‹ Œuvres complètes; nouvelle édition collationnée et augmentée des lettres de Sainte Chartal, des lettres inédites de l'auteur, du portrait de lui et d'autographes (volume 2)Chapitre 71 sur 356 · POUR LA VÉRITÉ DU SÀ1NCT-SACREMENT DE L'AUTEL · texte numérisé non relu

POUR LA VÉRITÉ DU SÀ1NCT-SACREMENT DE L'AUTEL

Caro mea «eré et^ dbut» Joar. vi.

Mt chair eit vraynwB^ TiandOi

La Terité est si belle et si excellente en «Be-oiesme, qu'estant clairement et naïf- VeMnt Bise à In veuë de noatre entende-

ment , il n*est pas possible qu'il no l'embrasse avec un amour et plaisir extresme. C'est son objet , disent les peripatetici#ns;

SERMON

c'est sa viande, disent les platoniciens ; c'est sa perfection , disent-ils tous ensemble avec nos sacrez théologiens. Toula la terre invoque et souhaite la vérité, le ciel la bénit; toutes choses sont ébranlées par sa force, disoit le sage Zorobabel, qui pour cet apophthegme fut réputé le plus judicieux de tous les Persans et Medois. Que ni cela se peut dire de toute sorte de vérités, combien plus , je vous supplie , mes chers frères, de la vérité qui est la première et la plus excellente de toutes ; je dy de la vérité chrestienne, au prix de laquelle toutes les autres veritez ne sont presque pas tant veritez que vanitez :

vérité plus belle que ne fut oncques cette fameuse Hélène, pour la beauté de laquelle moururent tant de Grecs et de Troyens , dit S. Augustin , puisque pour l'amour d*icellc sont morts infiniment plus de gens d'honneur et de martyrs tressaincts? Elle est plus désirable que Tor et la topaze, plus douce que le sucre et le miel ; elle rcjouyt l'esprit , et esclaire les yeux, comme chante David. C'est pour cette raison que désirant, en ces sermons suivans, preuver la vérité du tres-sainct sacrement de l'autel , j'ay creu que je ne pouvois mieux commencer, mes tres-chers frères, que vous faisant voir clairement et distinctement la véritable doctrine de l'Eglise, doctrine si claire et si soucTve, que vos enlendemens au premier regard de sa beauté la recevront, je m'asseure, avec un amour et plaisir incroyable, et la reconnoistronl assez à son propre maintien et à sa grâce pour estre fille de Dieu, sortie de sa bouche, et conclue au sein de son infinie sagesse : mais aussi si auprès d'icelle je vous fuis voir la face du mensonge contraire, je ne doute nullement que la laideur incroyable de celuy-cy ne vous fasse beaucoup plus admirer et chérir la beauté de celle-là. C'est en somme ce que je prétends faire en ce premier sermon, proposer la vérité fort clairement, et pour la mieux faire paroistre , poser auprès d'elle les mensonges qui luy sont opposez. Tenez vos yeux ouverts, ô chrestiens, voyez cette belle vérité autant désirable que nulle autre qui soit en l'Evangile, mais si grande et relevée, que ny vous ny nioy n'en sçaurions soutenir i'esclat, si celuy qui l'a révélée ne noua est propice. Implorons

donc premièrement son assistance par l'entremise de sa tres-saincte Mère, qoft nous saluerons à l'accoustumée , disant Ave.

Un corps ne peut estre mangé, s'il n'est en quelque façon présent à celuy qui le mange, et ne peut estre mangé, sinon en la façon de laquelle il est présent à celnj qui le mange. Nul , comme je pense, ne peut nier cette vérité , puisque la man« ducation est une application et union de la viande à celuy qui la mange extresmement intime et tre^-estroite, jusques à faire qu'enfm la viande se convertit en celuy qd la mange, ou la convertit en soy. Il faut bien donc qu'elle luy soit présente, et ne se peut entendre qu'une viande soit mangée qu'autant qu'elle entre et s'unit a oeloy qui la mange. Or je treuve que parlant g^ neralement,un corps ne peut estre présent, ny estre appliqué ou conjoint à un autre, ny par conséquent estre mangé qu'en trois sortes : réellement et non spirituellement; spirituellement et non réellement; réellement et spirituellement tout ensemble. La première sorte est réelle, mais grossière, naturelle et chargée. La seconde est spiri^ tuelle, métaphorique et peu véritable. La troisiesme est autant réelle que la première, autant spirituelle que la seconde, elle est plus admirable que la première et la seconde. Considérons cecy plus particolierement, et voyons quelle des trois façons est plus convenable à la présence et mandi^ cation du corps de Nostre-Seigneur au tretsainct sacrement.

Je dy donc premièrement qu un corps peut estre présent à un autre, et par conséquent estre mangé réellement et non spirituellement ; mais naturellement et charnellement. Cecy est sans difficulté:

ainsi mon corps est présent à cette chaire, et les vostrcs à vos sièges, Mes frères, c'est réellement, car c'est la propre essence et substance de nos corps qui y est ; maisc'est charnellement, car cest avec toutes les qualitez naturelles de nostre chair, la pesanteur, espaisseur, mortalité, obscurité, et semblables marques de nostre misère et propre nature; c'cbt la façon ordinaire et naturelle de la présence de nos corps, et de tous les corps de ce bas monde, selon laquelle aussi peuvent-ils estre mangez.

Ainsi le fut le corps de Jezabel par las

POUR LA TÉRITÉ DU S. SACREMEIfT DE L'AUTEL.

dueiis ; car Ils mangèrent réellement et de fotty et charnellement aussi ; car ils le dcffchirerent comme estant corruptible; ils le traisoerent ce etlà comme estant pesant; fla ie mordirent comme estant espais, et aGn Be plus ne moins qu'une chair de chcvul ou de bœuf. Ainsi furent mangez par les lions réellement et charnellement les gens que le roy d'Assyrie a voit amenez pour peupler h Sanaarie, et les enfans qui injuriei'ent Heii^ée par les ours. Ainsi les antropophageades Indes s'entre-mangent les uns les autres réellement et de fait, et quant et quant charnellement, comme s*ils mangeoient la chair des moutons et des veaux. Et de mesme les deux femmes samaritaines, pressées de famine par le siège, mangèrent réellement et charnellement Tun de kmn enfans, le deschirant à belles dents, et remplissant leur eslumach et leur ventre de la chair qui en esloit sortie. C*est bien assez pour ce poinct : je crois que tous m*avez entendu, puis que je ne vous parle que d'une façon de présence et de manducation ordinaire, naturelle et diamelle.

llaintenant, mes frères, il faut que je TOUS dise que les Capharnaïtes (1) ayant , ouï que nostre Rédempteur avoit si sou- Tent inculqué et répliqué en un sermon qu'il leur faisoit, qu'il falloit manger sa ' diair et boire son sang, que sa chair estoit trayement viande, que lo pain qu'il donneroit estoit sa chair pour la vie du monde, ils crurent qu'il voulust donner sa chair en cetie première sorte , c'est-à-dire , rcelle- Bent; car ses paroles estoient si preignantes, qu'ils n'en pouvoient douter, mais charnel lenement; car ils pensoient qu'il la voulust donner morte par pièces et morceaux, grossière, obscure, espaisse, eorruptible, pesante, palpable, visible, et que par conséquent il falloit qu'ils la descfairassent et maschassent comme les an- Iropophages ou mange-gens, cannibales et nar^jas, qui s'entre-mangent les uns les autres, comme l'on mange la chair des Boutons et brebis. Et partant tout cstonaez dfî cette promesse, ils disoient entre eux : Comme peut celuy-cy nous donner N cb.iir à manger? et voyant qu'il persistoit à les en asseurer me^me avec son plus

(I) Cypr- ém Coim , ti I. Aof. traet- 17, !■ Joam., ti

grand serment, ils adjousterent : Ce propos est bien dur; et qui le peut ouyr? Ils appellent les parolles de Nostre-Seigneur dures, c'cst-a-diro aspres, rudes, estranges, crues, parce qu'entendant que Noatre-Soigncur leur vouut faire manger sa chair et boire son sang charnellement , et selon l'estre naturel et ordinaire de la chair et du sang, à la vérité cela leur sembloit fort crud , barbare et extravagant. Et à qui est-ce que les cheveux ne drosseroient d'horreur, et que la chair ne frissonneroit, s'il lui failoit manger un corps humain, et boire le sang d'un hommof Mais d'autant plus, cela pouvoit sembler fort cruel aux auditeurs de Nostre-Seigneur, que luy et eux aussi estoient Juifs de nation et de religion.

Or entre les Juifs, la chair humaine estoit tellement hors d'usage, que mesmo en touchant un corps mort , on estoit contaminé et souillé devant le monde; et quant au sang , il estoit tellement prohibé , que mesme il n'estoit pas loisible, selon la loy, de man!;er de celuy des bestes. Quelle merveille donc , si ces pauvres gens oyant que Nostre-Seigneur vouloit donner sa chair et son san^ pour viande etbreuvas;e, s'en estonnerent si fort, estimant qu'il la voulust donner toute morte, et en sa propre forme et condition naturelle et charnelle? Intelligence trop grossière à la vérité, et qui procedoit d'une grande lourdise.

De cette mesme sorte de manducation grossière et charnelle furent accusez lès anciens chrestiens par les payons a théistes, et je vous supplie , mes chers frères , de remarquer cecy . La primitive Eglise, esparse sur toute la face de la terre , taisoit une profession si ouverte parmy ses enfans, de manger réellement le corps du Fils de Dieu , et de boire son sang , que les paroles avec lesquelles elle lo declaroit estant venues aux oreilles des payons , et autres ennemis du Sauveur , ils en prenoient occasion de calomnier les chrestiens, et les accusoient de l'antropophagie, c'est à dire, de manger les petits enfans , les esgorgcr ot deschirer à belles dents, et disoient qu'en leur sacrement et mystère ils faisoient leur festin de chair humaine à la cyciopique : /Hcimtir» Tertullieo eo soq cpo-

SERMON

logetique, seeïeratiêiimi de eaermnmiû irtfanfieidii, etpabulo inde. On nous appelle tres-criminels , dit-it, du sacrement de rhomicide des cnfans et du repas qui s'en fait Et de fait Pline second, en l'epistre qu'il escrit à Trajan , et qui est citée par Tertullien, monstre bien que les chrestiens aboient esté accusez de ce crime ; car il les en descharge, s'il est bien considéré. Cette calomnie dura jusqu'au temps de Minutius Félix , qui recite les parolles «l'un certain Cecilius , lequel en accusoil encore les chrestiens : accusation fort estrange à la yerité, mais de laquelle la fausseté est aucunement excusable en ces anciens ennemis de l'Eglise ; car nos anciens pères confessoient ouvertement qu'ils man< geoient le corps de Nostre-Seigneur, et les sacrées fisoritures le déclarent si ouvertement , que les payens , ou entre-escoutant les chrestiens perler , ou entre -voyant les Escritures , ne pi "^voient ignorer que l'Eglise n'eust celte cit^yanoe; mais d'ailleurs d'atteindre à la oonnoissance de cette manducation réelle , eela Mtoit hors de leur pouvoir ; car c*est la seule fcy qui l'enseignoit : et outre cela nos chrestiens se tendent si serrez et couverts en la célébration do ce mystère, que mesme ils ne perraetloient pas aux catéchumènes de le voir , si que les payens oyant dire absolument que les chrestiens mangeoicnt la chuir du Fils de Dieu , et ne sçachant ny pouvant deviner que ce fust autrement , qu'avec une façon charnelle, ilsaccusoient < le$ chrestiens d'un crime d'antropopbagie. Mais qui peut trouver cette accusation en ce temps auquel l'impudence a bien osé passer si avant que de reprendre cette Diesmo calomnie pour en ^îesbonorer les catholiques. Et qui ont esté oea iiBDfMjdens? me direz-vous, ô pentplel des personnes baptisées, nourries etiastruites en l'Eglise de Dieu , qiii ont mille fois cm et veu la célébration de la sainote Eucharistie , ei cent fois peutr-estre y ont participé , 0t après tout cela s'esta» t séparez de la saincte compagnie des fidelies pour foire des sec^ tes à part , ne laissent pas de nous faire des argumens sur cette calomnie aussi asseurement comme s'ils «stoient tout-a-fait ignorans éb aostre cveance. Combien de âis «MIS cbjecloa^s que ai noun laai»geons réellement le corps de Nostre-Sei-

gneur, donc il fhut que nous le deschiriona maschions et rongions , et de là ils passea à des argumens si insolens et extravagans qu'il n'est pas possible de plus. Mais y a t^il jamais eu en l'heresie effronterie plui arrogante que celle-là !

Or enfin tout cela n'est que calomnie vous le savez bien , mes tres-chers frères Non , jamais cela ne f\it dit ny pensé pai Noslr^Seigneur , que l'on mangeroit & chair charnellement, grossièrement, ^ comme l'on mange les chairs mortes e pcrisaables. Et tes Caphamaïtes qui l'en' tendirent comme cela estoient des pauvret gens , et qui n'avoient pas bien considcH les parolles de Nostre-Seigneur, lesquellei ne peuvent nullement estre tirées à ccsens: car oyez Nostre-Seigneur, il dit : Ma chah est vraymenl viande , mais qui mange toi chair, il a la vie éternelle ; que s'il n'avd! dît que cela, l'interprétation des Caphar naïtes cust eu quelque apparence , puisqu'il ne parloit que de la chair simplement Mais quoy! n'exprime-t-il pas assez soi intention , quand il dit en ce mesme di^ cours : Je suis le pain vivant qui suis descendu du ciel? Voyez-vous pas qu'il m parle pas d'une viande morte, mais vî vante ? or elle ne seroit pas vivante si elli estoil déchirée , rompue et mise en mor ceaux. Qui me mange , dit-il , vivra pou; Tamour de moy . Il ne veut donc pas donne: sa chair morte, ny seul, mais se veut don ner tout entièrement. Or il ne se donneroi pas soy-mesme tout entioromenl, s'il n< donnoit que sa chair seule et morte. Mal surtout , Nostre-Seigneur avoit rejette dl sertement celte intelligence grossière e toute charnelle par ces pc^rolies : 5[pir£W; est qui vMficat, caro nonprodcst guU guam; verha quœ loqtiulus sum vobi spirituset vita «wit, C'est l'esprit qui vi vifîe , la chair ne profile de rien j les p0 rolles que je vous ay dites sont esprit e vie. Parolles sainctes, parolles divines parolles infiniment excellentes et propre à déraciner celle lourde el grossière iutd ligence de la manduralion cbarnclle dij corps de Nostre-Seigneur, ri ce pi\r deu: beaux moyens que nos anciens peœs ei ont doctement lirez et déduits. El coouq dit S. Chrysostome : Donc la «'hair ne prc fite de rien, ne parle-t'il pas de sa cbfi mesme ? Jà n'advienne ; mais il parle de

POUR hk VÉRITÉ DU S. SACRKMENT DE LWIITEL.

penooDes qiii aatendwt chsrneUemtnt.

Sh ces pensées, dit S. Cypricn , la cliair el ie sang ne profitont de rien , ny le sens diarnelae peut pénétrer rintalligenccd'une

si grande profondité, ai la foy n'y survient . NecearnaU$ êensus ad intellectum tanlœ profunditatiê pénétrât, nisi fides aeitêdat^ etc.

^aff|«s;s

AUTRE SERMON

POUR lA VÉRITÉ DU SAINCT SACREMENT DE L'AUT^.

JbTcw djsAJs dimîiniche, mes tres-chers «dileurs , que toutes les difficultez que BfK 9dvei99ires mettent en la créance de Il realité du corps et ^ng de Nostrc-Scigpeur au tres-sainct sacrement se i^euveiit nduîre à ces deux doutes que firent les i|^ et les disciples à Jesus-Christ Noslre- Seigneur, quand il leur enseignoit la vérité ie cet article en S. Jean, 6; i*un rstoit : Hmmiodo potest hic nobi$ carnem suam iarê ad manéucandum? Gomment se peut-il faire qu'il nous donne sa chair à manger? l'autre estoit : Durus est hic Mmo , et quis potest eum audire? Cette lardle est bien rude , qui est^^e qui la peut entendre? car toutes les oppo>itions qu'on nous faict tendent là , ou que cette iwlité n'a pu estre instituée ou faicte , ou qu'il n'a pas esté convenable. £t semble que tous les lieux qu'ils sont allez rocherckant en TEscriture ne leur servent que (Tone confirmation pour ces deux doutes. (k je coDunençay k prouver que Dieu le pMvoit tant p^r la commune règle de sa late-piûssaBcc , que par des preuves parlioilieres touchant la pluralité des lieux 1^ znesme corps. Puis je commonçay à Kms monstrer que la façon en laquelle Mo8(re-6eigneur estoit en ce sacrement, ■''^fttoit aucunement dure ny horrible, ains Énciiave et gracieuse.

Maintenant en la poursuite de ce mesme diKonrs, je montreray, 4 . qu*il n'y a nulle {■possibilité en cesainctsacremont, qu'un corps soit en un lieu sans y occuper place, «t garder cette extension extérieure que iQua voyons estre nuturollemcDt es autres corps. 2. Qua latranssubstaaiiatioa n'est

aucunement impossible , ains )ïres-verita« ble en ce sacrement. 3. Je deduiray de tout ce que j'ay dit Tadoration de ce saint sacrement. 0 Seigneur, je loiieray de tout mon cœur vosLre toute-puissance, pourveu que vous ouvriez mes lèvres à vos louanges ; j'adororay vostrc Majesté au saioct saciemeot ; pourveu que vous teniez tousjoiirs vos parplles en moncqour; car vos parolics m'instruiront que voyus y estes homme de D;pu réellement et veritablenHîBL , et que cette vostre présence n'est non plus impossible à vostre volonté, quoy qu'incompréhensible à nos foibles entcndemcns, que le reste de vos œuvres admirables. Aiin que cette prière soit receuë de sa divine bonté , joi<;nons-y l'intercession de Nostre-Dame : Jve Maria.

Nous demeurasmcs donc bien assourc?

qu'un corps peut estre en plusieurs lieux par Tobeyssunce qu'il faict au commandement de son Dieu tout-puisï-ant , auquel il n'y a rien d'impossible. Je dy maintenant qu'un corps peut estre on un lieu sans y occuper aucune place , sans y estre vou , sans y estre touché ni apcrceu. Vous avez peut-estro besoin d'entendre pour la plu- [. )rt le fond de cette difllculté. Escoutez un peu attentivement, et je me declareray bien ouvertement.

Quand une chose est en un lieu , nous avons accoustumé do concevoir en icelle deux choses, deux qualitez et deux appartenances.

L'une c'est la présence, que la chose estant en un lieu y soit présente , et cette qualité n'est autre qu'cstre en un lieu , de

SERMOff

façon qu'cslre présent en un lieu n'est autre , sinon y estre ; estre absent , c'est ny estre pas.

L'autre qualité que nous concevons estre en la chose qui est en quelque lieu , c'est qu'elle y occupe une place , c'est-àdire, qu'elle y soit tellement que là où elle est, nulle autre chose y puisse estre avec elle. Elle remplit tellement le lieu où elle est , qu'autre chose n'y puisse, avoir lieu.

Ces deux conditions , à nostre grossière façon do penser, nous semblent estre tellement lices l'une avec Tautre qu'elles ne peuvent estre aucunement séparées. Et nous est bien advis que quand une chose est en un lieu, elle y occupe place , et partant qu'autre chose n'y peut estre avec elle.

Or neantmoins la chose n'est pas ainsi ; car il y a grande différence entre estre présent et occuper, de façon que fun peut bien estre présent et occuper, de façon que l'un peut bien estre sans l'autre : je veux dire qu'une chose peut estre tresps^faictement présente en un lieu sans y occuper lieu, ains les choses , d'autant que plus parfuictement elles sont présentes à quelque lieu , moins elles y occupent de place, de quoy les exemples vous feront foy»

La Majesté de Dieu est tellement partout, que S.Paul a dit : Non longe esl ab unoquoque nostrûm : in ipso enim vivimus^movemuretsumus (4). Ce qu'il disoit aux Alhenicns au propos du Dieu inconnu.

Et comme je vous disois dernièrement de David : ^t ascendero in cœlum , tu illic es; si descendero in infernum^ ades. Or quoy qu'il soit présent à toutes choses , si est-ce qu'il n'occupe aucun lieu ou place : ainsi les anges n'occupent aucune place en eux , de f; con que des légions entières de diables se sont trouvées en un corps. La présence donc peut estre sans l'occupation de lieu, et l'est ordinairement es esprits.

Mais es choses corporelles ordinairement la présence d'une chose n'est pas sans occupation de place.

Et voici maintenant la difficulté ouverte entre nous et nos adversaires; car nous disons que comme la présence est ordinairement séparée de l'occupation de lieu es choses spirituelles, aussi le peut-elle estre

(1) iflt. ftTtt

es choses corpoVelles par la toate-potosance de Dieu ; ils le nient / et nous le prouvons , et nostre première preuve se prend de ce que nous disions dimandie, comme réciproquement ce que nous preuvions dimanche se peut prouver par ce que nous dirons maintemmt, estant la oatuie des veritezde s'entre-aider l'une l'autre*

4 . Nous disions dimanche , et le preevasmes suffisamment, qu'un seul corps peut estre en deux lieux , donc deux corps peuvent estre en un lieu , n'y ayant noo plus de difficulté que deux corps n'ayent qu'un lieu , que de dire que deux lieux n'ayent qu'un mesme corps : faciliuê €iî camelum per foramen acûs transira^ guàm divitem inirare in regnum emlth rum, His auditis dixcipuli mirabaninr valde , dicentes : Quis ergo pottrit «a(vus esse? El eos respiciens Jestu , dixit eis : Hoc apud homines impossibile et^t^ apud Deum omnia possibiia sunt (1).

Comment se pourroit-il faire qu'un chameau entrast par le trou d'une aiguille, sinon qu'il n'y occupast point de place? un si grand animal estre compris en un si petit lieu, n'est-ce pas un bel exemple à nostre propos? Je sçay bien qu'il y en a eu qui l'ont entendu d'une corde de chan* vre , qu'on appelle cable : mais tous les pères l'entendent de cet animal. Yoyexvous, il dit que tout cela est impossible aux hommes : mais ny cela , ny autre chose n'est impossible à Dieu. Et s'il n'est impossible de mettre un si grand corps en un si petit lieu, pourquoy sera-t'il impossible qu'il mette un corps humain glorifié en l'hostie et en la moindre {)artie d'iceile ?

En S. Jean 20 , Nostre-Seigneur le jour de sa résurrection vint les portes fermées au milieu des disciples , et fut là au milieu d'eux , et leur dit : Fax vobis. QEcolampuUo dit qu'il entra par les fenestres ; Cal* vin, qu'il ouvrit et resserra, ou qu'il anéantit les portes , et tout à coup les re> créa. Pierre Martyr dit qu'il entra par quelque ouverture, ou qu'il rendit rares les portes, ou qu'il Gt céder. Je proteste, mes frères , que ces gloses et interprétations ne sont point en l'Escriture. Ah!

mon Dieu, que ce que l'esprit humain bail est bien hay, qu'est-ce qu'il ne va rechercher pour s'excuser ? Voyez en S. Luc Si»

(1) s. Matth. ta • s. Man, s, s. Lm, xvai.

POUR lA YËRITÉ l)U S. SACREMENT DE I/AUTEL.

868 disciples s'esmerveillereot de cette soudaine apparition , et voyant les portes bien fermées , ils pensoient voir un esprit , comme nos adversaires , lesquels quand on leur dit que Nostre-Seigneur ■'occupe point de lieu , ils pensent que ce ne aoit pas son corps. Non , non , c'est son corps , ce n'est pas une contenance spirituelle y c*e8t son vray corps, mais spiritualité.

Si les bons anciens eussent pensé que eeseacbappatoires eussent esté solides, ils s*en fussent servis contre les Marcioniles , qni objcctoient ce passage de S. Jean, pour pieuver que le corps de Nostre-Seigneur tttoit fantastique , comme le tesnioigne S. Cyrille sur ce lieu , mais jamais aucune attaque ne leur fit reculer d'un pas , ils voulurent maintenir en tout et partout le sens na'if et simple defEscriture.

Mais quoy, ô mon Dieu, ô mon Sauveur, 6 mon maistrel permetlez-moy que je parle de la première entrée que vous fistes ea ce monde, en laquelle non vous , mais les anges pour vous , vous voyant parmy les hommes petit enfant, pauvret , nud et pleurant, chantèrent : Gloria in altissimit Deo , et in terra pax ho minibus hmœ voluntatii. En cette entrée , Seigneur, comment comparustes-vous au milieu des hommes? sans doute que vous y entrastes , la porte virgi/iale de Noslre- Dame vostre saincte Alere , estant tres- Kcn fermée ; car elle fut Vierge en l'enfontement et après , jamais il n*y eut aucune corruption ny ensa tres-saincte ame, ny en son corps. Voyez-vous, mes frères , Nostre-Seigneur avec son vray corps sort hors du ventre de sa mère sans aucune fraction ny ruption de sa virginité; ne falbit-il pas donc que ce fust sans occuper place, et qu*il passast par ce corps virginal pir pénétration de dimension? A Dieu ne plaise que je dise ce que nos adversaires lespondent en cet endroict. C'est chose borsde respect, à quelque prix que ce loity ils veulent ce qu'ils ont dit une fois loit vray ; ilsayment mieux blesser la virginité de la Mère de Dieu, que confesser leur fuite. Certes Jovinien a esté tenu pour hérétique entr'autres, pour avoir dit que Kostre-Dame avoitperdu sa virginité en enluitant son ûls, Isaye au 7* chapitre dit et pcoteste que la Mère de Dieu seroit Vier^ ,

non seulement concevant, mais enfantant 1 £cce Firgo cancipiet et pariet ; et en nostre symbole : Natuê ex Maria Fir^ gine.

Quoy 1 Nostre-Seigneur ne sort-il pas du sepulchrefermé?sansdoule,S. Mathieu 28, S. Marc 4 6 : L'ange leva la pierre après que Nostre-Seigneur fut ressuscité; donc il sortit à travers la pierre sans y occuper aucune place.

Voudriez- vous bien, messieurs, que je me servisse du tesmoignage de S. Augustin au 22* livre de la Cité de Dieu, chapitrées; là il est dit que Petronleeut un anneau d'un certain Juif, où il y avoit une pierre pour la guérir de certaine maladie qu'elle avoit; l'anneau estoil très-bien lié et attaché à un lien bien fort et ferme, elle s'en va au sepulchre de S. Estienne, afin que la guerison ne fust attribuée à l'anneau du Juif; incontinent l'anneau tombe aux pieds de cette femme sans estre rompu, ny le lien desnoUé ou rompu : ainsi, dit S. Augustin, on doit croire Nostre-Seigneur estre sorty du ventre virginal sans aucune rupture. Vous voyez donc comme un corps peut estre en un lieu sans y occuper place.

Nos adversaires ne sçavent que dire, ils voyent nos raisons bien establies sur l'Es* crilure, dans laquelle ils sont allez recherchant sll y avoit rien qui pust servir à leur négation, et voyant qu'il n'y avoit rien, ils se sont jettez sur la philosophie, et ont voulu monstrer que cela estoit impossible. Si je voulois rapporter les raisons qu'allèguent Pierre Martyr et Calvin, je n'aurois jamais fait, quoy qu'il me se roit tres-aisé de leur respondre en philosophie, et à la scholastique : mais je n'ay que faire de me mettre sur la philosophie, quand j'ay la parolle do Dieu pour moy. Nostre-Seigneur respond assez à tous ces argumens, quand il dit en S. Mathieu 49 : JIoc apud hominei impombile est^ apud Veum omnia possibilia sunt. Vous n'entendez pas 10 il ne faut pas laisser de croire pour cela. Mais puisque vous voulez laisser l'Escrilure pour la philosophie, jo vous prie, dites-moy comme vous pouvez voir ? car ou c'est par émission, ou par immission : si c'est le premier, comme vostre oeil peut-il contenir tant de choses, estant si petit ?commepeutpil avoir tant do rayons

SERKON

qu'il en faut pour couvrir toute une montagne qu'il voit tout ù coup, et orcupor Tespace de cinquante liciies de loin? le fil le plus délié du monde, en si grand espace, feroit un très-gros peloton : si c-est le second, comme peut recevoir vostre œil, qui est si petit, une représentation de si grandes choses et si diverses?

Qu'ils me disent tomme la lumière corporelle pénètre ainsi en un instant les cieux, Tair et Teau; car encore qu'elle n'aye pas de substance, si est-ce qu'elle est corporelle.

Voilà, mes frères, la vérité du fait. Nostre-Seigneur est en l'Eucharistie sans y occuper place. Il y est les parties bien proportionnées ensemble, mais sans aucune proportion de place, parce qu'elles n'en occupent point.

On me dira : Comme se peut-il faire qu'il y soit invisible et impalpable? Cela est aisé; car quand on voulut jetler Nostre-Seigneur du sommet de la montagne, il passa à travers des Juifs sans Ji'estre ny veu ny apcrceu ; quand, après la résurrection, il laissa ses disciples en Emmatis, il disparut devant eux, et ne le virent plus, encore qu'auparavant ils le vissent et que leurs yeux fussent ouverts.

Il y a donc plus de difficulté de tous ces costez-là : un corps peut estre en deux lieux , ainsi qu'il appert par rnistoire de la Conversion de S. Paul. Un corps peut estre en un lieu , sans y. occuper place, ainsi qu'il appert par l'entrée de Nostre- Seigneur les portes fermées, et par sa nativité. Un corps peut estre en un lieu, sans qu'on le puisse voir et connoistre qu'il y soit, comme il appert par les exemples que je viens d'apporter.

Mais il y a encore une difficulté ; car nos adversaires ne voulant pas abandonner leur Çuomodo , demandent : Comme se peut-il faire qu'une chose qui estoit naguerespain, soit maintenant la chair de Nostre-Seigneur? Il se peut faire par un changement total de substance en substance, que l'on appelle fort proprement du mot de transsubstantiation. Ceux qui ontsuivy le parti de Luther, pour combattre l'Eglise, ont opinion qu'en ce sacrement il n'y ayt point de changement au pain, ains que le pain y demeure, et neantmoins confessent que le vray corps de Noetre45eigiieur y est.

Ceux qui suivent Calvin nient le d ment nn p»in, et quant et quant la réalité du corp<. Or l'Eglise confessant la reidité, dit le corps de Nostre-Seigneur y estiv réellement sans aucune substance du p»D, laquelle a esté changée en la chair, etc. Pierre Martyr, au livre contre Gaidjneras, dispqte fort et ferme contre cette tvaps substantiation , comme contre «âe ehow impossible : mais je ne sçay en quoy ils treuvent cette impossibilité ; ce» n'a-ion pas veu la substance de foau changée m \a substance du vinèsnopcetdeCam m Galilée? elle fut faite vin, en 8. Iean(|p et la femme de Loth en une statvë de sel. Gènes, 29. Mais voyez comme le diable anesme reconnoist la transsubstantiatloB estre possible : Si filiuê Dei es, die ui (#• pides isti panes fiant. Mais quelle di£S* culte , qui convertit peiram in êta^ffm aquarum, et mpem in fontes aquarum (4). La verge d'Aaron n'est-clle jpas véritablement convertie en couleuvre? car i'Ëscriture dit que ce que les autres firesÉ fut par sorcellerie, mais que ce que fit Aaron fut véritable. Nostre Sauveur n'a-t4l pas converty le rien en tout? Oenee, 4, Ne convertira-t'il pas nostre pourriture en un beau corps, en la résurrection? 4 Cor» 4 5. Ne cx)nvertit-il pas la poudre en chair? Gènes. 3 . Il n'y a donc plus de doute qu'elle se piii.ssc faire. Or je preuve maintenant qu'elle s'est faite en l'institution du trèssainct sacrement.

Nostre-Seigneur prit du pain, et dît:

Cecy est mon corps; donc ce n'est plus pain, si c'est le corps de Nostre-Seigneur; car si ce qu'il prit en ses benistes mains n'estoit pas changé, il ne falloit pas dire que ce fust autre chose que ce qui estoit auparavant : auparavant c'estoit pain , maintenant c'est son corps; donc il est changé de pain en corps. Il ne faut pas dire que îron corps y soit, et le pain aussi ; car qui vcndroit un sac, moitié fipmcnt et moitié avoine, et diroit : Acheptez cecy, car c'est froment; sans doute qu'il tromperoit le monde, et seroit réputé pour avoir dit un mensonge. Ainsi qui diroit d'un tonneau plein d'eau et d'huile : Cecy est huile , on le tiendroit pour menteur ; il ne faut pas donc dire que Nostre-Seigneur disant !

Cecy est mon corps, le pain y soit encore.

(I) FmI. uu ; Exod. TU.

POUR LA VÉRITÉ DU i. SACRRIIENT DE L'AUTEL.

Quand donc il dit: ffoc est corpus mrtim, fl monstre clairement que lo pain avoit esté cJiaDgé.

Secondement en S. Jean ft, quand Nostre-Seigneur dit iFanîs quem ego dabo, caro mea est pro mundi vita ; si co qu'il duoit n'oust deu estre fait par changement, il oust esté faux; car le pain, s'il demeure pain, ne peut estre chair. Il f«iut donc qu'il entendist un pain chanî^ô. <a toi qn*il disent au mesmc lieu : /ipu sum ponts vivus. guide calo descend i.

Hais voudriez-vous bien, nr.ssieurs, çn'en ce sacrement on rei)cut le ventre et fesprit tout ensemble? non, Mu n'c^toit

a convenable. Jesçay bien qu'il y a de la culte en cecy, mais il y on auroil eneore davantage autrement. Et quant à rXfiCriturc, tout ce qu'ils nuu.s sçiivent objecter, c'est premièrement (jue ce nom do transsubstantiation n'est point en l'Escritore, a quoy je responds que ny le mot de Unité, ny OmousioSf ny Theotecos, il loftt que la chose est on TEscriture, encore que le mot n'y soit pas. Secondement ils disent que ce sacrement est appelé pain : maïs je responds que ce n'est pas parce qu'il y aye du pain, mais parce qv'il y a jupparence de pain extérieure, ou Ûen parce qu*i1 a esté fait du pain , ou parce qu'il a les effccts et proprietez du pain, ou parce que, selon la couslume des Hébreux, toute sorte dir viande a esté appellée pain, comme on void de la manne qal a esté appellée pain. Exud. 1C. Donc KoBtre-Scigneur n'a pas dit: Caro mea tsrè est paniSf mais verè est cibus, qui est le mei>me qne quand il dit : Ego sum ponis vivus; et que l'Eâcriture a accoustome d'appeler les choses du nom de celle- B desquelles elles ont esté faites, ainsi qu'il est aisé de voir,£xod. 7, où la verge d'Âaron estant convertie en serpent, ne laisse d'estre appellée verge : à la Genèse 3, où l'homme fait et iiréde poudre, ne laisse d'estre appelle poudre. Tierccnient, ils disent que cette opinion de tnmssubslantiation est nouvelle : mais ils ont très-grand tort; car à la vérité elle a de tout temps esté en l'Eglise. Il seroil aisé de recueillir Ce qu'en ont dit les anciens. Oyez en quelques-uns. S. Cyprien, qui vivoit il y a plus de treize cents ans. In sermons de Cœna Skmsihi : Paniê iste quem Dominas diaci-

pulis porrigsbat,nonefltgiê^seénatHr4t i mutatus^ omnipotentia verbi faetus est caro. S. Cy lilk* Uierosolymitain, <>a/A«c.4* Aquam aliquando mutavit in vinum^ et non erit dignns cui credamus quod vi' num in sanguinem transmuiarit, Nyssenus, In oratione magna, c. 37 : Reete Dei verbo sancii/icatum panem in JJsi verbi corpus eredimus immutari. 8. Ah« gustin, ut citât Beda. c. 40, 4 , a(i Cor, : Nonomnis panis, sed aecipiens Christi benedictionem^ fit corpus Christi.

Enfin il y u cinq cents ans passée qu'en un concile gênerai célébré sous le pape Nicolas 11, qui estoit de ce pays de Savoye, et d'une tres-noble maison, Berengarius fut controint d'abjurercette erreur.

Voulons-nous abandonner toute l'antiquilé si bien fondée en l'Escriture, pour éviter un peu de difficulté et llatter tes conséquences de nostre entendement propre?

Concluons donc qu'après la consecrotion le vray corps de Nostre-Seigneur y est, et n'y a iK)iiit d'autre substance quelle qu'elle soit ; il y est, dis-je, réellement et tres-veritablement.

D'où s'ensuit la troisiesme proposition que j 'a vois avancée, que ce sacrement, en tant qu'il contient Nostre-Seigneur, est adorable, et que l'on le doit adorer.

Car à la vérité, puisque c'est iesus- Christ , et que Jesus-Christ est Dieu , qui ne l'adorera? je vous prie , aussi bien là qu'au ciel , puis [u'il est escrit en S. Mathieu 4 : Uominum Deum adorabis « et illi soli servies ; car Nostre-Seigiieur , oii qu'il soit, il y veut estre adoré. Ainsi fut-il adoré en croix par lo larron, et marchant panny llicrusalem par les troupes qui crioient Hosavna , en la cresche par les roys. Il est voilé en rEucharislie » mais cela ne doit pas emposcher iju'il n'y soit adoré ; car ainsi fut-il adoré îles roys, voilé des langes et emmaillolté. Oi atin que tout d'un coup je preuve que Nostre-Seigneur est réellement selon sa chair en ce tressainct sacrement , et tout ensemble a u'il l'y faut adorer, l'un ne pouvant estre sans l'autre, ny (ju'il y soit adoré s'il n'y est pas, ny qu'il y soit sans y estre adoré par l'Eglise , qui est jalouse de rendre à son Es|)oux tout honneur.

Je vous prie de regarder combien cette

SERVOII

affaire est convenable, puisqne cette adoration ayant esté preveuë par David, il en tressaillit de consolation et chante : Manducaverunt et adoraverunt omnes pingnes ierrœ, Manducaverunt^ ait jéugustinusy corpus humilitatù Domini sui dû vîtes terrœ; nec sicut pauperes saturati suntusque ad imitalionem , sed tamen adoraverunt. j4mobius, Basil, Théodor. sic explicatur locus Psalmus. 98 .- Jdorate scabeilutn pedum ejus, quoniam sanclum est. ab Augusdno (^),

Mais S. Paul 4 aux Corinlh. 44 , qu'estce qu'il dit? Qui manducat et bibit indigne , judicium sibi manducat et bibit ^ non dijudieans corpus Domini.

Ponenda est ergo differentia quam par est adhibere^ et venerari corpus Domini. etc.

Et afin qu'il ne semble pas que ce soit une nouveau lé, ains qu'on connoisse que l'adoration de l'eucharistie a tousjours esté en l'Eglise , et par conséquent qu'on a tousjours creu fermement qu'en icelle est le vray corps de Nostre - Seigneur , oyez un peu le tesmoignage de quelques grands pères.

Et premièrement, je produirai S. Chrysostome qui vivoit il y a plus de douze cents ans, et lequel pour son excellence a esté loiié et appelle Bouche d'or, Homil. 6, ad populum Jntiochenum : Considéra, quœso , mensa regalis est , angeli minisiront es , ipse rex adest, et tu stas , existans igitur adora , et communica , cum vêla videris retrahi, tuncsuperne cœlum aperiri cogita, et angelos descendere.

Idem y lib, 6, de Sacerdotio. U raconte

U) PmI XXI.

une vision d'un vieillard qu'il appelle admirable y lequel pendant la messe «voit veu une troupe d'anges respicndissans entourer l'autel, inclinez comme soldats devant leur roy. Notez cette comperatscn, notez le mot d'autel. Puis là mesme il r»conte d'un autrequi avoitappris par vision, que ceux qui prenoient ce sainct sacrement deuëment, à la 6n de leur vie, avoient des anges autour de leur corps qui les aocompagnoient jusques au ciel C'est une chose belle que de voir ce qu'il dit,/foaiiL 3 et i, contra Anomœos,

S. Ambroise en son oraison préparatoire invoque ce sainct sacrement , et l'appelle pain sainct, vivant, pur, beau, très-doux, et luy demande grâce de pouvoir aller i son royaume.

S. Grégoire Nazianzene , Oratione Ai laudem sororis sues Gregoria , raconta que sa sœur estant malade d'une maladie prodigieuse, vint de nuict à l'autel se proalernant, et priant celuy qui est adoré sur iceluy : Omnibusque nominibus appH' lans, aique omnium rerum quas fecerat commone faciens, quidfecerit audite: mput cum clamore et lacrymis admovens^ se non nisi reddita sanitate discessuram minitans, etc. Ainsi elle fut guérie.

EtOrigene plusancien encore, ZfomtT 5, in diversa , dit qu'en ce sacrement nous recevons en nous comme en nostre maison le corps de Nostre-Seigneur : dis donc, ditil : Domine^ nonsumdignus, sic.

Cyprian, Sermone de latcis : MuHer quœdam cum arcdm haberet in qua sanC' tum Domini corpus posuerat , et indi' gnis manibus tentasset aperire, igneindê surgente deterrita est^ etc.

AUTRE SERMON

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