‹ Œuvres complètes; nouvelle édition collationnée et augmentée des lettres de Sainte Chartal, des lettres inédites de l'auteur, du portrait de lui et d'autographes (volume 2)Chapitre 88 sur 356 · POUR LE JOUR DE SAINCTE MAGPELENE · texte numérisé non relu

POUR LE JOUR DE SAINCTE MAGPELENE

CimgregaH uniremi mnjnret natu hraeK tenerunt ad Samuetem inRamatha, dixeruntqmd' Conttilur nobi* regem ut judictl no* , sieut et univenœ hnbent naliones. Reg. viii.

ToQS les ancifn« du peuple d'Israël s'esiani nssenibipi, ils vinreni à Samuel en Ramalha , et iB dirent : fislabiissex sur nousi un roy pour nous juger, comme ont toutes les autres hationt! ' '^

L'çsprit humain est tousjours troublé et ioquie^ , il est en de continuelles a;;itatîoDS en la recherche d'un vray bien qui le puisse pleinement satisfaire et contenter, ^ais parce qu'il ne s'attache qu'à des biens faux , mondains et apparens , il est tousjours dans rinquielude , de laquelle pensant s'affranchir par TeslecLion d'un vray bien , il vient par ce moyen â se troubler ^ayaptago ; ca r pour Tord ina ire iiso trompe en son choix , laissant les choses hautes et excellentes pour prendre les basses et mauvaises, proférant les biens terrestres et périssables aux biens éternels et perdurables tant il estsubjet à estre séduit par les sens, qui luy fopt prendre le faux pour le vray : et de là naissent les continuelles inquiétudes que nous expérimentons en cette vie mortelle , et qui nous sont comme naturelles.

Nous avons des preuves tres-claires et manifestes de cette vérité aux Israélites, peuple choisi et eslcu de Dieu ; car quel peuple , je vous prie, a esté plus favorisé, aviné et caressé do Dieu que luy *? Certes Dieu le traittolt avec tant de bonté que c/çst une cliose admirable de voir, comme après qu'il l'eust retiré do la captivité d'Egypte , il je conduisoit |)ur lo desort avec auuiql de î^oin qu'une nourrice fait ses petits ehfans, qu'elle mono esgnyor par les campagnes. Mais noanlmoins ce |MMiplo ingrat et nie?connoi?sanl nVsUmt point content de toutes cct> favi'urs, s'amusoità la recherche d'un autre bien où il pust, selon qu'il s'imaginoit, trouver plus do satisfaction et de contontoment ; et quoy (juo Dieu fusl , par nianiorc (!«> dire , (Icscori'iu du ciel pour les Israélites, et h^ur oust

donné des preuves plus que tres-sulBsaiitoi de l'amour qu'il leur portoit; si ne lakiierent-ils pas pour cela d'estre tousjoursil inquiétude, et dans le murmure et le àiÈ^ grin en la recherche d'un autre bien."

Considérez, je vous prie, la misère d»

l'esprit humain ! les Israélites estoientdtfl le désert conduits avec autant de soin pV Moyse et Âaron , Dieu leur fournissant 'é abondamment toutes leurs necessitUT/ qu'ils ne manciuoient d'aucune chose ; i( j nonobstant toutes ces grâces ctfavear8,îl» ^ ne faiaoient que murmurer et se plainiw do ce qu'ils n'avoient point do roy. IMautres peuples , disoient-ils , sont boubIf jurisuiction des i-oyset des princes, ilsoflft des sceptres et des couronnes im^ieriakii; mais quant à nous, nous sommes ^ana fof et sans loy. *

0 peuple murmurateur et ingrat! Dîea n*estoit-il pas leur roy, leur sceptre etlèÉt ' couronne impériale! Le Dieu vivant, Rdt souverain du ciel et de la terre, quoy quW': * visible , leur faisoit la grâce do les re|;ir'èrj gouverner : mais ils ne seconlentereiltiMl'" de cette faveur ; ains continuant Mfmurmuro, ils demanderont un autre ffxf^' quoy qu'ils eussent bien veu la tyranutt-'l que les roys de la terre exerçoieht titt^] leurs subjets, ayant expérimenté la cniailll^i d'un Pharaon, roy d'Egypte, bien'eol^* traire à la douceur de leur Roy invisible Cl^ immortel , Soi;j;nour et souverain Monarque du ciel et do la terre : et neantmoim ils dosiroiont de quitter sa conduite pour on clierchor une meilleure, quoy qu'en vnin , parce que c'osluit rechercher Timpos-il)lo.

Or ce nVstoit pas qu'ils fussent despoai»-

POUR LE JOUR DE 84JNCTE M AGDELENE.

is de roy ny de princes qqi leur donisen't desloix et qui ousiient soin de leur duîte , non certes ; ils avoient le grand stre Âaron et ce sainct prophète Moyso; les roys, les princes, les juges et coniteiirs de ce temps-là, estoicnt les plus icts personnages d'entre le peuple, les- Is Dieu choisissoit pour le conduire et verncr, et leurcommuniquoit tollomcnt | esprit, qu'ils ne commandoient ny orinoient rien que ce qu'ils sçavoient es- ; dé sa divine volonté , laquelle ils ap- I iioient par le moyen dos souverains «très do la loy , auxquels ils s'ad resent, se tenant pour cet effect parmy le iple comme des capitaines et gou verors, dépendant de l'autorité souveraino IVes-Haut qu'ils rcconnoissoient pour irBoy et unique Législateur.

Dieu donc voyant que ce peuple ne cesit point do murmurer, il en fut enfin telnént indigné, qu'il leur fit dire par son ophete Samuel , qu'il leur donneroit un f. Vous ne rous contentez donc pas , l>il, de ma conduite, pleine de douceur, imeiice et debonnaireté I vous vous plaiife que vous estes sans roy, et vous esnez les autres peuples bien-heureux, Aobstant qu'ils ayeht des roys, et cruels ; tyrans : ah! je vous en donneray un , ivtws luyobeyrez; car c'est bien la raia, que puisque vous voulez un autre roy le moy, que vous gardiez et observiez s loys et ses ordonnances.

le tne suis bien voulu servir de cette Aoire , pour donner entrée au discours ÎB j'ay dessein de vous faire sur le subjet ) la feste de la grande Ste Magdelene le nous célébrons aiijourd'huy, et pour lelfect voyons quellts estoicnt les loix et ihstilutîons que ce roy devoit donner aux raélftes : Hoc eriljus régis gui imperarat est vohis : filios vestros toîlet , et met in currihus suin , faeietque sibi firittff et precursores gnadrigarum sua- M, etcomtituetftihi iribunos^et cerJuliiMsf, etaratores agrorum morum, et ïêuoreê segrlum, et fabros armorum t eutruutn suorum. Vous aurez un roy lîlDieu par Samu^^l à ce peuple murniu- Iteor, ingrat et mesconnoissant], pour 008 commandi^r, qui prendra vos fils et » BMitra à ses rharriols , et en fera des ivalîers qui courront devant son carrosse ;

il constituera le» un$ capilainos et pente* niers, et les autres il les prendra pour labourer ses terres, moissonner ses bleds, forger ses armes , et faire ses charriots *. en somme, il vous les oslora, et s'en servira à quoy il voudra , et leur vie sera en continuelle servi ti* le et esclavage. Filioê guoque vestras faciet sibi unguenturioê^ et focarias, etpanificas^ Il prendra aussi vos filles, les unes il les fera ses parfumeuses , les autres ses cuisinières, et le9 autres ses boulangcres ; et vous n'aurez point le pouvoir de luy dire : Jecjodje cette mienne fille à faire cecy, ou cela ; car i\ les prendra et s'en servira en tout po qp'ii luy plaira.

Bien que cette prophétie, dite par Samuel aux Israélites, f ust pour leur tesmpjgner l'indignation de Dieu contre eux , si estciit-elle neantmpins encore donnée pour une figure de ce que Nostre-Seigneur devoit faire en la loy de grâce parmy le peuple chrcstien , ses vrays enfans et subjets légitimes, auxqhels, comme leur souverain roy, il devoit donner des loix , lesquelles ne sont autres que les saincts commandemens. Et ce que faisoit le roy à l'endroict des enfans des Israëlites, nous représente merveilleusement bien les diverses vocations par lesquelles Nostre-Seigneur appelle tous les jours ses créatures à son service, non point en usant de tyrannie, comnio ce roy d'Israë'l ; aîns avec des attraicts pleins de suavité, comme nous voyons qu'il fait tous les jours à l'endroict des chrestiens.

Mais pour ne parler maintenant que des femmes , nous dirons que la divine Providence en appelle plusieurs à son service , destinant les unes pour estre ses parfumeuses , les autres ses cuisinières , et les autres bcs pannetieres et boulangères. Ce qu'il n'a pas fait seulement depuis qu'il a donné commencement à l'Eglise, après son ascension triomphante au ciel, mais encore durant le cours de sa tres-saincte vie. Ce qui se void particulièrement en Tadmirable Ste Magdelene ; car elle fut comme ta reyne et maistresse de toutes les parfumeuses de Nostre-Seigneur, qui la choisjt ■ et apiH^lla à luy pour exercer cet office. ' I

Or considérons , je vous prie , en cette saincto et en Ste Marthe sa sœur, comnie Nostre-Seigneur fpduit toutes les vocations

SERMOlf

des femmes à deux principales, à tçavoir de parfumeuses et de cuisinières ; ce qui se rapporte à la vie active et contemplative. Quant à la grande Ste Magdelene, elle fut tousjours la parfumeuse de Nostre-Seigneur ; office qu'elle exerça toute sa vie , portant tousjours avec soy des parfums pour oindre et enbaumer son divin Maistre(4) ; car au jour de sa conversion, elle portoit de Tonguent précieux , duquel elle l'enbauma chez le pharisien (2) ; et quand elle l'alla trouver au souper qu'on luy fît enBethanie, un peu avant sa passion, après la résurrection du Lazare , elle avait sa boèfte de parfum (3); et allant au monument, elle estoit encore chargée d*onguens précieux : bref , partout elle a tousjours fait Tofficede parfumeuse, Nostre-Seigneur l'ayant choisie pour cela. Et Ste Marthe ; sa sœur, fut la cuisinière de ce roy souverain; car quand elle le traittoit, elle luy apprestoitelle-mesmo son manger : et vous entendrez dMcy à huict jours le glorieux S. Luc, qui voulant hautement loiier celte saincte , dit qu'elle apprestoit à manger à Nostre-Seigneur, et le traittoit en sa maison, ayant un soin très-grand que rien ne luy manquast (4) ; si bien que Nostre-Seigneurvoyantqu'clles'empressoitbeaucoup pour cela , il l'en reprit une fois , comme nous verrons cy-apres.

Mais Tune des choses qui fait le plus à la loUange de la grande Ste Magdelcne , est qu*elle vint à Nostre-Seigneur, et le suivit avec une charité cldilection incomparable; car nous ne treuvons point en TEscriture suincte, qu'elle l'allast trouver avec un amoiu* qui fust tant soit peu intéressé , ny pour l'intérieur, ni pour l'extérieur; ce qu*on ne lit point do toutes les autres qui ont suivy nostre Seigneur, ains que remarquent les Evangelistes. Les femmes qui le suivoient au Calvaire , c'estuit par pitié et compassion naturelle, qui faisoit qu'elles pleuroientsur luy ; Plangebanty et lamentabaniur eum (5), de quoy Nostre Seigneur les reprit, leur disant ; Filiœ Hierusalem^ noliie flere super me, sed super vos ipsas fiete, et super filios vestros. Filles de Hierusalem , ne pleurez point sur moy, ains sur vous et sur vos enfans. D^autres le sui- Yoientquandil prcéchoit, mais c'estoil pour

(1) t. LM, TH. — (I) 8. Jma, xn. — (t) 8. Karo, xtl — fo) 1. Las, &. — (•) le., uuik

quelque bien qu'elles en attendoieii pauvre Samaritaine n'estoit point ^ chercher Nostrc-Seigneur : mais i doucement attirée par les offres et pr ses de la vie éternelle qu'il luy fit, c convertit à luy : il est vray ncanfe qu'elle monstre bien après sa codyi qu*elle avoit de Tamour pour ce divin veur, qui l'estoit venu chercher oomn brebis esgarée ; car elle travailla bea' pour sa gloire, preschant hautement c diment qu'il estoit le Messie , Nwa ipseest Chrislus^ quia diûcit mihio quœcumque feci (4), et fut en qi manière cause de la conversion de 11 de Samarie.

La femme adultère vint , et fut ai à Nostre-Seigneur toute honteuse , de crainte , la teste baissée, et il la ] amoureusement, et luy pardonna se ché (2); la Cananée vint à luy pres!

l'afiUction de sa fille ; la femme hemoi pour recevoir la santé , qu'elle n'av recouvrer par aucun remède. Bref, ces femmes sont venues à Nostre-Sei avec un amour intéressé, pour reoei luy quelque bénéfice.

Mais la grande Ste Magdelene n' point de la sorte, et nous ne trouve nui lieu de TEvangile aucun traict d'f propre, ny de recherche d'elle-m ains elle vint trouver Nostre-Seigneu une tres-pure et droicte intention , tant pour l'aymer, que pour le mie mer : car au temps qu'elle vint à lu le pharisien , elle Taymoit desjà , eti que son cœur brûloit d'amour pour qui l'attiroitet embrasoit d'une saie lection : Itemittuntur ei peccata t quia dilexit multum, Plusieurs luy sont pardonnez , parce qu'elle 8 coup aymô, dit Nostre-Seigneur. El donc à luy pour l'aymer encore davi et avec une saincte imprudence, ou ( dit S. Augustin) avec une pieuse dence , Pia impudentia , elle entr la maison de ce pharisien , où elle que son divin Maistre estoit , et se à ses pieds elle pleura ses péchez av de contrition qu'ils luy furent tous | nez ; et là elle regarda, et fut regai Sauveur, et par ce regard elle fut tel navrée de son amour, qu'elle fit à

(1) 8. MtM. nr. -(10 Ik* ▼M*

POUR LE lOUR DK 8A1NCTE M AGDELEIfE.

me entière conversion et transfordd vie ; et passant plus outre, elle >, par la véhémence et force de Tame heureuse transfusion de son este son cceiir dans celuy de son Dieu, oommuniqua à elle d*une façon si que d'une grande pécheresse qu'elle il en 6t une grande saincte ; je dy iode pécheresse; car en loiiant cette , il ne faut pas estre flatteur ny dire

n'estoit pas grande pécheresse a croit, on auroit tort d'user de ces , puisque nous ne les trouvons en lieu de l'Escriture saincte : ouy, l'elle estoit pécheresse, lesEvange- I disent ainsi, et TEgliso ne permet fu'on la nomme vierge. Mais pour ne faut pas penser qu'elle fust pu- ; car elle avoit trop de courage et de iité pour estre ainsi abandonnée, ntmoins il est vray qu'elle avoit telplongé toutes ses aflections, ses de- ' ses pensées dans la vanité et sensua- 'elle avoit commis de grands péchez, rant treuvé le Sauveur de nos âmes, j une si admirable conversion, qu'elle un vaisseau pur et net, capable de ' ir et contenir en soy la liqueur tresise et odorilerante de la grâce , do ; e. par après elle parfuma son Sau- ; et celle qui par ses péchez estoit un , tres-puant devint par cette conver- I très-beau lys, et une fleur de tres- )deur; et d'autant plus qu'elle estoit sa conversion pourrie et puante par lé , elle fut par après purifiée et relée par la grâce. Et tout ainsi que 'oyons que les fleurs qui sont dans iins prennent leur accroissement et »até d'une matière puante et pour-

que plus la terre est remplie de fuit de pourriture, plus elles croissent lennent belles.

nesme Ste Magdelene après sa con- 1 fut de tant plus belle par sa prohnmilité, et la grande contrition et ent amour avec lequel elle fit peni-

qu'auparavant elle estoit pourrie et « par ses péchez. Tellement que M perfections dont elle fut doiiéc sa conversion , nous la pouvons trèslent nommer reyne de tous les chrc:<.

itenfons de l'Eglise, lesquels sont t en trois bandes , dont la première

est des justes ; la seconde , des pécheurs penitens; et la troisiesme , des pécheurs obstinez et impenitens , et qui ne se voulant point amender, meurent dans leur iniquité : mais ce n'est point de ceux-là dont je veux parler ; car telles sortes de personnes ne doivent plus avoir de prétention pour le ciel , l'enfer lei/r est préparé et sera leur héritage éternellement.

0 certes , ce n'est pas aussi de cette dernière sorte de pécheurs que Ste Magdelene est la reyne, ains de ceux qui veulent à son exemple sortir de leur iniquité ; car elle qui a esté pécheresse , ains que l'Escriture saincte remarque, Mulier erat in cMtai0peccairtœ, est sortiede son péché, et en a demandé pardon à Dieu , avec une vraye contrition et ferme resolution de le quitter , provoquant tous les pécheurs à imiter son exemple. Et quant à sa pénitence , 6 Dieu ! combien a-t'elle pleuré ses péchez? que n'a-t'elle pas fait pour les effacer pendant la vie, et après la mort du Sauveur ? elle a jette des larmes en telle abondance , qu'elles ont surpassé celles de David qui disoit : Lavabo perêingtHas noetes lectum meum , lacrymis meis stratum meum rigaho , Je pleureray nuict et jour mon iniquité, en telle abondance, que mon lit nagera dans le torrent dos larmes que je respandray . ce qu*il disoit avec une emphase pathétique , pour monstrer la grandeur de sa contrilion et pénitence.

La pénitence des Ninivites fut si grande et si générale , que c'est chose admirable de voir ce qu'ils firent. Les hommes de Ninive , dit l'Escriture , se revestirent do ses sacs , depuis le plus grand jusques au plus petit; et la prédication de Jonas estant parvenue jusques au roy , il descendît de son trosne , et se reveslant d'un ci lice il s'assit sur la cendre. Bref ils quittèrent tous leurs habits de soye pour se revestir de la haire , et ceux qui poudroient leurs cheveux de poudre d'or les couvriront de cendre. Ils jeusnercnt tous , jusques aux petits enfans : et ce qui est davantage , pour plus grande austérité , ils firent encore jeusncr leurs clievaux , leurs bœufs et antres animaux , en pénitence des fautes de leurs maistrcs.

Mais quoy que cette pénitence fust si grande et si générale, je trouve neantmoins que celle de Ste Magdelene Test en-

Gore plus ; car comme elle avoit offensé i Dieu de toutes ses puissances el facullez intérieures , et de tous ses sens corporels; aussi les empioya-t'ello tous à faire pénitence, et la fit do tout son cœur, de toute ' son ame, et de tout son corps , sans reserve quelconque , s*employant généralement et totalement es actes de pénitence : c est pourquoy on la peut bien nommer reyne de tous les pécheurs penitens , puisqu'elle les. a tous surpassez en pénitence.

En second lieu , elle est aussi reyne des justes; et bien qu'on ne la nomme pas vierge, si ebtrce qu'à cause do Tezcellenle et eminente pureté qu elle eut après sa conversion » elle peut estre appelée archiviergo , d'autant quelle fut tellement puriGée dans la fournaise de l'amour sacré , qu'elle fust restablie dans une excellente chasteté , et fut douce d'un amour si par» faict, qu'après la Ste Vierge, elle estoit celle qui aymoit plus Nostre-Seigneur : si que l'on peut dire qu'elle l'aymoit autant , ou plus en quelque manière , que les séraphins; car quoy qu'il soit vray que ces purs esprits ont un amour tres-parfaict , neantmoins ils l'ont sans peine et le conservent sans crainte do lu perdre. Mais celte saincto l'a acquis avec l)eaucoup do travail el de soin, et Ta conservé uvoc crainte et sollicitude(l) ; et en recompense de sa ûdelité , Dieu luy donna un amour si fort et si ardent, accompai;né d'une si grande pureté , que tout ainsi que le celeste espoux luy navroit continuellonietit lo cœur par ses divins attraits, au^.si luy navroit-ello le sien par des désirs, sou>pirs et eslans amoureux, disant souvent ces paroles de TEspouso du Cantique des Cantiques: 0»culetur me oêculo oris iui(i)j Qu'il me baise , le bicn-aynu? de mon amc, d'un baiser de sa divine bouche , afin que iç sois parfuiclcment unie uvoc luy. Voyez donc si lres-raisonnuhlem(!nt elle ne doit pas estre appellée reyne des justes ; car qu'est-ce qui la pou voit rendre plus juste que cette saincte dilection , et cette profonde humilité , avec celte parfuicte contrition qui la faisoit tousjours demeurer aux pieds du Sauveur qui l'aymoit de l'amour tendre et délicat dont il ayme les justes, ce qui esloil cause qu'il ne pouvoit souffrir qu'on la blamast , ou reprist

de quelque chose , sans pi*cndl%96

Rc)içarder-la à la maison de Sîmo)

riaien , lequel la mes-estimant , s

niuniiurer contre elle, biftsmant

Seigneur de ce qu'il la souffiroit

luy , de quoy il le reprit et luy

qu'elle le surpassoit en mérite et

Voyez-la encore aux pieds de Not

gneur , pendant que sa s(fcur Stc

s'empressoit , ponrappresterce qu

pour le traitter, et considérez c

voulant blasmer ce qu'elle ne fa

comme elle , ce cher Maistre ne le

souffrir la reprit de son empresser

disant : Martha , Marihd , soll

et turbaris erga pîurima , potf

est neceisarium; Maria opHm

tem elegity quw non auferetui

Marthe , Marthe , tu t'empresses e

blés de plusieurs choses , une seul

cessaire ; Marie a choisi la meillc

qui ne luy sera point ostée ; et

garde-toy bien de la blasmer, e

que si tu lo fais , tu encourras to

le blasmo ; car tu t'empresses tro

encore comme Nostre- Seigneur

tendrement , après qu'il eustesté

comme elle plouroit au monumor

apparut en forme d'un jardinier

lo.^eunt iKjuniuoy elle picuroît,

quidploraê (4)? no pouvant pin

do se voir davantage cherché ]

sienne amante toute pure , laque

droit Ton peut nommer roynd de

chresticns en la façon que nôi

monstrée.

0 que vous serez heureuses, ra< amos , si vous l'imitez ; car hic puisse servir d'exemple à tous 1 tion^, il eiît vray neantmoins qu'e Irc plus particiilioremont aux n ce qu'il faut qu'elles fassent, etpo fin olles doivent ontror en la rel que ce ne doit pas estre sculenr aymer Dieu , parce que tous les c le doivent aymer, et sont iiMij^oî toutes leurs actions par le mot mour; car il faut de nécessité ay pour estre sauvé. Mais d'autant qi souvent que l'on n'aymo pas Diei monde avec pureté, et que les tra< v rencontre refroidissent beauror I rite ; l'on entre en la religion, ni

VOVt^ LE JOUR DE SAIMCTt: HilGDELEIfB.

Sti

tD

poiir aymerDieu, mais pour le mieux airmer ; non seulement pour cstre sauvez, mais pour estre mieux sauvez ; non seulement pour plaire à Dieu , mais pour luy mieux plaire. L'on nV entre point aussi pour avoir des extases ou des révélations ; car ces choses ne sont point nécessaires à DOfitre salut, ny requises pour entretenir et perfectionner nostre amour. Il y a beaueoap de saincts dans le ciel en de treshaats degrez de gloire qui n'ont jamais eu de visions ny de révélations ; comme au eoqtraire , il y en a plusieurs aux enfers qui en ont eu : ce n'est donc point cela, mes tresrchercs fîUes , qu'il faut recherdwr en la religion ; ains il faut venir , à Feièmplede la grande SteMagdeleno, pour y vivre tousjours dans une profonde humiiitéi et pour nous tenir toujours petites et Ijîttès aux pieds de Nostre-Seigneur , qui doit estre nostre unique refuge.

Certes cette saincte fut admirable en ttUe practique d'humilité ; car dès Tiiii|iBt de sa conversion jusques à sa mort, de ne quitta point les pieds de son bon et dirin Maistre, et il ne me souvient pas d'avoir veu en aucun lieu de l'Evangile qu'elle mi jamais sortie de ses sacrez pieds. Kn â conversion, elle s'alla jellor à ses pieds, Ib hva de ses larmes, et les essuya de ses ekeveux. Quand elle alla treuver Noslrc- Seigneur au festin qui luy fut fait en Bo Aanie après la résurrection du Lazare, {ortant sa boëte de parfums et d'onguons iredeux, elle se jetta encore à ses pieds. Oest vray qu'une fois elle prit la confiance d'espandre son nard , et rompre sa bootc mr son divin chef, afin qu'il se rcspandil nr son sacré corps : mais elle s'estoit pri> aîerement jettée à ses pieds , et puis eile

t retourna prumptement. Sur le monl de Ivaire, lorsque ce divin Sauveur fut atlicbé à la croix, elle fut toù>jours sous bcs lieds ; et quand on l'en descendit, elle ^apa promptement ses sacrez pieds. En la reiurrection , elle se jelUi encore à ses pieds pour les baiser comme ullo a voit ac- OMistumé. En somme elle ne le quitta jaaiis, ains elle y a tousjours tenu son cœur et toutes ses pensées , vivant en une 1res-

tMide humilité et bassesse.

Dieu* quelle plus grande erreur et tromperie pourroit-il arriver à une ame, si après quelques années de religion, pen-

sant estro desjà pàrfnicte , elle vcnoît à se retirer des pieds do Nostre -Soigneur, croyant n'avoir plus besoin de practîqucr les exercices d'humilité.

Un jour un grand serviteur de Dieu demanda à un bon religieux quel il desiroic estre toute sa vie? Il repondit qu'il desiroit se tenir tousjours humble comme liii petit novice soumis et subjet à de continuelles censures , repiehensions et mortifications , et en un mot qu'il ne vonloit Jamais quitter les pieds de Noslre-Seigncur : ô qu'il esloit heureux de vouloir vivre ainsi ! lié ! que vous serez heureuses, mes chercâ' filles, si toute vostre vie voiis ne quittez point ces sacrez pieds , vivant dans une continuelle humilité et soumission , imitantet suivant vostre reyne StoMagdelenë, et encore plus la Reyne dû ciel et de ht terre , la sacrée Vierge nostre tres-chèrc Maîstiesse , à Iaquell(î cette saincte fut si devoste qu'elle la suivit tousjours après sa conversion : elle l'accompagna à la mort de son Fils , et quand on le mit au sepulchre , et à son retour , en somme elle no sortit point d'avec elle jusques à ce qu'elle s'en alla à la saincte Baume près de Marseille, pour parîichever sa pénitence, où elle mena une vie plus divine qu'humaine, ostiml eslevce au ciel sept fois le jour par les anges , sans que pour cela son cœur sortist des pieds de son doux Maistre. Et c'e^t en quoy vous la devez imiter, venant on la religion, non pour y avoir des consola lions, ains pour vous y humilier, et pour c:-lreles pannetioros et cuisinières de Nostrc-Seigneur, et non ses parfumeuses, sinon quand il luy plaira , et non quand il vuus plaira. 0 que vous serez heureuses, si vous pracliciuez bien cela , et si vous faictes un entier sacrlGce de vous-mesmes à la divine ^lajesté, no vous reservant l'u- ^ai;e d'aucune chos^e pour petite qu'elle soit, et c'est ce que Dieu demande devous.

Nous voyons d'ordinaire que les hommes ayant rcceu quelque offense, ils veulent qu'on leur satisfasse, selon le tort qui leur a esté fait : et en l'ancienne loy, celuy qui donnoit un soufflet à son prochain estoit obligé d'en subir un autre ; et celuy qui arruchoit un œil , ou une dent à son frorc, on luy en pouvoit faire le mesme, Ocultim pr'o ocii/o, dtntcm pro dénie re^tiluet.

Sf}

SERMON

Or bien que cette loy soit maintenant abolie entre les hommes, elle se practique neantmoins tousjours entre Nostre- Seigneur et ceux qui se consacrent à son service, et leur fait les mesmes demandes, à açavoir, qu'on luy rende autant qu*on peut à l'esgal des fautes commises, c'est-à-dire, qu'il veut que nous fassions pour le moins aqtant pour luy que nous avons fait pour le monde. Ce n*est point trop exiger de nous que cela ; car si nous avons tunlfait pour le monde, nous laissant emporter à ses vains attraicts , que ne devons-nous faire pour les attraicts de la grâce qui sont si doux et si suaves? Certes, ce n'ost point nous faire tort que de nous demander cela ; et comme Ton a employé son cœur, son ame, ses affections, ses yeux, ses parolles, ses cheveux et ses parfums pour le monde, il les faut aussi employer et sacrifier au service de la dilection sacrée, sans reserve quelconque.

Il s'en trouve vrayement plusieurs qui donnent bien leurs cheveux ; mais ils ne donnent pas leurs yeux. D'autres donneront aussi leurs yeux , mais pour leurs parolles nullement. D'autres donnent bien ces trois choses, mais ils ne donnent pas leur parfum. Or il ne faut rien reserver, et puisque vous avez tout donné au monde, il faut aussi tout donner à Dieu , et c'est ce qu'il requiert de vous.

Mais qu'est-ce que les cheveux? c'est la chose la plus vile et abjecte qui soit au corps humain, c'est un excrément de la nature, et neantmoins l'esprit humain est si remply de vanité qu'il constitue sa gloire en cela: maintenant Nostre-Seigneur vous les demande et veut que vous les luy donniez. Lescheveux nous représentent les pensées, c est-à-dire, qu'il veut que vous n'en ayez plus que pour luy, et que vous retranchiez toutes celles qui sont inutiles et mauvaises, ne laissant plus courir vostre imagination après les choses vaines et frivoles du monde : il faut donc oublier tout cela pour s'appliquer totalement à Dieu, lequel doit estre l'unique object de vos pensées, les ramassant toutes autour de luy, à l'imitation de l'Espouse sacrée du Cantique, qui avoit si bien reserré sa perruque qu'il sembloit qu'elle n'eust qu'un seul cheveu duquel elle blessoit le cœur de son Espoux, ainsi qu'il letesmoigne luy-mesmepar ses

parolles : Fulnerasti cor mêum « iùnr mea, spoma , in uno crine eolH tof, Tu m*as blessé le cœur, ma sœur, mon espomey par l'un des cheveux de ton col.

Mais ce n*est pas tout, il faut encore sacrifier ses yeux pour ne plus rien voir oy regarder que Nostre-Seigneur crucifié, ne vous en servant plus que pour son amour, ne pleurant jamais sinon quand la grâce vous y excitera , et non pour des bagatelles, contradictions et tendretez.

L'on connoist d'ordinaire par les yenx et par les parolles quelle est l'ame et l'esprit de l'homme , les yeux étant dans l'homme ce que la monstre est à Thorloge, et c'est par les yeux , comme parles cheveux , que le divin Espoux dit au Cantique des Cantiques que son Espouse luv a navré le cœur, f^uînerasti cor meum, tfh ror mea, sponsa , vulnerasti cor meum in uno oculorum tuorum. Ncantmoias les parolles qui sortent de la bouche ex|in* ment bien mieux les mouvemens et sentimens du cœur, que ne font pas les yeux; et nous pouvons beaucoup plus offenser Dieu et le prochain par nos paroles que par nos regards : il les faut donc sacrifiera Dieu et ne parler sinon quand l'obeysance ou la charité le requerront ; ne nous ser* vant plus aussi de nos yeux pour la suite des inclinations humaines , ne pleurant point de ces larmes tendres et natureliea. La grande Ste Mario Magdclene après sa conversion ne pleura qu'une fois des lar-^ mes naturelles , pour la grande affliction qu'elle ressentoit de la mort de son frère le Lazare : mais ses larmes estoient telle* ment meslées de pieté , que Nostre-Seigneur mesme les approuva, en fut touché, et pleura , compatissant à la douleur de cette sienne amante. Il laissa , ainsi qne remarque S. Jean, sortir des larmes de ses yeux, à'tlacrymatus eut Jésus, pourmoo^ trer l'amour qu'il portoit à cotte saincte, laquelle hors cette fois ne pleura plus que des larmes de con tri tion , d'amour ou de bonheur , pour l'absence de son bon Maistre.

Apres sa mort, elle s'en va pleurer aa monument. Pourquoy pleurez-vous, luy disent les anges ! MuHer^ quid ploroi?

HelasI dit-elle, ils ont emporté mon Maistre, et je ne sçay où ils l'ont mis, TulerwU JDominum meum, et nesdo ubi posnê^ runl eum. C'est pour iiuoy je pleure, et

POUR LE lOUR DE SMUGTE MAGDEtERE.

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