‹ Œuvres complètes; nouvelle édition collationnée et augmentée des lettres de Sainte Chartal, des lettres inédites de l'auteur, du portrait de lui et d'autographes (volume 2)Chapitre 73 sur 356 · POUR LE S. SACREMENT DE L'AUTEL · texte numérisé non relu

POUR LE S. SACREMENT DE L'AUTEL

f Domino quoniam Dominus Jésus in fva nocte traiebatury accepit panem, et §raiias a gens, f régit et dixit : Acàpite eimrtndueate, hoc est corpu^meum, Nous ivons appris du Seigneur, que le Seigneur lesus, la nuict en laquelle il fut livré, prit do pain, et rendant grâces, il le rompit, et dit ! Prenez et mangez , cecy est mon eorpe. C'est en cet article, auditeurs , où Je vous désire attentifs si jamais vous le fcstes pour entendre nos rai:^ons, vous conjurant de laisser toute passion pour bien juger en une cause si importante, et je guis asaeuré que, le tout meurementconaderé. vous ferez jugement en faveur des enboliques , tant leurs raisons devancent en fermeté, en saincletô, en solidité et en bonté, celles des adversaires. Je priemaintenant, si jamais j*ai prié humblement et d'afléctioD , que celuy qui fait la bouche deft enfans diserte, daigne par sa bonté me donner Tentendement de bien sonder ses témoignages : Da mihi intellectum , et serutabor legem luam , et eusiodiam il- Im in toto corde meo; et à vous, mes trei- chers auditeurs, qu'il incline vos coRira es tesmoignages de sa parolle ; car «cette difficulté je voy les ennemis qui m'attendent avec une troupe de doutes et questions humaines : Me expeclaverunt peeeatores , ut peiderent me y testimonia fvi intellexi. Pendant que i*un me veut tirer par la voye des figures, Tautre de Tubiquité,rautre des effects, faites, Seigneur, que j*aye pour mon guide votre seule parolle, et qu'elle me soit un phare en cette navigation : Lucerna pedibus mets verkvm ttitim, et lumen semilis nuis. A cette in qu'ainsi soit, invoquons Tayde du Saincl-Esprit, disant : jéve Maria.

De peur que par un préjugé et suppoalion fausse vos entendemens ne soient lUeints de quelque passion contre nous ; diers auditeurs, pendant qu'on vous pourroit avoir fait accroire que le différend qui est entre nous et nos adversaires ne gist en autre, sinon en ce qu'ils ne veulent rien croire que ce qui est des Ecritures, et que nous voulions fonder noslre doctrine ailleurs que sur icelle ; je vous si^pplie de croire, qu'en ce particulier différend (ny CB pas un autre aussi , non plus qu'eux) BOUS ne leur voulons céder en l'honneur que Doua avons juré aux sainctes Escritu-

res : mais que tout au contraire, nous protestons ne le vouloir demesler que par la seule pure et expresse parolle de Dieu, ainsi que nous Gsmes dimanche.

Si donc on vous a dit que l'Eglise n'alleguoit que Tauthorité des hommes, si on vous a dit qu'elle laissoit en arrière rEscrlture, je vous prie de vous en desabuser , et croire que l'Escriture a tousjours esté en nos mains , et que ce riche thresor n'a esté gardé que par l'Eglise, et que nos adversaires ne l'ont eu que de nous, noua ne voulons ici que l'Escriture.

Nous sommes donc desjà d'accord en ce poinct, qui est que ce différend ne se décide que par rEscriture,mais c'est en l'interprétation que gist nostre controverse et dispute; car nous apportons de beaux et bons passages de l'Escriture, et eux en apportent de ceux qu'ils peuvent penser estre tels. Tout est de l'Escriture; mais quoy? ils veulent interpréter les nostres , et les leurs contre nous , et nous quasi comme estant sur la deffensive sans interpréter les nostres, car ils sont clairs, voulons seulement rejetter leurs interprétations afin qu'elles ne nous offensent.

Entrons , je vous prie, en matière ; et vous verrez clairement la vérité de ce que jedy.

Quand Berengarius comparut , l'Eglise tenoit qu'au sainct-sacrement de l'Eucharistie estoit réellement , substantiellement et véritablement le corps et le sang de Jesus-Christ ; depuis elle le soustint paisiblement jusqu'au temps de Jean Uus, Wiclef, puis vinrent QEcolampadus, Carolostadus , Zuingle et Calvin , lesquels dirent qu'elle se trompoit , et parloit sans fondement ; mais, au contraire, voicy ses deffenses.

Premièrement , le sixiesme chapitre de S. Jean, sur lequel je discourus dimanche. Secondement elle apporte les parolles de l'institution, S. Matthieu 26, S. Marc 14, S. Luc 22, premier aux Corinth. ch. 4 4 , en tous lesquels lieux Nostre-Seigneur parlant de la viande qu'il donnoit, instituant la manducationdelacene, ils rapportent qu'il dit que c'estoit son corps par des parolles si expresses, qu'elles no le sauraient estre davantage, dont l'Eglise tire cette claire raison : Dieu l'a dit , Dieu ne peut mentir, donc il y est.

SERMON

les péchez oonstitnent Tame, nrms nouden retirions au plustost si nous y sommes, nous nous gardions de jamais y retourner, et nous nous approchions toujours de plus près de No*tre-Seigneur. Mais ces grâces sont les effects propres et particuliers du Sainct- Esprit. Il nous faut donc demander sa divine assistance, et pour plus aysèment Tobtenir, employons-y la faveur de sa tres-glorieuse Espouse, la saluant. Ave Maria.

Je trouve admirable et profonde la description que le sainct personnage et langoureux prophète Job fait des pécheurs quand il les qualifie en cette façon : ^t diaerunt Deo : Recède a mobis , scieniiam viar^m iuarum nolumus (4) ; Ceux qui ont dit à Dieu : Retirez-vous de nous, nous ne voulons point sçavoir vos chemins. 0 excellente façon de parler l 6 description pleine d'une admirable doctrine ! pour dire les pécheurs, il dit ceux qui ont dit à Dieu : Retirez-vous de nous.

C*est vrayement la propriété des pécheurs que de s*esloigner de Dieu tant qu*il est possible, mais ceux qui s*esloîgnont de luy périront : Qui elongant se d te peribunt (2) , comme la brebiette qui s'esgare parmy les haliers, es montagnes et forests , court grand hasard.

Dieu s'en plaint par un do ses prophètes : Qfiid invenerunt in me paires vestri tntquitatis, quia elongarerunt à me y et amhulaverunt pont ranitatem suam^ et vani facti sunt (3) ; Quelle iniquité ont treuvc^e vos pères en moy, qu'ils m*ont abandonné, et ont cheminé après choses vaines, et sont devenus vains. Et le prophète qui avoit dit : OomivtiSy illuminatio mea et salus fnea (4) , Le Seigneur est ma lumière et mon salut ; parlant du mesme salut :

Longé, dit-il, d peceatoribus salus (5), Le salut est loingdes pécheurs. Mitto ego ad te filios Israël ^ ad gentes apostalas quœ reeesserunt à me (6); Je t en voye, dit Dieu au prophète Ezechiel, aux enfans dlsraël, et aux gens qui se sont retirez de moy, comme apostats. Longé est Dominus ab impiis (7), Le Seigneur est loin des impies. Obstupescite, cœli , super hoe, et portœ ejus derolamini véhément er, dieit Dominus : duo mala fecit populus meus y

(1) iub. zxi. — (t; P»«l. Lxxii. — (ÈJ Hier. II. —(4) Pul. ixfi^l) u», axvui^tiEiMh. kTiu.— (7) Pror. kv.

deréliquerunt me fontem aqum vl0«, «1 fbderunt sibi cistemas disiipaia$^ q^sm continere non valent aquas; 0 deux, estonnez-vous de cette chose, et que vos portes soient grandement désolées, dit le Seigneur; car mon peuple a fait deux maux , ils m'ont quitté moy, qui suis la fontaine d'eau vive , et se sont fouys dei cistemes rompues , qui ne peuvent contenir les eaux. Ce sont les deux maux da péché, que disent les théologiens : Aversio d Deo y et eonversio ad ereaturamf Se séparer, se retirer, s'esgarer, s'esloi'gner et fourvoyer de Dieu, et se joindre, s'accointer, s'allier et unir à la créature. Ne voyez-vous pas le prodigue comme il s'en va, in regionem longinquam (4), En une région lointaine? C'est en cet esld^ gnement que consiste le grand mal du pe* ché, c'est-à-dire qu'il nous sépare de Dieu, de manière qu'en l'eschole l'on est d'accord que Ite, Allez, est le mot principal de la sentence de Nostre-Seigneur, et S. Ltie parlant des pécheurs obstinez, il dit qu'il leur sera dit : Discedite d me, omnes op^ rarii iniquitatis (2); Retirez- vous de moy, ouvriers d'iniquité; et tesmoigne que : Ibi erit fletus etstridor dentium, dans le lies où ils iront, il y aura pleurs et grinoemens de dents.

Mais voicy le nœud de la difficulté; comme se peut-il faire que nous soyons esloignez de Dieu , veu qu'il est partout, et ne sçaurions trouver un recoin , pour cache qu'il soit, que sa Majesté ne s'y retrouve? S. Paul parlant aux Athéniens, disoit : ^on longé ab^st ab unoquoqm nostrum , m ipso enim vivimus^ movf' mur et sumus ; Il n'est point loing d'un chacun de nous; car en luy nous vivons, nous nous mouvons et subsistons.

L'ame se peut retirer et esloigner da Dieu en deux façons , premièrement par afTection et désir, Non loeo sed affectUt dit S. Chrysostomo. Anima enim non pa^ sibusy sed passionibus ambulat, lespiedl dont l'ame se sert pour cheminer sont ses passions. Les pécheurs voudroient que jamais Dieu ne les visl, qu'il ne pcnsasi point à eux , qu'il ne fust point parmy eux. Dixit insipiens in corde $uo t Ntm est Deus (3); Le fol a dit en son cœur ; U n'y a point de Dieu. Et si cela n'est, il

(1) s. Lac, zui. — (1) ib — (S) PmL sta.

POUR LE III* DIUANGHE D'APRÈS L\ PEIfTEGOSTE.

\ à eux, et en cette façon ils disent Meeeàe à nobis , viam mandaworum nolumus^ retirez-vous de U8 Dévouions point marcher dans le vos commandemens ; là où vous erez la façon , Timmobilité est k Dieu , et la mobilité aux pe- )t ils la veulent renverser: Recède etc.

jement l'ame 8*esloigne de Dieu, ss grâces et les moyens qu'il nous pournostre salut, comme Ton dit

I fuit les modecins, non pas pour hait la personne des médecins, remèdes, Scientiam tiarum tuaumuê.

sont loing de Dieu les pécheurs, it-ils esloignez de S3s misoricor- Mles douleurs , quels regrets ; car lit le grand S. Augustin est tres- ^eeisti nos. Domine y ad te, et m est cor nostrum , donec rein te, Seigneur, vous nous avez 1^ vous, et noslre cœur sera tousinquietude jusqu'à ce qu'il se rerous. 0 quelle division de Thomme d de son Dieu et au regard de soy- Mais il y a cette seule consolation ;tte grande désolation, c'est qu'enle pécheur soit loing de Dieu , il renir à luy et estro bien receu : ptat impius viam suam, et vir cogitationes suaSy et reverlalur ifium, et miserebitur ejus, et ad oêtrum quoniam mut lus est ad idum. Que Timpie quitte sa voye, ne inique ses pensées, et qu'il re-

II Seigneur, et il aura pitié de luy; t abondant en miséricorde pour îr. Ainsi le chetif prodigue, et lé Absalon, comme sont-ils receus

pères, et sans cela , que devien- 3Uâ? car tous ont péché, Omnes erunt{^). Tout homme est men- Jt-à-dire, pécheur. Omnis hâmo . Si diœerimus quoniam pecca' z. (2), Si nous disons que nous sans péché, nous nous séduisons snies. Heverlere ad Dominum, et ab injustitia tua : qnam magna irdia Domini, et propiliatio ilvertentibus ad se , Retournez au ', et quittez voslre injustice; car

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