‹ Œuvres complètes; nouvelle édition collationnée et augmentée des lettres de Sainte Chartal, des lettres inédites de l'auteur, du portrait de lui et d'autographes (volume 3)Chapitre 167 sur 450 · FBANCOIS DE SALES, A UNE DAME · texte numérisé non relu

FBANCOIS DE SALES, A UNE DAME

lireihorUî à rbuinililé: celle venu etil le vérl- Ubie esprit de l'ordre de la Vi&iuiiioii. Ceiordre est établi pour la plus Krânde kIoïtc du Dieu, et doit re9pecier les autres insiituis.

15 octobre 1014.

Si la providence divine vous emploie, ma

CD La due do Neaiours ot d« Géoof oia.

Ui.

très-chère fille, vous devez vous humilier grandement et vous réjouir, mais en cette bonté souveraine , laquelle , comme vous savez, vous a fait assez connoitre qu'elle vous vouloit vile et abjecle à vos propres yeux, par les consolations qu'elle vous a données es essais que vous avez f.iitsde vous avilir et abaisser. Non, certes, ma chère fille, je ne serai point en p<ine de votre conduite , si vous marchez sur cxi cheminlà , car Dieu sera votre guide, et puis vous ne manquerez piis de |>ersonnes qui vous donneront conseil pour cela, selon votre désir. J'écris au fHTe Graui^ier, que je vous prie encore de saluer fortafliectionnément de ma part , et l'assurer de mon humble service pour lui.

Vous faites extrêmement bien de témoigner une trt^s-absolue indifférence; car aussi est-ce le vrai esprit de notre pauvre Visitation, de se tenir k-v^ '.bjecteetj)ctile, et de ne rien s'estimer, sinon en tant qu'il plaira à Dieu de voir son abjcclion : et piirtant, que toutes les autres formes de vivre en Dieu lui soient en estime et honneur ; et, comme je vous ai dit, qu'elle se tienne entre les congreîi;a ions comme la violette entre les Heurs, basse, petite, de couleur moins éclatante; et lui sufilse que Dieu Ta créée p;;ur son service, et afin qu'elle donnât un peu de bonne odeur en l'Église : si que tout ce qui est le plus à la gloire de Dieu doit être suivi, aimé et poursuivi. C'cdt la règle de tous les vrais serviteurs du ciel.

C'est sans doute la grande gloire de Diem qu'il y ail une congrégation de la Visitation au monde; car elle est utile à quelques particuliers eiïet^â qui lui sont propres : c'est pourquoi, ma très-chère fille, nous la devons aimer. Mais s'il se trouve des personnes plus relevées,.qui aient aussi des prétentions plus grandes, nous devons les servir et révérer très-cordialement quand l'occasion sVn présentera. J'attendrai donc de vos nouvelles plus particulières sur le service que vous pourrez rendre à cette nouvelle plante, laquelle si Dieu veut être être une plante de la Visitation, et une seconde Visitation , sa bonté en soit à jamais glorifiée.

Je suis bien aise qiK^ vous logiez aux Ursulines : c'est une des congrégations que mon esprit aime. Resaluez-les de ma part,

et loa assurez de mon affection à lenr ser- Tîce en tout ce que je pourrai, qui ne sera pourtant jamais rien, à cause de ce que je suis.

Tenez bon , ma très-chère fille, dans Tenclos de nos sacrées résolutions : elles garderont votre cœur, si votre cœur les garde avec l'humilité, la simplicité, la confiance en Dieu.

LETTRE CCLXXn.

B. FBANCOIS DE SALES, A MONSEIGNEUn LE DUC DENEMOUnS (4).

(TIféc da Mcond monutère de la visiUtlon da U Yllle de

Rooen.)

II le conjare, par les raisons les plus pressantes, de ne pas s'éloigner long-temps du la Savoie, qui aTolthesoin de son secours dans unegucrre dont elle éloit aflligèe.

Annecy, 6 noTembre 1614.

Monseigneur, les témoignages de la bienveillance en mon endroit qu'il plut à votre grandeur de me donner à son départ de cette ville (2) ; la piété qu'elle pratiqua, demandant la bénédiction céleste à cet indigne pasteur; ta naturelle inclination fortifiée de plusieurs obligations que mon ame a toujours saintement nourries envers votre bonté, monseigneur, tout cela, et plusieurs autres considéralions que ma fidélité me suggéroit, me toucl^a vivement au cœur, et ne sut m'enipt^cher d*en rendre des signes à ceux que je rencontrai sur le champ après avoir perdu de vue votre grandeur.

Cette touche, avec quelque sorte d'espérance que votre grandeur me commanda do conserver de son prochain retour, m'ont fait penser plus d'une fois aux raisons qu'elle avoit de rej'enir, pour agrandir ce reste de consolation qu'elle m'avoit laissé, me signifiant que la privation do sa présence ne seroit pas de si longue flurée, mais beaucx)up plus courte que notre déplaisir ne nous faisoit imaginer.

Et j'ai trouvé, monseigneur, que c'étoitlo vrai service de votre grandeur qui roquéroit votre retour, et non-seulement le gé-

(1) Henri <io Sarcle, doc de Nrniours. de Géncvolf, de Charires et d'Auinile, inflr(|iil< de Saint-Sorlln et do SaiDl-Iî-uiihorl, «uinUî de Ci^jr-î. «-te. rlicrniler dn l'An* nourimie. Il «ii>>i cndull do rhiHp|io de SATuie, duc de Keiiiour:», troi>«i« me fil.-» tli' Piii]ip|it>. diic do S«Tuie. suriwinné 5«M«-l«Ttf,et de CUudIaa de Bro«se, m seconde feinine.

(^ D'AoaMy.

oéral déair de tousvot trMwaibkt M4tl% qui prendroient sa prétenoe à souiagemeiÉ après beaucoup de peines qu'ils ont sonf* fortes. En vérité, monseigneur, vous ne recevrez jamais des affections si fidèles m lieu du monde , comme vous fom ici, oi elles naissent avec les hommes, vivent aToe eux, croissent sans bornes ni limites quant et eux envers la maison sérénissime de Sivoie, de laquelle les princes se peuvent vanter d'être les plus respectueusemenl ai> mes et amoureusement respectés de tout le monde parleurs peuples ; bénédiction en ls> quelle votre grandeur a la part qu'elle a pu voir et remarquer en toutes oocurrencei. Ici votre grandeur a sa maison pite^ nclle, et sans comparaison beaucoup mien accompagnée des commodités requises à son séjour que pas une des autres; puisqu'elle y peut fournir sans les autres, «t pas une des autres sans celle-d.

Que si j'osois dire mes pensées sur les autres sujets que votre grandeur auroitde revenir, je lui marquerois le désir ardent que son altesse sérénissime a eu qu'elle demeurât, auquel votre grandeur correspondant par son retour, c'est sans dente qu'elle Tobligeroit non-seulement à persévérer en l'amour plus que fraternel qu'elle a toujours protesté envers icelle, mais elle en accroltroit extrêmement les causes, et par conséquent les effets.

Je lui marquerois encore qu'en cas que la guerre que son altesse sérénissime a sur les bras se rendit plus active, et qu'elle passât jusqu'à quelque ardeur, ce que Dieu ne veuille , votre grandeur, comme je pense, ne pourroit alors retenir son courage, qu'il ne la rapportât à la défense de ce sang, do cette maison, de cette couronne, de cet état dont elle est, et en quoi elle a tant de part et tant d'intérêt, et où manifestement votre réputation , monseigneur, presseroit votre courage , si votre courage grand et bien nourri ne prôvenoit toute autre considération, voire même celle de la réputation.

Et donc votre grandeur ne seroit-elle I pas infiniment marrie de se trouver tant ; éloignée de son altesso et de ses états? Elle a voi rement commandé quo le sieur de La Grange fit passer ses troupes delà les monts, qui est un bon témoignage de la persévérance de votre grandeur au devoir

DE S. FftANÇOTS DE SALES.

S*elle a envers gadite altesse. Mais d*en ^gner sq personne, tandis que la fièvre de la guerre est en ses états, et qu*on no sait si Dieu permettra que nous y voyons arriver des accès périlleux, je ne sais, monseigneur, ce que Ton en pourra juger au préjudice de ralTection que je sais bien néanmoins être immuable dans votre cœur.

Je dirois encore qu'étant ici pendant que cette guerre durera, quoique votre grandeur ne fût pas dans Tarmée, Pcnnemi auroit toujours opinion, ou qu'elle iroit en temps de nécessité, ou qu'elle prépareroit de nouvelles forces pour assister son altesse ; et ces pensées ne pourroient être que fort utiles aux affaires d*icelle. Que si votre grandeur se retire plus loin en un temps d'orages , certes , cela ressentira un abandonncment absolu du pilote et de la barque, à la conservation de laquelle toute raison humaine et divine oblige votre grandeur, et laissera un certain sujet de plainte à tout cet arbre dont ▼DUS, monseigneur, êtes une branche, à laquelle je ne sais ce que Ton pourra répondre.

Je proteste, monseigneur, que je n'en ; pensois pas tant dire; mais, écrivant, la chaleur de ma fidélité envers votre grandeur m*a emporté au delà des limites que je m*étois proposées. Car enfin je suis pressé de la crainte que le souvenir de cet abandonnement de son altesse en un tel temps ne soit pour durer longuement et pour servir de motif û quelque réciproque sé($aration , qui ne pourra jamais être y/avantageuse, et pourra en cent oc<:a5ions f être désavantageuse à votre grandeur : au moins no manquera-t-il pas d'esprit qui la conseilleront, et peut-être avec tant de couleurs et d'artifices qu'ils la rendront probable.

Si la fidélité de ce porteur, mais surtout ta bonté do votre grandeur , ne me don- Dûit ttMurauco, je n'aurois garde d'envoyer une lettre écrite avec cette liberté ; mais je lais d'un côté qu'elle ne sera point égarée, et d*ailleurs qu'elle ne sera lue que par des yeux doux et bénins envers moi, qui aussi récrifl ainsi, Dieu tout-puissant me soit en aide, sans en avoir oommuniq)lé le dessein qu'à deux des très-humbles 6t fidèles serviteurs, sujets et vassaux d^ votre gran-

deur : comme aussi , si J'étois si heureux que d'être exaucé , je n'en voudrois recevoir autre fruit que celui du mutuel contentement de son altesse et de votre grandeur, et de la commune joie de ses peuples et de tous ses vrais serviteurs. Je prie Dieu do tout mon cœur qu'il remplisse celui de votre grandeur de ses grâces, et suis sans fin , Monseigneur, votre , etc.

Oserai-je, monseigneur, supplier votre grandeur de recevoir cette lettre comme en confession ; et , si elle ne lui est pas agréable , de la punir par son exterminer ment, en conservant néanmoins son auteur , à cause de l'innocence et bonne foi avec laquelle il l'a écrite , en qualité d'invariable , très-obéissant serviteur de votre grandeur.

LETTRE caxxni.

s. FRANÇOIS DE SALES , A MADAME DE CUANTAL.

L'on ne doit pas se retenir do parler <ie Dieu dam les occasions où cela peut être utile.- U ne faut point avoir éi;arr1 de respect humain. Ce n'ett pas être hypocrite do ne pat faire autti bien que l'on parle. Auireu conseils k Tusage d'une personne du monde.

DéMOubre 1614.

Je réponds à votre lettre XIV, ma trèschère fille.

4'' Dites à Cette chère B. Marie, qui m*aime tant, et que j'aime encore plus, qu'elle parle librement de Dieu partout où elle pensera que cela soit utile , renonçant de bon cœur à tout ce que coux qui Técoutent peuvent penser ou dire d'elle. En un mot, je lui ai déjà dit qu'il ne faut rien faire ou rien dire pour en être loué , ni laisser aussi de rien faire ou rien dire crainte d'être loué. Et ce n'est pas être hypocrite , de ne faire pas si bien que Ton parle ; car. Seigneur Dieu l à quoi en serions-nous? il faudroit donc que je me tusse , de peur d'être hypocrite : puisque si je parlois de la perfection , il s'en suivroit que je pcnserois être parfait. Non certes, ma chère fille, je ne pense pas être parfait , parlant de la perfection , non plus que je ne pense pas être Italien , parlant italien : mais je pense avoir le langage de la perfection , Payant appris de ceux avec qui j'ai conversé , qui le parloient.

8* Dites-lui qu'elle poiidre ses cheveux, puisque son intention est droite \ cas V»4

LETTRES

cogilntions qui viennent sui cela ne sont nullement consid'^rablcs. Il ne faut pas entortiller votre esprit parmi ces toiles d*ami2:n(^es. Les cheveux do Te prit de celte fille sont encore plus déliés que ceux de sa této , et c'est iKiurquoi elle s'embarrasse. Il ne faut pas être si pointilleuse , ni s'amuser à Umtde répliques auxquelles notre Seip:neur n'a point d'égard. Dites-lui donc qu'elle marche à la bonne foi, par le milieu des belles vertus de la simplicité et humilité, et non p; r les extrémités de tant de subtilités de discours et de considérations. Qu'elle poudre hardiment sa tète ; car les faisi ns gentils |)Oudrent bien leurs pennages , de peur que les poux ne s'y engendrent.

3" Qu'pI^g ne perde pas le sermon ou quelque bonne œuvre , faute de dire : Hûtez-vons , mais qu'elle le dise dourement et lran(]uillement. Si elle est à Utble, et que le Saint-Sacrement passe, qu'elle l'accompagne en esprit , s'il y a d'autres gens à table avec elle ; s'il n'y a personne, qu'elle l'accompagne, si sans s'empresser elle peut y être assez tôt; et puis qu'elle retourne doucement prendre s;i réfection ; car notre Seigneur ne vouhul pas même que Marthe le servît avec eni[»ressemcnt.

i" Je lui ai dit qu'elle pouvoit parler fortenient et résolument es occasions où il est reipiis, pour retenir en devoir la personne qu'elle sait; mais que la force étoit plus forte quand elle étoit tranquille, et qu'on la faisoit naître de la raison , sans mélange de passion.

5- La société des douze ne sauroit être mauvaise, car rexercice duquel elle se sert est bon ; mais il faut que cette D. iM. qui ne veut point de petif-étre , souiïre celui-ci , que peutz-étre cette société est vérit^ible ; Ciir, n'éUmt nullement témoignée par aucun prélat, ni aucune personne digne de foi , nous ne saurions être assurés qu'elle ait été instituée ; le livret qui le dit n'alléguant ni auteur ni témom qui fin assure. Ce qui ne [»eut nuire et peut proQter est ncimmoins bon.

G" Qu'elh» m:irche en l'oraison , ou par points, comme nous avons dit, ou selon soniifcoutumcc, il ini[Kirtepcu : mais nous nous souvenons bien que nous lui dimes que seulement elle préparât le»points, et ^'essayât au commencement de roraison

de les savourer ; et si elle savoure , c*est si?ne que Dieu veut qu'elle suive cette méthode au moins alors. Que si néanmoins la douce présence accoutumée roccupoit par après, elle s'y laissât aller, et aux colloques aussi qu'elle fait par Dieu même, qui sont bons en la sorte qu'elle me les représente en votre lettre , mais pourtant il faut aussi quelquefois parler à ce gmnd ioui, comme voulait que nctre rien fasse quelque chose. Or, puisque vous lisez nos livres , je n'ajouterai rien , sinon que vous alliez simple ment , rondement , franchement et avec la naïveté des enfans, tantôt entre les brasda Père céleste , tantôt tenue par la main.

7^ Quant à madame de N. , s'il y a apparence qu'on puisse ériger une maison pa^ delà, il la faut faire venir ici , car il y aura plus de fîicilité de la renvoyer ; si moins, je suis d'avis qu'elle suive sa première visée. Mais au premier cas je vous laisserai ménager l'aiïuire pour Lyon , non pas envers ma sœur Favre, qui sera toujours contente de ce que nous ferons, étant si grandement notre fille et sœur, comme elle l'est ; mais ailleurs allons comme vous savez.

Or de ceci faites-en la réponse à M. de Boqueron , s'il vous plaît , en cas que j** ne puisse pas lui écrire; car je suis fort pressé, certes, etparconsé(iuent ne saurois écrire à M. de Saint-André pour ce coup. Si vous lui faites voir la copie de ce que j'écrivois à madame de Vissilieu , cela sufiiroit pour un temps.

Je suis aise que mes livres ont trouvé de l'accès en votre esprit , qui étoit si brave que de croire qu'il se suflisoit à soi-même : mais co sont les livres du père et du cœur duquel vous êtes la chère fille, puisqu'ainsi il a plu à Dieu, auquel soient à jamais honneur et gloire.

LETTRE CCLXXIV.

s. FRANÇOIS DE SALES , A M. DE BLONAT.

(Tirée de la fie de la mère de Blonay, par CharlM-Augvsta

de Sales.)

Il lui donne avis du choiv qu'on a fait de la roére

de Blonay sa lille, pourscivir avec madame da

Chariial à la roiidai^on de la seconde maison de

l'ordre A Lyon, el il le prie de donner >oii coiilen*

U*mcnt à Teloignemenlde sa fille, pour le bien

de la chobe.

I Janvier I611.

Monseigneur mon très-cher irère , Dieu

ÎGT

nous visite en sa doaceur, et veut que la Visitation soit invitée par notre très-bon monseigneur de Lyon , de l'aller visiter dans son diocèse , pour y établir une maison de Notre-Dame comme la nôtre d'Annecy. Or, d*autant que l'entreprise est grande , et que c'est la première saillie ou production de notre maison (que je désire qu'il ne produise que rien de bon), nous voulons y envoyer la crème de notre congrégation ^

Et parce que notre très-chère fille Marie- Aimée est un des plus précieux sujets , je désire de la poser aux fondemens de ce nouvel édifice. J'espère que votre piété , mon cher frère ,- vous fera volontiers acquiescer à l'éloignement de cette chère Glle , puisqu'il est requis à la gloire de Dieu ; et encore ( pour parler un peu humainement à un père qui aime bien son enfant) cette miss^ion est glorieuse à notre fille, à laquelle je ne me hâte point de demander si elle voudra aller, me tenant assuré de son obéissance , comme je suis assuré de votre résignation , et que vous le devez être de Taficction fraternelle de votre , etc.

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