LE PRÉSIDENT FAVRB, A S. FRANÇOIS DS
SALES
(Tlrit de U vit da SâlDt . par Ch-Aaf . de Salei.)
Il le félicito tur les succès de son entreprise; U Texhorte A la nontinuerj et surtout à ne pat te décourager.
Abiim.
Quœ de sacrosancti epîscopi nostri optimorumquo omnium gratulatione scribi possunt, sic tu et repularc tecum , pro prudentià tuâ , debes , mi fratcr , et ex consobrini tui fîdehssimi relatione jam cognoscere potuisti. Quae vorô propria mea sunt , id est, quem ex absonliû luû dolorem ca- * pio , etsi non ab alio quàm à me ipso te inteliigere œquum est , vereor tamen ne videar importunus , si hanc amoris crga to tibi significationem adfcram , qusù tam insigne pietatis tua) officium , aut quam ex ofiicio percipis voluptatem , incommodé interpeilet
Illud scito , in summà omnium cxpcctatione esse, quid prœclarus iste conatus enixurus sit : non quôd quisquam vercndum cxistimet, ne tu ea omnia prajstare non possis, quae ab eximio et omni ex parte pncstanlissimo viro expectari deborent ; sed quoniam tibi cum eo génère hominum res est , ut verendum sit potiùs , ne, cum omnia praîstiteris , margaritas ante porcos sparsisse videaris.
Itaque sic plerosque omncs affectes video , ut , si féliciter cedit, lauda tores habiturus sis etiam improbos et perditos viros , non laudandi tui studio , vel impctu elalos , quod osset infamie proximum, sed virtutis veritatisque viribus fractos.
Si (quod abominor) aliter evencrit, boni sanc conatum laudabunt, ncc nisi haereticorum insaniam accusabunt ; pessimi tcmeritati tribuent quod industriaî potiùs et charitati christianae acceptum ferre debcrcnt ; omnosque plané fatebuntur, ncque animum tibi defuisse ad audendam rcni maximam , ncque ingenium ad agendam , sed saîculi potiùs felicitatcm ad peragendam. Nec ullos fore puto tam iniques bonarum
LETTRES
rcrum et aliens solcrti® œstimatorcs , ut non plus tibi laudis ex propriâ industriû , quam opprobrii ex aliéna infamiàaccodere deberc cxisiiment.
Me hoc unum malè habet , quôd parentem noslrum optimum de suâ salute adeô anxiè laborare animadverto, ut vix persuaderi à me possit nullo te urgeri perirulo , ac ne quidem , sic eni. j existimo , ullâ periculi suspicione. Confirme tamen quantum in me est, et bono animo esse jubeo, id sspissimè asseverans , do quo te nonputo dubitare, nunquàm me abs te dicessurum fuisse, si quam tibi velminimam suspicandi periculi causam relictam exislimassem.
Te intérim valero et bono animo esse cupio ; nam , si juberem , vereor ne tu me gailicè potiùs quàm latine locutum putares, quasi pnidentiaB et constanUse tus diûiderem, quae mibi omnium maiimè estexplorata.
Tout ce qui peut s'écrire des congratulations de monseigneur et do tous les gens de bien, vous pouvez vous l'imaginer, mon très-cher frère , selon votre prudence , et l'apprendre de la bouche de votre fidèle cousin . Mais pour ce qui me regarde , c'està-dire ce qui concerne le tourment quo je souffre à cause de votre absence , quoiqu'il ne soit pas raisonnable que vous le sachiez par un autre que par moi , je ne laisse pas ie craindre de vous être importun , si je vous donne ce témoignage de mon affection , qui est capable de troubler ce grand acte de piété qui vous occupe, ou du moins le grand contentement quo vous recevez de l'avoir entrepris.
Tout le monde est impatient de voir à quoi aboutira ce beau projet. Ce n'est pas qu'il y ait personne qui craigne que vous ne puissiez montrer tout ce qu'on peut attendre d'un homme très-accompli ; mais c'est que vous avez affaire à une certaine sorte de gens qui donnent lieu de craindre qu'après que vous aurez fait tout votre possible, vous ne sembliez avoir semé les perles devant les pourceaux.
Jo vois donc que la plupart sont dans cette opinion, que, si la chose réussit , vous serez loué mémo des plus méchans et des plus pervers ; non pas qu'ils aient le (N'^ir de vous louL'f , ou qu'ils s'en nattent en peine, ee qui seroil presque une infamie
pour vous , mais parce qu'ils sert traints de lo faire par ] éclat de la la force de la vérité.
lilais si ( ce qu'à Dieu ne p1ai3< dessein ne réussit pas , certes tous de bien loueront voln^ zèle , et n ront que la méchanceté des hérétiq plus méchans , qui devroient le n à votre capacité et à la charité ch qui vous anime , l'attribueront à té mais tous les autres confesseront s; tredit , que vous n'avez manqué ni rage pour entreprendre une chos portante, ni d'esprit pour lacondui plutdt de bonheur pour la porter '< fection , par la faute du siècle pré; reste , je ne pense pas qu'il y ait son.AS si peu équitables dans le ji que l'on doit porter sur les bonna et sur l'habileté des autres , pour avouer que vous ne méritez plus d ges à cause de votre propre indusi de blâme par rapport à Tinfamicde Tout ce qui me fâche, c'est que n père est dans une telle appréhens ne vous arrive du mal , qu'à peine lui persuader que vous êtes en ass et que , comme je le crois , il n'y moindre sujet de soupçonner du iwur vous. Je le rassure tant que j( je lui dis de prendre courage ; lu tant bien souvent , ce dont je no p que vous doutiez, que je vous auro quitté si j'eusse prévu qu'il vous fù moindre danger à craindre.
Cependant je désire que vous v< tiez bien , et je vous prie de no pc décourager. Je dis que je désire ( vous prie ; car jecraindrois, en me d'un terme de commandement , c
' ne vous imaginiez que j'ai voulu ps tôt françois que latin , comme :
défiois de votre prudence et de v( stance, dont j'ai une connoissance ]
, faite quo qui que ce soit au monde
i LETTRE XI , ou FRAGME!
IK PaésinENTFAVRE, A S. FHANÇOISI
(TIrie de U rie da Saint, par Ch.-Aar. d*
I Véme sujet que la préccdeiUo
BoaMviiItt tn Ftacif n
l<}ebuloiM)i« istos Deus malè p(
DE S. FRANÇOIS bE SALES.
dfudûs îfi tehcbrfâ versabuntur, quarum fugandarum gratift lux mihi mea ercpta p?t! quanquam idipsum est quod me maxime consolatur, quôd de praeclaris tuis oonatibus tam benè spero quàm qui oplimè ; nec dubilo quin tuam et industriam et dilîgentîam , sed prœcipuè pielatem , Beus optimus maximus slt forlunaturus.
Malheur à ces misérables , s'ils demeurent plus long-temps dans leurs ténèbreâ , puisque c*est pour les dissiper qiic ma lumière m'a été ôtée. Quoi qu'il eh soit, co qni me console davantage , mon très-cher frère, c'est quil n'y a personne qui ait lihe neilleure espérance de succès de votre entreprise que mei ; et je ne doute nullement que notre grand Dieu , qui est la bonté oème, ne bénisse votre application et votre diligence , et surtout votre piété.
LETTRE XIL
LB PlisiDENT FATRfi, AS. FRANÇOTS DE SALES.
(Tiré* éê la vte eu Stint, par Ch.-Aag. d« Sales.)
innfomie (fae le dac dft Savoie, Instrait de mu IraTauXy e^t résolu à l'aider de son appoi. Il rnborte à coaiinuer sa mission.
GbfnMrl.llll
Tuas de hsereticis prœclaras victorias flores majoresqtie \h singulos dies aiidio , titique eo nomine ut et toti christianœ rol^oni mirificè gratulor , vel ob id maxime qnèd ex ipsis episcopi nostri litteris inteliexi, cohatus istos serenissimo principi nostro, non tantùm prospectos esse , sed ctiam jrobatos, dignosque visos aùos omni studio le voluntate proscqui et acijuvare deboret.
Venio ad po.-;teriores tuas il Itéras , in qoibus jucundissimum illud fuit, quôd te Tidoo nihil de pristinâ isUl animi alacritato Nnittore, nihilque non tenlareut, si (quod ibominor ) minus féliciter res succédât , ea Sùla tibi culpa objici pos>it, quôd plus iniini et ini;onii habuoris ad audendum , qanm ii omncs, quorum hue parle pra?cipua inrtoritas est, voiunlalis ad adjuvandura.
Sed idud t^anë modeslissimum est quod (onquereris, noc immeritô, tam frigide tantam rem ab istis Irartari , qui tam praerlaroà conatus tuos et modis et arlibus omlibus favcre deberent. Nihil autem miseritts , quàm quôd , hoc tempore in quo pAz
ista precaria , aut , ut VirgilltlS loqtiîtur , sequeêtra , totqne mensium lirmatffi itidttclse facere deberent ut benè sperare licérct, vix quisquam est qui prœter te ifl hanc ctirâm velit inctimbere.
Sed tamcn, si tibi mihique crédid^ f^^Sfe ut cœplsti , in id usque tempus quo despêfatio noti tninùs prebatam omnibusque coghitam quàm Jtistam babitura ^it excusa* ùoncm. Habebis tu® fortitudinis virtuii»qud non modo testes, sed etiam fldmiratofes, eos ipsos quos fautores habere t Ut dorebat , non potuisti : Deum verè optimulh maximum retributorem , qui laborum tuo* rum ssUmationem , non ex perceptis fruotibds , sed ex iis qui percipi potuenint et debucrunt pro pietate tuâ , habiturus est ; quanquam vix mihi in animum cadere potdst, ut de tam piis, et quod prsecipuum eël, piè habitis conatibus desperandum putenl.
J'apprends tous les jours des nouvellas de vos belles et grandes victoires, qui s'augmentent de plus en plus ; c'est pourquoi Je m'en réjouis merveilleusement avec vous et avec toute la religion chrétienne : et j'en suis d'autant plus charmé , que j*ai appris par les lettres de monseigneur le révérendissime notre évêque , que ces peines que vous prenez , et ces travaux de votre ministère , ne sont pas seulement venus à la connoissancc de son altesse sérénissime , mais encore qu'ils ont son approbatlob , de sorte qu'elle les a trouvés dignes de toute son affection et de tout son appui.
Je viens à vos dernières lettres , dont j'ai reçu un très-grand contentement, apprenant que vous ne perdez rien de cette gaieté d'esprit que vous possédiez ci-devaftt, et que vous mettez tout en œuvre pour faire réussir votre entreprise, àiin que, si la chose avoit un succès moins heureu* ( de que je prie Dieu do ne point permettre). On ne puisse vous reprocher autre chose, sinon que vous avez eu plus de courage et d'esprit pour entreprendre, que tous ceux qui ont du pouvoir et de l'autorité à cet enét n'ont eu de volonté pour aider.
Biais c'estune chose très-fâcheuse querelle dont vous vous plaignez avec tant de justice, qu'ime alTaire de si grande importance soit traitée si froidement par ceux qui de vroicnt favoriser et toute manière des deeséitls aussi louables et aussi grands que les
I^TTRU
et qu'il Q'avolt ^ eu rîateiitioii de demeurer à Rome.
En effet, quoique je craignisse que Tac* complissement de mon désir ne fût retardé, ti que votre travail ne fût prolongé ; quoique je vous aimasse mieux en tout autre lieu que parmi ces hommes perdus et désespérés, je ne doulois pas néanmoins que, 81 vous faisiez déjà quelque profit , ou que vous vissiez quelque espérance d'en faire en continuant toutes les peines que vous vous donnez journellement , vous ne digérassiez volontiers les choses les plus dures et les plus difficiles, pour n*avoir jamais lieu de vous repentir d*avoir manqué une ai bdle entreprise.
Mais je reçois maintenant une satisfactioii non pareille de la constance avec laquelle vous poussez votre pointe , et des grands fruits quefo vous vois faire de jour en jour , pour votre bien premièrement , et pour celui de toute la république chrétienne ; puisque la victoire penche de notre cAté, et que vous n^étes pas beaucoup éloigné de triompher du seigneur d'Âvully et de nos autres adversaires , que les hérétiques regardent comme des dieux non-seulement du second ordre , mais même du premier. Je vois que quelques-uns d*entr*eux évitent votre vue et votre rencontre, parce qu'ils ont été renversés par la seule exposition de vos argumens. Bon Dieu 1 que seroit-ce s'ils vous eussent entendu prêcher et discourir? D'autres , ne se sentant pas assez forts pour la dispute que vous leur aviez présentée , ont résolu do traiter par écrit ; se montrant imprudens par cela môme qu'ils ne pensent pas que le papier puisse rougir, encore qu'il soit chargé de qmsQDge^ et d'impudence,