S*LM,I
SERMON
Au reste, l'Eglise appelle nativité la mort de S. Pierre , pource que dans la mort il a trouvé la vio ; mais la mort de S. Jean ne se pourroil pas appeller nativité , d*autant qu'il luy fallut aller aux limbes , le ciel n'estant pas encore ouvert pour lors : or depuis l'ascension de Nostre^igneur , ceux qui ont mesprisé cette mortalité se éont fuit par la mort une nativité. Mais je ferois tort au passage de la Sainctc-Escrilure que j'ay cité au commencement de ce sermon, si je m'arrestois davantage à poursuivre les ressemblances qui sont entre la naiivité de S. Jean et la mort de S. Pierre, puisque j'ay tant d'occasion de faire une comparaison plus haute , c'est à sçavoir entre la mort de S. Pierre et celle de nosire divin Sauveur; et que personne ne vienne dire que toutes comparaisons sont odieuses, et qu'il n'y a point de rapport entre le maistre et le serviteur , puisque Nostre- Seigneur ne fait point do difficulté de se mettre en comparaison avec les bergers , les moutons, avec les vignes, avec les pierres. Ftquo S. Paul dit: Quosprœscivit, et prœdestinavit conformes fier itmaginis Filii sui (\ ) ; Que ceux que Dieu a prévu devoir estre saincts, il les a prédestinez pour estre conformes à l'image de son Fils. Il s'appelle nostre frère , il nous appelle ses amis et ses cohéritiers , et davantage il nous communique un nom , duquel la chose est proprement incommunicable : Ego dixi : VU estis , et filii Excelsi omnes; J'ay dit que vous êtes tous des dieux , et les enfans du Très-Haut. Mais remarquez cecy ; car Dieu mesme nous appelle dieux, le diable nous appelle dieux , quoy que non pas absolument , disant : Eritis sicut dii , scientes bonum et malum ; Vous serez comme des dieux , scachantle bien et le mal. Dieu nous attribue ces noms pour nous humilier, et nous monslrer sa charité; le diable nous les attribué' pour nous faire tomber dans la superbe , et par ce moyen nous séparer de la charité ; enfin ces noms donnez aux hommes monstrent plustost la gloire de Dieu que celle des hommes , il a tant de bonté que de nous vouloir rendre semblables à luy , autant que nostre bassesse le |)eut porter. 11 ne faut donc pas (mes chères auditeurs) avec nostre petit entendement
^1) Rom. Tiii.
controller et adndiqner , quand bobs voyons que l'Eg-ise donne à certain» grands siiincls , notamment à nosire gloriense Maistresse , des tiltres excellens ; car il y a plusieurs noms qu'elle n'a pas seulement en apparence et similitude, mais en vérité, comme Mère de grâce , Mère de Dieu , et par conséquent Reyne des anges , et Impératrice du ciel et de la terre, Advocate des pécheurs , Mère de miséricorde ; car celle qui est vrayment Mère de Diea a tous ces tiltres avec plus de raison , ce semble, qu*un roy ne porte le nom de son royaume. Les autres noms de cette Ste Vierge s'entendent par proportion et participation, comme quand nous l'appelions nostre refuge , nostre espérance , parce qu'elle l'est en cfiect , bien que ce ne soit que par participation et par le moyen de son crédit.
Nostre-Seigneur ayant dit à S. I*ierre que quand il seroit vieil il Cstendroit ses mains , et seroit lié et mené là où il ne voodroit pas, il luy dit : Sequere me ^ Smmoy. S. Augustin demande pourquoy Nostre-Seigneur dit à S. Pierre : Sequere me, Suis-moy ; il respond que c'est comme s'il luy eust voulu dire : Quant à toy , Pierre, tu me suivras non-seulement à la mort, mais encore quant à la façon de la mort: en quoy Euthimius s'accorde , quoy que Theophildcte entende par ces paroles, que Nostre-Seigneur luy vouloit dire : SÎJt vi* carius meuê, Tu seras mon vicaire. L'une et l'autre exposition est bonne; car Nostre- Seigneur luy dit: Squere me , Suys-moy, ensuite decequ'il luy avoit dit auparavant; or il luy avoit dit deux choses , premièrement : Pasce oves meas , Pais mes brebis; secondement : Cum aulem senuerit eo> tendes manus tuas, etc. (4)) Et quand ta seras vieil tu estendras tes mains ; et partant il dit après par deux fois : Sequere mf, Suis-moy, la première après qu'il luy eut prcdict sa mort. Cum hœc dixisset,dijcU et: Sequereme, comme s'ileustvoulu dire:
•Tu seras crucifié, pour lemonst^er que tu ne repaislras pas seulement mes brebis de ma parollo , mais encore de mon exemple; sois donc pasteur de mes brebis , mon vi* caire et mon lieutenant. L'autre fois ij luy dit : Sequere me, Suis-moy; quand il se fust informé que devicndroit S. Jean . S. Jean demeurera comme il me plaira *
(l) s. Jeta, I.
POUR LE JOUR DE S. PIERRE
fout à toy, luy dit Nostre-Seîgneur, il not que tu me suives, non seulement au mariai et gouvernement de mon Eglise , mais encore en mourant sur une croix somme moy.
Le lieu où S. Pierre a esté crucifié, c*est Rome sans doute; car ainsi le rapporte toute Fantiquilé, de quoy nos adversaires •ont bien marris, et veulent non seulement nier qu'il soit mort à Rome , mais encore qu*il y aye résidé, avec des raisons les plus impertinentes et frivolies qui se puissent imaginer; et neantmoins Papias, au récit d'Eusebe, disciple des apostres, nous Tasleure, apportant pour tesmoignage que S. Pierre date sa première epistre de Babylone , c'est-à-dire de Rome ; interpretatiou laquelle est suivie du grand S. Hiolosme, au traicté qu'il a fait des hommes iUustres. Mais quelque esprit versé et mal affectionné aux choses de la foy me dira : Donc Rome s'appelle Babylonc , Salutat «Oâ^ inquit, Ecclesia in Babylone coUecle (4) : ouy vrayement; car Tidolastrie reliant en ce temps-là à Rome, qui estoitbai- |Bée du sang des martyrs par la tyrannie de Néron, cette ville devoit cstre appelée Neronnienneou Babylone, et non pas Chreslienne : et pour cela remarquez que ^ Pierre ne dit pas ; L'Eglise de Babylonc vous salue, mais : L'Eglise assemblée en Babylone, Salutat vos Ecclesia %n Babylone collecta. L'Eglise romaine estoit in Babylone, sed non de Babylone, comme AhU'Christi fnttlti ex nobis prodierunty iti non erant ex nobis (2) : ainsi se doit entendre cet autre passage : Babylon seitbat supra septem montes.
S. Pierre donc estant à Home, et disputant contre Simon , magicien , après avoir gouverné l'Eglise environ vingt-cinq ans, Néron le voulut faire mourir : mais estant prié par les chresliens qu'il se conservast, comme tres-necessaire à TEglise, laquelle ift peut perdre son chef sans recevoir quelque grand désarroi , il s'en alloit hors de iome; et comme il fut hors de la porte Kostre-Seigneur luy apparut; lors ce grand tainct, avec son ordinaire simplicité , luy demanda où il alloit : Domine^ quô vadis^ tuquel Nostre-Soigneur respondit : Je m'en ^ii à Rome pour y eslre crucifié derechef, Fado Bomamiterum cruci/igi. S. Pierre
(t)P»fr», f^ (1) & Jeao. u.
par ces parolIesconnutqueNostre-Seigneur vouloit estre crucifié en sa personne, puisqu'il a dit que ce que l'on feroit à l'un des plus petits de ceux qui sont à luy, il le tiendroit comme faict à luy-mesme, Quod uni ex minimis meis fecistis^ mihi fecistis{\). Et rentrant soudain dans la ville, il fut incontinent saisi et condamné à estre crucifié : mais par humilité il demanda d'estre crucifié la teste en bas, et les pieds en haut, ne voulant pas par respect estre du tout semblable à son divin Maistre. Ainsi le grand S. Pierre estant vieil glorifia Dieu estendant ses mains, comme il lui avoit esté predict.
Or tout ce que je vous ay dit est rapporté par des autheurs irréprochables, à l'opinion desquels il n'y a homme de bon jugement qui ose s'opposer. C'est S. Ambroise en son oraison contre Âuxence , S. Athanase en son apologie sur sa fuite, S. Hierosme sur S. Pierre, outre les mémoires qui sont encore à présent à Rome. Ainsi donc le glorieux S. Pierre alla après Nostre-Seigneur, et le suivit non seulement en ce qu'il fut son lieutenant en ce monde, mais encore en ce qu'il mourut en croix comme luy.
Quand Dieu créa cet univers, voulant faire l'homme , il dit : Faciamus hominem ad imaginem et simililudinem nostram, ut prœsit piscibus maris, volatilibus cœli et bestiis terrœ(i); Faisons l'homme à nostre image et semblance, afin qu'il préside et aye domination sur les poissons de la mer, sur les oyseaux du ciel et sur les bestes delà terre. Ainsi mesemble-t'il qu'il ayo fait en sa reformalion; car voulant que S. Pierre fust le président et gouverneur universel de son Eglise, et qu'il commandast tant à ceux qui se retirent en la religion pour voler en l'air do la perfection, il le voulut rendre semblable à luy, et me semble qu'il dit: Faciamus eumadimaginem nostram^ Faisons-lo à nosire image, c'est-à-dire semblable à Jésus crucifié ; c'est pourquoy il luy dit : Sequere me, Suis-nioy.
Narcisse, disent les prophanes, estoit un enfant si dédaigneux, qu'il ne voulut jamais donner son amour à personne ; mais enfin , se regardant dans une cliiire fontaine , il fut exlresmsment espris de sa beauté. Quant nous nous regardons dans une fontaine, nous scmbions y estre repre-
(l)S.H«lUi.?.-(t)Gto.i
SfC
I^RUIION
•entez anlipodalement la teste en bas ot les pieds on haut. Ne pensez-vous pas que Nostre-Seigneur rej^ardaët S. Pierre en son martyre , puisque ses yeux regardent les pauvres, Oculi ejus in pauperem renyieiunl? Il le voyoit comme dans les eaux d'amertume et do tribulation, crucifié les pieds en haut en sorte qu'il estoil conîme son vrayportraict. Et si Narcisse qui n'aima jamnisaucuncpersonne, fut si espris voyant aa propre ressemblance, combien plus Nos- Ire^ftigneur qui ne fit jamais qu'aymer? Aussi son chcrdiscipledisoitdeluy qu'ayant tousjourrî aymé les siens , il les ayma jusqucsà la fin, Cinn dilexûsetmoSy in finem dilexit eos(h). Et en un autre lieu il est dit qu'il nous a aymés d'une charilé perpeluelie, In chariiate perpétua dilexi te(l). Combien plus , dis-je , pensez- vous que ce divin 8auveur fut espris de l'amour de 8. Pierre qui esloit comme son image plongée dans les eaux do la tribulation du martyre ?iVonnf oportuit Chriêtum pati, $lHà inirare in gloriamêuam{Tj\ Ne falloit-ii pas, dit-il aux disciples d'Emaiis, que le Christ souf^'ist pour entrer en sa gloire? do mesme je diray : Nonne oportuit Petrumpati^ et ita intrare in gloriam DomiYttfut ?N'estoit-il pas nécessaire que S. Pierre pustisl pour entrer en la gloire de son ScigneurV ouy sans doute ; car Nostre- Seigneur luy avoit dit : Sequereme, Viens à la gloire, mais comme moy.
Regardra en la passion , vous trouverez que Nostre-Seigneur no pouvant porter sa croix, tant il esîoit accablé de tournions, on fit venir un certain homme pour luy aider lequel alloit suivant portant sa croix sur ses espaules : resvangolisle ne nomme i)as la plupart des personnes qui se treuverent on la pnssien , mais cettuy-ci , il le nomme . non sans mystère, et l'appelle Simon. SU mon porte la croix après Nostre-Seigneur, la croix est le sceptre royal de Nostre-Seigneur : Et principatus ejus super hume^ rum ejus (4), comme 6. Hierosmo l'intcrprffte; ce sii^ne esloit comme un présage pour S. Pierre, qu'il porteroit un jour la croix etle pcf»plre de Nostre-Seigneur, Non soiùm paliendo sed etiam regendo, Non seulement en souffrant, mais encore en gouvernant. Simon Cyreneen porte la croix,
(1) s. it»n, XIII. — (S) J«rem. xxxt. — (9) S. Lue, xxit.
pour montrer que noitre Bimoii aurai m main la croix do Nostro-Soignonr, oomme un sceptre pour commander en l*E^litemi* litanie, et |)Our endurer D'icy je vous puis conduire à rintelligence d'uno autre difll« culte, que je vous veux esclaircir: c'est que Nostre-Seigneur voulant donner lo gouvernement de la bergerie à 6. Pierre, il l'appelle tousjours Simon Joannis, non pas Pierre, encore que luy-mesme luy eusl changé de nom. D'où vient cela? un excellent docteur de nostre temps croit que c'esloit afin que S. Pierre fuit adverty de ne point s'enorgueillir, et qu'il se souvinst do ce qu'il estéit devant que Nostre-Seigneur l'appeiasl Pierre ; mais il y a, c<imme j'estime, un plus profond mystère. Quand Nostre-Seigneur voulut monsirer à S. Pierre qu'il le vouloit faire chef de l'Eglise, il luy dit: Tu es Petrus, et mh per hanc petram œdificabo Beehsiem meam (4 ) ; Tu es Pierre, et sur cette Pierre j'edifieray mon Eglise En quoy, comme A luy communiquoit la charge de son trou* peau, auç!;i luy donnoit-il l'un de ses nomi, qui signifie puissance; carie nom de Piena est un des noms que i'Escrilure attribu0i Nostre-Seigneur : Pelra autem erat Chris» tus lapis quem reprobaverunt œdi/iea»:
tes hic factus est in caput anguli (2). Dose luy promettant qu'il le feroit son lieutenant au gouvernement de son Eglise, il luy donne encore un do ses noms qui signifie puissance : mais d'autant qu'il no le vouloit pas seulement faire son lieutenant, oins encore luy prédire qu'il endureroit la mort de la croix , il luy donno encore un nom de passion , de croix et de martyre ; nom lequel estoit propre à Nostre-Seigneur. Et quel nom de matyro , de passion et de souffrance avoit Nostre-Seigneur? le non que nous devrions tous avoir au cœur pour nous encourager à l'observation des com» mandemcns divins. C'est le nom d'obeys sant. Ecoulez ce que dit l'apostre : Faet^ obediens usque ad mortemy mortem ovtem cnicis (3); Il a esté faict obeyssant jus ques à la mort de la croix. I^ nom de Simon en hébreu veut dire obeyssant; donc Nos tre-Seignour qui luy communiqua le nom de puissi.nco , quand il luy promit la puissance , luy communique maintenant
(1) s. Matlh. XTi. — (S) L Cor. x; BpIsL i. & 8) Phillpp. !■.
Vl^
POUR LE JOra HE S. PIERRE.
NT
MB nom de passion o( de soufiflranoes , flDCiid il luj prédit sa mort : si bien que 1*00 peutdireque: Petrut foetus est Simon HffMtf ad morUfnj Pierre a esté fait obeyssant jiisques à la mort. S. Pierre une fois Bl le courageux, disant à Nostre-Seigneur : Stiam si opporlustit me mori tecum^non tênegabo (4) ; Encore qu*il me faille mourir avec vous, je ne vous renieroy point; pois, é la voix d*une chambrière, il le renia trois fois, et ayant reconnu sonpeehé, tout looontinent il se retira pour le pleurer inereroent, et non seulement alors, mais 9 le pleura toute sa vie (ainsi que dit S. Clément), de sorte qu*il pou voit bien dire : Seigneur , vous m'arroserez de Thyssopo de la contrition, et je seray nettoyé de mon pecbé : vous me laverez dans l'eau de mes linnes, et je seray plus blanc que la aeigjB. Mais neantmoins les conturiateurs de Magdebourg ne laissent pas de reprocher ce péché à S. Pierre, et rappeler horrible et exécrable :de vray c'estoit un pscbé que la crainte de la mort luyGt corn- Mire ; mais ils feroiant mieux de se gardir de pécher que d'exagérer ainsi la faute i$ S. Pierre. Or il me semble que ce grand ninct estant sur la croix , disoit à telles IBas ces parollesque S. Paul disoit aux GnidniDe cœtsro nemo mihi moleslus iit, ifo #ntfii stigmala Domini mei in corpoff mêo porto &), Que porsonne ne m'importune plus ; car je porte en mon corps lis stigmates de mon Seigneur, comme s'il iQuIoit dire : Que personne ne me vienne fJos reprocher mon péché ; car outre que jim'en suis lavé dans mes larmes, maintenant je fais preuve de ma fidélité, repanet per ma mort la faute que j'avois com- IHse per le crainte de ma mort.
Mais avant que de finir je veux satisfaire ih euriosité de ceux qui pourroient décoder pourquoy S. Pierre voulut mourir Il leste en bas. La première cituse fut par knnilité ; la seconde pour ce que Nostre» llipeur evoit les pieds contre la terre-, poar monsirer qu'il estoit venu du ciel en terre. S. Pierre a les pieds contre le ciel , poer monstrer qu'il alloit do la terre au tkk. Déplus, Nostre-Seigneur , quand il nourut a voit tousjours la faco et les yeux lournez contre la terre, pour monstrer qnHl n'aiuroit pas moins de soins de son
CQ s. aallk. xx%\, — (t) Gai, ti.
Éfflise après sa mort qn*avant le elle , et qu'il voulait tousjours en estre le pasteur. S. Pierre renversa la teste contre la terre, et les yeux contre le ciel , pour monstrer qu^en mourant il quittoit sa charge à son successeur. Ainsi Nostre-Seigneur osf tousjours chefderÉglise,mnis non pas S.Pierre. Nostre-Seigneur a son vicaire, et S. Pierre a son successeur. S. Pierre on outre renversa la teste contre terre, pour monstrer que s'en allant au ciel , il laissoit neantmoins sa succession en terre , de laquelle Nostre-Seigneur luy dit : 7V eii Petrus , et super hanc petram œdificabo Fcclesiam meam ; Tu es Pierre, et dessus cette pierre jebnstiray mon Eglise. Imaginez-vous que B. Pierre est le premier fondement après Jesus-Christ ; puis ses successeurs se sont fondez successivement sur luy , comme pierres angulaires qui tiennent ensemble le bastiment de l'Eglise. C'est la pierre de touche avec laquelle Ton connoist tousjours le faux or de l'heresio; c'est la pierre quarrée du temple de Salomon. Il est dit que ce roy Gt chercher des pierres pour fonder son temple, et qu'on les fitesquarrer. Nostre-Seigneur ayant choisi nostre sninctaposlre pour estre après luy la première pierre du fondement de son Eglise, il la fit esquarrer en croix : et de mesme que dessus une pierre fut escrite la loy mosayque , aussi sur cette pierre vivante fut escrite la loy evangelique. Si vous estes en doute comme il faut entendre cette loy evangelique , allez à cette pierre pour apprendre comme il faut croire : sur quoy je ne m'arresteray pas beaucoup pour le prouver amplement ; ne m'estant proposé pour subject de cette exhortation que la mort do S. Pierre , me contentant de vous apporter pour présent une seule raison , mais, qui est fondamentale.
L'Eglise est une monarchie , et partant il luy faut un chef visible, qui la gouverne comme le souverain lieutenant de Nostre* Seigneur; car autrement quand Nostre- Seigneur dit : Die- Eeclesiœ , Dites -le à l'Eglise , à qui parlerions-nous , ou comment conserverions-nous l'unité de la foy ? Et quand une personne se voudroit emnn< ciper, qui la pourroit réduire au bercail? Comment pourroit-on empescher qu'il nV oust de la division dans l'Eglise ? autremont lorsque (comme dit S. Uierosme) :
SSRIlOIf
Totui ifrhiêêeJrianum esse miratuê est^
^ * Tout le inonde s'eslonna de se voir dans fneresie des Ariens, comment se fust-il Gonverty? tout royaume divisé sera désolé , Omne regnum in se divisum desolabitur (4). C'est donc chose certaine que r£glise doit avoir un lieutenant gênerai : or voyons maintenant quel il peut estre. Non autn> certes que S. Pierre et ses successeurs ; et laissant à part le consentement universel de tous les siècles , notamment des huit premiers , ainsi qu'il se voit clairement dans la visible monarchie de Scander, voicy une raison bien puissante : pour ce que jamais il n'y a eu evesque qui aye pensé d'estre souverain et commun pasteur de toute l'Eglise, que les successeurs de S. Pierre , et jamais on n'a mis en doute , ny proposé qu'aucun autre le fust. Sur tout maintenant il n'y a evesque en tout le christianisme qui s'attribue' cette qualité, et duquel on propose qu'il soit pasteur gênerai , sinon le pape. Les hérétiques ne veulent point de chef , et partant ils ont esté divisez en tant de sectes. Les catholiques reconnoissent le pape pour le pere commun , et le chef unique visible do toute l'Eglise. Les schismatiques n'en reconnoissent point. Que dirons-nous donc?
il n'y en a point qui aye jamais prétendu de l'cstre, que les successeurs de S. Pierre ; il n'y en a point qui le prétendent , il n'y en a point de qui on aye jamais eu celte pensée , que du Pape : c'est une des verilez que l'Eglise a lousjours creuë, et d'autre part il faut qu'il y en aye un , donc c'est luy sans doute. C'est luy duquel parle S. Hierosme en l'Epistre à S. Damase , où il dit : A'on navi Fitalem, Meleiium respuo, ignoro Paulinum. Quicumque lecum non coUigit, spargit; hoc est, qui Chrisli non est, Anli Christi est,
Ma's l'on me demandera pourquoy S. Pierre met le siège de la lieutenance de Nostre-Seigneur à Rome , puisque Nostre- Seigneur estoit mort en Hierusalem ; la raison en est bien aisée à donner : c'est que Dieu avoit dessein de prendre les Gentils pour son peuple, abandonnant l'ingrate nation des Juifs , non en la destituant des secours nécessaires pour son salut , mais luy estant les privilèges qu'il luy avoit con- - cédez, desquels elle s'estoit rendue indi-
gne. Ne sçavez-vous pas ce que lee tre S. Paul et S. Barnabe disent es parlant aux Juifs : Fobis frimum ! tehat loqui verbum Dei , sed quia 1 litis illud , ecce convertimur ad gen I II falloit premièrement vous presc parole de Dieu, mais parce que vou jetiez, voicy que nous Talions aa aux Gentils : et ne sçavez-vous pas disoitOsée en son second chapitre?
cam non populo meo : Populus n tu ; et ipse dicet : Deus meus es tu ray au peuple qui ne m'appartenoi Tu es mon peuple ; il me respondra estes mon Dieu. C'est de quoy parle en son neuviesme chapitre de l'epis Romains. Comme donc Nostre-S< mourut en Hierusalem, aBnque la 1 tist de Sien , et la parolle du Seigi Hierusalem , Ut de Sion eœiret l verbum Domini de Hierusalem (% ce qu'elle estoit le chef de la Judée voulut-il transférer le siège de son à Rome , chef de la gentilité , afin d Populo non suo : Populus métis e ceux qui n'estoient pas son peuple estes mon peuple. À Rome donc es S. Pierre, vraye pierre non pas fon< taie première , mais deuxiesme ; a tre-Seigneur est cette grande, pi angulaire pierre fondamentale , nor ment de l'Eglise militante , mais em la triomphante. S. Pierre est pierre I moniale fondée sur la première, et ment pour l'Eglise militante, pierre rocher asseuré au milieu de la me monde , et lequel plus il est battu , change-l'il de place.
C'est assez parlé sur la mort de S.
que vous laisseray-je pour practiq première chose à quoy je vous exh de remercier Dieu de ce qu'il nous i une telle pierre , sur laquelle ne puyant , nous ne tomberons jamai:
seconde praclique pour la reforma nostre entendement, je desi rerois q fussions simples et fermes en la fo} saincle Eglise nous enseigne , croy; moment tout ce qtii est escrit e pierre ; car je vous ay dit que la lo; gelique y estoit escril^. Croyons do plement , et sou^mello^s nostre ei ment à la foy que Nostre-Seigneui
(1) Aci. ini. — (S) Mlch. nr.
POUR LE JOUR DE S. PIERRE
éée 80r cette pierre ; car les portes d'enfer M prévaudront pas contre elle , Portœ inferi non prœvalebunt adversus eam.
Christus rogavit pro Petro ut non défieereifides f/K«(4), Nostre-Seigneur a prié pour S. Pierre, afin que sa foy ne defaillist point : c'est le chef de l'Eglise qui est la colomne et le firmament de vérité, comme dit S. Paul à son Timothée : Beatus vir fut ailidet parvulos suo$ ad petram (2), Bienheureux sera celuy qui brisera ses petits contre la pierre, dit le psalmiste : quand il survient quelquefois des fantaisies à choses de la foy, certaines petites suffifluices, imaginationset pensées d*infidelilé, que ferez-vous? si vous les laissez entrer dans vostre esprit , elles vous troubleront L M osleront la paix , rompez et venez frar oner ces pensées et imaginations contre ente pierre de PEglise , et dites à vostre Mtendement : Ah I mon entendement, Dieu M vous a pas commandé de vous repaistre fDus-mesme. C'est à cette pierre et à ses ■leoesseurs à qui cela appartient , donc : imhu vir çui ailidet parvulos suos ad filram. Bien-heureux sera celuy qui bri- Kn ses petits contre cette pierre.
L» autheurs qui ont iraicté de la nature des animaux disent que l'aigle a le bec si
»iif , et qui 4uy croist tellement , que souvent il l'empesche do prendre sa nourri- ; lare » et asseurent quMl ne meure jamais , àoon pour avoir le bec trop long et trop crochu. Ainsi me semble- t*il que font plu-
Mrs, lesquels n'ayant que trop de viva-
; dlé en l'entendement et pas assez déjugeant, veulent neanlmoins toutsçavolr, tout cootroller et sur toutes les matières thcohpqoes ; car la seule théologie, dit S. Hienane , est celle dont un chascun se veut Mder : ils ont la pointe de Tesprit trop itt^, et partant ils ne peuvent prendre
' Il viande de la foy en la manière qu*il faut.
'] Ihift quel remède à cela? il faut qu*ils fas- Kitoe que dit S. Augustin, que fait Taigle,
I hqnel rompt et casse la pointe de son bec M le frappant contre la pierre ; après quoy eHaat délivré de cet empeschement , il coaunence à mieux manger : ainsi voudnrift-je que ceux qui pensent sçavoir quelque chose , et lesquels , appuyez sur celte iaiagination , laissent croistre la pointe et
fl) s. ■ani^ zni s. Lm^ un.» (i) 1. TloMt. ui, PmL
vivacité de leur esprit, par un certain rai* sonnement humain, si longue, que par une certaine présomption d'eux-mosmes, ils ne veulent plus recevoir la saincte doctrine de TEglise , qu'ils viennent briser leur raisonnement contre cette pierre : Beatus vir qui ailidet parvulos 9U08 ad petram. Et notez que le psalmiste ne dit pas simplement, Parou/ot, Petits, mais Parvulos suos , Ses petits. Pourquoi ? parce que les pensées d'infidélité sont nostres, et les pensées de fidélité sont de Dieu : Non sumus sufftcientes eogitare aliquid ex nobis tanquam ex nobis , sed omnis sufficientia nostra ex Deo est (\) ; Nous ne sommes pas suffisans de concevoir une bonne pensée de nous-mesmes , comme de noijs-mesmes, mais toute nostre suffisance vient de Dieu. Ne regardons jamais les cogitations de la foy qui ne sont pas de Dieu, ny fondées sur la pierre de l'Eglise ciitholique; mais brisons-les, et rompons leurs pointes contre cette pierre, c'est-à-dire avec l'authorité apostolique de l'Eglise.
Mais outre ces pensées qui sont les petits de l'entendement dont pnrie le psalmiste, il y a d'autres petits de la volonté , qui sont nos péchez, desquels encore je dy : Beatus vir qui ailidet paroulos suos ad petram , Bien-heureux qui brisera ses petits contre la pierre; car Dieu a donné à cette pierre la force et le pouvoir de remettre et ester les péchez ; et quand on vient aux pieds du prestre pour les confesser, qu'est-ce autre chose , sinon apporter les petits de sa volonté à la pierre? Et notez encore (mes chers auditeurs) qu'il dit: Parvulos suos. Ses petits, pour nous monstrer qu'il ne faut pas attendre que nos péchez soient inveterez, il est trèsdifficile de les bien déclarer, et encore plus de s'en amender. Quoniam tacui (dit David), inveteraverunt ossa mea. Confessons-nous donc souvent puisque nous péchons souvent, brisons nos péchez dès leur commencement contre cette pierre.
Je sçay que vous desirez tous extresmement la paix ; c'est pourquoy je vous diray avec le prophète royal : Si vous la voulez obtenir, adressez-vous à Dieu par prières et oraisons, Rogate quœ ad pacem sunt Jfierusalem; aymez-lede toutvostre cœur, servez-le fidellement, évitez soigneusement (1)11. Cor. III.
svimon
lou t ce qui le peut offenser, et par ce moyen vous d>tieqdre9: la paix ; car il dit : Pax mulia diligen$ihu$ legem Dei , ^t non est illii seandalum , Ceux qui ayment la loy de Dieu jouyssent d'une grande paix, et ja-!* inajs aucune chose ne leur peut nuire. Or puisqu'il n'y a personne si sainct qui ne contrevienne quelquefois à la loy de Dieu, au moins lesmoignons que nous aymona celle loy en demandant pardon à Dieu, et venant briser nos péchez par la confession ol pénitence aux pieds du prestre , comme à une pierre fondée sur la pierre de la foy : Beaiui vir qui allidet parvtUos iuoi ai pelram.
Enfin je desirerois que nous fussions tous crucifiez à l'exemple deS. Pierre : (a guerre, lu pauvreté et les autres misères nous crucifient, il est vray, mais elles nous crucifient comme le mauvais larron, et non cx)mme S. Pierre , c'est à dire qu'au lieu de profiter de ces maux , nous ça empirons. IlaJ S. Pierre est crucifié de la croix de Jesus-Christ, Il ne suffit pas de prendre sa croix , mais il faut encore suivre Nostre- Seigneur ; car après qu'il a dit : Tollai crucemitMmt iladjouste, Et sequatur me : alors la croix nous seroit douce, alors nous trouverions 1^ vie en la (port , et les consolations es adversitez.
Quand Helie, fuyant Ja persécution de Jcsabcl , eut fait une journée de chemin, se trouvant sous un genévrier, il dit qu'il demanda à Dieu de mourir, luy disant : Seigneur^ retirez mon ame , il me suffit, Petivit animœ suœ ut moreretur^ et ait : Sufficit mihiy Domine^ toile animam meam. Ainsi j'estime que S. Pierre se treu? vunt sous la croix, ô qu*il fust content lorsqu'il vid le commandement que Nostre- Scigneur luy avoil fuit de le suivre, accomply : lors il vid ses désirs satisfaits : aussi si-tost que Nostre-Seigneur le rencontrant, luy eust dit qu'il seroit derechef
crucifié à Rome, il retourna tQvt îum nent dedans cettq ville , 4 C||U9e du m désir qu'il 9voit d'estre À l'Ofpbro ^ sainct arbre de 1^ croix ; il ne dit riw son divin Maistre , et ne s'arresta point s'entretenir davantage iavec luy, 9iii# s* retourna au mesme instant. Mais ne pe sez-vouspas qu'il dit alors comme l'Espou du Cantique : Supumbra illius qu^m à sideraveram^ sedi, et fructus e^us dula Je me suis assis à l'ombre de celle qu9 j'i désirée , 6 que son fruict est dou^ 1 et qi est ce fruict? c'est la vie etçmelle : dO assouvy de tous ses désirs , je crois qo répéta encore , comme Helie : Il me siuD Seigneur, tirez mon ame; SufficH mH Domine , toile animam meam. On trem que S. André son frère vescut d^ux J9|i sur la croix , enseignant le peuple , ippu trant bien que cet arbre estoit l'pfbre < vie , et que sur cet arbre 1^ mort avo|t 0| vaincue'; de manière que je pense ai Pexemple d'Helie, S. Pierre demaqiSi Nostre-Seigneur qu'il retirast son qiii Petivit animw sum ut moreret^f, ÂÛ puissions-nous tous mourir ( mes ch^rs | di leurs ) crucifiez en la croix de Nosti Seigneur, afin de suivre en la vie pterçêl celuy que nous suivrons en la mort : Çk dabit nobis pennas velut co{fip((pf Q nous donnera des aisles pour le soif comme une colombe? 0 glorieux apostr impetrez-nousla grâce d'appuyer tousjpi] nostre foy sur l'Eglise, laquelle esjfi fondée sur vous après Nostre-Seignen comme sur une pierre ferme, est la yj9i\ colomne et le firmament de vérité. Je 90 mets tousjours à vos pieds ce que jaiPI je diray en la chaire, et hors d'icelle; g vous estes cette pierre sur laquelle a es fondée l'Eglise de Jésus-Christ, auqà soit honneur et gloire par tous les sied des siècles* Amen.
POUR LA TUrrÀTioii.
SERMON