SUT, V. IL
de la continuelle souvenance que f ai de votre douce bienveillance , en laqueUe, certes, mon esprit s'esjouit grandement et plus que je ne saurois dire.
Je pensois être ce carême à Salins au eomté de Bourgogne , puisque ceux de cette ville-là, m'en ayant fort conjuré, m'avoient obtenu de son altesse ; mais à même que jevoulois partir, ils m'envoyèrent deux des iours, qui m'annoncèrent que M. l'archeféque leur avoit absolument refusé permission de me donner leur chaire.
-le ne sais pas le pourquoi selon les hommes ; mais je crois que Dieu en a ainsi disposé pour une douloureuse satisfaction que fai eue ces jours passés de donner l'extrême bénédiction , et de fermer les yeux à ma bonne mère mourante. Car puis-^ qn'ainBi il plaisoit à Dieu de la retirer, ce m'est du contentement de l'avoir servie et asBÎstée en ses derniers travaux , et même d'autant que c'étoit une des plus douces et innocentes âmes qu'il éloit possible de trouver, et à laquelle la providence de Dieu a été fort propice en ce trépas , l'ayant fort lieureusement disposée à cela.
Voyez-vous , monsieur , je m'allège à fous dire ceci ; car c'est grand cas comme c'est une heureuse et suave rencontre à un cœur aucunement blessé de pouvoir se communiquer, quoique par leltres seulement , i un cœur si doux , si gracieux , si cher, si précieux et tant ami, comme le vôtre m'est par votre bonté , en laquelle je vous conjure toujours de me continuer fermement , avec assurance que je suis sans fin ni réserve , monsieur, votre , etc.
Nous attendons toujours que Monsieur inenne , et n'en avons néanmoins point de particulières nouvelles. Il est vrai que je ne les saurois apprendre de mon bréviaire, duquel seul je me mêle , et de prier notre Soigneur. J'excepte M. de Charmoisy, que vifois fort souvent.
LETTRE CLXXra.
■. FBiMIOT, A S. FRANÇOIS DE SALES.
<nr«« de la tlo ds Saint, par Cli.-Aag. de Sales.)
U l«i marque la dooleur »ur le départ de ta chère lUe , mais aoe douleur iranquille et pleine de
véeigoifon. ^ ^.,.
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MtttcAJgJCUf,
Ce papier devroit être marqué de plus de UL
larmes que de lettres , puisque ma fille, en laquelle j'avois mis la meilleure partie de ma consolation pour a^. monde , et du repos de ma misérable vieillesse , s'en va , et me laisse père sans enfans. Toutefois, à votre exemple , monseigneur, qui , à la mort do madame votre mère, avez pris une ferme et constante résolution , je me résolve et me conforme à ce qui platt à Dieu. Puisqu'il veut avoir ma Gllo pour son service en ce monde, pour la conduire par ce chemin dans la gloire éternelle, je veux bien montrer que j'aime mieux son contentement, avec le repos de sa conscience , que mes propres affections.
Elle va donc se consacrer à Dieu ; mais c'est à la charge qu'elle n'oubliera pas son père , qui l'a si chèrement et tendrement aimée. Elle emmène deux gages , l'un desquels j'estime heureux , puisqu'il entre en votre bénite famille; pour l'autre, je voudrois bien qu'elle voulût nous le conserver. 4 l'égard de son fils, j'en aurai le soin qu'un bon père doit à ses enfants ; et , tant que Dieu aura agréable de me laisser en cette vallée de pleurs et de misère, je le ferai élever en tout honneur et vertu.
Je vous supplie très-humblement, monseigneur, de me continuer toujours vos bonnes volontés, et de croire que je ne désire rien plus , après les grâces et bénédictions de ce bon Dieu , que j'implore et dont j'ai bien besoin , que d'être conservé en votre souvenance, et de demeurer toutu ma vie, monseigneur, votre , etc.