POUR LE JOUR DE L'INVENTION DE LA SAINCTE-CROIX
MêU wdkt iiori&rij niii in erue$ Domini noêtri Jetut Christi^ per ÇMem mihi mundui «md/tous
ett^ et ego tnundo. Ad G al. vi.
AaTaddeiuis qae Je me gloriUe, sinon en la croix de Jesu»-Chritt, par leqael le monde m'est
cniciflé, ei Je suis crucifié au monde.
Si le prophète Jonas se consola tant au lierre que Nostre-Seigneur luy avoit préparé, que rSscriture dit : Et lœtalu$ est Jonas super hedera , lœtitia magna , Que Jonas fut grandement joyeux de ce lierre ; quelle doit estre l'allégresse des ehrestiens en la saincte croix de Noslre- Seigneur, sous laquelle ils sont bien plus à l'ombre que Jonas n'estoit sous le lierre? ils sont bien mieux deffendus et contregvrdez par ce bois sacré que Jonas ne fut par le lierre. Jbsit mihi , Donc jà n'advienne que nous nous glorifiions sinon en Il croix. Or disons donc : Que Jonas se resjouisse au lierre; qu*Âbraham fasse lÎMtin aux anges sous l'arbre (2); qu'IsmaVl soit exaucé sous l'arbre au désert (3); qu'Hélie soit nourry sous le genièvre en la iclitude (i). Quant à nous , nous ne vou-
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Ions donc point d'autre ombre que celle de la croix , ny d'autre festin que celuy qui nous y est préparé ; nous y voulons adresser nos pleurs et nos cris, nous ne voulons d'autre nourriture que les fruicts de la croix : Jbsit mihi gloriari^ etc. Jà n*advienne donc que nous glorifiions en aucune autre chose. Et de vray qu'est-ce se glorifier en une chose? C'est se priser, estimer, tenir heureux et grand en icelle : In iis , dit doctement le docteur angelique S. Thomas, unusquisque gloriatur in quitus se magnum existimat , chacun se gloriffe en ce en quoy il s'estime grand.
Or les biens esquels nous nous estimons grands sont de trois sortes ; à sçavoir : do l'ame, du corps et de la fortune. Qui se glorifie en son sçavoir; qui en sa santé, force et beauté; qui en sa qualité, degré et richesse. Mais quoy : p^anitas vaniUUum
SERMON
glise par le sang quMl a respandu sur la croix , Fechiiam quam acquiêivit sanguine suo.
Quelle gloire donc pour nous, mes cbers auditeurs, que par la croix nous avons esté transferez du royaume d'enfer en celuy du ciel ; que Nostre-Seigneur, le meilleur roy du monde, nous a esté donné : mais quelle gloire que nous-mesmes soyons faicts roy s et héritiers du royaume céleste ; luy est le Christ , mais nous sommes les chrestiens , qui devons cstre héritiers de Dieu , et cohéritiers de Jesus^lhrist, Haeredes quidem Dei, cohtgredes aulem Christi, 0 chrestiens, si je vous avois jamaisdeffendu de vous glorifier, je m*en desdis ; soyez désormais glorieux d'estre ap(.^lés à cet héritage. Vous sentez -vous point adoucir le cœur quand on vous dit que vous estes roys? S*il TOUS plaist, dites donc : 0 toutes les richesses du monde ne sont rien comparables à cette royauté; car elles périssent, et on n'en peut jouyr longuement ; mais celles là sont purement nostres. Jà n'advienne donc que je me glorifie, sinon en la croix de Jcsus-Christ. Cette grande gloire de la croix Ta rendue honorable à un chacun ; et partant Dieu la fit chercher par Sle Hélène, mère du grand Constantin , qui alla exprès en Hierusalem pour la trouver, et l'ayant trouvée, elle fut incontinent mise en grand honneur parmy toute l'Eglise ; et de fait , qui n'honoreroit une si grande et précieuse relique, une si signalée marque de la charité du Fils de Dieu envers nous?
Je vous proposerois volontiers une belle doctrine de S. Bonaventuro, touchant cette vénération de la croix : mais je veux finir. Mais il faut sçavoir que nous n'adorons pas la croix pour l'amour d*$lle, mais pour l'amour de luy à qui elle appartient. Cette estime qu'on fait ds la croix plaist infiniment au crucifix ; et jamais nous ne Thonorons qu'en Tintention d'honorer le crucifix, et je vous conseille pour vostre consolation, que quand vous verrez la croix , TOUS regardiez tousjours le crucifix en icelle. Ainsi cet arbre vous sera bien plus vénérable, quand vous y considérerez son excellent fruict pendu ; ainsi ces espines vous seront plus précieuses, quand vous y verrez celte belle rose; ainsi ce bel aubespin, quand vous y verrez ce céleste rossignol qui y habile. Au reste laissez dire les
adversnireo : Multi aniblilanl quan tœp$ dicebam vohis inimicoê erucis Chriêti^
Plusieurs cheminent parmy nous, lesquels, comme j*ay dit souvent, sont ennemis de la croix de Jesus-Christ. Tout ce qui me met en mémoire de Nostre-Seigneur je l'honore, tout signe de croix se doit tenir en révérence.
Disons donc que ce sainct bois de la croix est singulièrement vénérable; car 8*11 est escrit es psalmcs : Adarabo in loeo ubi steierunt pedes ejus , J'adoreray le lieu où ses pieds se sont arrestez, comment n'honorerons-nous pas la croix où tout son corps s'est reposé, Ubi stelit totum corpus? Et partant il s'en suit : Surge, Dfh ' mine, in requiem^ etc., Levez-vous, Seigneur, pour entrer en vostre repos. Et si on faisoit, dit S. Ilierosmc, tant d'honneur au tabernacle où reposoit l'arche, combien • plus au bois de la croix, sur lequel a esté estendu le corps de Dieu incarné, qui a esté arrousé, teint et pénétré de son sang précieux ? Saincte donc est la coustume des chrestiens d'honorer la croix, et S. Chrysostomc en une homélie dit ces parolles: Tantaveneratione Ugnumillud habelur^ qmd Christus sit DeuSy ut qui partem ex illo habere possunt , aura includant et cervicibus imponant; Ce bois sacré est si en grande vénération àfiâuse que Jesus- Christ lequel y a reposé est Dieu, que ceux qui en peuvent avoir quelque petite parcelle Tenchassent dans for et la posentsur leur teste par honneur.
Je reviens à Ste Ilelene, l'honneur dei , princesses, qui a cherché et trouvé ce sainct bois avec tant de soins , de travaux et de * peine. Elle vint au mont Calvaire, où les Gentils avoient mis la statue do VenuSt Regardez la contrariété ; au lieu de la chresche, ils y avoient mis Adonis ; et au sepulchre, Jupiter : mais Hélène renversa tout cela , et remit en honneur ces saincts lieux. Regardons si en nostre Mont de Calvaire, c'est-à-dire en nostre entendement, nous y avons laissé la foy fervente de la croix qui nous y fut mise au baptesme, oa si nous n'avons point eslcvé une idole de Venus en nostre imagination ; si en nostre mémoire où ta saincte espérance fut misa, nous n'y avons point remis Adonis ; et si en nostre volonté où Dieu avoit mis lachfti rite, nous n'y avons point mis la vanité d