‹ Œuvres complètes; nouvelle édition collationnée et augmentée des lettres de Sainte Chartal, des lettres inédites de l'auteur, du portrait de lui et d'autographes (volume 2)Chapitre 85 sur 356 · POUR LE JOUR DE LA VISITATION DE NOSTRE-DAME · texte numérisé non relu

POUR LE JOUR DE LA VISITATION DE NOSTRE-DAME

Mmirgeiiê Maria aliii i» monlana cum fesHfuUUm$. in chiiaUm Jmda. ldc i, Maxjifi se lennl f'eq alU hffstiTtmant par les nootegnet an rro fille de J44e«

$lTç trjss-aymdble et non jpmpis assez ^ Dame et Maistresse la glorieuse p I n*ci)t pas plutost donné consenteum parolies do rarchango S. Gaque le mystère de Tincarnation fut nply en plie ; et ayant appris par io ic archange que sa cousine Elisabeth conpeu un fils en sa vieillesse, elle la it plier visiter, à dessein de la servir et ger en sa grossesse : et sçachant quo \li le vouloir divin qu'elle fist cette , elle se leva promptement, dit l'E- »li8te S. Luc, et sortit do Nazareth, Itoil une petite ville de Galilée, où elle uroit, pour s*en aller en la maison icharie; et chemina hastivement par lontagnes de Juda, et entreprit ce ge, quoy que long et difficile, d'autant comme disent plusieurs autheurs), la en laquelle dcmeuroit Elisabeth estoit ;née de Nazareth d'environ vingtieuës ; d'autres disent un peu moins : c*estoit tousjours un chemin assez Bt difficile, parce quo c'estoit par des agnes, pour cette tendre et délicate ;e, laquelle se sentit poussée par une te inspiration de faire cette visite. 0 s il se faut bien garder de penser le y allast poussée de quelque curioie voir s*il estoit bien vray ce que e luy a voit dit de la grossesse de sa ne ; car elle n'en douloit nullement, etloit toute asscurée quo la chose eselle qu'il luy avoit déclaré. Ce que je 'autant qu'il y en a eu quelques-uns téméraires, qu'ils ont voulu souste- )u*ii s'estoit trouvé en son dessein ijue sorte de curiosité, parce que c*esme merveille inouyc, que Ste Elisalaquelle n'avoit jamais eu d'enfans, it ateriie, eust conceu en sa vieillesse ;

ou bien, disent-ils, H se peut faire que • Nostre-Dame eut Quelque doute de ce que l'ange luy avoit dit. Certes, cela ne peut estre, S. Luc les condamne, et réfute absolument leur opinion, quand il dit que • Ste Elisabeth voyant entrer la Vierge , ' s'escria : Vous estes bienheureuse parce que vous avez crcu, Beata quœcredidisti.

Ce ne fut donc point la curiosité, ny aucun doute de la grossesse de Ste Elisabeth,' qui luy fit entreprendre ce voyage, mais bien plusieurs belles, utiles et tresagreables considérations, lesquelles je déclarerpy briefvement en cette exhortation.

Premièrement, elle fut poussée à entreprendre ce voyage par un motif de charité, afin d'aller servir, secourir et soulager Ste Elisabeth sa cousine en sa grossesse, et pour voir cette grande merveille, et se resjouy r avec elle de la grâce auo Dieu luy avoit faite de luy donner un fils en sa stérilité, et la faire concevoir en sa vieillesse; d'autant qu'elle sçavoit bien que c'estoit pour lors uno chose blasmable d'estre inféconde.

Secondement elle la visita, afin de luy révéler ce très-haut et incomparable mystère de rincarnation qui s'estoit fait en ello par l'opération du SainctrEsprit, parce qu'elle sçavoit bien que se cousine Elisabeth estoit une personne juste, fort bonne, craignant Dieu, et qui desiroit grandement la venue du Messie promis en la loy pour rachepter le monde, et que ce luy seroit une grande consolation de sçavoir que les promesses de Dieu estoient accomplies, et que le temps désiré par les patriarches, et predict par les prophètes, estoit venu.

Troisiesmement, elle y alla pour redonner, par rentremiae de aon Fils, la parolle

SERMON

à Zacharîe, qui l'avoit perdue par son incrédulité, n'ayant pas voulu croire ce que l'ange luy avoit dit, lorsqu'il luy annonça que sa femme concevroit un fils qui se Dommeroil Jean.

En quatriesme lieu, elle sçavoit que cette visite apporteroit un comble de bénédictions à cette maison de Zacharie, lesquelles redonderoient jusqucs à Fenfant qui estoit dans le ventre de Ste Elisabeth, lequel par sa venue seroit sanctifié. Or ces raisons, et plusieurs autres que je pourrois rapporter, monstrent assez que Nostre- Dume glorieuse Maistresse n'entreprit ce voyage que par un secret mouvement de Dieu, qui vouloit par cette visite donner commencement au salut des âmes, en la sanctification du petit S. Jean.

0 certes il est indubitable que ce fut particulièrement une tres-ardente charité accompagnée d'une très-profonde humilité, qui luy fit passer avec cette vitesse et promptitude les montagnes de Judée. Ce furent donc ces deux vertus qui la poussèrent à faire ce voyage et luy firent quitter 88 petite ville de Nazareth ; car la charité n'est point tardive, ains elle bondit dans les cœurs où elle règne et habite, elle veut tousjours faire des bonnes œuvres : Nescit tarda molimina sancti Spiritus gratta (4), dit S. Ambroise : c'est pourquoy la tres-Ste Vierge, qui en estoit toute remplie, ayant l'amour mesme dans ses entrailles, estoit en de continuels actes de charité; non-seulement envers Dieu avec lequel elle estoit unie et conjointe par le lien sacré d'une tres-intime et tres-parfaicte dilection; ains encore envers le prochain qu'elle aymoit en un degré de trèsgrande perfection , ce qui luy faisoit ardemment désirer le salut de tout le monde et la sanctification des âmes. Et sçachant qu*elle pouvoit coopérer à la sanctification de S. Jean qui estoit encore dans le ventre de Ste Elisabeth, elle y alla en grande diligence; outre que la charité l'y faisoitiencore aller, pour se resjouyr avec sa cousine de ce que Nostre-Seigneur avoit beny son ventre d'une telle bénédiction, que nonobstant qu*elle fust stérile et inféconde, elle avoit. neantmoins conceu celuy qui de voit cstre le précurseur du Verbe incarné. Elle alloit donc s'en resjouyr avec

(l)S.AJBb.,UV,U.fW8.I.Mk

elle, luy congratuler, et se proroquer ran» et l'autre à glorifier Dieu de ses miflericordes, et le remercier de tant de grâces et d» bénédictions qu'il avoit versées sur elle, qui estoit vierge, luy faisant concevuir le Fils de Dieu par l'opération du Sainci-Es. prit, et sur Ste Elisabeth qui estoit stérile, la faisant concevoir miraculeusement, et par grâce spéciale, celui qui devoit estre son précurseur.

Mais considérez, je vous prie, s*il enst esté raisonnable que celuy qui estoit choîsy pour préparer les voyes du Seigneur ftiit demeuré entaché du péché originel ; c'est pourquoy Nostre-Dame alla promptemeot en la maison de Ste Elisabeth, afin qaH fust sanctifié, et que ce divin enfant qu'elle portoit dans ses tres-pures entrailles, et auquel seul appartenoit la sanctifictftioD des âmes, pust faire en cette visite celle du glorieux S. Jean, la purifiant et retirant du péché originel. Ce qui fut fait avec mie telle plénitude de grâce, qu'il y a plusienn docteurs qui soustiennent qu'il ne pécha jamais, non pas mesme venielleinent,bîflD que quelques-uns tiennent ropinion contraire. Ce fut donc, comme vous voyez, la charité qui fut cause que la Ste Yiap coopéra à cette sanctification : mais ce n'est pas merveille que ce cœur sacré A nostre glorieuse Maistresse fust si remply d'amour et de zèle pour le salut des hommes, puisqu'elle portoit dans son sacré ventre la charité mesme, c'est-à-dire le Sauveur et Rédempteur du monde.

Ne vous semble-t'il pas, mes chères âmes, que c'est à elle à qui l'on doit appliquer ces parolles du Cantique des Cantiques où le divin Espoux descrivant les beautezde son Espouse en détail et par le menu, dit que son chefressembleaurnoot Carmel, Caput tuum ui Carmehu (l)î Le mont Carmel est un mont tres-agreable et lequel est tout couvert et diapré de fleurs tres-odoriferantes , et les arbres qui se trouvent sur ce mont ne portent que des parfums: mais que signifie co mont, ces fleurs et ces parfums? sinon la charité, laquelle estant comme une très-belle et odoriférante plante, produit toutes les fleurs des autres vertus dans l'ame qui la possède ; car elle ne demeure jamais seule. Et bien qu'on approprie ces paroiies du ceati*

(i) eut. TA

POUR LA TISITATIOIf.

que à l'Eglise, qui est !a véritable Espouse j de Nostre-Seigneur, en laquelle, comme | en on mont Carmel, abondent toutes sortes î de fleurs tres-odoriferantes, c'est-à-dire tontes sortes de vertus, de saincteté et de perfection ; si est-ce neantmoins que cela se peut encore fort bien entendre de la treê^te vierge, qui est cette unique et parùûcte espouse du Sainct-Esprit, laquelle ayant la charité à un si eminent degré, ressembloit au mont Carmel par les actes frequens qu'elle en produisoit; de manière que cette saincle charité plantée au nulieu de son cœur comme un bel arbre, eihaloit continuellement des odeurs, et jeltoit des parfums d'une suavité incomparable.

Mais les rabbins et quelques autres docteurs semblent nous faire encore mieux entendre que le divin Espoux parlant du chef de son Espouse, entend parler de la charité, qui est la première et la plus excellante de toutes les vertus ; parce , disent- 3i, qu'il le compare à Tescarlate, laquelle tire son prix de sa teinture, Et comœ capUU tui, ncut purpura régis vincta ca- 9aiihu$ (4); ou bien, aux grains de la grelade qui sont rouges. 0 certes il est vray qne tout cela nous représente merveillouwment bien la charité de la Ste Vierge , laquelle non seulement avoit la charité, Biais il est vray qu'elle i'avoit reçeuë en telle plénitude, qu'on pourroit dire en quelque façon qu'elle estoit la charité mesmc ; d'autant qu'elle avoit conçeu dans son ventre le divin Sauveur de nos âmes, qui estant tout amour I'avoit toute remplie d'u- Dour; tellement qu'on luy peut appliquer ttieuz qu'à nul autre ces parolles du Cantique des Cantiques, lorsque l'Espoux sacré contemplant sa bien-aymée qui estoit en ion doux repos, il fut saisi d'une si grande complaisance, qu'il se prit à conjurer les filles de Hierusalem de ne la point esveiller, leur disant - Filles de Hierusalem, je vous conjure par les chevreuils de ne pas es- Ttiller ma bien-aymée, qui est en l'amour, c'est à dire qui prend son repos dans l'exerdœ de l'amour et de la charité, qu'elle ne le veuille ou désire ; Adjuro vos , fiUœ Hierusalem^ per capreas cervosque camporum^ ne suscitetis^ neque evigilare fûeiaiiê diiectam, donec ipsa velit (2) : ou (g iMM. nL — (I) CMt la

plustost, selon une autre version : Filles do Hierusalem, je vous conjure do ne pas esveiller la dilection et l'amour mesme , qu'elle ne le veuille, et c<3tte dilection et amour est ma bien-aymée , c'est-à-dire la sacrée Vierge , qui avoit l'amour en un si souverain degré de perfection, qu'on peut dire qu'elle seule a plus aymé Dieu que toutes les autres créatures ensemble; c'est pourquoy il l'a regardée avec une complaisance toute particulière.

Or qui est-ce qui a jamais donné plus de complaisance à Dieu entre les pures créa* tures , que celle qui estoit accomplie en toutes sortes de vertus ? qui avoit une si ardente charité, accompagnée d'une si profonde humilité? car quelle plus profonde humilité peut-on jamais voir que celle qu'elle Gt paroistre lorsque Ste Elisabeth la loua, disant que son bon-heur provenoit de ce que Dieu avoit regardé l'humilité de sa servante, et que pour cela toutes les nations la loiieroient et appelleroient bien-heureuse. Quia respexit humilitatem aneillœ suœ, eece enim ex hoc heaiam me dicent omnes generaliones (4).

Mais pour ester de nos esprits tout subjet d'embrouillement , expliquons plus particulièrement comment ces parolles se doivent entendre.

II y a plusieurs docteurs qui tiennent que quand Nostre-Dame dit que Dieu avoit regardé l'humilité de sa servante, elle n'entendoit pas parler de la vertu d'humilité qui estoit en elle, parce, disent-ils, qu'encore qu'elle eust une très-profonde humilité, si ne s'cstimoit-elle pas humble; et semble que cette parolle eust été contraire à l'humilité mesme. Si bien que quand elle dit que Dieu avoit regardé l'humilité de sa servante, elle entendoit parler de la vilité, bassesse et abjection qu'elle voyoit en eLe, en ce qui estoit de sa nature , et du néant d'où elle estoit sortie : et que c'est en ce sens que se doivent entendre ces parolles; parce que le vray humble, disent ces docteurs, ne croit point avoir Thumilité, ny ne voit jamais en soy cette vertu. Toutosfois il y en a d'autres qui tiennent l'opinion contrairc,laquclle semble estre la plus probable, et ceux-là disent que Nostre-Dame, par les parolles qu'elle respondil à Ste Elisabeth, entendoit parler de la vertu d'bi»*

(i)i.LM,ll.

scnMOif

milité qni estoît en elle, et (jn'elle connoisfloit bien que c'estoit cette vertu qui a voit attiré Nostre-Seigneur daue ses tres-chastes enf railles. Il est donc croyable qu*ellesçavoit bien que rhumililé estoit en elle ; de aorte que sans crainte do la perdre , elle parla ainsi , parce qu'elle sçavoit bien que rhumilité qui estoit en elle ne provenoit pas d'elle, ains luy estoit donnée de Dieu , et que c'estoit un effet de sa grâce.

Mais ne voyons-nous pas le grand aposire S. Paul dire et confesser qu'il a la charité, avec des paroles si asseurées , qu'il aembloit qu'il parlast avec plus de présomption que d'humilité , quand il disoit avec tant d'assurance : Qui est-ce qui me séparera de la charité de Jesus-Christ?

Cuis ergo nos separabit à charitatê Chriêli? Sera-ce la tribulation ou l'angoisse? la faim, la nudité ou le péril , la persécution ou lo glaive? Je suis certain qu aucune chose, non pasmesmela mort, ne me pourra séparer de la charité de Dieu qui est en Nostre-Seigneur Jesus-Christ.

Voyez, je vous prie, avec quelle assurance parloit ce grand apostre, quand il protestoit que rien ne le pouvoit séparer de la charité de son Dieu. Il falloit donc qu'il creust qu'il avoit la charité. 0 certes, il n'y a point de doute, bien qu'il faille entendre, quand il disoit ces paroUes, qu'il s'appuyoit sur la grâce, et non sur ses propres mérites.

Ainsi la glorieuse Vierge ne manqua point d'humilité , ny ne fit aucune faute contre cette vertu, quand elle dit que Dieu avoit regardé l'humilité de sa servante ; non plus que S. Paul quand il dit qu'aucune chose, non pas mesme la mort, ne le pourroit séparer de la charité de Jesus- Christ, parce que cette Ste Vierge sçavoit hien qu'entre toutes les vertus , l'humilité Mi celle qui a le plus de pouvoir d'attirer Dieu en nous : ce que le divin Espouz •Mible vouloir signiGer au Cantique des (Gîantiques; car après avoir considéré toutes les beautei particulières de son Espouse , il ne fut point tant espris de son amour que lorsqu'il vint à jetter ses yeux sur sa chaussure et sur sa démarche » ainsi qu'il tesmoigne par ces paroUes : Quàm pulekri êunt greêtuê tui in culceamentU , filia fhncipiê (4)1 0 fille du prince 1 que ta

(I) Gml vu.

chaussure et tes démarches sont pkùnesde beauté.

Ne lisons-nous pas de Judith lorsqu'elle alla trouver Holopherne, prince de Tannée des Assyriens, que nonobstant qu'elle fùst extresmement bien parée, et que son visage fust doué de la plus rare beauté qui se peut voir, ayant les yeux estinceliana , avec une douceur charmante , ses levrei pourprines , et ses cheveux crespcz flottant sur ses espaules; toutesfois Holopherne ne fut point touché , ny par les beaux habits, ny par les yeux , ny par les lèvres , ny par les cheveux de Judith , ny d'aucune autra chose qui Tust en elle; mais seulement quand il jetta ses yeux sur ses sandales, oa sa chaussure qui, comme nous pouvonf penser, estoi t recamée d'or d'une fort bonne grâce, il demeura tout espris d'amour pour elle (4}.

Ainsi pouvons -nous dire que le Peiê éternel considérant la variété des vertus qui estoient en Nostre-Dame , il la trouva sans doute extresmement belle : mais lor^ qu'il jetta les yeux sur ses sandales ou souliers , il en receut tant de complaisance et en fut tellement espris , qu'il se laissa eagner, et luy envoya son Fils , lequel s'mcarna en ses tres-chastes entrailles, liais qu'est-ce, je vous prie , mes chères âmes , que ces sandales et cette chaussure de la sacrée Vierge nous représentent, sinon l'hih milité? car nous voyons que les sandales ou souliers sont les plus vils accouslr;«mens desquels l'on se serve pour lorncment du corps humain , parce qu'ils sont tousjoun contre terre, foulant la fange et la boue; aussi est-ce le propre des amcs qui ont la véritable humilité d'cstro tousjours basses et petites à leurs yeux, et se tenir sous Ic^ pieds de tout le monde; car cotte vcrhi qui est la base de la vie spirituelle a ccK: de propre qu'elle veut tousjours cstre co:> tro terre dans sa bassesse et dans soti abjection : et c'est celte bassesse que Dieu regarde avec tant dQ complaisance en In Ste Vierge , et de ce regard procède tôt. son bonheur, ainsi qu'elle dit en son sa ci.' Cantique : Quia respexit humililaUm ancillœ iuœ, ecce enim ex hoc heatam tne dicent omnes generationes (2} , advotiant qu'à cause dû ce divin regard elle

I sera publiée bien-heureuse par toutes les

: (i; Jidith. s. — (IV s. lm, k

POUR LA VUktATIOIf.

m, de génération en génération, ïfotaraîve l'opinion de ceux qui |M qiiMd la Ste Vierge dit que Dieu igHrdé l'humilité de sa senrante, elle nelailen sur eUe-nesmet à cause de an el de restre qu'elle avoit du 4^éU elle avoit eeté tirée comme laa «obee creaturee , ou bien celle IK qui diiaat que la tres-saincte JiQMideimnIfia viOi qui estoit toute \ «I toaii pure et parfaicte, elle la hOMie; 6i voyant en eoy l'humilité^ ■Idire véritablement en ce sens que poit regardé son humilité. Ilestcer* il tant en une manière comme eir \ allé parla toujours avec tant d*huqi'âile fiusoit bien voir qu'elle tort aoD bon-àeur de ce que Dieu avmt

• yejuxeur sa petitesse ; c'est pour- ■ hiy peut tres-biee apfNroprier ces

• que dit rfispouse do Civique :

Mi oéorem êumm (4)» Tandis que liloitdans sa couche» mon narda m odeur. Le nard est un petit ar- M ^ ne s'esleve jamais en haut

I lëa eedres du Liban, ains il demeure m en sa bassesse, jettent son paras tant dé suavité , qui! reijouf t tt qui l'odorent. Certes nous ^ou- ■B dire que k Ste Vierge a esté «■ nard tres-precieux ; car elle ne MM eslevée pour toutes les gniides et likTeurB qui luy ont esté faites* ir tontes les loiianges qui luy ont muées , ains elle est toufljours de- I en sa bassesae et petitesse ; et par millité , comme le nard , elle a jette bm de si suave odeur, qu'il a monté mû tmne de la divine Majesté, qui leoMUt esté esprise qu'elle est desdu ciel pour i^enir iey-bas en (erre wr dans son ventre sacré.

I vtiyez donc , mes obères soBurs, a l'humilité est agréable à Dieu^ ) oestre glorieuse Ifaistresse fut pour estre Mère de son Fils, parée •stoit humble : et de cccy Mostrew mesme en rendit tesmoignage, t eette bonne femme qui voyoit sas

• qu'il faisoit, s'escria à haute voix : •Mil er ^t fe portavit , et uberm

xiili (2) , Bien-heureux est le ven-

un.— (t)S. Lvc, SI.

tré qui f a l^otié, et tea teanu^ei qde tU M suGcées: ri fee^X^it : Quin iitiàhèùHfm auiiuni térhim ÛH , et «dâtodAml <i< luà; maisplustost, blen-heufëtiï soht (Seuf qui eâtendent la patoDé de bled MIA gUS dent, adi est autant otunine s'il etisi toalu dire : li est vfty que Au Mère est bieâ*' heureuse, pahSe qu'elle m*a poM daiui Mil ventrej mais elle Test bien dàvàntagd, pour liiumilité avec? laquelle ètte a entoidu les perolles de mott Perecélèète, et lés agardéeâ. Ce qu'il reconfirma efiôorefofsqu'on hiy dit que sa Mère et seà JDpMs 11it< tendoient, ressoudant que Cèui-ft ëstoienl sa Mère et ses frères, qui entendoient là parotte de Dieu et la mettcifcmt eft «ÉMl. Biaierm^a , et prattêi mal, AI êMi im verhum DH iiuiiunt etfûel^f^t : ^ttteiài^ que feeerit voluntatem Painè «Mi dtUC ié eœliê eêt , ipêe meuê frater , f orof, ila^ ter est (h). Or bien que NôaUld-Mgiieur dit cela, ce n^estoit pas qu'il Xld vôulùSt tiêi^ connoistre la Ste Viefge bout' SA Met«. ains It nous vouloit iéiie enleftdte due 6é n^estoit pas seulèmeht pouirce qtMfe nivoit porté en eon ventre qu'etto eeioitM^ heureuBA, mais beaucoup plda ft càtttè de rhulnilite avac laquelle die feiisMt ta t6* lonté de Dieu en toutes èhoâéS«

Je m'aperçois que l'heure se passe, c W pourquoy il faut employer ce peu de temps qui me reste à dire encore quelque mot d'instruetion «ur l'Evangile çle ce |our; car il est extresmement beau et utile à entendre*

S. Luc dit donc que la Ste Vierge nostre glorieuse Maistresse se leva hastivement et s'en alla en grande diligencsi sur les montagnes de Judée ^ Exsurgem Maria aèiit in mQWtoMa eum feetinatianè in cifdtatem Juda , pour nous monstrer la promptitude avec Uquelle l'on doit correspondre auxinspirations divines, parce que e'«st k» propre du Sainct^Eaprit, lorsqu'il touche un cœur, d'en chasser (oute paresse et tepidilé ; d'autant qu'il ayme la diligence et promptitude, il est ennemy des remises et dilayemens, en ce qui est de Texecution des volontez divines. C'est pourquoy la Ste Vierge se leva promptement , et alla hastivement par les montagnes de Judée car Tenfant duquel elle estoit grosse no rincommodoit loint à cause quii n'esu)it

( i)S.IUUh.suiS.Hll«|Satti

SERHOIV

à Zacharîe, qiii l'avoit perdue par son incrédulité, n'ayant pas voulu croire ce que range luy avoit dit, lorsqu'il luy annonça quo sa fennine concevroit un fils qui se nommeroit Jean.

En quatriesnne lieu, elle sçavoit que cette visite apporteroit un comble de bénédictions à cette maison de Zacharie, lesquelles redonderoient jusques à Tenfant qui estoit dans le ventre de Ste Elisabeth, lequel par sa venue seroit sanctifié. Or ces raisons, et plusieurs autres que je |X)urrois rapporter, monstrent assez que Nostre- Dame glorieuse Maistresse n'entreprit ce voyage que par un secret mouvement de Dieu, qui vouloit par cette visite donner commencement au salut des âmes, en la sanctification du petit S. Jean.

0 certes il est indubitable que ce fut particulièrement une tres-ardente charité accompagnée d'une très-profonde humilité, qui luy fit passer avec cette vitesse et promptitude les montagnes de Judée. Ce furent donc ces deux vertus qui la poussèrent à faire ce voyage et luy firent quitter sa petite ville de Nazareth ; car la charité n*est point tardive, ains elle bondit dans les cœurs où elle règne et habite, elle veut tousjours faire des bonnes œuvres : Nescit tarda molimina sancH Spiritus gratta (0) dit S. Ambroise : c'est pourquoy la tres-Sle Vierge, qui en estoit toute remplie, ayant l'amour mesme dans ses entrailles, estoit en de continuels actes de charité; non-seulement envers Dieu avec lequel elle estoit unie et conjointe par le lien sacré d'une tres-intime et tres-parfaicte dilection ; ains encore envers le prochain qu'elle aymoit en un degré de trèsgrande perfection , ce qui luy faisoit ardemment désirer le salut de tout le monde et la sanctification des âmes. Et sçachant qu'elle pouvoit coopérer à la sanctification de S. Jean qui estoit encore dans le ventre de Ste Elisabeth, elle y alla en grande diligence; outre que la charité l'y faisoit ^encore aller, pour se resjouyr avec sa cousine de ce que Nostre-Seigneur avoit beny son ventre d'une telle bénédiction, que nonobstant qu'elle fust stérile et inféconde, elle avoit. neantmoins conccu celuy qui de voit estre le précurseur du Verbe incarné. Elle alloit donc s'en resjouyr avec

(l)f. AiB^Uv.U, tu s. Ua

elle, luy congratuler, et se proroquer l'ai» et l'autre à glorifier Dieu de ses miséricordes, et le remercier de tant de grâces et ds bénédictions qu'il avoit versées sur elle, qui estoit vierge, luy faisant conce^ur le Fils de Dieu par l'opération du SainctrEsprit, et sur Ste Elisabeth qui estoit stérile, la faisant concevoir miraculeusement, et par grâce spéciale, celui qui devoit estrs son précurseur.

Mais considérez, je vous prie, s'il eiiit esté raisonnable que celuy qui estoit choîsy pour préparer les voyes du Seigneur fust demeuré entaché du péché originel ; c'est pourquoy Nostre-Dame alla promptemeot en la maison de Ste Elisabeth, afin quH fust sanctifié, et que ce divin enfant qu*eUe portoitdans ses tres-pures entrailles, et auquel seul appartenoit la sanctificdUon des âmes, pust faire en cette visite oeUe du glorieux S. Jean, la purifiant et retirant du péché originel. Ce qui fut fait avec une telle plénitude de grâce, qu'il y a plusieurs docteurs qui soustiennent qu'il ne pecfaa jamais, non pas mesme veniellement, bien que quelques-uns tiennent Topinion oontraire. Ce fut donc, comme vous voyez, la charité qui fut cause que la Ste Vierge coopéra à cette sanctification : mais ce n'est pas merveille que ce cœur sacré A nostre glorieuse Maistresse fust si remply d'amour et de zèle pour le salut des hommes, puisqu'elle portoit dans son sacré ventre la charité mesme, c'est-à-dire le Sauveur et Rédempteur du monde.

Ne vous semble-t'il pas, mes chères âmes, que c'est à elle à qui l'on doit appliquer ces paroUes du Cantique des Cantiques où le divin Espoux descrivant les beautezde son Espouse en détail et parle menu, dit que son chef ressemble au mont Carmel, Caput tuum ut Carmelui (1)T Le mont Carmel est un mont tres-agreable et lequel est tout couvert et diapré de fleurs tres-odoriferantes, et les arbres qui se trouvent sur ce mont ne portent que des parfums : mais que signifie ce mont, ces fleurs et ces parfums? sinon la charité, laquelle estant comme une très-belle et odoriférante plante, produit toutes les fleurs des autres vertus dans l'ame qui la possède ; car elle ne demeure jamais seule. Et bien qu'on approprie ces paroUes du oaiilî*

(1) CêmL th.

POUR LA YISITATIOW.

qiiaèl*Egnse, qaî est !a véritable Espouse de Nostre-Seigneur, en laquelle, comme tn on mont Carmel, abondent toutes sortes de fleurs tres-odoriferantes , c'est-à-dire ' toutes sortes de vertus, de saincteté et de ! perfection ; si est-ce neantmoins que cela se peut encore fort bien entendre de la tres^le vierge, qui est cette unique et parfiiicte espouse du Sainct-Esprit, laquelle ayant la charité à un si eminent degré, ressembloit au mont Carmel par les actes frequens qu'elle en produisoit; de manière que cette saincte charité plantée au milieu de son cœur comme un bel arbre, exhaloit continuellement des odeurs, et Jeltoît des parfums d'une suavité incomparable.

Mats les rabbins et quelques autres docteore semblent nous faire encore mieux entendre que le divin Espoux parlant du chef de son Espouse, entend parler de la charité, qui est la première et la plus excellente de toutes les vertus ; parce , disentils, qu*il le compare à Tescarlate, laquelle tire son prix de sa teinture, Et comœ capUiê tui, sicut purpura régis vincta canalibuê (4); ou bien, aux grains de la grenade qui sont rouges. 0 certes il est vray que tout cela nous représente merveilleusement bien la charité de la Ste Vierge , laquelle non seulement avoit la charité, mais il est vray qu'elle Tavoit reçeuë en telle plénitude, qu'on pourroit dire en quelque façon qu'elle estoit la charité mesme; d'autant qu'elle avoit conçeu dans son ventre le divin Sauveur de nos âmes, qui estant tout amour l'a voit toute remplie d*amour ; tellement qu'on luy peut appliquer mieux qu'à nul autre ces parolles du Cantique des Cantiques, lorsque l'Espoux sacré contemplant sa bien-aymée qui estoit on son doux repos, il fut saisi d'une si grande complaisance, qu'il se prit à conjurer les filles de Hierusalem de ne la point esveiller, leur disant : Filles de Hierusalem, je vous conjure par les chevreuils de ne pas esveiller ma bien-aymée, qui est en l'amour, c'est à dire qui prend son repos dans l'exerdce de l'amour et de la charité, qu'elle ne le veiiille ou désire ; Adjuro vos , film Eûrusalemj per capreas cervosque camporum^ ne suscitetis^ neque evigilare faeiaiiidUeetam, donecipsa velit{^) : ou

Cg iMi. nL — (t) Cul. 114

plustost, selon une autre version : Filles do Hierusalem, je vous conjure do ne pas esveiller la dilection et l'amour mesme, qu'elle ne le veuille , et cette dilection et amour est ma bien-aymée , c'est-à-dire la sacrée Vierge , qui avoit l'amour en un si souverain degré de perfection, qu'on peut dire qu'elle seule a plus aymé Dieu que toutes les autres créatures ensemble; c'est pourquoy il Ta regardée avec une complaisance toute particulière.

Or qui est-ce qui a jamais donné plus de complaisance à Dieu entre les pures créatures , que celle qui estoit accomplie en toutes sortes de vertus ? qui avoit une si ardente charité, accompagnée d'une si profonde humilité? car quelle plus profonde humilité peut-on jamais voir que celle qu'elle fit paroistre lorsque Ste Elisabeth la loua, disant que son bon-heur provenoit de ce que Dieu avoit regardé l'humilité de sa servante, et que pour cela toutes les nations la loiieroient et appclleroient bien-heureuse, Çuia respexit humilitOn tem anciltœ suœ, eece enim ex hoc beatam me dicent omnes generationes (1).

Mais pour ester de nos esprits tout subjet d'embroiiillement , expliquons plus particulièrement comment ces parolles se doivent entendre.

Il y a plusieurs docteurs qui tiennent que quand Nostre-Damc dit que Dieu avoit regardé l'humilité de sa servante, elle n'entendoit pas parler de la vertu d'humilité qui estoit en elle, parce, disent-ils, qu'encore qu'elle eust une très-profonde humilité, si ne s'cstimoit-elle pas bumble; et semble que cette parolle eust été contraire à l'humilité mesme. Si bien que quand elle dit que Dieu avoit regardé l'humilité de sa servante, elle entendoit parler de la vilité, bassesse et abjection qu'elle voyoit en el.e, en ce qui estoit de sa nature , et du néant d'où elle estoit sortie : et que c'est en ce sens que se doivent entendre ces parolles; parce que le vray humble, disent ces docteurs, ne croit point avoir l'humilité, ny ne voit jamais en soy celle vertu. Toutesfois il y en a d'autres qui tiennent l'opinion contraire,laqucIle semble eslre la plus probable, et ceux-là disent que Nostrc-Dame, par les parolles qu'elle rcspondit à Sle Elisabeth, entendoit parler de la vertu d'bU'-

ne

SEBMON

milité (fui estoit en elle, et (]n*elle connois- 8oit bien que c*e8toit cette vertu qui avoit attiré Nostre-Seigneur dan8 ses tres-chastes entrailles. Il est donc croyable qu'elle sçavoit bien que Thumililé estoit en elle ; de aorte que sans crainte de la perdre , elle parla ainsi , parce qu'elle sçavoit bien que l'humilité qui estoit en elle ne provenoit pas d'elle , ains luy estoit donnée de Dieu , et oue c'estoit un effet de sa grâce.

Mais ne voyons-nous pas le grand apos- Ire S. Paul dire et confesser qu'il a la charité, avec des paroles si asseurées , qu'il aembloit qu'il parlast avec plils de présomption que d'humilité , quand il disoit avec tant d'assurance : Qui est-ce qui me séparera do la charité de Jesus-Christ ? Cuis ergo nos separabit à charitat$ Chriêti? Sera-ce la tribulation ou l'angoisse ? la faim, la nudité ou le péril, la persécution ou le glaive t Je suis certain qu'aucune chose, non pasmesmela mort, ne me pourra séparer de la charité de Dieu qui est en Nostre-Seigneur Jesus-Christ.

Voyez, je vous prie, avec quelle assurance perloit ce grand apostre, quand il protestoit que rien ne le pouvoit séparer de la charité de son Dieu. Il falloit donc qu'il oreust qu'il avoitla charité. 0 certes, il n'y a point de doute, bien qu'il faille entendre, quand il disoit ces parolles, qu'il s'appuyoit sur la grâce, et non sur ses propres meritesi

Ainsi la glorieuse Vierge ne manqua point d'humilité , ny no fit aucune faute contre cette vertu, quand elle dit que Dieu avoit regardé l'humilité de sa servante ; non plus que S. Paul quand il dit qu'aucune chose, non pas mesme la mort, ne le pourroit séparer de la charité de Jesus- Christ, parce que cette Ste Vierge sçavoit bien qu'entre toutes les vertus , l'humilité Mi celle qui a le plus de pouvoir d'attirer Oieu en nous : ce que le divin Espoux aemble vouloir signiâer au Cantique des Cantiques; car après avoir considéré toutes les beautés particulières de son Espouse , il ne fut point tant espris de son amour que Jorsqu'il vint à jetter ses yeux sur sa chaussure et sur sa démarche i ainsi qu'il tesmoigne par ces parolles : Qudm jnUehri êunt gresiui tui in culceamentiê , fUia jpnffictpû (4) 1 0 fille du prince 1 que ta |

(I) Cul vu. ;

chaussure et tes démarches sont plsinesde beauté.

Ne lisons-nous pas de Judith lorsqu^eDo alla trouver Holopnerne, prince de l'année des Assyriens, que nonobstant qu'elle fàst exlresmement bien parée , et que son visage fust doué de la plus rare beauté qui se peut voir, ayant les yeux estincellansi avec une douceur charmante , ses lèvres pourprines , et ses cheveux crespez flottant sur ses espaules; toutesfoisHolophemene fut point touché , ny par les beaux habits, ny par les yeux , ny par les lèvres , ny par les cheveux de Judith, ny d*aucuno autre chose qui Tust en elle; mais seulement quand il jelta ses yeux sur ses sandales, ou sa chaussure qui, comme nous pouvonf penser, estoit recamée d'or d'une fort bonne grâce, il demeura tout espris d'amour pour elle (4).

Ainsi pouvons -nous dire que le Peié éternel considérant la variété des vertus qui estoient en Nostre-Dame , il la treun sans doute extresmement belle : omis lorsqu'il jetta les yeux sur ses sandales ou souliers , il en receut tant de complaisance et en fut tellement espris , qu'il se laissa gagner, et luy envoya son Fils , lequel s'incarna en ses tres-chastes entrailles. Hais qu'est-ce, je vous prie , mes chères âmes , que ces sandales et cette chaussure de la sacrée Vierge nous représentent, sinon ITiumilité? car nous voyons que les sandales ou souliers sont les plus vils accoustrc^mens desquels l'on se serve pour Torncment du corps humain , parce qu'ils sont tousjours contre terre, foulant la fange et la boue' ; aussi est-ce le propre des âmes qui ont la véritable humilité d'estro tousjours basses et petites à leurs yeux, et se tenir sous \ei> pieds de tout le monde ; car cotte vertu qui est la base de la vie spirituelle a ccii; de propre qu'elle veut tousjours estre cor.tre terre dans sa bassesse et dans son abjection : et c'est cette bassesse que Dieu regarde avec tant da complaisance en f:i Ste Vierge , et de ce regard procède toi: son bonheur, ainsi qu'elle dit en son sac: j Cantique : Quia respexit humititaiem andllœ iuœ , ecce enim ex hoc beatam me dieent otnnes generationee (2} , advoUant qu'à cause dô ce divin regard elle sera publiée bien-heureuse par toutes ks

(1) laditb. s. — (1U S- Lm, l

POUR LA YISITATIOrf.

cnaUires , de génération en génération.

Or soit qu'on suive l'opinion de ceux qui disaot que quand la Ste Vierge dit que Dieu atoît regardé l'humilité de sa servante, elle ftisoit réflexion sur elle-mesme, à cause de sa nalure et de Testro qu'elle avoit du neani d'où elle avoit estié tirée comme tooCea les autres créatures , ou bien celle de ceux qui disent que la tres-saincte Yiar^ coiûiderant sa vie , qui cstoit toute Mincie et toute pure et parfaicte, elle la treuva bonne; et voyant en soy l'humilité, elle peut dire véritablement en ce sens que Dieu avoit regardé son humilité. II est certew que tant en une manière comme en r«atre, elle parla tousjours avec tant d*huaililé qu'elle faisoit bien voir qu'elle toniit tout son bon-heur de ce que Dieu avoit jette les yeux sur sa petitesse ; c est pourquoi on luy peut très- bien approprier ces peroUes que dit l'Ëspousc du Cantique : ihêm estet rex in aecubUu êuo^ nardu$ mm dédit odorem tuum (4), Tandis que It roy estoit ijans sa couche , mon nard a jellé son odeur. Le nard est un petit arbriaseeu qui ne s^esleve jamais en haut eonune les cadres du Liban, ains il demeure tDDSjours en sa bassesse, jottant son parte avec tant de suavité , qu'il resjouyt tons ceux qui l'odorent. Certes nous pou- Toas bien dire que la Ste Vierge a esté oonune un nard tre^precieux ; car ello ne •*<st jamais eslevée pour toutes les grandes grioes et faveurs qui luy ont esté faites, ly pour toutes les loiianges qui luy ont vlé données , ains elle est tousjours detteorée en sa bassesse et politesse ; et par OBtte humilité , comme le nard , elle a jette M parfum de si suave odour, qu'il a monté jlBfuesau trosne de la divine Majesté, qui flia tellement esté esprise qu'elle est des- Mwluë du ciel pour venir icy-bas en terre i^licarner dans son ventre sacré.

Yons voyez donc , mes chères soeurs, nmbicn rhumilité est agréable à Dieu, piisque nostre glorieuse Maistresse fut cboisie pour estre Merc de sou Fils, parce qu'elle estoit humble : et de cccy Nostre- Seigneur mesme en rendit tesmoignage, lorsque cette bonne fommo qui voyoit ses niracles qu'il faisoit, s'escria à liante voix : Mmtus tenter qui te portavit , et nbera qitœ iuxiêli (2) , Bien-heureux est le ven-

(I) CmI. 11. - (S) s. Luc, 11.

tre qui t*a porté, et les mamelles que tu ns succées : il respondit : Quin imo beaU gui audiunt verhum Dei , et cttstodiunt il* lud; maisplustost, bien-heureux sont ceux qui entendent la paroUe de Dieu et la gardent, qui est autant comme s'il eust voulu dire : Il est vray que ma Mère est bienheureuse, parce qu'elle m*a porté dans soh ventre; mais elle Test bien davantage, pour rhumilité avec laquelle elle a entendu les paroUes de mon Père céleste, et les a gardées. Ce qu'il reconfirma encore lorsqu'on luy dit que sa Mère et ses frères l'attendoient, respondant que ceux-là estoient sa Mère et ses frères , qui entendoient la parolle de Dieu et la mettoient en etîect, Mater mea, et fratres met, hisunt qui verbum Dei audiunt et faciunt : quieumque fecerit voluntatem Patris mei qui in cœlis est , ipse meus frater , soror , Miater est (i). Or bien que Nostre-Seigneur dit cela, ce n'estoit pas qu'il ne voulust reconnoistre la Ste Vierge pour sa More, ains il nous vouloit faire entendre que ce n'estoit pas seulement pource qu'elle Tavoit porté en son ventre qu'elle estoit bienheureuse, mais beaucoup plus à cause de l'humilité avec laquelle elle faisoit la vo* lonté de Dieu en toutes choses.

Je m^aperçois que l'heure se passe, c'est pourquoy il faut employer ce peu de temps qui me reste à dire encore quelque mot d'instruction sur r£vangile de ce jour; car il est extresmemcnt beau et utile à entendre.

S. Luc dit donc que la Ste Vierge nostre glorieuse Maistresse se leva hastivenient et s'en alla en grande diligence sur les montagnes de Judée , Exsurgens Maria abiit in montana cum festin atione in civitatem Juda , pour nous monstrer la promptitude avec laquelle Ton doit correspondre aux inspira lions divines, parce qu(ï c'est le propre du Sainct-Esprit, lorsqu'il touche un cœur, d'en chasser iouto parcsî^o ettepidité; d'autant qu'il aymc la diligence et promptitude, il est ennemy des remises et dilayemens, en ce qui est de l'exécution des volontez divines. C'est pourquoy la Ste Vierge se leva proinptemcnt , et alla haslivomcnt par les montagnes de Judée car Tonfant duquel elle estoit grosse ne rincon.niocloit i oini à cause qu ii ncbioit ( 1) s. MatUi. xu i S. Haro, iiu.

S£RMON

point semblable aux autres enfans, ce qui faifloit qu'elle n*en recevoltpas rincommodite que les femmes ont accoustumé de ressentir dans leurs grossesses, lesquelles ne peuvent facilement marcher à cause de la pesanteur de Tenfant qui est dans leur ventre ; ce qui provient de ce que leurs enfans sont pécheurs : mais celuy de Nostre- Dame n*estoit point pécheur, ains le Sauveur des pécheurs, et celuy qui venoit pour oster les péchez du monde; c'est pourquoy elle n*en estoit aucunement chargée , ains plus légère et plus habile à marcher. Et ce qui faisolt encore qu'elle marchoit ainsi hastivement, estoit sa pureté virginale qui Pincitoit à cela pour estre plutost retirée ; car c*est le propre des Vierges de demeurer cachées et retirées, et ne paroistre que le moins qu'elles peuvent parmy le tumulte du monde.

Estant donc arrivée , elle entra en la maison de Zacharie , et salua sa cousine Elisabeth, Et intravit in domum Zachariœ, etsalulavit Elisabeth; mais quant à Zacharie, TEvangeliste n*en dit rien d'autant que sa pureté ne luy permettoit pas de parler aux hommes; ce qui apprend aux vierges qu'elles ne sçauroient avoir trop de soins de conserver leur pureté.

Il y auroit certes mille beaux documons à tirer sur les parolles de cet Evangile ; mais je mo contenteray d*en dire seulement quelque chose en passant , afin d'en parachever Thistoire. 0 combien de grâces et de faveurs , mes chères sœurs , furent versées sur la maison de Zacharie, lorsque la sacrée Vierge y entra (4). Si Abraham receut tant de grâces pour avoir receu trois anges en sa maison (2) ; et si Jacob apporta tant de bénédictions à Laban , qui estoit payen et idolaslre ; si Loth fut délivré de l'embrasement de Sodome pour avoir logé deux anges, et si le prophète Helie remplit d'huyie tous les vaisseaux de la pauvre veufve ; si Helisée ressuscita l'enfant de la Sulamite ; et enfin si Obededon receut tant de faveurs du ciel pour avoir logé en sa maison l'arche d'alliance : quelles et combien grandes pensez- vous que furent les f^races et bénédictions dont la maison de Zacharie fut remplie pour avoir receu l'ange du grand conseil , ce vray Jacob et divin prophète, la vrayo arche d'alliance,

;i} MB. STin. . (^ ib. un.

Nostre-Seigneur enclos dans le ventre de Nostre-Dame.

Certes , toute cette maison fàt remplie d'allégresse : S.Jean tressaillitde joie dans le ventre de sa mère ; Zacharie recouvrant la parolle , et Ste Elisabeth fut remplie du Sainct-Esprit et reçut le don de prophétie; et voyant entrer cette saincte dame en sa maison, elle s'escria : Et unde hoc mtJbi, ut veniat mater Dominimei ad me(4X D'où me vient cecy, que la mère de mon Dieu me vienne visiter? Mais remarqua qu'elle l'appelle Mere , avant qu'elle aye enfanté. Ce qui est contre la coustume or> dinaire ; car on n'appelle point mères les femme» avant qu'elles ayent enfanté, pam que souvent elles enfantent mal-heureusement. Or Ste Elisabeth sçavoit bien queli sainte Vierge enfanteroit heureusement, et partant elle ne faisoit point de difficulté de l'appeler mere, d'autant qu'elle est treeasseurée qu'elle le sera, Qt non pas mere d'un homme seulement, mais de Dieu , et par conséquent reyne et princesse des hommes et des anges. Et c'^t pourquoy elle s'estonna qu'une telle et si grande princesse la fust venue visiter. Vous estes bienheureureuse, madame , luy dit-elle, pam que vous avez creu à tout ce qui vous a esté dit : Beata quœ credidistiy quoniam perficientur ea quœ dicta sunt tibi d D(h mino. Et de plus, vous estes beniste par dessus toutes les femmes , Benedicta fv inlermulieres. En quoy nous voyons combien parfaictemcnt Ste Elisabeth avoit receu le don de prophétie ; car elle parle des choses passées, présentes et futures. Mais remarquez ces paroles : Vous estes bienheureuse d'avoir creu à tout ce que l'ange vous a dit; d'autant que cela fait voir que vous avez plus de foy qu'Abraham, parcs que vous avez creu que la Vierge et la stérile concevroient, bien que ce soit une chose qui surpasse le cours de la nature. Voyn donc comme elle sceut par esprit de pro* phetie les choses passées. Et pour ce qui devoit advenir , ne voit-elle pas par oa mesme esprit que les choses qui avoient esté dites à Nostre-Dame par le Seigneur seroient accomplies en elle, et qu'elle seroit beniste entre toutes les femmes? Ne parle-t-elle pas aussi des choses présentes, l'appelant Mere de Dieu? adjoustant que

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