FIANÇOIS DE SALES, A MADAHB DE CHANTAL
(Tirée 4o moMf t. de la Visitât de Tonlonie).
Eifoi de quelques exemplaires de l'Introduction é I0 vie dévote f pour plusieurs personnes.
Fin rérrler 160».
Mon Dieu 1 que vous serez la bien venue, ma cbère fille ; et comme il m*est avis que oion ame embrasse la vôtre chèrement I Fartez donc au premier beau jour que vous verrez , après que votre cheval se sera délassé, lequel, sans doute, on ne pourroit pas bien vous renvoyer, sinon depuis trois jours en çà, pour les dernières pluies qui tt&t tombées en ce pays. Je vous souhaite bon et heureux voyage , et que ma petite fiUe ne soit pas mallement du travail du diemin , mais arrivant de bonne heure le soir, et la faisant bien dormir, j'espère qu'elle fera prou.
M. de Ballon désire tant que vous fassiez foCre gtte chez lui , que je suis contraint aoaû de le désirer pour la bonne amitié qu'il nous porte.
Madame du Puits-d'Orbe m*avoit écrit qn'elle désiroit de venir avec vous ; mais ai la saison n'est pas propre pour elle , ni je ne voudrois pas l'avoir en tem()s si in- QODUDode comme est le carême. Je lui écris donc qu'elle attende le vrai printemps , et qQ*eUe vienne en litière ; afm que si lune de ses sœurs veut l'accompagner, elle le pme faire sans appréhension d'aller à cheval. Je lui envoie le livre ci-joint (4) , raulre a mademoiselle de Travos selon folie désir. Le père de Mandi m'en demandoitun : si vous lui donnez celui que
m VintroémHon à !• vie dévoii
VOUS avez, je vous en renarui un pius brave ici; car encore le faut-il consoler. J'en voudrois envoyer à plusieurs personnes; mais je VOUS assure que pour tout il nen est venu que trente en ce pays , et je n'ai pu fotimir à la dixième partie de ceux à qui j'en devois donner : il est vrai que jo n'en suis pas tant en peine , parce que je sais que de delà il y en a plus qu'ici. J'ai cru néanmoins que je devois en envoyer un à M. de Chantai (4) , et qu'il s'offenseroit si je ne le faisois; c'est pourquoi le voilà.
Ou ai-je à vous dire de plus , ma chère fille 1 Mille choses , mais que je n'ai nul loisir d'écrire, car je veux que Claude parte sans plus tarder. Sachez seulement , ma vraie fille , que je suis tout plein de joie et de contentement do quoi votre Groissy (2) parle non-seulement avec respex;t, mais avec un amour tout affectionné , de vous et de messieurs vos pères , et , ce qui me platt le plus , de ma chère petite Aimée ; jo vous dis la vérité , il ne me sauroit plus donner de plaisir que par là, et vraiment j'espère que tout ira fort bien , et qu'il ne demeurera nul sujet de contentement à personne.
Ne vous repentez point de m'avoir écrit des douze cents livres; car vous ne vous devez nullement repentir de nen qui se passe avec moi.
Hé bien, je verrai donc bien des misères, et nous en parlerons, à mon avis à souhait.
Ma mère désire que vous fassiez votre petit délassement à Sales , où elle vous attendra pour vous accompagner ici ; mais ne croyez pas que je vous y laisse sans moi : non pas , certes , car ou je vous y attendrai, ou j'y serai aussitôt que je vous y saurai. Je n'écris point à votre commère , car j'aurai loisir de l'entretenir bien au long : et si , je confesse que vous m'avez fait bien plaisir de la mettre sur votre train, bien que pour elle il faudra peut-être que je me mette en dépense , afin qu'à son retour elle fasse bon récit de ma magnificence. Voyezvous, je ris déjà dans le coeur sur l'attente de votre arrivée.
(1) Le beau-père de madame la btroant de CluuiUL (1) C'esl an frère de notre Selat
USTTRES
LBTTftECUV.
lTarcubvéque de yibnnb , pierre de Ta
(Tlrét de It vto do Salol. par CIi.-Ah- ^ S«Im.)
Eloges de VlntrodMclûm âlmvit détot$.
n mtn 16M.
Monsieur, le livre spirituel que vous venez de mcllrc sous la presse me ravit , m'échauffe, m*cxlasie tellement, que je n*ai ni langue ni plume pour vous exprimer l'affection dont je suis transporté pour vou?, par rapport à ce grand et signalé service que vous rendez à la divine bonté , et à Ta- Yantage inestimable qui en reviendra à oeux qui seront assez heureux de lire cet ouvrage comme on le doit lire. Mais que ne devoît-on pas attendre d'un évéque do Genève tel que vous, sinon quelque ouvrage, entre autr^, qui mit un à Tiniamie de Genève, qui a infecté toute r£urope par son hérésie?
Je ne nie pas que les livres si savamment écrits par tant de docteurs excellents, dont le cardinal BcIIarmin est le chef, n'aient beaucoup servi contre les hérésies de ce siècle ; mais je ne puis aussi m'empécher de dire et de soutenir que ceux qui ont écrit sur la morale et sur la dévotion , n*y ont pas apporté un remède moins efficace. Je pourrois , je voudrois et je devrois passer outre , et préférer les controversistes , s'il étoit question de combattre l'erreur de front , car l'erreur n'étant que la matière des hérésies , et l'obstination hà forme , la doctrine qui éclaire l'entendement remédie à la matière ; mais aussi la vertu , la dévotion , l'ardeur de la piété qui fléchit la volonté , et qui en bannit Topiniétreté , dominent sur la forme qui tient le premier rang dans Tcssenco ; de manière qu'à ce compte il faut , ou que la doctrine des controverses cède A colle de la piété et de la dévotion , ou du moins qu'elle se l'asseoie , tellement qu'en lui cédant sa nécessité elle reconnoisso que sans elle on n'avance rien. £n voici la raison.
Tout pécheur est ignorant; et, quoique dans la spt^culation il puisse dire, je vois le bien et l'approuve, parce que rcntenc'ement est vaincu par la vérité , dans la pra- j tique il coniessera qu'il fait mal, ^Kin^o que la passion mal réglée l'emporte : de façon
que quand le feu de la ooDCopiioeooe ail tombé sur les âmes passionnées, elles oe voient point le soleil. U fout donc bonifier la volonté, pour empêcher qu'elle ne nuiso à l'illumination efficace de l'entendement; et c'est ce que font les livras spirituels qui commencent par la doctrine purgative pour dépouiller les âmes de toutes les mauvaiseB habitudes incompatibles avec le vrucbri»tianisme.
Or, monsieur, continues de servir d'in* strument à la divine sagesse, rembarrant l'erreur des hérétiques par la doctrine des controverses , et conduisant les volontés dépravées dans le chemin de la vertu, par vos traites de piété et dévotion. Sans doute la réformation des mœurs éteindra les hérésies avec le temps, cx)mmc leur dépravation les a causées, puisque l'hérésie n'est Jamais le premier péché.
Excusez , s'il vous platt , ma prolixité. Il m'a fallu contenter mon ame, en lui donnant la satisfaction de vous marquer sa joio et son contentement sur votre beau et boa livre, que je ne puis assez louer.
FRAGMENT
Je no déSQtoue pas que je n'aie fait uns grande fôte de votre Intfoduotion en phh> sieurs bonnes compagnies ; mais ce n*est pas ma recommandation qui l'a mise en vo* gtie : elle vole de ses propri*8 ailes , elle est douoe de son propre sucre, elle est embei» lie et enrichie de ses propres couleurs et de ses joyaux. Celui qui a du bon vin , n'a pas besoin d'enseigne.
LErniE CLV.
9 FâANÇOIS DE SALES, A PIERRE DE VILLABS, ▲ACHEVÂQUE OE VIENNE, METROPOUTAIH DE GENàVE.
Réponse à la leUre précédente. II le remercie dei doget qu'il veut bien donner à «on livre ; Il lui fait pari des raisons qui l'oiit dotarminé A It composer et à le mettre au jour; il lui parle dm projets de quelques autres ouvrages.
Monseigneur, je reçus le huitième de oe mois la lettre qu'il vous plut m'écrire le 25 de l'autre prochain passé, et proteste que rien ne m'est arrivé, il y a long-ti^mps, qui m'ait rempli de tant de joie et honneur; car mon ame qui rccevoit la vôtre d'un grand respect, désiroit par quelque heu*
reine rencontre avoir quelque digne accès à votre bienveillance : mais comme le pou* Toîs-je espérer, étant cloué et aflligé à ces montagnes, et si indigne de votre consi* léralion ?
Et voici néanmoins que Dieu a voulu me ^venir de cette consolation, de laquelle e remercie très-humblement sa bonté, et me sens fort obligé à la vôtre, qui s*y est fi aimablement inclinée. C'est un grand fruit que ce pauvre petit livre m'a rendu, et lequel certes je n*attendois pas; mais pour lequel seul, pli^i que pour aucun autre duquel je me sois aperçu jusqu'à présent, je les veux désormais aimer et cultiver.
Vous avez bien remarqué, monseigneur, que cette besogne ne fut jamais faite à des* sein projeté. C'est un mémorial que j'avois dressé pour une belle ame qui avoit désiré ma direction ; et cela emnii les occupations du carômc, auquel je préchois deux fois la semaine. Elle Icr montra au révérend pèro Forier, lors recteur du collège de Chambcri, et maintenant de celui d'Avignon, qu^elle savoit être mon grand ami , et auquel 0iéme je rendois souvent compte de mes actions. Ce fut lui qui mo pressa si fort de faire mettre au jour cet écrit : après l'avoir hâtivement revu et accommodé do quelques petits agcnccmcns, je l'envoyai à Timprimeur; c est pourquoi il s'est présenté à vos yeux si mal accommodé.
Mais puisque, tel qu'il est, vous le favorisez de votre approbation, si jamais il retourne sous la presse , je me délibère do l'agencer et accroître de certaines pièces qui , à mon avis, le rendront plus utile au public, et moins indigne de la faveur quo vous lui faites.
Et puisque vous m'exhortez, monseigneur, de continuer à mettre par é<Tit ce que Dieu me donnera pour Tédification do «on Église, je vous dirai libromcnl et avec conficince mes intentions pour ce regard. Tout me manque, sans doute , pour l'en- Ireprise des œuvres de grand volume et do longue haleine ; car vraiment je n'ai nul suflisanco d'esprit (H)ur cela. Il n'y a peutêtre évoque à cent lieues autour de moi qui ait un si grand embrouillement d'affaires que j*ai. Je suis en lieu où je ne puis avoir ni livre ni communications propres à tels cflcts. Pour cela , laissant aux grands ouitkn les grands desseins, j'ai conçu cer-
tains petits ouvrages moins laborieux, et néanmoins assez propres à la condition de ma vie, non-seulement vouée, mais consacréo au service du prochain pour la gloire de Dieu. Je vous en présente brièvement les argumcns.
Je médite donc un livret do l'amour do Dieu, non pas pour en traiter spéculativement, mais pour en montrer la pratique en lobscrvation dcscommandemcnsde la première table ; celui-ci sera suivi d'un autre, qui montrera la pratique du même amour divin en l'observation des commandomens de la seconde table : et tous deux pourront être réduits en un volume justo et maniable. Je pense aussi de pousser dehors un jour un petit calendrier et journalier pour la conduite de l'ame dévoto , auquel jo représenterai à Philotée des saintes occupations pour toutes les semaines do l'année.
J'ai de plus quelques matériaux pour l'introduction des apprentis à l'exercico do la prédication évangélique, laquelle je voudrois faire suivre de la méthode de convertir les hérétiques par la sainte prédication: ot en ce dernier livre je voudrois, par manière de pratique, défaire tous les plus apparens et célèbres argumens de nos adversaires ; et ce avec un style non-seulement instructif, mais affectif, a ce qu'il profilât non-seulement à la consolation des catholiques, mais à la réduction des hérétiques; à quoi j'emploierois plusieurs méditations que j'ai fuites durant cinq ans en Chàblais, où j'ai prêché sans autres livres quo la Bible, et ceux du grand Bcllarmin.
Voilà, monseigneur, ce quo mon petit zèle mo suggère; lequel , n'étant pas a l'aventure secundûm icienliam^ le temps, le peu de loisir que j'ai, la reconnoissance de mon inibérillilé modéreront; bien que sans mentir votre autorité l'ait bient fort enflammé parle favorablo jugement quevoui^ faites de ce premier livret, duquel encore faut-il que vous di^e ce r|ue M. notre évoque de Montpellier m'a écrit.
Il m'avertit que je me tiens trop pressé et serré en plusieurs endroits, no donnant pas assez de corps à mes avis; en quoi, sans doute, jo >ois qu'il a raison : mais, n'ayant dressé cette besogne que pour uno amo que jo voyois souvent, j'affoctois ta brièveté en cet écxit, ix)ur la commodUô que j*avoi8 de m'élondro en paroles*
LETTRES
L'autre chose qu'il me dit, c'est que»
pour une simple et première introduction, je porte trop avant ma Philotée ; et cela est arrivé parce que l'ame que je traitois étoit déjà bien fort vertueuse, quoiqu'elle n'eût nullement goûté la vie dévoto ; c'est pourquoi, en peu de temps, elle avança fort bien.
Or à l'un et à l'autre de ces défauts je remédierai aisément , si jamais cette /niroduction se réimprime : car , pour fmir par où j'ai commencé, l'honneur qu'elle me donne m'ayant ouvert le chemin à votre amitié , et l'opinion que vous avez qu'elle sera proGtable aux âmes, sera cause que je l'aimerai, et lui ferai tous les biens qu'il me sera possible.
Mais, mon Dieu ! que direz-vous de moi, monseigneur, me voyant épancher mon ame devant vous avec autant de naïveté et d'assurance, comme si j'avois bien mérité l'accueil que vous me faites, et l'accès que vous me donnez? Je suis tel, monseigneur; et votre sainte charité me donne cette libre confiance, et outre cela me fait vous conjurer, par les entrailles de notre commun et souverain objet et Sauveur, de me continuer ce bien que vous avez commencé à me départir, non-seulement me communiquant la suavité de votre esprit, mais me censurant et avertissant en tout ce que votre dilcction et zèle vous dicteront; vous promettant que vous rcncx)ntrerez un cœur ca|)able quoique indigne do recevoir de telles faveurs. Dieu vous conserve longuement. Monseigneur, votre, etc.
LETTRE aVI.
L'ARCIIEv£qU£ DK vienne, a s. FRANÇOIS
DE SALES
(Tirée de la Tie du Saint, par Cb.-AnK. de Salei.)
II l'encourage h exécuter les ouvrages dont il lui a parlé, en faisant voir les heureux elTets qu'ils doivent produire.
Aprèsle8«Trill<09.
Monsieur, votre dessein des deux traités sur les deux tables disposera des échelles et des degrés au cœur de ceux qui seront si heureux que de les lire, relire et retenir ; car ils arriveront par ce moyen au plus haut faîte de la charité, qui accomplit la loi , et en quoi consiste vraiment tout l'homme; comme sans elle tout l'homme, quelque grand qu'il puisse être en tout lo
reste, quelle que soit son exoellenoe, doit dire : Je ne suis rien.
Le dessein du calendrier sera la tablature dont Philotée se servira sur le clavier de son épinette organisée , pour conserver la mémoire des plus beaux airs spirituels, que la nécessité du corps et les autres occupations extérieures lui font interrompre actuellement plus souvent qu'elle ne voudroit. Ces cinquante-deux semaines, quoique réitérées plusieurs années, ne lui doreront rien ; lui représentant les deux septénaires de la gloire de l'ame et du corps , qui suivront le grand jubilé qui ne finira jamais.
Par les deux derniers projets que vous méditez, vous peuplerez la monde de prédicateurs qui vous imiteront ; et j'ose me promettre, s'il plaît à Dieu, que vous met^ tiez au joi:r ces belles conceptions , de voir un si grand nombre de conversions , tant des hérétiques que des libertins, que l'on sera contraint d'avouer qu'on n'aura jamais trouvé une semblable méthode. Et puis , vous appelez cela de petites entreprises, des entreprises de courte haleine, de basse étoffe; et je persiste néanmoins dans tout ce que ma précédente vous représentoit de la valeur de votre livre audessus des grands et immenses volumes de plusieurs qui s'essaient à combattre rhérésie, dont l'obstination ne peut être vaincue que par l'amélioration des volontés , si je puis user de ce terme ; et c'est à quoi la réformation des mœurs sert directement.
Faites donc , monsieur, que votre zèle, qui est vraiment selon la science des saints, exécute ce que vous daignez me communiquer. Pour moi , je n'y puis contribuer en rien que par cette instante réquisition que je vous en fais pour la gloire de Dieu et le service de son Eglise.