‹ Œuvres complètes; nouvelle édition collationnée et augmentée des lettres de Sainte Chartal, des lettres inédites de l'auteur, du portrait de lui et d'autographes (volume 2)Chapitre 9 sur 356 · PARTIES DB LA MATIÈRE DONT KOUS VE- NONS DE PARLER · texte numérisé non relu

PARTIES DB LA MATIÈRE DONT KOUS VE- NONS DE PARLER

Voilà ce qu'il me semble touchant la matière en gros : reste néanmoins à dire en particulier des parties de la matière

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De niitcrpréttlian dM putagn de fBcrilDra

La première partie de cette matière, ce sont les passages de l'Écriture, lesquels A la vérité tiennent le premier rang, et font le fondcinent de l'édifice : car enfin nous prêchons la parole, et notre doctrine gît en l'autorité. Ipse dixtt , Bœc dieit Dominu» (1), disoient tous les prophètes; et Notre- Seigneur même : Doctrina mea non ett mta, sed ejus qui miiit me [t]. Mi)is il faut, tant qu'il en sera possible, que les passages soient naïvement et clairement bien interprétés. Or on peut bien user des passages de l'Écritore, les expliquant en l'unedes quatre manières que les anciens ont remarquées :

Uiun lieu tant : ntti ertiii. ill>|or1a ( Qald •!>««•, lufofa ; qilit i|ii, tnpolaili.

Il n'y a pas trop bonne quaniiié ; mais il y a de la rime, et encore ^us de raison.

s L tu WM IllUnl ta l-Ëorln» hIiim.

Pour le regard du sens littéral , il se doit puiser dans les commentairesdes docteurs.

C'est tout ce qu'on peut dire ; mais c'est au prédicateur de le faire valoir, de peser les mots, leur propriété, leur emphase;comme, par exemple , hier j'expliquois en ce village le commandement iJiVi'^M Dominum >Deum tuum ex lolo corde, ex totd ani* md.ftx totà metife (3). Je pensois avec notre saint Bernard ex Mo corde, c'està-dire courageusemenl. vaillamment , fervemment, parce qu'au cœur appartient le courage ; ex tolâ animd, c'est-à-dire aiïeclueusement , parce que l'ame , en tant qu'âme, est la source des passions et affections ; ex told mente , c'est-à-dire spirituellement, discrètement, parce que meni c'esll 'esprit et partie supérieure de l'ame, à laquelle appartient le discernement et jugement pour avoir le zèle tecundùm ecien- Ua>n et discrelionem (4).

Ainsi ce mot flift^fr« doit élrc pesé parce qu'il vient de c/i'yo, et représente naïve-

DE LA PRÉDICiTlON.

ment le sens littéral, qui est qu'il faut quo noire cœur, notre ame, et notre esprit choisisse et préfère Dieu entre toutes choses , qui est le vrai amour appréciatif duquel les tbéo](^ens interprètent ces paroles.

Of'and il y a diversité d'opinions entre les Pères et docteurs, il se faut abstenir d*apporter les opinions qui doivent être refutées : car on ne monte pas en chaire pour dispoter contre les Pères et docteurs catiioliques ; il ne faut pas révéler les inûrmités de nos maîtres , et ce qui leur est échappé comme hommes, ul sciant génies quoniam homines sunt (4 ).

Mais on peut bien apporter plusieurs interprétations , les louant et faisant valoir tontes l'une après l'autre , comme je fis , le carême passé, de six opinions et interprétations des Pères sur ces paroles , Dieil€ quia servi inutiles sumus (2), et sur ces autres paroles , Non est meum date tobis (3) ; car, si vous vous en ressouvenez, je tirai de chacune de très-bonnes conséquences : mais je tus cellp de S. Uilaire , ce me semble ; ou , si je ne le fis , je fis faute , et le devois faire , parce qu'elle o'étoit pas probable (i).

f n. Des stns alléf orlqoM de récrlton.

Pour le sens allégorique , il faut que le prédicateiur observe quatre ou cinq points.

Le premier est de tirer un sens allégorique qui ne soit point trop forcé , comme font ceux qui allégorisent toutes choses ; mais il faut qu'il soit naïvement tiré, sortant de la lettre, comme S. Paul fait, allégorisant d'Esaii et Jacob au peuple juif et gentil, de Sion ou Jérusalem à TÉglise(5).

Secondement , o^ il n'y a pas une trèsgrande apparence que l'une des choses ait été la figure de l'autre, il ne faut pas traiter les passages, l'un comme figure de l'autre, mais simplement par manière de comparaison, comme, par exemple : le genévrier, sous lequel Élie s'endormit de détresse, est

(I) Ed sorte 4u« les peuples uchent qa'ils sont des booiaies conme les aotret.

(t) Lortqae toos aarex fait toat ce qal est de rotre éiToIr. dites !(ous suinme« dos tervitcura ioutlies. Loc, c. »*ii. ▼. l«-

(I) Ce n'est pas à mol de tous accorder d'être à ma ilrtrite ou a ma raii<-li<«. Mattb. c. xx. t. S3.

f%' >. rarrhCTéque de Bourges assistuit au scrniOD que % François ni a Dijon pcudant le rariwe.

(l; R«a. c. IX.

intcrpr<3lé nllégoriquoment par plusieurs delà croix; mais inoi , j'aimcrois mieux dire ainsi : Comme Élio s endormit sous le genévrier, ainsi nous devons reposer sous la croix de notre Seigneur par le sommeil de la sainte méditation ; et non pas ainsi , qu'Élie signifie le chrétien, et le genévrier signifie la croix. Je ne voudrois pas assurer que l'un signifie l'autre , mais je voudrois bien comparer l'un à l'autre ; car ainsi la discours est plus ferme et moins répréhensible.

Tiercement , il faut que l'allégorie soit bienséante, en quoi sont répréhensiblea plusieurs qui allégorisent la défense faite en l'Écriture à la femme de ne point prendre l'homme par ses parties déshonnétes, au Deutéronome , chapitre 25:^tAa5iMrtfit inter se jurgium viri duo, et unus contra alterumrixari cœperit ; volensque uxor alterius eruere virum suum de manu fortioris , miseritque manum , et appréhendent verenda ejus ; abscides manum illius , nec ftecteris super eam uUa misericordia (4). Et disent qu'elle représente le mal que fuit la synagogue de reprocher aux gentils leur origine, et qu'ils n'étoient pas enfants d'Abraham : cela peut avoir de l'apparence; mais il n'y a pas de fa bienséance, à cause qio ctlid défense porte une imagination dangereuse en l'esprit de l'auditeur.

Quartcment, il ne faut point faire d'allégorie trop grande; car elles perdent leur grâce par la longueur , et semblent tendre à l'affectation.

Cinquièmement, il faut que l'application se fasse clairement et avec grand jugement pour rapporter dextrement les parties aux parties.

S m. Du sens ansffofflqae et tropolofflqae oa moral.

Il faut presque observer les mômes règles aux sens anagogique et tropologique , dont i'anagogique rapporte les histoires de l'Écriture à ce qui se passera en l'autre vie, et le tropologique les rapporte à ce qui se passe en l'ame et dans la conscience. J'en

(1) S'il arrive un démêlé entre deux liommP4, s'ils con- Tiennent à »e querfller l'an l'antre, et quo i<i fooinir do l*an veuille lirrtr !>uii mari d'entre les mains de l'autro qui sera plus fort quo lui, étende la main et I? prcni.o par uu eudruit que ta pudeur défend de numnier, vo;ii lui i-ou|icri*x la mntn sans tous laisser fléchir d'aurUiid compassion pour elle. DiiUTÉROK03iB,c. xxt, r. il et is.

Btetlrai un eiempL qui servira pour Uius les quatre sena.

Let paroles de Dieu parlant d'Ësaii et dis Jacob, Dvagciitei tunl in utero, et duo fopuli ex ventre lus dividmtvr; popuhuqHe populum mperabil, et major tervtet mfnoriH), litiéralement s'entendent des deut peuples sortis, selon lacbair, d'Eus etdeJscob, c'est à savoir, les iduméens et les Israélites, dont le moindre, qui fut celui des lâraëlites, surmonta le plus grand et l'alné , qui fut le peuple à'Idumée, au temps de David.

AllégoriqaementËseli représente le peuple Juif, qui fut l'alné en ta connoissance du salut; car les Juifs furent les premiers prôrliés. Jacob représente les gentils, qui furent les puînés ; et nénomoina les gentils OntenSn surmonté les Juifs.

An&gogiquemenI Ësaii représente le corps , qui est l'alné ; car avant que l'âme fût créée , le corps fut fuit et en Adam et m nous. Jacob signiGe l'esprit , qui est puîné. En l'autre vie , l'esprit sunDonlera et dominera sur le coq», lequel servira pleinemenlà l'ame et sans contradiction.

Tropologiquement Ësaii c'est l'amourpropre de nous-mêmes : Jacob , l'amour de Dieu en notre âme. L'amour-propre est l'alné , car il est né avec nous ; l'amour de Dieu puîné , car il s'acquiert par les sdcrementB et pénitences ; et néanmoins il faut que l'amour de Dieu soit le maître, et quand il est en une dmc , l'amour-propre sert et est inférieur.

Concliuion de celle itction.

Or ces quatre sena donnent une grande, tioble, et bonne maliére à la prédication , et font merveilleusement bien entendre la doctrine : c'est pourquoi il s'en faut servir, tnaii avec les mém.'s conditions que j'ai <iit être requises à l'u^go du sens allégorique,

SECTION II

Après les sentences de l'Écriture, les

sentences des PiTesi.ti;un.'"'os tiennent le second rang ; et pour le ix-^ard d'icelles , je (lid seulement que, si ce n'est bien rarement , il faut les choisir courtes, aigaSs el fortes : les prédicateurs qui en allègueitf de longues allangulssent leur ferveur et l'attention de la plupart des auditeurs, outre le danger auquel ils s'exposent de manquer de mémoire. Les courtes sentences et fortes sont comme celle de S. Augustin : Quifecit le line le, non lalvabit ta fine te[{); et l'autre : Qtii ptxniltntibiu veniam promhit , lempvê panilendi non promisil (i), et semblables. En votre S. Bernard il y en a une infinité ; mais il faut , les ayant citées en latin , les dire en françois avec eOicacc et les faire valoir, les paraphrasant et déduisant vivement.

SECTION m.

Dm pranvei tiré

les raisons qu'une belle nature et un bon esprit peuvent fort bien employer; e; pour celles-ci, elles se trouvent ohez les docteurs , et surtout chez S. Thomas plus aisément qu'ailleurs. Ëtaul bien déduites, elles font une fort bonne matière. Si vous voulez parler do quelque vertu, allez à la table de S. Thomas; voyez où il en parle ; regardez &■ qu'il dit : vous trouverez plusieurs raisons qui vous serviront de matière : mais au bout de là il ne faut pas employer cette matière , f.inon qu'on puisse fort clairement ^c faire entendre , pour le moins aux médiocres auditeurs.

SECTION IV

Les exemplesont une merveilleuse force, et donnent un grand goût au sermon : il faut seulement qu'ils soient propres , bien |m)posés et mieux appliqués. Il fuut cltoisir de belles bistoiics et éclatimlcs , les proposer clairement et (i Btinoicmcnl , et lesappliquer vivement, et comme font les Pères, proposant IVsLinipled'Abridiiim qui

DE LA PR^DIGATIOTY

immole son fils (1) , pour montrer que nous w devons rien épargner ponr faire la volonté de Dieu ; car ils remarquent tout ce qui peut rendre recommandàble l'obéi*nu» d'Abraham.

Exemple.

Abraham , disent-iU , vieil ; Abreliam qoi n'avoit que (e Gis si beau , si sage , ai Wtuciix et si aimable; néanmoitu sans liffyq/ier. kuw oiurmureret hésiter, il lo mène ttiir la montagne, et veut lui-mëmo 1b aes pr0|in6 mains l'immoler

/tppOeation.

EiflirtH Ha font l'application encore plus vive. Bt Uâ, chrétiao , tu es « peu résolu  t.nmoler, je ne dis pas Ion Gis, ta Hte, tous tes biens, ai une grande partie, maiâ un sou! écu pour l'amour de Dieu , A secourir les pauvres, une seule heure de tes pasite-temps pour servir Dieu, une seule petite affection , etc.

Hais il Taut prendre garde à ne pas Wre des descrJplioD^ values ut Qasquee ,ctumne toDt plusieurs écoliers qui . au lieu de proposer l'histoire naïvement et pour les mceurs , «e moltront à décrire les beautés dlsaac, l'épée trancjianto d'Abraliam , l'enceinte du lieu du sacriUce , et semblabln choses impertinentes. Il ue Taut être aoEsi ni si court que l'exemple ne pénétre pts, ni si long qu'il ennuie.

I m. 1|bb4 M •■ M (MM rilra Nrlor IM puHniiM dODt •B rwroiu lu «cmplei.

II Taut aussi se garder de faire des introdacUons de colloques entre les personnes de lliisloire, sinon qu'elles soient tirées des parolesde l'Ecriture ou très- probables: a>mme , en , .elle histoire , qui introduit baac se lameutuot sur l'aulel, ini|)loranl !a compassion paternelle pour s'ccliappcr rie la mort ; ou bien Abraham disi)ulant en mi-mémo, et se plaignant; il fiiit mal et ttrtàlavaleurct résolution de l'un et de l'autre. Ainsi ceux qui , par la méditation , Ml rencontré des colloques , doivent obwri'er deux règles eu la prédication : l'une (levoirs'ils sont solidement fondés sur une

apparente probal'ihtc ; l'autre de ne point les proposer lort longs, c^r cela refroidit et le prédicateur et l'auditeur.

Les exemplesdes saints son t admirables, et surtout de ceux de la province où l'on prêche , comme de S. Bernard à Dijon.

BECTIOK Y.

Du cpinpirtiMna, ptralct au timllluide*.

Il reste un mot A dire des similitudes ; elles ont une efficace incroyable à biea éclairer l'entendement et A émouvoir la volonlé.

tt.Vt»at unité itmauam.

On les tire des actions humaines, passant de Tune à l'autre ; comme , de ce que font les bergen , ce que doivent faire les évèques et pasteurs ; comme lit notre Seigneur , en la parabole de la brebis perdue (1);

Des hiatof rea natnralles, des herbes, des plantes , des animaux , de la philosophie , et enfin de tout.

LessimililDilendmchoBeB triviales, étant subtilement appliquées . sont excellentes , comme notre Soigneur fait en la parabole (ipla semence (i).

(^Ileri qui Hont tiréei des histoires naturelles ; si i'hiiitoire est belle et l'application belle, c'estun double lustre; comme celle de l'Écriture , de la rénovation ou rajeunissement de l'aigle pour notre pénitence (3).

Or il y a un secret en ceci , qui est ex-

trèmemcnl profitable au prédicateur ' c'est défaire des similitudes tirées de l'Ecriture, de certains lieux uù peu de gens les savent remiirquer; et ceci se fait par la méditation des paroles.

Exemple. David, parlant du mondain , dit 1 reriil memoria eorum cum sonj/u (j). Je tiro deux similitudes de deu: choses qui se perdent avec le son. (Juuna on casse un verre, en se cassant il |>ér,t en sonnant: ainsi les mauvais périj.-tnt

TRAITÉ

avec un peu de bruit, on parle d*eux à leur mort. Mais comme le verre cassé demeure du tout inutile , ainsi ces misérables , sans espoir de salut , demeurent à jamais perdus.

L'autre, quand un grand riche meurt on sonne toutes les cloches , on lui fait de grandes funérailles; mais, passé le son des cloches , qui le bénit? qui parle de lui? personne.

S. Paul parlant de celui qui n*a point de charité et fait quelques œuvres , il dit que factuê est sicut œs sonans , aut cymbalum tinniens (4). On tire une similitude delà cloche , qui appelle les autres à Téglise et n^ entre point ; car ainsi un homme qui fait dea œuvres sans charité, il édiGe les autres et les incite au paradis , et il a*y va point lui-même.

t in. EipwloM aétaphorifOM propm à tofmm ém

•imlUUidM.

Or, pour rencontrer ces similitudes , il faut considérer les mots, s'ils ne sont point métaphoriques ; car quand il^ le sont, tout aussitôt il y a une similitude à qui les sait bien découvrir. Par exemple : Fiammandatorum tuorum cucurri , cum dilatasti cor meum (2) : il faut considérer ce mot dilatasti y et celui de cucurri; car il se prend par métaphore. Or maintenant il faut voir les choses c[ui vont plus vite par dilatation ; et vous en trouverez quelquesunes, comme les navires quand le vent étend leurs voiles. Les navires donc qui chôment au port , sitôt que le vent propice les saisit aux voiles , et qu'il les emplit et fait enfler, ils cinglent. Ainsi , lorsque le vent favorable du Saint-Esprit entre dans notre cœur, notre ame court et cingle dans la mer des commandements.

Et certes qui observera ceci fera fructueusement beaucoup de belles similitudes, esquelles similitudes il faut observer la décence à ne dire rien de vil, abject et sale.

S iT. Dm aatnt applicâtlonf plat fndlrectM de VÉerlian, permise! aTOO modértUon.

Après tout cela je vous avise qu'on se peut servir de TÉcriture par application avec beaucoup d'heur , encore que bien souvent ce qu'on en tire ne soit pas le vrai

(1) Si Je n'ai pas la charité. Je hais semblable à nne cloche qui sonue ou a uuc cymbale qui retentit. I. Cou.

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