FRANÇOIS DE SALES, A M. DESHATE
fllré* dt moaattèra de la Tif ilatlon de la Tille de Roeen.)
U est invité à prêcher le carême à Safnt-Benott, à
Parla , Kannée suivante, et répond qu'il nepeal
l'assurer, vo les circonstances où il se trouve
avec son souverain.
Annecy, 8 octobre 161t.
Monsieur, je pense que vous ne douterez jamais de mon affeclion à Taccompiissèment de vos volontés et désirs; cari excellente amitié de laquelle vous m'honorez est arrivée jusqu'à un point de perfection, qu'elle est exemple de toute défiance et de tout doute.
Mais en Toccasioud'alleren notre chaire de Saint-Benoît, ce n'est pas vous, monsieur, seulement, qui n'en devez pas douter, c'est tous ceux qui s'entendent tant soit peu en mes inclinations. Dieu sait bien que je préparois un cœur tout nouveau , plus grand, ce me semble, que le mien ordinaire, pour aller là prononcer ses saintes et divines paroles; premièrement pour, en une si belle et digne occasion, rendre de la i^loire à sa divine majesté, puis pour donner du contentement à celui qui m'y appelé! t avec tant de cœur et de courage. Et si, je me promettois, par un certain excès d'amour à ce dessein, que, préchant maintenant un peu plus mûrement, solidement, et pour le dire tout en un mot entre nous , un peu plus apostoliquement que je ne faisois il y a dix ans, vous eussiez aimé mes prédications , non-seulement pour ma considération , mais pour ellesmêmes.
Or, voici à quoi je me trouve à présent : son altesse a éconduit la reine, ainsi que M. de Roascieu vous aura dit, et un ami que j'ai en cour m'avertit que rien no profitera en ce sujet, auquel son altesse est résolue de ne se laisser point plier. J'avois presque résolu de passer jusqu'à Turin, pourvoirsijepourrois, par déclaration de mes intentions bonnes et franches, ébranler son esprit, mais voici que de toutes parts on m'assure qu'elle vient dans peu do jours avec monseigneur le i>rinoe à Ghambéri»
et notre monsieur le premier président Favre estime que sadite altesse me retient de deçà pour m'y trouver à sa venue : de sorte que me voilà en perplexité ; car, si le pape même me commandoit d'aller, et son al* tesse étant de deçà me retcnoit, avec promesse que le pape n'euroit pas désagréaple, je seroisbicn en peine, conune vous pouvez penser.
Et quant à l'expédient du procès que j'ai au conseil privé, il m'est avis, sauf le vôtre meilleur, qu'il seroit extrêmement pressant et sujet à être soupçonné d'afiectatloo de mon côté, et à donner de l'avantage à mes parties. M. de Charmoisy, qui après moi désiroit le plus mon voyage, est en peine comme trouver une bonne sortie ; de ces censidérations. Certes, si son al- - tesse ne venoit point, l'autorité du pape seroit toute puissante ; car j'emploierais son commandement, sans prendre congé que par lettre ; mais son altesse étant ici, j'aurois peine à me démêler des répliqiiei qui me scroient fuites, et ne crois pas que je le puisse.
Cependant le temps court, et nous va mettre dans peu de semaines à la veille de carême , si que il sera meshui malaisé de trouver un prédicateur sortable à votre chclire. II faut confesser la vérité; j'ai une extrême passion ei^ cette occurrence, et ne sais bonnement me résoudre , sinon à ce point que tout ce que vous me dii'ez, je le ferai de très-bon cœur , quoi qu'il en doive arriver : et de plus , que si jamais je vais i Paris faire le carême , ce no sera que pour votre seule considération , soit que vou9 ayez la charge de Téglise, ou que vous ae l'ayez pas.
Je vous assure, monsieur, que je vous écris sans savoir presque ce que je fais t tant il me fâche de no pouvoir pas avc^ entière liberté vous dire : Je vais.
Vous m'excuserez donc, s'il vous platt t et mon stylo ; et croyez qu'avec un cœuT invariable et immortel je suis et serai , monsieur, votre, etc.