POUR LE JOUR DE LA VISITATION DE NOSTRE-DAMË
UmmiDmU, Brait, if.
Dira ett«B.
Dieu qui est un , ayme Tunité et Tunion, et lottt ce qui n*est point uny ne luy est point agréable : Dieu ayme souverainement tout ce qui est uny et conjoint ; mais il est ennemy de la des-unifm , parce que tout ce qui est des>uny est imparfaict ; car la des-unioD n'est causée que de rimperfeo tkm , et partant il est certain que tout oe qui est des^uny a quelque défaut en eoy .
Or Dieu nous roulant monstrer comlnaQ il ayme Tunioa , il en a fait en rincarnatioa trois admirables ^ea la sacrée Vierge Nostre-Dame » sans y comprendre runion naturelle de rame avec le corps , de laquelle je ne yeux pas parler maintenant , qui est une union si excellente , que tous les phik^ sophes ne peuvent cesser de Tadmirer , et demeurent tous ravis de voir conmie Dieu a uny et conjoint Tame avec le corps ; mais d'une conjonction et union si parfaicte, que le corps sans laisser d*«stre corps , et l'esprit sans laisser d'estre esprit , sont néantmoins si estroitement unis par ensemble , qu'ils ne font en l'bomme qu'une seule personne , et assurent que cette union naturelle est une chosesi excellente etsi grande, qu'elle ne sçauroit estre assez admirée : ausBi eet^elle une couvre de Dieu tout-puis- Stfit , et amateur de l'union. Mais comme ce n'est pas de cette union naturelle du corps et de l'ame de Nostre-Dame dont je veux parier maintenant , d'autant qu'elle est cooQmuae à tous les hommes , je m'arresteray seulement sur trois autres unions merveilleuses que Dieu a faites en elle au jour de rincarnation.
La première desquelles a esté d'unir la nature divine avec la nature humaine dans ses sacrez nancs , et cette union est si admirable et si relevée , qu'elle surpasse infi-
niment tout ce que les entendémens «B| liques et humains peuvent comprendre ; jamais la pensée d une telle et si admifi) union n'eust osé entrer dans l'esprit d'i cun ange y chérubin , ny séraphin ; d*l tant que ces deux natures divine el 1 maine sont infiniment ecdoignées Tene l'autre , y ayant une sf grande distanoè icelles, qu'aucune créature n'euat janl pensé que Dieu eust voulu faire cette wê ny même qu'elle eusl esté possîMe; nature divine estant d'une infinie perf Uon y iounensité et grandeur ; etia nAti humaine estant finie , trea-împarfaiote î une chose tres4>asse , vile «t ebjeelé t sorte que c'estoit unir les deux extresnÉ ensemble , la nature divine estaM It «Ml raine perfection , et la nat«rte humaitte tant la sou? eraine misère , qui sont di choses plus contraires et esloignées Vi de l'autre qu'on ne sçauroii dire ny p ser. Et neantmoins Diee par sa sagesêi bonté infinie a fait dans le ventre de N tre-Dame , en l'Incarnation , une si estn union de ces deux natures , qu'elles b' fait qu'une seule perfioane , de façon < l'homme a esté fait Dieu , et Dieu sans II ser d*e8tre Dieu , a esté fait hommOé
La seconde union que Dieu a fait Nostre-Dame a esté d'unir la matefi avec la virginité : union qui est cet tout-à-fait admirable, et hors du cours la nature ; car c'est unir deux choses ] turellement impossibles, et lesquelles se peuvent nullement trouver ensemb et jamais cela ne s*c3toit veu^ ny n'ai mesmQ jamais esté pensé qu'une more I vierge , et qu'une vierge , sans lais d'estre vierge , fust mère. Ur celte un estant miraculeuse et surnaturelle^ iiie
POUR LA tlSltATIOri.
l èstfe faite que par la main touteite de Dieu , qu! a donné ce privilège re-Dame de pouvoir estre vierge et »ut ensemble, et comme cette union laite en elle seule , aussi sera-t^elle ;ui demeurera éternellement vierge i , mais mère de Dieu et homme tout )]e.
olstesme union que Dieu a faite en glorieuse Malstresse a esté celle :i*es-haute charité et d'une tresle humilité. L'union de ces deux est certes aussi très -admirable, u'elles sont si esloignées Tune de
qu'il semble qu'elles ne se pouramais rencontrer dans une mesme autant que la charité esleve l'amc l, et plus elle croist cl se va perfect, plus aussi elle lava rehaussant rant par dessus tout ce qui n'est Heu. L*humilité fait tout le concar elle rabaisse Tame au dessous lesme et de toutes les créatures :
rtn ayant cela de propre, que plus S;rande, plus elle rabaisse Tamedanâ \ elle est.
t donc, Je vous prie, les extresmitez eux vertus, et je m'assure que vous Comment est-il possible d'unir et ire par ensemble l'humilité avec la f puisque la nature de l'une est de en haut , et celle de l'autre est do Te en bas. C'est une chose qui naictit est impossible ; aussi nul autre itre-Seigneur ne pouvoit faire l'uces deux vertus : mais luy qui n'est sul Dieu , parce qu'il veut et aymo a monstre la grandeur incomparaon pouvoir, en unissant des choses ;aée8 l'une de l'autre , ainsi que yons en la tres-saincle Vierge, en
il a tellement uny la chanté avec (é, qu'il n'y peut avoir en elle do sans humilité, ny d'humilité sans ; la charité demeurant humble, et té charitable; la charité rehausse par dessus toutes les créatures, ailitê la rabaissant au-dessous de Bans laisser neantmoins d'estre teljnies et jointes ensemble, que l'une ieux vertus ne peut subsister sans
»t sur cette dernière union de la avec l'humilité que je m'arresteray
specialemetit, et laquelle me donnera entrée dans le subjet de cette fëste; car qn*est'ce que la Visitation que Nostre- Dame flt à Ste Elisabeth, sinon une union et assemblage de Thumilité avec la charité, ou plustost un sommaire des effects de ces deux vertus, practiquées en souverain degré par la sacrée Vierge envers Ste Bllsabetb? et bien que Thumilité et la charitrî n'ayent qu'un seulobject, qui est Dieu, à l'union duquel elles tendent, neantmoins, pour estre parfaictes, il faut qu'elles passent de Dieu au prochain.
0 que la tres-saincte Vierge practiqua l'humilité et la charité à un souverain degré de perfection au temps de l'Incarnation, après que l'ange luy eut annoncé ce mystère ineffable , lui respondant : Ecee aneilla Domini, fiât mihi secundum terbum tuum ;Vo\CY la servante du Seigneur, qu'il me soit fait selon vostre parolle ; car lorsque l'ange la déclara Mero de Dieu etreyne des anges et des hommes, et qu'il luy fit entendre comme elle estoit eslevéo par-dessus toutes les créatures angeliques et humaines, elle s'abaissa à l'instant au dessous de toutes, disant : Voicy la servante du Seigneur. 0 combien cet acte d'humilité fut grand I certes la Ste Vierge eut alors une si claire connoissance de In misère et du néant de la nature humaine et de la distance infinie qu'il y a entre Dieu et l'homme, que se voyant relevée par dessus toutes les créatures, elle s'abaissa au dessous de toutes, par la considération de son néant et de la grandeur infinie de Dieu, duquel elle estoit choisie pour estre sa More. Et il est vray qu'elle ne s'humilia jamais si profondement que quand elle dit ces paroles : Èece aneilla Domini, Voici la servante du Seigneur.
Mais après avoir fait cet acte d'une si parfaicte humilité et anéantissement, et s'estro abaissée le plus bas qu'elle pouvoit, elle produisit consécutivement, en prononçant ces parolles : Fiat mihi êeeundum vertmm tuum , un acte de charité la plus parfaicte qu'on sçauroit dire, ny penser, donnant son consentement, et acquiesçant à ce que l'ange luy avoit dit que Dieu demandoit d'elle. Or vous voyez bien maintenant comme Dieu unit en la Ste Vierge, à l'instant de l'Incarnation, la charité avtv l'humilité ; et comme après s*estre abaissée
SOÔ
jusouesati profond abysme du néant, en disant : Ecee ancilla Domini^ Voicy la servante du Seigneur ; en mesme temps elle s'est relevée par la charité au dessus des chérubins et séraphins, disant à Fange : Qu'il me soit fait selon ta parolle; car au mesme instant le Fils de Dieu prit chair humaine dans son ventre virginal, et par ce moyen elle fut faite sa Mère.
Voilà donc comme Thumilité fut jointe avec la charité en cette très saincte Vierge, et comme son humilité la fit eslever, parce que Dieu regarde les choses basses pour les relever; si bien que voyant cette Ste Vierge humiliée au dessous de toutes les créatures, il la regarda et l'exalta au dessus de toutes. Ce qu'elle nous fait entendre par les paroles de son sacré cantique : Quia respeait humilitatem anciUœ iuœ, eece enim ex hoc beatam me dicent omnes generationes ; disant à Ste Elisabeth : Que ^utes les nations l'appelleroient bienheureuse, à cause que Dieu a voit regardé son abjection et sa bassesse. Gomme luy voulant dire : Vous m'appeliez bienheureuse, il est vray que je le suis : mais tout mon bonheur procède de ce que Dieu a regardé ma petitesse et mon néant. Or la Ste Vierge s'estant ainsi humiliée devant Dieu, elle ne se contenta pas de cela, d*autant qu'elle sçavoil bien que l'humilité et la charité ne sont jamais en leur perfection, si elles ne passent de Dieu au prochain ; car de l'amour de Dieu procède celuy du prochain, et à mesure que nostrc amour «era grand envers Dieu, il le sera aussi à l'endroicl de nostre prochain. Ce que le glorieux S. Jean nous fait entendre par ces parolles : Qui enim non diligit fralrem suum, quem videt, Deum quem non videt, quomodo poteêt diligere? Esi-i\ possible, dit-il, que tu aymes Dieu que tu ne vois point, si tu n'aymes pas ton prochain que tu vois?
Donc si nous voulons monstrer que nous aymons Dieu , et si npus voulons qu'on croye que nous l'aymons, il nous faut aussi aymer nostre prochain, le servir, l'ayderet soulager en tr utos ses nécessitez, selon nos- Ire pouvoir.
C'est pourquoy la Ste Vierge sçachant bien cette vérité, elle se leva et s'achemina promptement, dit Tevangelistc, cum festinatione^ vers les montagnes de Juda ou en la ville d'Ephrem, ou, comme quelquea-uns
disent, de Hierusalem, ponr aorwiri sine Elisabeth en sa grossesse; eo qn fitparoistre une grande humilité et ni rite non pareille, d'autant qu'alors se vid Mère de Dieu, elle s'humilia ji là, que de se mettre tout aussitoat t min pour aller secourir et asaistei bonne femme. Peut-cstre qu'elle n< pas à la mesme heure, ny au roesn qu'elle receut cette grâce inoompa car vous pouvez penser, si elle de recueillie et ravie d'admiration en si maison , considérant ce grand et f mystère de l'Incarnation qui avo opéré en elle. 0 Dieu ! quelle dow suavité avoit-elle en son cœur, en U deration de cette merveille ?0 quels devis et amoureux colloques se faisoi tre le Fils et la Mère ! Elle ne sort pas de sa petite maison , pour visi Elisabeth , au mesme temps de FIo tion, comme il est à présuppose) quelques jours après.
Mais quelle plus profonde hum peut-il voir que celle qu'elle practiq rendant servante de celle qui luy ei tout et par tout inférieure ; car bi* Ste Elisabeth fust de noble extracti tant de la lignée de David, et marii grand-prestre de la lignée de Levi ; fois cela n'estoit rien en comparaisc grandeur incomparable de la Vierge qu'elle est reyne du ciel et de la ter anges et des hommes , et que tous très d'honneur et de loiianges que n< donnons, et pouvons donner, ne se pour ayder nos petits entendeipens, représenter quelque chose de ses deurs ; car elle est souverainemei grande que tout ce qu'on s'en peut ner. De sorte que si nous luy vouloi ner un nom digne de son incom{ grandeur, il nous la faut nommer Z)et, Mère de Dieu ; cette dignité e grande, que tous les tiltres, loiiai éloges que nous sçaurions donner i Vierge sont compris en icelle. Que milité plus profonde se peut-il do que celle qu'elle practique ? puisai qu'elle sçayt qu'elle est choisie et d Mère du Verbe éternel , elle se dit vante; et passant plus outre, elle sa maison, et s'e» va pour servir sa cousine.
POUR Lk VISITATION.
raiid« et f>rofonde (ut l'humilité je, et quV lie la fit encore bien en saluant Ste Elisabeth 1 car ;te remarque que cette sacrée nme la plus humble , la salîia la
Et iniravii in domum Zacha- Mavit Elisabeth, Mon Dieu, s âmes , que de bénédictions et entrèrent en cette maison avec te remarque plus facilement par » de Ste Elisabeth, laquelle
Ste Vierge , par un esprit de , 8*escria à haute voix : Vous »te entre toutes les femmes , et le fruict de vostre ventre ; Et it voce magna y et dixit : Benemter mulieres , et benedictus film tui , et unde hoc mihi ut iter Domini meiad me? Hé !
9nt ce bon- heur , que la Mère do
me vienne visiter? Puis pouroicy, dit^lle, qu'à l'instant que vostre salutation est parvenue lies , Tenfant qui est dans mon ressailly de joye : Beata quœ , guoniam per/icientur in te
sunt tibi à Domino; Vous esïureuse d'avoir creu ; car toutes qui vous ont eslé dites par le eront accomplies en vous.
Dieul qui pourroit comprendre } suavitez qui s'escoulent dans 3 Ste Elisabclh en cette saincte et comme elle meditoit cet inefere de Tincarnation ? Que d'acraces elle rendoit à Dieu pour 1 bénéfice , et pour toutes les fa- Ue recevoit de luy ! 0 que de moureuses disoit S Jean dans le sa mère , à son cher et divin u'il reconnoissoit et adoroit dans )8 entrailles de Nostre-Dame!
ices , de bénédictions et de ludivin Sauveur respandit alors cur de son précurseur! Mais ne souvient de vous avoir parlé de ce subjet, je ne ferai maintetoucher trois petits poincts en X)ur vous faire mieux entendre mystère.
Jerest, que S. Jean en cette itation reçeut l'usage de raison, Dion commune de tous les pères ;
qu'il fut aanctihé; et le troi-
siesme , qu'il fàt remply de seienoe et de oonnoissance de Dieu et de ses divins mystères : ensuite de quoy il Tayma , l'adora, et tressaillit de joye à son arrivée. Il ne faut donc point douter qne le petit S. Jean, quoy qu'il fust encore dans les entrailles de sa mère , parloit à Nostre-Seigneur, le connoissolt , l'aymoit et avoit l'usage du sentiment , du jugement et de la raison. Quant à nous' autres , nous sommes bien dans le ventre de nos mères yivans , mais pourtant nous n'avons pas l'usage du sentiment, du discours , ny de la raison , ains nous y sommes comme des masses de chair, sans avoir ru:^ge de nos sens. Or il falloit bien que S. Jean connust Nostre- Seigneur dans les entrailles de Nostre- Dame, puisqu'à son arrivée il tressaillit de joye dans celles de sa mère. Il falfoit bien aussi qu'il Taimast; car l'on n'a pas accoustumé de tressaillir de joye pour la ve* nuë* de ceux qu'on ne connoist, n'y qu*on n'ayme point. Ste Elisabeth fait foy de cette vérité par les parolles qu'elle dit à la Ste Vierge : Eece enim ut faeta est vox salutationis tuw in auribus meis, exuliavit infans in gaudio , in uiero meo ; Voicy qu'à l'instant que vostre voix est parvenue' à mes oreilles , l'enfant qui est dans mon ventre a tressailly de joye.
Mais que faitNostre-Dame parmy toutes les louanges et bénédictions que luy donne Ste Elisabeth ? 0 certes ! elle ne fait point comme les femmes dft monde, lesquelles si on les exalte, au lieu de s'humilier, elles s'exaltent encore davantage. L'homme est tellement subjet à l'orgueil et à la présomption , que pour cela un ancien philosophe l'a comparé au cheval , disant qu'il n'y a rien de si orgueilleux que l'homme et le cheval. Voyez, dit il, un homme sur un cheval , on ne sçait lequel est le plus fier, ou le cheval , ou le cavalier ; il semble qu'ils se défient l'un l'autre à qui fera paroistre plus d'orgueil et de présomption. Mais quand cette présomption et cet orgueil vient à entrer dans l'esprit des femmes, il y fait de grands ravages , et les porte à. de grands maux. Nous avons des exemples de cecy ; car quelles impertinences et extravagances est-ce que ne fit pas pour s'eslever, cette folle et impudente reyne d'EgypteCleopetre? Ne remarquonsnous pas ausai oetie vanité eo nostre pM-
SBBHOII
yre mère ^ve , laquelle pppr nvoir tente ment ouï dire qu'elle estoit créée h l'i mage de Dieu , ne preeuma-t'eile pag tant d'eUe-ipeame que de ee youloir (aire eemblableà juy î escoutant et faisant pour œ subjet Umi pe qqe iuy dit Tennemy* Mais la fificrép Vierge estant venue eu monde pour regagner par son liumilité ce que D08(re merp Pve ayoit perdu par pon orgueil et yamlé ; pour le contre-carrer par aonhumilitéf lorsque Tange rappelle Uere de Dieu, elle se dit sa servante : Eces oncillafhmini, s'oubliantjusquesdaasra- ]>ysmâ de son néant. Pe mesme , quand Ste Sli^abeth rappelle bie^-heureuse et benigie entre les femmes , elle dit que cette bénédiction procède de ce que Dieu a regardé sa bassesse , sa petitesse et son abjection , Quia reip^i^ humilitatem
0 que c*est un bon signe en une amo qui practique la vie spirituelle, que Thumilité de cœur ; et que c'est une bonne marque que Ton reçoit efficacement les grâces de Dieii, quand ces grâces ^baissent et humilient Tame, et qu'on void que plus les grqpes sont grandes, plus elles humilient profondement ceux qui les reçoivent devant Dieu et devant les créatures, et que comme la Sto Vierge Ton tient tout son bon-heur de ce que les yeux de sa divine bonté ont regardé nostre vileté et bassesse. Ç*a dqncesté les effets qu'a opérés la grâce de Dieu dans le coeur de la Sie Vierge , qu'unp profonde humilité et une ardente charité , tant envers Dieu qu'à l'endroict du prochain , charité qui la fît aller en grande diligence en la maison do Zacharie; et quoy qu'elle fust enceinte* elle ne recevoit aucun empeschemcqt par le chemin de Tenf^pt qu'elle portoit : et comme elle l'avoit conceu par rpbombration du Sainctilsprit, elle le portoit aussi sans incommo? diié, et l'enfanta sans douleur; Nostre- Seigneur luy réservant les douleurs de l'enfantement pour le jour de son crucifiement, où elle devoit assister.
Voilà donc cette Vierge incomparable qui en^re eu la maison de Zacbarie , et avec elle un comble de bénédictions pour cette famille ; d'autant que le petits. Jean- Baptiste fut sanctifié dans le ventre de sa mère, et Ste Elisabeth fut remplie du SHii|GttBiivn(- MaiSi QMdiw-Youe, puisr
que Ste Elisabeth ealailimli, p%ialMk pas dMijà receu le Suioet-Xâprilt Cmimeqt est-ce dono que le doii eatsMln p^ que dit l'evangeliste , qv'à la vMiiife de la Vierge elle en fut remplia Y Mê r^phtm mî 4$ SpifiU Samtù KH9àMh. Ctlav^tf dire • qu*en cette sainete visitalioQ alto nceut derechef une idepitude » om lAoadance et un surcroist de gnasa , dont lu effeote adoûrable^ que le Sainci-Eiprit operA en elle nous en donnent dea preuwi manifestes; car bien qu'il arrive eemiat que Dieu donne sa grane aux justea en apsure pleine , cela neaatmoina n'ampesihB pas, comme ditNosire^ignear, qu'oai^ adjouste encore en telle sorte, que oetto meeure vient à estre foulée, entassée elB comblée, qu'elle regorge de toutes parla; MfnBwram bonam^ wmferiam et eogfffatam. et iuperfiuentem dahunt in simm veitrum (4). Ainsi bien que Ste ElisahiÉ eust désjà receu le Sainct-Bsprit mm toutes ses grâces ; si est-ce neanlmoiv qu'en cette sainete Visitation elle en reoit une mesure si comblée et si entasiis, qu'elle s'espanchoit de tous costex.
Or nous devons donc sçavoir que |l grâce du Sainpt-Esprit ne nous est jaiuii donnée si pleinement en cette vie, qu'il at puisse tousjours avoir de raccroisseBMlt ^ et auga|entation en icelle ;- et il se ho* ' droit bien garder en cela de dire : G'ei^ assez , j'ai suffisamment des grâces di Sainct-Ësprit et des vertus ; Jf«iiiiii« ^ conferta est, ta mesure est pleine , cW assez de mortification , je m'y suis i^ sez exercé ; ce seroit certes un gnui abue • et cduy qui diroit cela moastitroit bien par ses parolles son indigeMli sa mendicité , et mesme sa presomptîoi, ot le malheur qui le talonneroit de ptitt parca qu'à telles sortes de personnes qé estiment avoir des grâces suffiaammeali Dieu leur oste ce qu'ils ont , afin de il donner (dit Nostre-Seigneur) à celuy qri a ; et à celuy qui n'a rien, c'cst-à-dir8,qiii n*a pas ce qu'on luy a donné , mais qui h perdu par sa faute , on luy estera masal ce qu'il n'a pas ; Omni haèenti dafttt«r4 abundabit; ei autem fui non haèet , il quod videtwr habere^ auferetur ak eo (S). Ce qui se doit entendre ainsi : L'on deMb nera à celuy qui a beaucoup receu, oV
(1) 8. Ut, VI. ^ (■) 8. Itallh. uv.
POUR L4 fWTAnON.
[ni H beaucoup travaillé, et lequel llM ne se repose pas, pensant avoir It, aîns qui avec une saincte et a humilité, reconnoissant son indisontinuë son travail (4) ; à celuy-là il a beaucoup , on lui donnera da- I, et il surabondera. Mais celuy qui quelque grâce , et lequel pensant r suffisamment ne la fait point proins la laisse oisive et infructueuse , ottera ce qu'il a et mesme ce qu'il : cela veut dire qu'on luy estera les qu'il a , parce qu'il ne les fait pas , et que celles qui luy cstoient prele luy seront pas données, d'autant m est rendu indigne par sa negli- Ge qui neantmoins ne se doit pas *e de la grâce suffisante, que Dieu se jamais à personne, ains de Fef-
laquelle par un juste jugement il ne pas aux âmes paresseuses et inà cause qu'elles en abusent, nondains ont une si grande ambiicqucrir des richesses et dos honqu*ils ne disent jamais : C'est assez; y ils sont grandement aveugles, it que pour peu qu'ils en ayent , ils t>ient avoir suffisamment, veu que d'honneur, de dignitez et de richesit la perte de l'ame ; et c'est en ces temporelles qu'on peut dire veritat : J'en ay suffisamment, il me suffit. 1 ce qui est des biens spirituels , il
jamais penser , tandis que nous en cet exil , que nous en ayons sufcnt , ains il se faut disposer pour r tousjours de nouvelles grâces, our continuer à parler de la feste us célébrons aujourd*huy, elle va îtte Vierge incomparable , pour vi- :e Elisabeth ; mais cette visite ne it inutile , ni semblable à celles qui par les dames do ce temps par ce- B seulement, et qui pour l'ordinaire iployées à parler des uns et des au* ! qui fait qu'on en sort souvent avec isdences intéressées, la Ste Vierge n'alla visiter sa couisabeth que par un motif de charité milité; et cette visite ne fut point éc à dire des choses inutiles, ains à t magnifier Dieu, mbien saincte, pieuse et devoste fut
xcsix*
cette visite, puisqw) pqr Mto tonla oatte maison fht remplie du Siaiinct-Bspril, ce qui se void clairement par les effects qa*il opéra en Ste Elisabeth, qui furent spedalement trois , et par iceiu vous pourrez ceiinoistre si vous avez l'oceu le Sainc^Esprit.
Le premier effeci fut l'humilité, car cette saincte voypnt pntrer No^tre-Deme dans sa mai9pn , elle s'escria, toute transportée d'estonnement d'une si grande laveur :
Unde hoc mihi ut veniat Mater Domîmi mei udme? D*où mè vient ce bonbeur que la mère de mon Dieu me vienne visite^? 4pnc le premier eflî^ que le Sainoli-Esprit opère en nous est lliumilité qui nous porte à nous anéantir en \^ veijë de )a grandeur infinie de Dieu , et de noskr^ aztresme vlleté, bassesse et démérite.
Le second efiect fut d'affermir 8t6 Elisabeth en la foy , ce que nous voyons par les parolles qu'elle dit i la Ste Vierge : 0 que vous estes heureuse 1 parce que vous avae creu , vous estez beniste entre toutes les femmes, et beny est le fruict de votre veor tre ; Beaia es q^4ip eredidiiti, benedktm tu inter muliereê, et hn^ictui fruelm ventriê fui; car il est vray qu'un des effects que le Sainct-Esprit opère en nous est de nous faire demeurer fermas en la foy, et d'y confirmer par après les autres , puis de retourner è Pieu , reconnoissant qu'il est Iq source de toutes les grâces et bénédictions que npps recevons.
Il est vray (dit Ste Elisabeth à la Vierge) que vous estes beniste eptre toutes lesfenh> mes, mais il est vray aussi que cette bénédiction vous vient du fruict de vostre venr tre , dans lequel vous portez le Dieu des bénédictions. Nous voyons d'ordinaire qu'on ne bénit pas le fruict 4 cause de l'arbre, mais qu'on bepit T^rbre à cause deia bonté de son fruic( : pt bien qu'on doive à la sacrée Vierge un culte et un honneur plus grand qu'à tous les autres saincts ; neantmoins il ne doit pas estre esgal à cer luy qu'on doit à Dieu. Ce que je dy pour réfuter l'heresie de quelques-uns qui ont voulu dire qu'on luy devoit reqdr^ fai mesme honneur, ce qui est faux$ car tpus les theobgieos enseignent qu'il f^ut ado^ rer Dieu seul , souverainement par-dessus toutes choses; et ppisque nous devons rendre un honneur tout prticujier ^ la tros-Ste yierga , çpfume ^ere de ffoetm
SERMON
Sauveur, et cooperatrice de nostre salut , et cela s'est tousjours observé par les yrays chrestiens ; et quiconque n*ayme et n'honore pas la Vierge d'un amour et d'un honneur tout spécial et particulier n*est point vraychrestien. Donc quand le Saioct- Esprit vient en nous, il nous porte premièrement à aymer et loiier Dieu seul par dessus toutes choses comme nostre souverain Créateur, et puis sa tres-saincte Mère.
Le troisiesme effect que le Sainct-Esprit opère en ceux qui le reçoivent est la conversion intérieure. Eeee enim ut facta e$t tox salutationiê iuœ in auribus mets :
eœultavit ingaudio infans in utero meo; Yoicy, ditSle Elisabeth à Noslre-Dame , qu'aussi tost que la voix de vostre salutation est parvenue à mes oreilles , Tenfant qui est dans mon ventre a tressailly de joie. Or ce tressaillement ne nous représente autre chose que la conversion intérieure du cœur, et le changement de vie ; et comme vous voyez que S. Jean fut sanctifié en ce tressaillement, par lequel sortant de soy-mesme il s'eslunça en Dieu , pour ne vivre plus qu'en luy et pour luy ; ainsi celuy qui reçoit le Sainct-Esprit sort de luy-mcsme , et fait une heureuse transfusion de son ame en Dieu ; c'est-à-dire qu'il ne vit plus selon la nature et le sens, ains selon la grâce. Donc si vous desirez sçavoir si vous avez receu le Sainct-Esprit, regardez quelles sont vos œuvres; car c*est par là que vous le connoistrez.
Mais remarquez que Sle Elisabeth receul le Sainct-Esprit par l'entremise et le moyen de la Ste Vierge , pour nous monstrer que nous nous devons servir d'elle pour médiatrice envers son divin Fils, pour obtenir le Sainct-Esprit ; car bien que nous puissions aller à Dieu directement , et luy demander ses grâces , sans nous servir de l'entremise de la sacrée Vierge , ou des saincts; neantmoins il n'a pas voulu que cela fust ainsi , pource qu'il vouloit faire encore une union des hommes avec les bien-heureux ; et d'autant que , comme je vousay dit au commencement, il ayme les choses qui sont unies ; il a tellement uny l'Eglise militante avec la triomphante , qu'on peut dire qu'elles ne sont qu'une, n'ayant qu'un mosme Dieu qui les régit , ooadaît » gouverne et nourrit , bien qu'en
différente manière. Nostre-SeigMar pour fairo cette union de l'Eglise militai^ avec la triomphante, a voulu que noosnooi servissions de l'invocation des saincts, faisant par leur entremise de tres-gnuMlfli grâces aux hommes , ce qu'il fait enoora par l'entremise des anges qu'il a depulea à nostre conduite.
Mais pourquoy, me direz-vous. Dieu il sert-il de l'entremise des anges pour noua garder ou conserver ses grâces? Ne II pourroit-il pas bien faire par luy-meiBa. sans se servir d'eux? il n'y a point dedouli qu'il le pourroit : mais pour faire cette union, dont je vous parle maintenant , ila voulu unir les anges avec les honunes , et les as:^ujettir les uns aux autres , et c*eit le subjet pour lequel il a ordonné par sa divine providence que les hommes fuaseal servis par les anges, et que la conversion des hommes fust une augmentation de joyi aux anges, à cause de cette union.
Vous demanderez peut-estre commaal estrce que les hommes peuvent causer de la ioye aux anges? n'ont-ils pas, en la claire vision de Dieu, une parfaicte beali* tude ? Ouy certes, mes chères âmes, il n*^ a nul doute de cela ; aussi n'est-ce pas de la gloire essentielle qu'on entend parler; ains seulement de l'accidentelle , ce qui l'Escrilure saincte nous apprend , disant » qu'il y a plus de joye au ciel pour un pa* cheur converty, que pour nonante-iràaf justes (4); par lesquelles paroUes vooi voyez que les anges se rejouyssent sur Ift conversion des pécheurs ; ce qui se doit aussi entendre des saincts qui sont aa ciel. Et bien que rEscrilure ne parie qoi des anges, c'est à cause que cela estoit d^, vant la passion de Nostre-Seigneur, qa% n'y avoit encore point d'hommes dans le paradis , mais depuis que les saincts sool au ciel, il est certain qu'ils sont tellemeal unis avec les anges , qu'ils participent 4 leur joye sur la conversion des pecheun^
Or la saincte Eglise nous voulant apprea* dre , comme une bonne mère , à.nous ser> vir de l'entremise de la Ste Vierge , elle a joint la salutation angftiique avec l'oraiaoa dominicale; pour la dire consécutivement après, et pour nous monstrer que non seulement nous pouvons demander à Dieu, par son intercession, nos nécessitez, al
(1) 8. Luc, XT.
POUR LA YISITATIOlf •
non feulement les biens spirituels, comme sont les Tertos , mais aussi les biens tempoeels, entant qu'ils sont n€^essaires à renCrelîen de nostre vie. Il est vray aussi qo*A une telle et si grande dame , il ne luy ûiat pas demander des bagatelles et des choses de néant; car comme ce seroit une incÎTilité de se servir de Tentremise de quelque grand prince , pour obtenir d*un roy ou d'un empereur quelque chose de vil prix; aussi seroit-ce une incivilité trèsgrande en la vie spirituelle , de se servir d» l'entremise de la Ste Vierge pour obtenir des dioses basses , caduques et transitoires qui ne nous sont point utiles pour iQstre salut.
Sur quoy il fout que je dise ce mot, puisqi*!! vient à mon propos, qui est que nous la devons jamais parler des saincts , mais ipedalement de la sacrée Vierge , qu'avec a tres-g;rand honneur et respect. Certes, fnnd nous parlons d'eux, nos cœurs par nverence devroient estre prosternez par I y parce qu'il y a une plus grande disentre ces esprits bien-heureux et , qu'on ne sçauroit s'imaginer, et Motmoins il y a un si grand rapport, que Intainsi que la terre a besoin des influençai du ciel pour foire ses productions ; de t avons nous besoin de Tassistance des [■iactg pour produire les œuvres de salut. En somme, pour conclure ce discours, je djrque c'est une chose tres-aymable et pro- ^kMe à nos âmes, que d'estre visitées par |«tte Ste Vierge, d'autant que sa visite nous appxte tousjours beaucoup de biens , de I heurs et de grâces, ainsi qu'elle fit à Ste 'liabeth. 0 Dieu, direz-yous, je voudrois lÉi qu'elle me fist l'honneur de me visiter «roraison, car sa visite remplit tousjours ta âmes de suavité et de consolation. Il ivray, mes chères filles, mais prenez pde qu'elle nous visite souvent par des tapiratioDS et lumières intérieures qu'elle donne pour nostre advancement en h perfection , et nous ne voulons pas revisites*
Mais, me direz- vous, si elle visite Ste Bli sabeth parce qu'elle est sa cousine , que forons-nous pour avoir le bonheur de sa parenté afin qu'elle nous visite? 0 Dieu ! que vous forez , il y a mille moyens pour obtenir cette grâce , voulez-vous estre parents de la Ste Vierge ; communiez , et en recevant le sainct sacrement, vous recevrez la chair de sa chair, et le sang de son sang ; car le précieux corps du Sauveur qui est au tres-sainct sacrement de l'autel, a esté foit et formé dans ses chastes entrailles . de son plus pur sang, par l'opération du Saines Esprit ; et ne luy pouvant estre parente comme fustSte Elisabeth, soyez-le en communiantdevostement, et en imitant ses vertus et sa tres-saincte vie ; et par ce moyen vous luy serez parente d'une foçon bien plus excellente que n'est la parenté du sang et de la chair , puisque Nostre-Selgneur dit que quiconque foit la volonté de son Père , celuy-là est sa mère, son frère et sa sœur.
Mais si vous voulez participer aux visites de cette Ste Vierge , il ne luy fout point demander des consolations, ains se résoudre d'embrasser généreusement les mes* pris et les souffrances ; car elle ne visita Ste Elisabeth qu*après qu'elle eust souffert beaucoup de mespris et d'abjection, à cause de sa stérilité. Or il est impossible de practiquer la dévotion sans difficulté , et où il y a plus de peine, il y a souventesfois plus de vertu. Enfin pour recevoir la grâce de cette saincte Visitation , il fout foire une transformation intérieure* et mourir à soymesme , afin de ne vivre plus qu'à Dieu , et pour Dieu ; bref, il se faut beaucoup humili tr, à l'exemple de Ste Elisabeth. Faites-îo donc fidellement, mes chères âmes, pendant cette courte et chetive vie , afin qu'après icelle vous puissiez chanter éternellement dans le ciel avec cette saincte Vierge : Magnificat anima mea Domi" num, Mon ame magnifie le Seigneur. Ainsi soit-iL
SERMON
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