LETTRE CL
s. FRANÇOIS DB SALES, A MADAMB DE CHANTAL.
(Tirée de la Tie de la nère Blonay, par Ch.-AQf. de
Sales.)
11 lui fait ptrt de l'acquisition de mademolfeUe de Bionay pour sa Tuiure coDgrégatioii.
Vers le S5 décembre 1609.
Courage, ma fille. Dieu nous veut aider en notre dessein ; il nous prépare des âmes d'élite. Mademoiselle de Bionay, de laquelle autrefois je vous ai parlé , m'a déclaré son désir d'être religieuse. Dieu Ta marquée pour ôtrc de la congrégation. Je lui ai dit de me laisser gouverner son secret, et je veux me rendre bien soigneux de servir cette ame en son inspiration ; car Dieu m'a donné quelque mouvement par-
•fSO
LETTRES
ticulier Ià-drs5us. Je tiens déjà cette fille pour vôtre et pour mienne.
FRAGMENT
Il est toujours plus vrai que Dieu nous a donné mademoiselle de Blonay : vous verrez que vous raimcrez lorsque vous la connoilrez; et je serai le plus trompé du monde , ou Dieu la dispose à quelque chose de bien grand et de bien bon selon notro dessein.
LETTRE ai.
8. FRANÇOIS DE SALES, A M. BRETA1GNE , CONSEILLER AU PARLEMENT DE BOURGOGNE.
(I/orlcInal appartenott i M. Landrlo , prêtr« de la ml«> •ion de S. Laure.)
Polilesso pour le commenceroenl de l'année.
Monsieur,
ta décembre 1608.
Cette année , qui se passe en ces deux jours suivuns , me sera mémorable pour avoir en icelie reçu le bien de votre amitié etconnaissance. Avant donc qu*cllc finisse, je me veux ramentevoir en votre souvenance, et vous supplier de me conserver en cette nouvelle année venante le même bonheur que vous m*avez donné en celle-ci.
Elles s'en vont bien vite, ces années, et nous vont ravissant après ou plutôt avec elles : mais que nous en doit-il chaloir, puisque , moyennant la miséricorde de Dieu, elles nous vont fondre et abtmer dans une profonde éternité? Je suis, toute ma vie , monsieur, votre , etc.
LETTRE an.
s. FRANÇOIS DE SALES , A UNE DAME MARIÉE.
11 rinslruit comme il faut haïr ses défauts avec tranquillité, et à ne désirer inutilement ce qu'elle ne peut avoir.
20 janTler iM9.
Madame , il n'y a point de doute que vous vous expliqueriez bien mieux et plus librement à vive voix que par écrit : mais , en attendan t que Dieu le veuille, il faut cm • ployer les moyens qui se présentent.
Voyez- vous, les assoupissemens , ailangourissemens et engourdisscmens des sens ne peuvent être sans quelque sorte de tristesse mensuelle; mais tandi> que volrc vo* lontéet le fond de votre esprit est bien ré-
solu d'être tout à Dieu , llii*y a rien Acrtfndre : car ce sont des imperfections naturelles , et plutôt maladies que péchés ou défauts spirituels. Il faut néanmoins s'exciter et provoquer au courage et activité d'esprit tant qu'il vous sera possible.
Ohl cette mort est hideuse, ma chère Olle , il est bien vrai , mais la vie qui est aa delà , et que la miséricorde de Dieu noos donnera, est bien fort désirable aussi; et si il ne faut nullement entrer en défiance, car, bien que nous soyons misérables, sine le sommes-nous pas à beaucoup près de ce que Dieu est miséricordieux à ceux qui ont volonté de l'aimer, et qui en lui ont logé leurs espérances. Quand le B cardinal Borromée était sur le point de la mort , il fit apporter l'image de son Seigneur mort, afin d'adoucir sa mort par celle de notre Sauveur. C'est le meilleur remède de tous contre l'appréhension de votre trépas, que la cogitation de c«lui qui est notre vie , et de ne jamais penser à l'un qu'on n'ajoute la pensée de l'autre.
Mon Dieu 1 ma chère fdle , n'examines point si ce que vous faites est peu ou prou: si c'est bien ou mal , pourvu que ce ne soit pas péché , et que tout à la bonne foi vous avez volonté de le faire pour Dieu. Tant que vous pourrez, faites parfaitement ce que vous ferez , mais quand il sera fait , n'y pensez plus, ainsi pensez à ce qui est à faire. Allez bien simplement en la voie de notre Seigneur, et ne tourmentez pas votre esprit. Il faut haïr nos défauts , mais d'une haine tranquille et quiète , non point d'une haine dépiteuse et troublée : et s'il faut avoir patience de les voir, et en tirer le profit d'un saint abaissement de nous-mêmes. A faute de cela , ma fille , vos imperfections , que vous voyez subtilement , vous troublent encore plus subtilement, et par ce moyen se maintiennent, n'y ayant rien qui conserve plus nos tares que l'inquiétude et l'empressement de les ôter.
C'est une rude tentation de se déplaire en s'attristant au monde, quand il faut être par nécessité. La providence de Dieu est plus sage que nous. Il nous est avis que changeant de nature , nous nous porterons mieux : oui , si nous nous changeons nousmêmes. Mon Dieu, je suis ennemi conjuré de ces désirs inutiles , dangereux et mauvais : car, encore que ce que nous désiroos
est bon, le désir est néanmoins mauvais , puisque Dieu ne nous veut pas cette sorte de bien, mais un autre, auquel il veut que nous nous exercions. Dieu nous veut parler dedans les épines et le buisson, comme il fit à Moïse ; et nous voulons qu'il nous parledans le petit vent doux et frais, comme il fit à Ëlie. Sa bonté vous conserve , ma fille; mais soyez constante, courageuse , et vous réjouissez de quoi il vous donne la volonté d*étre toute sienne. Je suis en elle Ute-entièrement votre , etc.
LETTRE CLin.