s s'dtrester là, mais il faut encore entreprendre on antre exercice potkr trois ans, si vous vbulez ac^querir là j^rfection. O Dieu 1 dit le pauvre novice, quoy ! n'est-ce pas encore fait? faut-il derechef recommencer 1 est-il requis de failne si souvent des noviciauxt trois ans he suffisent-ils pas? Hélas 1 Je pensois que Je serois parfait en le voulant estre, et cependant il y a encore tant é faire. Après qu'il eut bien fait toutes ses plaintes, son bon maistre commença à l'encourager, et lé persuada si bien par ses raisons, que ce pauvre novice promit d'entreprendre encore pour trois Bté la priiitiqoe qu'il luy donneroit. Or celle que ce bon i^ëre luy recommanda fut de recevoir si bien les mortifications, mespHs, corrections et humiliations , que Jamais il ne manquast do faire quelque service ou quelque présent à ceux qui les luy feroient, et le plus promptement qu'il pourrait, et s'il n*avoit autre chose â donner , qu*il fist des bouct^ots pour leur présenter, ou des nattes , et semblables choses : ce qu'il promit d*accDmplir, et le fit fort fidèlimnent, ftiéii qu'il né manquast pas d'exer- {
cfoe ; dVvtant que le bon pera arfi
le mot du guet aux religieux, ite
verent comme il falloit, si qu'à ton
il estoiten peine de faire des prei
les mespris, humiliations, mortifie
espreuves ne luy manquoient poii
Or ce second noviciat estant
parachevé, il vint rendre oomp
maistre, plein de désir desavoir
acquis la perfection. Mais le père
Mon fils, il n'appartient qu'à DIei
juger si tous estes parfait où non
voulei neantmoiiis nous en fen
encore une petite espreuve : le p
le fit tout barbouiller, et le mena a
une ville qui estoit toute proche d
porte de laquelle il y avoit des so
n'avoient autre chose à faire qu'à
les passans, afin de trouver en eux
subjet de rire ; de manière qu'a
qu'ils virent ce pauvre jeune hom
fait , ils commenceront à se mett
luy : qui le broquardoit de parole
noit jusques aux coups, les autn
noient; bref ils s'en joiioient tout ]
d'un fol, et ce qui leur faisoit crc
le fust, c'estoit que tandis qu'ils
toient de la sorte» il avoit une l
dans son cœur, qu'elle paroissoi
sur sa face; car à mesure qu'on 1
plus d'injures il paroissoit plus a
joyeux, ce qui satisfaisoit grande
IxMi pore , qui le regardoit pendi
espreuve : mais d'un austre cost^
tonnoit merveilleusement les assis
manière que l'un des soldats re
enfin son esprit sur la contenan<
pauvre novice, plein d'estonnemen
mença à l'interroger, et lui demani
ment il pouvoit rtre, ne pouvnnt c
dre comme un homme poiïvoit
insensible aux injures qu'il paraiss
quoy vous remarquerez en poss
Nostre-Seigncur permet tousjoura
vertus de ses vrays serviteurs soiei
nues par quelqu'un. Lors ce bor
luy répondit : 0 certes, i! me son
j'ay bien subjet de rire et d'cslre
d'autant que jô possède la paix
ame parmy toutes les moqueries c
taquesque vous me faites; mais
n'ay-Je pasun grand subjet d'estre
car en vérité vous m'estes bien p!
que ne m'a pas esté mon maistre c
POUR LE lY* DIMAIICHB D'APRÈS PASQDES.
foytt là, et lequel m'a ici aja^ené, d*aulant '\4nll m'a tenu trois ans en telle subjcction, qii*n fhlloit tousjours quo je fisse quelque jtvsent à ceux qui me mal-traitluient, pour récompense àe Toffcnse qu'ils m'avoient Mte ; et cependant vouâ autres qui taschez de me tourmenter et aflligcr, no m'obligez pfiihtft vous en recompenser.
Considérez uh peu , mes chères filles , totobfen grande estoit la paix quo ce jeune bmino possedoit en son urne : puisque los Injures, les mespris et risées d'une troupe lie desbauchez ne l'esmou voient aucunement. Or c'est cette vrayc paix que je vous désire, paix laquelle se conserve et s'ac- Cnnst emmy la guerre, et les tourbillons tes vents, des persécutions^ humiliations, ttorliGca tiens et contradiclions que nous taicontrons èh cette ville mortelle» aillio-
I lions et 4)cines qui Mront enfin suivies d*un repos éternel , et de tres-douces consohitionSf pourveu que nous les ayons soulTertes à lin) italien do ce bon religieux, avec la paix intérieure de l'esprit : puis laquelle ne s'acquiert en cette vie que par l'union de rcntendemcQt, de la mémoire et de la volonté avec l'esprit, et de l'esprit avec Dieu, ainsi que nous avons monstre : paix laquelle ne se peut trouver hors la saincte Eglise. Paix enOn finale, qui ne se rencontrera jamais qu'en Tobeyssance du sainct Evangile, puisqu'il n'y a point de salut hors de là : c'est pdûrquoy je vous exhorte, mes chères âmes, de vous attacher fidèlement à cette saincte doctrine , afin que vous puissiez recevoir la bénédiction éternelle du Père» du Fils et du Sainol-E»prit. Àmea.
SERMON
bS6 TRADITIONS POUR LE IV* DIMANCHE IVAPRÈS PASQUES.
«Mi/M kiiif» Mlif diàere , ni non poièttit portare modd : cùm auiem venerit Spiritut ilU «vn'/olïi, tfoeefrt/ «o# omnem teritatem, etc. Joan. xvi.
f)lf «Beoré plnihiatft choses à vons dire, mais Vous n'estes pas capables de les comprendre ■MiBMMDti qoaid le Balnol-Bsprit sera tenu , il vous enseignera toute ? erité.
Cest un vieil axiome entre les philoMphes quo tout homme désire de sçavoir : ÛmnU homo naturd scir$ dêsiûeraU dit Aristote : en quoy l'esprit humain est si erdent, que i'ennemy ne sceut trouver tentation plus grande pour décevoir nos pre- Biers parens, que de leur proposer : EriHs tieut DU , icientes bonum ti malum (4 ) , fODS serez commo des Dieux, sçachant le bien et le mal. G*est ce grand désir qui apprivoisa l'homme avec son ennemy calital par les arts divinatoires, et qui donne crédit â tant de pronosliqu^rs. Ce fut ce désir qui fil sortir d'Athènes, et tant courir ce grand Platon , comme dit S. Hierosme , ifiêU adPaulinumPreibyUrum ; qui fit aller dès le i)Ot«: ds France et d'Espagne à Rome vers Tite*Live. Ce fut ce désir qui
fit renoncer ces anciens philosophes à leurs commoditez corpon>lles , etc. Et c'est à ce désir naturel de rhomme,auquel Nostre -Seigneur a égard aujourd'huy , quand pour consoler ses apos^trcs de son absence , il leur promet le Sainct-Esprit , pour leur apprendre toute vérité; et atlndo leur aiguiser ce désir, il leur dit : Adhuc mti/ra, etc. , puis pour les combler d'une certaine et magnifique espérance et consolation, il leur dit : Cum autêm ventriî ille SjnriUts veritatiê, etc. Et parce que la science peut nuire à celuy qui la possède , s'il no lu rapporte à bonne fin , il adjouste : IHê me clan/icabitt quia demeo accipieU Mais cependant Noslre-Seii;neur monstre pur ces paroles que personne ne peut eslro c^ipable de la céleste doctrine, sinon piir la faveur du Sainct-Esprit ; ainsi le faut- il
îlî
SKf^TOW
croire son* doute , et partant voulant anjourd'huy vous monstrer avec ces paroles, i;n des premiers et plus importans fondemcns (le la doclrine chrestienne , je vous supplie, demandons à ce céleste consolateur son ayde, laquelle pour mieux obtenir, il nous faut y employer Tintercession de tous les saints, particulièrement de la glorieuse Vierge, à laquelle pour ce subjet nous présenterons Vj4ve Maria,
L'histoire escrite au 6. chapitre du 3. des Rois, de Tadmirable fabrique du temple de Salomon , raconte qu'il n'y avoit qu'une entrée en Toracle qui estoit dans iceluy : mais cette entrée avoit deux buis en bois d'olive, il y avoit cinq posteaux, et sur les huis estoient peints des chérubins, des palmes, entaillez et relevez d'ouvrages, au reste tout y estoit doré : certes c'estoit une riche et magnifique entrée. Ainsi le second peuple, ou la seconde maison , qui est l'Eglise evangelique, n'a qu'une entrée à son oracle, mais cette entrée a deux portes , non moins riches que ses anciennes. J'appelleray pour re coup icy Toracle du christianisme la saincte doclrine evangelique, ou l'Evangile : car de fait l'oracle n'estoit autre , sinon le lieu d'où Dieu monstroitses volontez au peuple. Et comme sommes-nous enseignez? sinon par la foy, laquelle peut estre appellée orc^xle, parce qu'en icelle on entend Dieu; Fîdes exaud/fu, etc. (4). Mais l'unique entrée de cet oracle, c'est la parole de Dieu, car nous ne pouvons pas entrer en cet auditoire de Dieu, que ce ne soit Per t>erbum Dei. Mais celte entrée a deux portes , a sçavoir : l'escrilure et la tradition; elles sont encore de bois d'olive , parce qu'elles portent la grare de Dieu. En icelle sont les chérubins, c'est-à-dire , la plénitude de sçavoir, les palmes, la victoire, et la force contre les tentations : Assumite gladium ipirHûs , quod est verbum in virtus enim Dei est : iaiutem omni credenti{%). Prenez le glaive de l'esprit, qui est la parole ; car elle est la vertu de Dieu pour le salut de tous ceux qui croient. 11 y a de beaux ouvrages qui s'advancent parce que cette parole tend aux sainctes œuvres , tout y est couvert d'or; celte couverture sont les œuvres de charité , parce que la foy sans la charité
(I) Roa. s. — (I) EpbM. xvi; ■•«. i.
est morte : Si linguii homhmm lofM eharitaiem autem non habuero • «A
mm, etc. (0* Voilà doncques le moyi d'entrer en Toracte de la foy chrestieim c'est d'entendre la parole escrite et la tr dition, et c'est ce que Nostre-SeigneurvQ loitdireen ces paroles que j*ay priaei interpréter, car il dit : adhue habeo : o*( signe qu'il avoit beaucoup dit de chon quand il dit qu'il en a encore beaucooi leur dire , et puisque nous n'avons poi ces choses-là en escrit, c'est signe qu'il a beaucoup plus de paroles dites que d*< cri tes.
Mais parce qu'en cette doctrine nous sommes pas d'accord avec les advcrsaîn j'en diray sommairement quelque cho qui confirmera rinlerpretation et la i catholique , en cet ordre. PfemierenM qu'il y a des sainctes traditions en l'Egli: 2. Qu'elles y sont nécessaires. 3. L'i tborité qu'elles ont sur les chresUei i. Comme il les faut connoistre. 5. D brieve resolution contre toutes les obj< lions des adversaires.
Quant au premier poinct j'auray bient fait, car comme les traditions donnent ] thorité à l'Escrilure, ainsi que je moi treray bien-tost ; de mesme les Escritai donnent aulhorilé aux traditions, comi deux huis qui s'entrejoignent, comme deux chérubins qui s'enlreregardoient propiliatoire.
4 . Multa habeo vobit dicere , etc. de tout cela nous n'avons que bien pi Joan, nlt. Tout le monde ne pourroil co prendre ce que Noslre- Seigneur a fc jici. 4 . Per dies quadraginta apport eis, et loquens de regno Dei. On me d qu'il n'est pas nécessaire : il suffit qi soit utile comme l'epistre ad Philemone Puis, ou Nostre-Seigneur le leur devoit d pour eux, ou pour l'Eglise; si pour l'Egli donc nous l'avons encore : si pour < seulement, donc en l'Evangile n'y est] tout ce qui est nécessaire à un chascun
4 . Cor. 1 4 . Laudo autem vos, frait quod per onfnia meimemores estis, et cuttradidi vobis, prœcepta mea tenei De modo orandi, etc. Si quis autem delur contenliosus eise^ nos tatem et suetudinem non habemus, nec Ecrie Dei, Puis : Ego enim accepi à Domin
(1) L Cor. *m.
POUR LE lY* DIMANCHE D*APR£S PASQUES.
venero disponam. Thess. 2.
praires, teneîe tradiliones quas iê^ êive per sermanem^ sive per rni fiostram, autant i*un que laurim. 2. Formam habe êanorum m quœ a me audisti, in fide et Hone in Christo Jesu : Bonum m euitodi, per spiritum sanctum liai in nobii. Cap. 2. Tu ergo, eonforlarein gratiâ, quœ est in Jesu y et quœ audisti à me per lestes, hœc commenda fidelibus ms qui idonei erunt, et atios do- Joan. Plura habens vobis scriiuiper chartam et airamentum; «tm me futurum apud vos, et os qui.
Hus, lib, 3. cap. 36. Historiœ freopag,, cap, 4. Eccles. Hitrargesippus, lib.^. cap, 8. E%ueb. 5, xprehendit traditiones Âpostoli- 5. cap, 20. Polycarpus référera Domini, quœ ab Aposlolis au- Irenœus scribebat ea in carde, ib. 5. cap 1 . II parle de la commixi*eau avec le vin.
lib, 3 cap. 2. 3. et i, il en parle long. Entre autres choses, il dit Sglise comme en un riche deposi- • apostres ont conféré tout ce qui I vérité : Ut omnis quicumqueve- \at ex eâ aquam vitœ, hœc est Iraitusj omnes autem reliqui fut et latrones, quœ autem sunt œ cum magnâ diligentid diligere.
■ : Quod autem si neque Jpostoli çuidem reliquissent, nonne oporequi ordinem traditionis quem Tunt iis y quibus committebant aSj cui, etc. Il dit que plusieurs sans escrits, gardent lancienne D escrite dans leur cœur.
lib, de Corond militis, etc. Il 3 ces cérémonies du baplesme . du e la croix, du sacrifice anniversaire unciiit et dit : Si legem expostules rarum, nuUam inverties; traditio œlenditur aucirix, consuetudo^ talrix, fides observalhx.
', iib. 2. Epist. 3. Admonitosnos \t in calice offerento Duminica 0 servitur , nec aliud fiât à nobis; ptod pro nobis Vominus prior fe- 1» eifiêi eammsmoratioMm offer^
tur, mixtus vino offeratur, S. Augustin ne dispute quasi autrement, contra Donar tislas de Baptismo»
Que diray-je des adversaires, combien ont-ils de traditions, le dimanche, par touL L'observation d*iceluy, Pasque, TAscension en quelques lieux, le baptesmo des petits enfans , les parraina , l'imposition des noms, donner la cène le matin, se marier devant le ministre. Voilà quant au premier poinct.
Quant au deuxiesme , je dis les traditions estre nécessaires, 4 . pour authentiquer TEscriture, car qui nous a dit qu'il y a des livres canoniq>ies? L'AIcoran dit bien qu'il a esté envoyé du ciel ; mais qui le croit ? qui nous a dit TEvangile de S. Marc, etc., plustostquPceluydoS. Tliomasetde S. Barthélémy? Pourquoi ne reçoil-on l'Epitre qui porte le titre ad Laodicenses, puis que S. Paul aux Colossiens, cap.
ait., atteste leur avoir escrit, plustost que celle aux Hébreux? Pourquoy croiray-je que l'Evangile de S. Marc, est do S. Marc, celuy qu'on monstre maintenant?
Calvin, livre premier de son institution , chapitre septiesme , dit que le Sai net-Esprit, etc. Mais quelle folie! c'est pourquoy S. Ilasile a eu raison de dire, lib. de spirit. sanct. cap. 27 : Si traditiones negligantur^ fore ut Evangelium detrimentum patiatur. Et S. Augustin, contra epistolam fundamenti, dicit se Evangelio non crediturum , nisi Ecclesia prœciperet,
2. Pour le sens de l'Escriture; Putasne intelligis quœ legis? Ad, 8. On pouts*opiniastrer par tout, etc.
3. Pour le nombre de sacremens ; car qui m'a dit que le lavement des pieds que fit Nostre-Seigneur ne fut pas sacrement, et le baptesnic le fut, et qu'il falloit mettre du vin au calice? etc.
k. Nous avons plusieurs articles de foy par là, comme que le baplesme des hérétiques est bon. 2. La descente de Noslrc-Sci-
' gneur aux enfers. 3 . La virgini té de Nostre- Dame. Ce n'est donc pas merveille si Irenée a dit : Qui successionem habent ab apostolis, cum Episcopatus succesiiione charisma veritatis certum secundam
I placitumpatet accepisse, lib. i. cap. 43. Et Nostre-Seigneur : Cûm autem vene* rit SpMtue smeiisSp do^Hi vas mimem
ft4
SERVÔff
teriîûîem^ de quoy l'Eglise a besoin, oontra riùvas hofrese» eûcùrienieê; rn Orœeo il y a deducet in omnem.
Quant au troisiesme poinet, AuctùrUaftm habent à Christ o, et ah Eedtsié^ bon gré mal gré ton? les adversaires. In omni script 0 ut reerfnaiurt débet cowêtaredeveritate testificantiê et testificafioniê, A Chriêto immédiate , ut saera^ mentorum forma , et gtêoé VfWe aqtêm sit admiscenda^ ut Justinus testatur AfoH.
t. Médiate fer spiritum sanetum in Ecelesiâ prœsiâentem , per Apost, ut jefunium Quadragesimœ, et alia muha. Fel per Eeclesiam, commo il y en a beaucoup^ et ont la mesme authorité que les Loix escrites. Diutumœ ff. de ». 0, eansuetudû D.l.
Quant au quatrîesme, Moâue cognaseendi petenduê est ah Fcclesié generoHter ; guœ quoniam dêcretit aiiqua, fum tn seripturiêeœpUeitenoinsunt, signum est esse tradita. Sic Mariœ WirginHas, numerus lib, Canonieorum,
2. Quando Bcelesia unimrsa alifmti ogit , quod non ponet agere nisi mandato Christi , u$ baptixetre parvutos : et non rebaptizare hœretico». Dont S. Augustin a bien dit : Epist. 418. Affkrmare non reete fieri, quod universa Eceletia facity insolenfiesimœ estinêonim.
3. Quando Bcchsia aliquid eemper egit , et si ipsa potuerét instituere , ut qu&dragesima , qwB usfue ad temput Ignatii, ad Philipp. produdtur. Sic minores Ordineê , in Epistolâ ad Antioekenses,
4. Quando in condUo, pel seorsim amnes doetores ià dicwnt , ut m ooncil. Hicœn. 2. met. ultimes Imaginée «mi#-
r«rt. Sie eevmnonim in bapUmm .
Teri, Péonfê,
En cioquiesme Ifeo. Four tfeaoudffskrM^ vemcnt tous les argumens , Tokylesr^ gèet : premier«inent , se sonvenit q«e 1» traditions sont paroles de ÏAsm coome nk vangile, et non jamais contraires à ("E*critur e, etpare^msyea »'s»Yisi à mia tous ces passages que nos adversaires sa| •ccou8taB\é de nous objectey ; Non aââeH^ aé vêrbum , quod ego prœeipia ssiét^ Deut. ietia. Sed Hcet nos , emtAmgtkm de emla sf!>angeliut vobis , presHr qntm quod evmstgelizavknms vobis, etc. GatA*
%. Que tant ce quî est neeessair» à VB glise estoontemi en KEscriture, lum expf^ cite, mais bien radicaliter. Ce qui isl sapHeitây est suffisant po«r sasver Ws particuliers , mais non pour Piastnictio» 4t tout laeorps ; ains» set réfuté ee paasagi qu'on ot^^te : Hœe scripta smnPut oêé' éaUsi^ etc., et ut eredmtêêfnteun kubm Os,
Bl. Qusk nos tradiiioDS ne sont pas km maines^ mais divines ; ainsi est» reful4 ito passage, Isa. 29 : In vanum. eolumt m» docentes mandata ^ et doctrinas hotui" num, et tous les Uvros qu'on a faits, ait tsrsus Immamas traéitiones.
Quant aux Pères , il y a deup (e§^, riine , quVMà se gasde de la Callaoe : épsm' ticuktri afbpmatica ad negativsuk #teplidtsr^ et qu*on se souvienne de la regîn: Ex puaHs pariieularibus nikil ssfuitmi^ sécut IreMfus ait Evangslium^ jpr€4feaveruntyposteascripserunt : é;rgi»|iîMf de Ewmg^io jNT^iMctft^enMil » f «dKfue»
scnpswmA y aiaai > scrtpiuru sU fmiik' menturn^ eieoLum^s^fideiy doBoq<ies»fl|.
La seconde , c'est i» les Ure.
I« SERMON
POim LE JOUR DE LA PENTE€OSTE (1).
ïe TÎene et me présente icy arec l'ef«pHt i de soubmisBion et d'oboyssame , selon !«• ■^ll^im.Xmim^^^'tST^' [,ue.ied«iremarcher.outte.«n|«de-a
lequel encore qaH soli (avoraUa ê
POUR LA KNIBCOSTE.
lortes d'entreprises, si est-ceneantqae j'ay subjet de cremdre que 'un ne dise de moy ce qa'aujourk grand tort les Juifs ont dit de»
s, à sçavoir : Muêtoplenus est iste.
bien dire que celuy-cy soit enivré Iqne témérité , qui en tel temps , en , et en son noviciat ecclésiastique , mter en cette chaire après de si personnages. Mais je dy au conque le temps m'invite à prescher, e je voy que tous annoncent les nés de Dieu : Oniines cœperunt loignalia Dei^ et que ce jourdliuy est imencemcnt de toute prédication.
me donne courage, puisque j'y vois Bverendissime prélat avec la fleur clergé , mon vray père spirituel ; les principaux de la ville , en laayant esté nourry et eslevé on ma ndre jeunesse , je Thonore et m*en ^revaloir comme d'une bonne mère, les pères et mères , quoy qu'ils prius les aisnez , ils caressent neantet chérissent plus tendrement les efrts : je vous accorde , mes bienauditeurs, que comme fa raison le fen, vous prisiez plus tous les autres itenrs ; mais je demande par droict ieêae et de minorité d'estre chery, u prenne en bonne part mes affeclU lieu auquel j*ay jette les premières ::es du fruict duquel maintenant je fte les prémices. Au reste, c'est auray que non seulement les vieux, lussi les jeunes doivent prescher, *il a esté prophétisé de ce jour, qu'en les fils et les filles prophetiseroient, mnes auroient des visions : Prophe^ ^filii vestri, et ftliœ veglrœ, et juvestri vi^o^es videbuirt. On me le cela s'entend de ceux qoi a voient > Sainct-Esprit ; eh bien, pour quoy îcevray-je pas avec vous? Si feray , si comme les apostrcs et disciples, )U3 mettons tous unanimement avec m à prier Dieu : Cum Maria Maire Ivec Marie, Mère de Jcsus, laquelle 'elle nous assiste de son intercession nicn commencement, jcttons-nous rvemment que jamais à ses pieds , iliîons , et puis : In nomine Domini 7rele. Ave Mafia:.
Incompréhensible et indicible abys-
me de cette éternité , en laquelle règne gloriensemcnt la Majesté divine , le Pero étemel, regardant sa propre substance , conceuten son entendement, et produisit, parki , et dit une parole ou un verbe , représentant et exprimant si parfaictement sa substance , essence et divinité , qu'à co verbe il communiqua sa propre essence , engendrant en cette manière son Fils aussi vraymentDieu que le Père, et par la mesme divinité que le Père , si que le Fils est vrayement Dieu de Dieu , lumière de lu* miere ; il est Dieu , puisqu'il a l'infinie divinité pour son essence et substance; il est Dieu de Dieu , pour ce que cette esseno» divine il l'a reeeuë' par la féconde communication que son Père éternel luy en fait et a fait éternellement , l'engendrant et enfantant de son sein devant qu'il y eust aucun Lucifer entre lee anges au ciel ^rituel et invisible, ny aucune belle estoile, ou Diane entre les esloiles du ciel corporel et visible , Ex miero ante Lu/dfemm gmtuiteiky
kàaitif ainsi qu'il est escrit au commencement de la Genèse , fut doUé d'une telle sagesse , que donnant les noms à chaque chose , tl ezprimort fort vivement sa propriété : mais Dion le Père voulant exprimer et dire ce qu'il entendeit , oonsideroil et pensoit de soy-mesme ; comme s'il se fust voulu donner un nom propre , et se nommer soy-mesme, il dit un mot, une parolle , un verbe qui le représenta si naiYvement ex exprima si vivement ce qui estoit en luy , que ce verbe fut un autre hiy-mesme, et fut vray Dieu de vray Dieu , non pas qu'il y eust deux dieux , mais parce qu'il y eut deux personnes participantes d'une seule , simple , indivisible et totale divine essence.
Or lePcre voyant l'unique et souverain bien de son essence tant en soy qu'en son Fils, et le Fils voyant le mesme unique et souverain bien tant en soy qu'en son Pero, ne pouvant estre un souverain bien , sans un souverain amour ; saisis en cette éternité d'une pure etsouveraino amitié, d'une seule et mesme volonté, ils produisirent nn amour tellement parfaict , qu'à cet amour ils communiquèrent la mesme divinité et essence , laquoHe cstoit commuo*) au Pero et au Fils : à sainct amour I ô amour
SERMON
éternel et infiny ! Donc, mes chers auditeurs, dès lors, c*e«t-à-dire dès relernité, avant Ies«iecles, en Tinfinité^en Tabysme de la perpétuité, ce Père et ce Fils éternels, jottant d'une mesme et seule volonté, d*une mesmc et seule amitié, d'un mesme et seul courage; jettant, dis-je, par une mesme et seule l>oiiclie , un soupir, uue respiration, un esprit d'amour, ils produisirent, ils expirèrent un souffle qui est le Sainct- Esprit, tierce personne de la Trinité, Dieu de Dieu, lumière de lumière , Dieu vray de Dieu vray , Dieu le Pcre, Dieu le Fils, Dieu le Saincl-Ei>prit , trois personnes qui ne sont qu'un seul Dieu , une seule tressaincte et tres-adoruble Trinité.
Grand à la vérité, et parfaict fut Tamour que l'Espouse portoit à TEspoux au Cantique des Cantiques, puisqu*à sa parolle son ame sembloit'se fondre et dissoudre comme fait la cire aux rayons du soleil : Anima mea liquefacta est , cum dilecttu meus loçuutus est(^) : Mon ame s'est liquiGée quand mon bien-aymé a parlé. Mais tout autre est cet amour infiny, par lequel le Père et le Fils s*entre-ayment; car en cet amour ils ne se fondent pas, ils ne se dissolvent pas, ce qui seroit imperfection ; mais sans altération de leur nature, ils produisent un Sainct-Esprit, Dieu parfaict de Dieu parfaict, possédant pleinement une mesme divine essence avec eux, et sans se dcflaire de Fessence divine, ils la communiquent tout entièrement et parfaictement à ce Sainct-Esprit d'amour. De quoy si je voulois parler davantage on pourroit bien dire à bon droictdemoy cequ'aujourd'huy les Juifs disoient sans raison des apostres : Musto plenus est iste, Ceiuy-cy est remply de vin ; c'est-à-dire, il faut bien que celuy-cy &• it enyvré d*une grande présomption (ie vouloir expliquer les intérieures opérations de Dieu qui sont si relevées par leur inHnité que l'esprit de l'homme n'y peut approcher que de bien loin. Je m'arreste donc, mes cbers auditeurs, et ce que j'en ay voulu dire, ça esté pour monstrer en quelque façon qui est celuy duquel nous célébrons aujourd'huy la feste, qui est le Sainct-Esprit, et Amour procédant éternellement du Père et du Fils, et encore pour vous donner à entendre que de toute éternité ce Sainct-Esprit
(1)1. GmI.?.
venoit par cette incompréhensible procès sion, et respiration du cœur du Père et da Fils, combien qu*il ne soit pas venu, ou, par manière de dire, arrivé, et que cette mission n'aye esté bien accomplie qu'à tel jourqu'aujourd'huy , il y a environ 4 559 ans. Maintenant je parle des choses claires et fort intelligibles aux fidelles.
Que si l'obscurité de ce que j*ay dit avoit destourné vostre attention, revenez et escoutez devostement tout ce que la saincte Trinité opère, et fait hors d'elle-mesme en realité ; car toutes les trois personnes y communiquent et opèrent sans division oa destination quelconque. Ce que nous vou* lant enseigner lorsqu'elle parle de la création des choses en leur estre naturel, parlant de celle de l'homme, elle introduit la Majesté divine en ces trois personnes , disant : Faisons un homme à nostre semblance; car si une seule personne eust créé riionmie, elle eust dit : Je fais, et non pas faisons comme nous trouvons escrit : Fth ciamus hominem ad imaginem et sinù' litudinem nostram; et David chante:
Benedicat nos Deus, Deus noster^ 6ffi#dicat nos Deus y Dieu nous bénisse, Diea nostre , Dieu nous bénisse, ne reprenant par trois fois ce nom de Dieu sinon pour nous monstrer que non seulement le Père bénit, non seulement le Fils bénit, mail encore le Saint-Esprit ; et tous trois ensemble sont ccluy qui bénit - ainsi faut-H conclure de tout le reste qu'une personne ne fait rien sans les autres quant à ce qui se produit hors de la divinité. Neantmoiot par une certaine approbation de langage, les œuvres qui ressentent plus le pouvoir ont accoustumé d'estre appropriées aa Père, conmie la création et semblables»
parce qu^il est source et origine de toute puissance et divinité; les œuvres qui ont plus d'apparence de sagesse au Gis, digne génération de l'entendement paternel ; celles de bonté au Sainct-Esprit, amour et charité unique du Père et du Fils.
Donc encore que l'opération tres-merveilleuse et puissante, qui a esté faite es cœurs de l'Eglise naissante à tel jourqu'aujourd'huy, aye esté faite esgalement par le Père, le Fils et le Sainct-Esprit ; neantmoins parce qu'en icelle reluit principalement la bonté, miséricorde et magnifique Uberaliiéi on ne dit pas que toute la lU-