‹ Œuvres complètes; nouvelle édition collationnée et augmentée des lettres de Sainte Chartal, des lettres inédites de l'auteur, du portrait de lui et d'autographes (volume 3)Chapitre 118 sur 450 · LETTRE CLXXX · texte numérisé non relu

LETTRE CLXXX

jrÇOIS DE SALES, A MADAME LA PRÉSIDENTE DE HERCE.

one grande ardeur de servir une dame conduite de son ame. 11 la console sur rises des passions qu'elle ressenioi>, et s etoit alarmée. Il lui apporte l'exemple al. L'amour-propre ne meurlqu'avec le I sufQt de ne point consentir à «es allaa nature n'est point indifTérenlc aux ians cette vie mortelle; notre Seigneur est unexempledans sa passion. Hemëde llies de l'amour-propre. Comparaison 10 luth qui n'est point d'accord. M. l'éeBelley etoit venu voir le saint prélat, prêché chez lui. Le saint avoit été par- Q enfant de la dame à qui il écrit, et Tanmé François en le baptisant; il dit des harmantea de cet enfant, qui n'avoii ; guère qu'un an, étant né pendant son voyage en France.

AnnecT, 7 Juillet 1610.

ne , Dieu notre Sauveur sait bien les affections qu'il a mises en mon Ile de vous chérir infiniment , et lorer très-parfaitement est Tune Tortes , et tout à fait invariable , de vicissitude et d'oubli. Or sus , testation étant faite très-religieuje vous dirai ce petit mot de lide franchise , et recommencerai à imer du nom cordial de ma trèsle , puisqu'on vérité je sens bien is votre père d'affection, js-chère fille donc , je ne vous ai it ; mais dites-moi , je vous prie , n'avez-vous écrit depuis mon rece pays? Mais pour cela vous ne )as oublié; ô certes ni moi non •je vous dis en toute fidélité et que ce que Dieu a voulu que je ;e , jele suis, et sens bienque je le imais très-constamment et trèst, et ai en cela une très-.-inguIière ance accompagnée de beaucoup ation , et d'utilité pour mon esprit.

dois que vous m'écrivissiez , non

point pour penser que vous le dussiez»

mais ne doutant point que vous le feriez , et que par ce moyen je vous écrirois un peu plus amplement. Mais si vous eussiez tardé davantage, croyez-moi, ma trèschère fille, je no pourrois plus attendre, non plus que jamais je ne pourrai omettro votre chère personne et toute votre aimable maison en l'offrande que je fuis journellement à Dieu le père sur l'autel , où vous tenez en la commémoration que j'y fais des vivans un rang tout particulier : aussi m'êtes -vous tout particulièrement chère.

0 je vois , ma très-chère fille , dedans votre lettre un grand sujet de bénir Dieu pour une ame en laquelle il tient la sainte indifférence en effet , quoique non pas en sentimens. Ce n'est rien , ma trè&-chère fille , que tout ce que vous me dites de vos petites saillies. Ces petites surprises des passions sont inévitables en cette vie mon* telle ; car pour cela le grand apôtre crie au> ciel (4) : Hélas 9 pauvre homme que je suis ! je sens deux hommes en moi , le vieil et le nouveau; deux lois, la loi des sens et la loi de l'esprit; deux opéra^ fions , de la nature et de la grâce. Hél qui me délivrera du corps de cette mort?

Ma fille , l'amour-propre ne meurt jamais qu'avec notre corps , il faut toujours sentir ses attaques sensibles ou ses pratiques secrètes , tandis que nous sommes en cet exil. Il sufilt que nous ne consentions pas d'un consentement voulu, délibéré, arrêté et entretenu : et cette vertu de Tindiflércnce est si excellente , que notre vieil homme , en la portion sensible , et la nature humaine , selon les facultés naturelles, n'en fut pas capable , non pas même en notre Seigneur , qui , comme enfant d'Adam , quoique exempt de tout péché et de toutes les appartenances d'icelui , en sa portion sensible et selon ses facultés humaines, n'étoit nullement indifférent, ainsi désira ne point mourir en la croix, rindifférence étant toute réservée , cl l'exercice d'icclle à l'esprit , à la portion supérieure , aux facultés embrasées do la

(1) Condelector iegi Del Mcoadùm iBlerlorem liom:< neoa : viUoo autem aliam legem la nembris roeis repa- Knantem IckI mentla me», et captiranlern rae iu k^e peccall qaiP est In membris mei». Infellx Cfo lioœot qui» me liberablt de corpore moiUa b«)ttsr A» Ion., c. vu.

LETTRES

graco , et en somme à luI-mAme en tant qu'il étoitio nouvel homme.

Or 8US demeurez donc en paix. Quand il nous arrive de violer les lois do Tindiffércnce es choses indifférentes , ou pour les soudaines saillies de ramour-|>ropre et de nos passions, prosternons soudaine^ meut , sitôt que nous pouvons , notre ccBur devant Dieu , et disons en esprit de confiance et d'humilité : Seigneur , mitéri" corde , car je suis infirme (4). Relevonsnous en paix et tranquillité , et renouons le filet de notre indifférence , puis continuons notre ouvrago. Il ne faut pas ni rompre les cordes ni quitter le luth quand on s'aperçoit du désaccord : il faut prêter Toreille pour voir d'où vient le détraquement, et doucement tendre la corde, ou la relâcher selon que Tart lo requiert.

Demeurez en paix , ma très-chère fiUe , et écrivez-moi confulcmmcnt quand vous estimerez que ce soit votre consolation. Je ffépoodrai toi^ours fidèlement et avec un plaisir particuHer, votre ame m'étant ehère comme la mienne propre.

Nous avons eu ces huit jours passés no^ tre bon monseigneur de Dollcy, qui m'a liavoriaé de sa visite , et nous a fait des ser^ mons tout à fait exoellens. Or pensez si noua avons souvent ptirlé de vous et do votre maison. Mais que do joie quand M. Jantet me disoit que mon très-cher petit Glleul étoil si gentil , si doux , si beau , et quasi déjà si dévot 1 Je vous assure en vérité , ma très-chère fille , que je ressens cehi avec un amour nonparcil , et me ressouviens de la grâce et douce petite mine avec laquelle il reçut, comme avec un respect enfantin , la fihation de notre Seigneur en mes mains. Si je suis exaucé , il sera saint , ce cher petit François : il sera la consohition de ses père et more, et aura tantde {laveurs sacrées auprès do Dieu , qu'il m'ob* tiendra le pardon de mes péchés , si je vis jusqu'à ce qu'il me puisse aimer actuellement. EnCn, ma très-chère fille, je suis très-parfaitement, et sans condition ni excc])lion Quelconque, votre, etc.

Quand vous craindriez lu [)erle de vos Icllres en chemin, bien que presque jamais il no s*en perd , vous pouvez bien ne point vous signer, car je connottrai bien loujoiir» vutre mnin.

(1) Mitercre m^l . Doaloe » <|iMriiai iBflrarai '•uw.

P%kU Tl t V. t.

Oserai-je bien vous supplier de prétentai mes très-humbles affections et mon service à nuaulame la marquise de Ueneloy? EUe est assez humble pour le trouver bon , ol le petit Françx>is assez sage pour le lui per^ suadcr , et madame de Chonoyse.

Encore faut-il que je salue madanw du La Haye.

LETTRE CLXXXl,

s. FRANÇOIS DE SALES, AU PRÉSIDENT îfÀVRB. ( Tirée de U DtlfOB rojil* dMdUMitf» S^yr.)

Lellni relative A dlCTérenlaf afbiref partico^

Hères.

• déodvkfetfiSb

Monsieur mon frère, avec mille actions de grâces des deux dernières lettres que vous avez pris l'incommodité de m'écrire parmi ce grand tracas qui vous accable, je vous supplie de ne jamais faire aucune sorte d'effort pour me donner ce contentement ; car encore que je confesse qu'il soit grand , si est-ce que celui de votre conservation et repos m'est incomparablement plus grand. Je me n^jouis de la bonne volonté du sieur chevaher Buccio; je doute pourtant que son altesse n'apporte quelque excuse à la nomination , à cause de la prétention (\) que messieurs de Saint- Lazare (2) ont employé le nom de la Sainta Maison (3) pour accroître la leur de ce bénéfice. Mais les essais ne peuvent point nuire, et peuvent réussir. 0 Dieu 1 j'ai le cœur à demi-gâté des alarmes qu'on ma donne d'une rude guerre pour M. le prince, bien que j'esi)ère en cette souveraine Pro* vidence qu'elle réduira le tout à notre profit.

Les bons pères feuillants écrivent aux leurs de Turin pour l'affaire do Talioyrcs , et moi encore avec eux. Jo vous supi>lio de recommander à Dupont do les remettre au premier qui passera en Piémont. Ces pères sont revenus lrès-i)leins do resi)ect et d'à* mour cordial pour vous et toute votre mai» son. La liile (4) se porte bien, et e^t toujours l)onno fille , jo veux dire toujours meilleure. Madame du Fond , ma Lanto , et comme je crois, votre hùtQs^o du Thouou,

(1) Ofl-à-dire, parce qu*ll prétend que aaessican dt SAlnt-Laure ont emploie, etc.

(tj U« (ibevallert de SâiDirUwre- (S) Ceat U Saiote |l»iaon de Thuooe doot II a'eflt

me prie, par une lettre, que je vous recommande l'aflaire qu'elle a au sénat ; Je De sais quelle elle est; mais elle , elle est certes digne de faveur pour mille raisons , entre lesquelles celle-ci me presse , qu'elle a été notre Rahab (I) en Giablais; hormis, que toute sa vie elle a été de bonne réputation , la comparaison en est bonne. Je prie notre Seigneur qu'il vous renforce de plus en plus pour porter le faix qu*ll a imposé sur vos épaules , et que ce soit par après très-longuement, car ce sera trèsbeureusement ensemble. Je suis, monsieur mon frère, votre très-humble frère et serviteur.

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