‹ Œuvres complètes; nouvelle édition collationnée et augmentée des lettres de Sainte Chartal, des lettres inédites de l'auteur, du portrait de lui et d'autographes (volume 3)Chapitre 16 sur 450 · LETTRE XVIII · texte numérisé non relu

LETTRE XVIII

s. FRANÇOIS DE SAJLES , A SON ALTESS NISSIHE CHARLES-EMMANUEL , I" 1 SAVOIE.

Il Tinforme do ce qui est nécessaire po blisaenicnt, U prupagaliun cl la cous de la foi catholique uans les bailliages biais, où il éloil alors en mission.

Da Cbablais, sep le a

Monseigneur ,

Puisqu'il platt à votre altesse de quels moyens j'cstimerois être les pli gnans pour la réduction de ces pe la foi catholique, comme j'ai ap| M. d'Avully, auquel il vous a pi écrire , je vous dirai purement et ment ce qu'il m'en semble.

Voici la seconde année que , pa bon {Saisir et le commandement d seijzncur le révérendissime évèque nève , quelques bons personnages avons prêché ici à Thonun êtes Allii

Il est du tout nccessiiire qu'il y revenu assuré et infaillible pour Vi nement de quelque bon nombre de oateuFft» puisque jiour croire il fav

DE S. FKAINÇ0)S PE SALES

et ron ne peut pas otiir sans prêcheur {\ ) ; et que ceux qui viendront Ici pour prêcher doivent être désoccupés de tout autre soin que de porter la parole do Dieu : à faute de quoi, voici la seconde année que l'on prêche ki à Thonon sans beaucoup de fruit , tant parce que les habi^ans ne peuvent croire que ce soit par l'aveu et le bon plaisir de votre altesse , ne nous voyant entretenir que du jour à la journée , que parce qu'on l'a pu attirer nombre suffisant d'hommes à crtle sainte besogne , pour n'avoir où les retirer ni les moyens de les y nourrir, néme que la dépense qui s'y est faite jusqu'à présent n'a encore été payée ; à quoi pourroient suffire les pensions qu'on cnployoit avant ces guerres à l'entretenement ^ vingt et tant de ministres hugueuts qui prèchoient en ce duché, s'il plaisoit ivotre altesse de commander qu'avec une prompte exécution elles y fussent appliquées.

Encore seroit«il nécessaire de faire redresser quelques églises en quelques lieux qui seroient jugés plus à propos , avec les autels bien proprement parés ; qu'on y célébrât les oiTices décemment, etavec toutes b solennités requises à la majesté du âer«vice divin, môme avec les orgues ou autres choses semblables, pour apprivoiser les habitans à l'exercice de la religion catholique ; dt en ces Ireux-là établir lieu compétent pour les curés qui en auroicnt charge , ne pouvant Tes prêcheurs demeurer formes en locun lieu , mais devant courir do c^té et d'autre pour l'instruction de tout le duché , et même des deux autres bailliages , s'il y échoit.

Mais surtout il faudroit qu'au plus tôt on dressât l'autel , et fit-on parer l'église en cette ville et la paroisse des Alliages , et fM'on y logeât des prêtres pour y adminis^ lier les sacremens, y ayant en l'un et l'au* tre lieu bon nombre de catholiques, et plusieurs autres prêts à se convertir quand ils i«nroient bon ordre en cette affaire , qui , hâte de secours, se perdent bien souvent ; H puis , de main en main , à même qu'on jsgera convenable , faudra ainsi par toutes

(1) QaooodA f a? ocabnnt la qa*m non credidervnt t a«l 4mm4o credeat el qu«B ood audieraotf quomodo auf aadlf t tln« prsdtcanMt qaoaodo T«rè (rtMIotiHl.aM Bltmiwf ABlMi.a, tl.

les paroisses remettre l'exercice de la foi catholique, et y colloqucr des pasteurs.

Et parce qu'on prêcheroit pour néant, suiv tout en cette ville , si les habitais fuyoîent les prêcheurs et la prédication , comme ila l'ont fait ci-devant , et ne veulent prêter l'oreille à l'instruction , ni conférer avec ceux qui viendront , je crois, monseigneuTi que , s'il plaît à votre altcsso faire écrire une lettre au corps de cette ville, et de corn» mander à l'un de messieurs les sénateurs de Savoie de venir ici faire assemblor le conseil général des bourgeois de cette ville, et, en pleine assemblée, en habit de magis«> trat , les inviter de la part de votre altesse» de se laisser instruire ( à sonder et à considérer attentivement les raisons que leur proposent les prédicateurs), à revenir au giron de l'Église , duquel par force ils ont été arrachés par les fiernois, en termes qui ressentent et la charité et l'autorité d'uui très-bon prince , comme est Votre altesse , envers un peuple dévoyé , ce leur sera une douce violence qui les contraindra de subir librement le saint joug de votre zèle. Cett^ bonté et autorité , ce me semble , fera une bien grande ouverture à leur obstination , et mettra les voisins en admiration de la suavité de votre domination ; et pour cette négociation je tiens la dévotion et la suffisance de M. le sénateur Fabre pour extrêmement sortable.

M. d'Avully aussi , avec son exemple, et la sollicitation familière qu'il pourroit faire vers les particuliers , aidera beaucoup à l'œuvre ; ce que je crois qu'il fera volontiers , selon la bonne volonté et disposition qu'il a, en laquelle je l'ai toujours vu dès le commencement que je vins à Gex.

Outre cela , il seroit bon de former une compagnie de gendarmes ou de cavalerie^pour y engager la jeunesse , pourvu q\m cette troupe fût religieuse et conduite sui* vant la piété chrétienne. Cela ne seroit pat inutile pour encourager nos frère orrans è embrasser notre religion ; et , en cas d'ob* stination de la part des officiers de justice , il faudroit priver de toutes sortes d'offices ceux qui persisteraient dans leur créance^

Mais qui ajouterait à tout ceci un collège de jésuites en cette ville , feroit ressentir à tout le voisinage, qui quant à la religion est quasi tout confondu , un grand bien.

Reste I monseigneur » que je remercie d^

LETTRES

tout mon cœur notre Sauveur, qui tous présente de si grandes occasions , et donne de si ardens désirs de lui faire tels services, pour lesquels il vous a fait naître prince et mattre des peuples. Il y a de la dépense à foire en c«tte poursuite ; mais c*est le suprême degré de Taumône chrétienne que de procurer le salut des âmes.

Le glorieux martyr saint Maurice , auquel vous portez tant d'honneur , demandera vengeance à son maître contre ceux , quels qu'ils soient , qui empêcheront et retarderont rétablissement de la foi catholique en ces contrées, qu'il a arrosées de ses sueurs et de son sang, pour le témoignage de cette même foi ; au contraire attirera par ses prières la bénédiction du Père céleste à quiconque Tavancera , et particulièrement sur votre altesse , qui en est la cause principale et universelle , pour la prospérité de laquelle je prie ordinairement Dieu, comme je dois , puisque j'ai ce bien d'être né et nourri , ainsi que je vivrai et mourrai , 8*il plaît à la divine bonté , monseigneur,

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