DE LA PARALYSIE SPIRITUELLE
Dixit Jetui paralylieo : Con/Uhy /l/t, remiltuntur tibi peceata fiia. Mattb. ix. Jésus dit au paralytique : Mon fils, aye confiance, (es péchez te sont pardonnez.
risque par Tabsence juste , comme je jr, de celuy qui vous devoit présenter ollation spirituelle de lu part du maislro céans , qui est Jesus-Christ, j'ay encore cette charge de vous entretenir de quel- «discours spirituels; j'ay choisi celuy i TEvangile me met en main de prime 9, qui est de la paralysie spiriluelle, et a guerison d*iceile; car encore que TEigile semble advancer son histoire d'une aiysie corporelle , neantmoins Nostrepieur parle et guérit principalement la
spirituelle, disant au paralytique : Confide, fili ; Mon fils, aye confiance ; et semble que sa première visée estoit sur la paralysie spirituelle , mais qu'à l'occasion des murmures que faisoient les Juifs , il aye jette les yeux sur la corporelle. Or ce discours de Hi paralysie spirituelle est bien l'un des phiâ nécessaires que vous puissiez entendre. Plaise à Dieu que je le puisse aussi bien faire comme il est utile et profitable, quoy que peut-estre il ne soit pas des plus agréables qu'on puisse faire; car il y
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SERMON
a cr cet aage une infinité de fuiraly tiques spiritiiel!«, lesquels ne pensent pas Testre, cl ne cherchent p' inl la giiorision d'une si estrnngc maladie , auxquels je puis bien dire ce qui est porté par un prophète : Oita arida^ audite verbum Domini; Os sec^ et arides , entendez la parollo du Seigneur, escoulez un peu ce que c'est que vostr© mal. La paralysie corporelle est une maladie causée d'une humeur peccanlc qui saisit les nerfs et muscles , empeschant la communication des esprits vitaux et animaux , et par conséquent [#lvant les parties occupées de mouvement et sentiment, et cette humeur est onlinairement froide. Or la paralysie spirituelle, parlant avec proportion, est une maladie causée par la saisie et occupation que le péché fait des nerfs spirituels , c'est-à-dire, des désirs de nostre ame, empeschant la communication et influence des inspirations divines en nos consciences , et par conséquent le mouvement naturel de nostre ame , et le sentiment des choses célestes. J'ay dit le mouvement naturel, parce quocx>mme la paralysiecorporelIon'empe?che pas le mouvement extérieur du corps, mais seulement rintericur qui luy est propre; ainsi la spirituelle n'empeschc pas le mouvement de Aoslre ame ù la créature , mais il ne luy est pas naturel; car son mouvement est à Dieu. Et de fait nos théologiens disent que le péché est contre nature , et contre raison : Ihunt de virtute in viriuUm, donec videatur Deus deomm in Sion , etc.
Le poché qui cause cette paralysie est une certaine froideuret nonchalance spirituelle. En somme nous appelions, pour le dire en un mot, estre paralytiques ceux lesquels demeurent en leurs péchez; c^ir ils no sauroiont garder en eux ce catharre, qu'ils ne deviennent comme perclus , im))ulons et comme transis de ce froid et engourdis de tous leurs meinbres spirituels , dont il est dit aux proverbes : Propter frigus piger arare noluit, A cause du froid le paresseux n*a pas voulu travailler ; conunc s'il YOuloil4ire : Le paresseux estant engourdy du froid du péché , faute d'esiro rcvestu des vertus, et eschauflé du fou de charité, il n'a point voulu travailler. C'est le propre effect de cotte paralysie , d'empeschcr de travailler » pour la saison à venir , ceux qu'elto as^Âtis; c*asida U d*où tous nos
maux arrivent , si que nous pmiTons btan dire avec le prophète : Jb aqtnlon$ omH malum panditur. Tout mal vient du cosUl d'aquilon ; car ne nous pouvant mouvoir, nous ne pouvons chercher le bien, ny fnyr le mal. Vrayement nous sommes tous pe* cheurs, nous pouvons dire que : jéqumin* trmverunt mque ad animam meam , Les eaux amores du péché sont entrées jusquas dans mon ame. Mais quelques-uns se remuent taschant à se dépêtrer de ces eaux, et se retirer du péché , desquels on peo( dire : Beneâicile omnia quœ moTMiftirin aquii Domino^ Bénissez le Seigneur, vois tous qui vous mouvez dans les eaux : naît ceux qui ne se remuent point ne peuvent pas tenir ce langage De plus cette maladie a une très-mauvaise c4)ndition, c'e>C qu'elle est presque incurable aussi bien que la paralysie corporelle , non pas que le souverain médecin ne le sçache, et ne le puissa faire; mais parce que c«ux qui en sont atteints ne sentant pas leur mal, pour la plupart, ils n'ont point de recours au médecin, si quelqu'un ne les y porte, comme vous voyez aujourd'huy; car, comme éW Salomon en ses proverbes, le paresseux s'estime plus sage que sept hommes qui proforent des sentences , Sapienlior ifM videlur piger seplem viris loquentibuê ienlentias (1). Ils ont les yeux ouverts pour voir des vanités mondaines ; ils ont la langue bien dcsployée , mais c est pour se repaistre d'un grand parler sans vouloir rien faire ; ils ne veulent recevoir correction de personne, ains censurent tout le monde.
Idainlenant pour nous garder de cette maladie et purger cette humeur, si elle estoit par advonture en nous, il faut voir ces causes particulières , «t combien qu'elles soient en grand nombre, si est-ce que celles qui sont les plus convenables au Neu et à Taage où nous sommes, sont ces dma icy : Une Oatteuse et trompeuse exeiM qu on se forge en ses péchés, et une grande lascheté décourage; car les uns se IodI accroire de n'estre point malades, eneoi^ qu'ils se sentent bien détraquez ; les m^ très ayment mieux demeurer malades qve de gouster l'amer tume de la médecine.
Que pensez-vous que fait l'artisaD qm surxend sa marchandise , et lequel à
POUR LE XVin* DIMANODB |>*APRËS LA PENTECÛSTE.
propos jure afin de survendre , et dit que c>M un gafn honnesto qu'il (Ai en homme de bien? il cherche des excuses pour excuser ses péchez, Jd excnsandas excusatiwtes in peccatis. Et c'est pour hiy que David a adjousté : Qui jurât proximo 9UO, ete.y Qui jure à son pruchnin, etc. Et Dieu : Non furtum faciès , Tu ne feras point de larcin; neantmoins sous prétexte d'une juste vacation, il pense estre homme de bien. Et le chicanneur qui sur un pied de mouche entretient un pi ocez. qui ruine l'âme, le corps, et la maison de deux misérables parties, il se flatte et s'excuse sur «ne petite et chetive loy tduto deschirée, et par des tergiversations fait perdre le droict à son prochain; et nenntmoins c'est bien à luy auquel Nostre-Scigncur a fait dire : Si ufiquejustitiam loquimini.recte fi^ieale, filii hominum (4) ; Si certainement vous parlez en vérité et justice, jugez droictement, enfans deshfmimes. Fœ voilé qui dieitU bonum m^tlum , et malum hnumM convertitis in absynthiumjudi' ttum\ Mal-hcur à vous, qui dites que le bien est mal, et que le mal est bien, et qui convertissez la justice en ahsynthc ; car ce qui est estably pour le soulagement, il le rend la ruine du pays : c^ ju(;c qui la fuit sllongue, s'excuse sur dix mille raisons de coustume, de style, de théorie, de practique, et decaulelie. C'est à luy auquel s'adresse la loy : Properandum , Dejudi' dis, etc. Beali qui faciuni justitiam in omnitemporej Bien-heureux sont ceux qui rendent la justice en tout temps. L'usurier va - t-il pas se trompant luy-mesme, >vec dix mille excuses pour faire mentir rEscrilure, qui dit : Que telles sortes do iSens n'iront point In labemaculum Do- %M , Au tabernacle du Seigneur. Les trrestres se flattent-ils pas avec des dispenses, quoy que ce qui est dit en l'Evangile , que personne ne peqt servir à deux naistres , AVmo poiest duobus dominis iertire, soitescrit on grosses lelties? Les dames se flattent-elles pas, lesquelles n'ay- Dant point leurs maris, se plaisent destre eoiirtisées,s'excusant qu'elles ne font point d actes contraires à leur honneur*? seplailent-el'.es point de passionner cetluy-cy, etceluy-là, disant que, nonobstant cela, tAlig^ ne voudroient pour rien violer la loy
de leur mariage? C'est pour cela que Net-
tre-Seigncur dit : Non coneupiseeê. Tu no convoiteras |xjint. C'est pour cela que David a laissé par escrit : Jixitus aquarwn deduxerunt ocuH mei, quia noncuttodierunt legem tuam ; Les eaux ont coulé de mes yeux en abondance , parce qu'ils nont pas gardé vostre loy. Et toutes ces sortes de gens sont paralytiques, ne sentant point leur mal, ils ne s'en confessent jamais : Bibuntsicui aquam iniquiialtmy Ils boivent l'iniquité comme l'eau, ils sont comme Esaii, qui se soiicioit fort peu d'avoir perdu son droit d'aisnesse, Paroipen" dans quod primogeniluram perdidisseit se flattant ils sont semblables au Pharisien. Mais mon intention est de vous deicuuvrir principalement l'autre cause de cette paralysie, sçavoir la couardise et lascheté de courage, c'est le vice auquel vous voyez tant de gens qui no se veulent mouvoir au bien , ny retirer du mal, pource ({ue cela leur semble mal -ai se : Dicit piger : Lôo est foras , in medio pîatearum oeeiden* dus 8um (\) ; Ils disent ces (Kiroles du pa* resseux : Le lion est dans la rue, si je sorsil me dévorera au milieu de la place. Ce sont ceux qui ayant esté i)Cschours, sontdu tout lascrhcs à bien faire , s'il faut se confesser. 0 que cela est fascheux , ô que c'est une chose diflicile l et ne considèrent pas (prit n'est pas des péchez comme des fruicts qutmeurissentsur l'arbre, et puis tombent d'eux-mesmes ; mais qu'au contraire, plus les péchez demeurent en l'amo , tant plus mal aisé est-il de les arracher. Kscoutez l'Ecclesiaste : Fi7i, peccasli? non adjicittê ilerum^ sed depristiim depreeare Uomifium(2). Mon fils, si tu as péché, n'y retourne pas derechef, mais prie le Seigneur qu'il te panlonnc. Qui ne pleureroit lisant le chapitre 5 du livre 8 des Confessions de S. Augustin, où il se lamente d'avoir procrasliné sa conversion ? 0 Seigneur, comment vous respondois-je ? Modo ^ ecc€ modo, sinepaululum^ sed modo, etmtdo non habebant modum, et ëine pauiulum ibatin longum; Tout maintenait, tout maintenant, attendez encore un peu , ce sera pour tantost, mais ce tout maintenant ne venoit point , et cet attendez encore un peu tiroit en grande longueur /fempusesi nos de somno surgere, Or il est tempade
(I) Pfof. lui. —(I) Ecdtt. u^i.
MS
0008 lever du sommeil. Ne dieas amieo tuo Chrislo stanti ad ostium et pulsanli: Fade et cras rêver tere^ cùm statim posais; Ne dites donc pas à votre amy Jesus- Christ, qui attend et qui heurte à la porte de vostre cœur : Allez et revenez demain, puisque vous luy pouvez ouvrir soudainement. 0 si tu savois combien Nostrc-Seigneur t'attend en grande affection I Tobie envoyant en Rages Tange àGabcl, luy dit : Sois quoniam numerat pater meus dies, et si tardavero nna die plus, contristahitur anima ejus ; Tu sçays que mon père compte tous les jours ; si je retarde davantage, j'allligeray son ame.
Cest faire comme Tenfant prodigue :
Ire in regionem longinquam, C'est aller en une religion lointaine. Il faut beaucoup de peine pour en revenir, quand une fois on est allé jusque-là. Hél quelle difficulté y a-t'il tant à se convertir, aussi-tost qu'on se void en péché ? Induere fortitudine liia, Sion (4) ; Sion, reprenez vostre force. Quœrite Dominum , dum inveniri potest (2) ; Cherchez le Seigneur pendant qu'on le peut trouver. Ne faites pas comme l'Espouse es Cantiques , qui treuva des excuses quand son ami vint, disant qu'elle estoitau lict : elle le voulut par après chercher, et elle ne le retrouva plus. Ne faites plus de vostre ame comme Jonas faisoit de Ninive , qui ne pensoit pas devoir venir que mal-ai^ement à pénitence , et cependant incontinent que cette ville entendit, Adhuc quadraginta dies , et Ninive subvertetur. Encore quarante jours, et Ninive sera renversée; elle se convertit.
Quediray-je , si on parle de fréquenter les sacremens ? ils confessent que cela est bon , mais ils n'en sçauroient prendre la peine, disent-ils, il fautcecy, il faut cela. Hé , mon frère ! je te diray ce qu'il faut faire, il faut purger les affections du cœur, oster ce qui deplaist àDieu , qui est le péché mortel , puis se préparer avec bonnes intentions, et avoir ferme propos de s'amender. Cela te semble-t'il chose si difficile, qu'il ne la faille faire pour un si grand bien ? C'est chose tout arreslée que : Nisi manducaveritis carnem Filii hominis , non habebilis vitam in vobis ; Si vous ne mangez la chair du Fils de l'homme, vous n'aurez point la vie en vous : mais j^ay
(g likto, n. — (^ Mtai, lu.
ménage, direz-vous, je ne açaurois boaMment me tenir sans crier, sans me distraire , je suis homme de conversation , ot ne puis que je ne me trouve en des lieox où il me faut faire le bon compagnon. Mon bon frère, prends peine à ne point offenser Dieu, et du reste, vis joyeusement. Ouy. mais il y a de la peine à se confesser, à se préparer : certainement la peine est légère ; mais si tu ne veux prendre peine aucune, je te diray : ^t quis non vult op0' rariy non manducet; Que si quelqu'un ne veut pas travailler, qu'il ne mange point, ny le pain du corps, ny le pain de Tame , comme indigne de vivre, mais asscure-toy que l'ame efféminée et qui est lasche aura faim, Anima effeminata esuriei(\); et David dit: Et aruit cor meum, quia oblitussum comederepanum meum. Que son cœur s'est seiche et affoibty , parce qu'il a oublié de manger son pain. Tellement que de ces paralytiques spirituels on peut bien dire : Trepidaverunt timoré ubi non erat timor^ Qu'ils ont eu de la crainte où il n'y en a voit point de subjet. Et avec cette reprehension : Dereiiquerunt m$ fontem aquœ vivœ , et foderunt sibi ciftemas dissipatas , quœ continere non valent aquas; Qu'ils ont quitté la fontaine d'eau vive , et se sont fouy des cisternes rompues, qui ne peuvent contenir leseaux. Voyez-vous les maux que fait cette paralysie, qui nous garde de cheminer à Dieu? vous avez veu ce que c'est.
Maintenant mettons tous la main à la conscience, et demandons à nous-mesmes si nous n'en sommes point détenus; si nous ne voulons pas nous amender, si nous cheminons froidement en la voye spirituelle, il y a danger pour nous : que si quelqu'un se doute d'y tomber, comme nous avons tous occasion de la craindre, je vous veux donner un remède , duquel pourront encore user ceux qui sont desjà tombez paralytiques pour se guérir. Ne sçauez-vous pas que le froid est guery et chassé par le chaud ? Or toute sorte de chaleur ne guérit pas ce mal. Le feu de genièvre est sain au catharre, non pas celuy de chesne. Le feu excité par la méditation de la mort et passion gueiit, maie guérit ceux qui sont d'une nature souple i c'est une médecine ienitive. Lef«udeatrî-
(1) Pmt. XVIll.
POUR LTOYEimOIl DE LA SAINGTE CROCL
bolaiionsgoerit, mais il n'est pas propre A iMt le inonde. Le feo de l'Eucharistie y sert pour consolider et conforter, mais il IJBut desjâ avoir évacué les mauvaises humeurs. Quel feu donc nous guérira de cette paralysie? le feu d*enfer, mes bons frères, ta considération duquel je vous ordonne , et à mon ame propre pour nous guérir, si nous noQS en sçavons servir. Il faut fleseendre en enfer vivans ; dit un prophète. Et le bon roy Execbias, converty et guery, nous apprend comme il le faut appliquer : Ego dixi in medio dierum meorum :
Vadam ad portai inferiy J'ai dit au milieu de mes jours : J'iray aux portes d'enfer. Il y a en ces parolles trois conditions : B(fo dixi^ J'ay dit, car quand Jésus le dira
comme juge , il ne sera plus médecine , In dimidio dierum meortim , AM milieu de ma vio, en mon printemps, Meorum; car le jour du Seigneur viendra aux portes , Feniet dies Domini ad portas, pour voir ce qui s'y fait. Et voyant les grandes peines qu'on y endure , qui ne s'efforcera de les éviter, qui ne s'évertuera de n'estre point du nombre? Odonc, considérez ce que vous faites , et vous acheminez au bien : Contendite intrare per angustam portam, Taschez d'entrer par la porte estroi te. Ne vous imaginez pas tant de peines, car Nostre-Seigneur dit : Ego coyito eogitationes paeis , et non afflictioniê ; J'ay des pensées de paix, et non d'affliction. Atnen*
SERMON