LETTRE CCLXXV
s. FHANÇOIS DE SALES, A MADAME DE CHANTAL, A LYON.
nitti souhaite miUe bc^nédiciions, et Tencoorage à»arnioiiler luu les dilTicu Iles qui pourroienlse rmcontrer dans son entreprise; enlin il lui promet ras&istance de ses prières.
M JanTler 1615.
Or SUS , ma très-chère fille, puisque Dieu est l'unité de notre cœur, qui nous en séparera jamais? Non , ni lu mort, ni la vie , oi les choses présentes , ni les futures , ne nous sépareront' jamais, ni ne diviseront notre unité. Allons donc, ma très-chère fille, avec un seul cœur, où Dieu nous ap[)elle : car la diversité des chemins ne rend rien de divers en nous , puisque c'est à un seul objet et pour un seul sujet que nous allons. 0 Dieu de mon cœur 1 tenez ma trè-:>-chère fille de votre main : que son ange soit toujours à sadextre pour la pruté5;or ; que la sainte Vierge Notre-Dame la récrée toujours de l'aspect de ses yeux débonnaires.
Ma très-chère fille , la providence céleste vous assistera : invoquez-l^ avec confiance
en toutes les difficultés desquelles vous vous trouverez environnée. A mesure que vous allez outre , ma trés-chêre mère , ma fille , vous devez prendre cou rasçe, et vous réjouir de quoi vous contentez notre Seigneur, le contentement seul duquel contente tout le paradis. Pour moi , je suis là où vous êtes vous-même, puisque la divine majesté l'a ainsi voulu éternellement. Allons donc, ma chère fille, allons suavement et joyeusement faire Tœuvre que notre maître nous a marquée. '
Eh I ma très-chère mère , ma fille , il me vient en mémoire que le grand S. Ignace, qui portoit Jésus-Christ en son cœur, alloit joyeusement servir de pâture aux lions, et souffrir le martyre de leurs dents : et voilà que vous allez , et nous allons , s'il plaît à ce grand Sauveur, à Lyon , pour y faire plusieurs services à notre Soigneur, et lui préparer plusieurs âmes , desquelles il se rendra l'époux : |)Ourquoi n'irions-nous joyeusement au nom de notre Sauveur, puisque ce saint alla si allègrement au martyre de notre Sauveur?
Que bienheureux sont les ospritsqui marchent selon la volonté de ce divin esprit et le cherchent de tout leur cœur, laissant tout, et le père (4) même qu'il leur a donné, pour suivre sa divine majesté.
Allez , ma très-chère mère , ma fille ; vos angos deçà tiennent les yeux sur vous et sur votre petite troupe , et ne vous peuvent abandonner, puisque vous n'abandonnez point le lieu de leur protection , ni les personnes de leur garde, que pour n'abandonner pas la volonté de «elui pour la volonté duquel ils s'estiment heureux d'abandonner maintes fois le ciel. Les anges de delà, qui vous attendent, enverront à votre rencontre leurs bénédictions, et vous regai-dent allant vers leurs lieux avec amour, puisque c'est pour coopérer à leur saint ministère.
Tenez votre cœur en courage; car, puisque votre cœur esta Dieu , Dii u sera votre courage. Allez donc, ma lille, allez avec mille et mille bénédictions que votre père
(1) On Mit que madame de Ciianinl aliandnnnn ton pf ra ei sa faiiiilic puur aller fuutiersuu nrdrua Aiiuei'i. et que •es compagne» suivirent koii «•Xi'inple iiieii u'iMii|»eclie eu> cure qu'oit iratirilnie ce ineitie tenue • SHini-Kinnç )i» de Sales . (lui éUtll le pcre»pirUuel de ct-lle k»iiiie Iruupc. el qu'uu ae dite qu'il parte aiusi pour la cun»oler de sua tb teoce. qui oe laU>uil pas de lot dire •eusibte, quulqu elle M dùl pM Aire vottUniieU*.
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LETTIU&S
vous donne ; et saâiez que jamais U ne manquera de répandre , i)ar toutes les inspiralions que son amo fera , des combles de souhaits sacrés sur la vôtre. Ce sera son premier exercice au réveil du matin, le dernier au coucher du soir, et le principal à !a sainte messe. Vive Jésus et Marie I Amen.
LETTRE CaXXVI.
s. phançûis de sales, a madame
DE CHANTAL
Les difflcaltéf sont les marques de la bonté des entreprises, et les coniradiciions sont Inséparables du service deDieu..Lcftaverftionssontles tentations des personnes spirituelles, et il en arriTO ordinairement dans les bonnes œuvres qui dépendent du concours de plusieurs personnes. Il faut alors sesupporier mutuellement, el mettr* sa eonflance en Dieu.
Fin de Janvier 1618.
Je D*ai reçu aucune de vos lettres , ma très-chèrg fille , depuis votre départ : cela, je vous prie, que veut-il dire? Or, je sais bien néanmoins que votre charité est invariable; mais j'apprends par les lettres venues de Lyon , que vous êtes malade , et un peu même étonnée de n'avoir point trouvé les choses en si bons termes comme notre désir me le faisoit imaginer. Voilà , ma très-chère fille , des vrais signes de la bonté de Tœuvre : l'accès y est toujours difficile , le progrès un peu moins , et la fin bienheureuse.
Ne perdez point courage; car Dieu ne I perdra jamais le soin de votre cœur et de votre troupe , tandis que vous vous conlieres en lui. La porte des consolations est malaisée, la suite sert de récompense. Ne vous dégoûtez point, ma chère tille, et ne , laissez point aflbiblir votre esprit entre les ' contradictions. Quand fut-ce que le service de Dieu en fût exempt , surtout en sa naissance ?
Mais il faut que je vous dise naïvement ' ce que je crains plus que tout en cette oc- ' currence : c'est la tentation des aversions : et répugnances entre vous et notre N. ; car c'est la tentation qui arrive ordinairement es affaires qui dépendent de la correspondance de deux personnes, c'est hi Uutation des anges terrestres, puisqu'elle est arrivée entre les plus grands saints, et c'est Dotre imbécillité de tous tan t que nous soin- ,
mes enfans d'Adam, qui nouiraiBe« si la
charité ne nous en délivra.
Quand je vois deux apôtres (4) se sépi' rer l'un de l'autre, pour n*ètre pasd'aocord au choix d'un troisième compagnon, je trouve bien supportables (^ petites ré* pugnances , pourvu qu'elles be gâtent rien, comme cette séparation-là qui ne Iroubli point la mission apostolique. Si quelque chose de tel arrivoit entre vouft deux qu êtes filles , cela ne scroit pas étrange , poo^ vu qu'il ne durât pas. Mais néanmoins, ma très-chère fille , rehaussez votre esprit, et croyez que votre action est de grande conséquence : souffrez, ne dépitez point , adoucissez tout : regardez que c'est la besogne de Dieu à laquelle cette dame s'emploie selon son sentiment , et vous selon lo vôtre, et que toutes les deux vousdeves vous entre-porter et entre-supporter pour l'amour du Sauveur : deux ou trois annéei se passent bientôt, et l'éternité demeure.
Votre maladie corporelle sert de surcharge ; mais l'assistance promise aux afOi' gés vous doit grandement fortifier. En somme , gardez-vous bien des découragemens. Croyez-moi , il faut semer en travailf en perplexité , en angoisse , pour recueillir en joie , en consolation , en bonheur ; et la sainte confiance en Dieu adoucit tout , impèlrc tout, et établit tout. Je suis tout vôtre , certes, ma très-ch^re fille, et je ne cesse point de prier Dieu qu'il vous fusée sainte , forte, constante et parfaite en son service.
Je salue très-cordialement nos chères sœurs , et les conjure de prier Dieu pour mon amo , inséparable de la vôtre et des leurs en la dilection qui est selon Jésus , notre Sauveur.
LETTRE CaXXVIL