‹ Œuvres complètes; nouvelle édition collationnée et augmentée des lettres de Sainte Chartal, des lettres inédites de l'auteur, du portrait de lui et d'autographes (volume 3)Chapitre 185 sur 450 · LETTRE CCCIV · texte numérisé non relu

LETTRE CCCIV

s. FBANÇOIS DE SALES, A UNE RBLlGIEnSB DE LA VISITATION.

Que la naTve confession de sa faute est un trait

généreux, et qu'il faut se supporter les unes les

autres.

18 décembre 1618.

Si fait, si fait, de par Dieu , ma trèschère grande fille, je sais bien quel cœur vous avez eu en mon endroit : mais ne voulez'vous pas que je prenne le temps et la saison pour y planter les plantes des vertus plus excellentes, desquelles le fruit est éternel? Or sus, je n'ai nul loisir; mais je vous dis en vérité que voM^ lettre a emlMumé mon ame d'un si doux par*

tÉttllfeÉ

ftim^que de longtemps Je n*avois rien lu qui in'cût donné une si parfaite con.solation. Mais je dis de rechef, ma chcro tiilo, que cette lettre m*a donné des élans d'amour envers Dieu qui est si bon , et envers vous qu'il veut rendre si bonne, que, certes, je suis oblige d'en rendre actions de grâces à sa divine providence.

C'est ainsi, ma fille, qu'il faut tout de bon mettre la main dans les replis de nos cœurs pour en arracher les onios productions que notre amour-propre y fait , par l'entremise de nos humeurs, inclinations et aversions.

0 Dieul quel contentement au coeur d'un père très-aimant, d'ouïr celui de sa fille tres-aimée protester qu'elle a été ennuyeuse et maligne ! Que bienheureuse est cette envie, puisqu'elle est suivie d'une si naïve confession 1 Votre main écrivant votre lettre faisoit un trait plus vaillant que ne fit jamais celle d'Alexandre. Ohl faites donc bien , ma fille, ce que votre cœur a projeté. Ne vous étonnez point de ce qui 6'est passé; mais simplement, humblement, amoureusement, confidemment, réunissez votre esprit à celui de cette bien aimable ame, qui, je m'assure, en recevra, mille et mille consolations. Hélas 1 ma filU', c'est une grande partie de notre perfection que de nous supporter les uns les autres en nos imperfections : car on quoi pouvonsnous exercer Famour du prochain , sinon en ce support? Ma fille, elle vous aimera, et vous l'aimerez, et Dieu vous aimera toutes; et moi, ma chère fille, vous m'aimerez aussi, puis<iue Dieu le veut, et ensuite do cela me donne un parfait amour de votro anie , que je conjure d'aller de bien en mieux, et de mieux en mieux au poufchas des vertus. Allez courageuse et relevée. Vive Jésus. Amen.

LETTRE CCCV.

s. FRANÇOIS DE SALES , A t'NE ftELfOlEUSH DE LA VISFTATION (i).

Let fautes contre la vertu de la religion sont considérables. Réflexion sur la naissance de notre Seigneur.

S7 dètfrfiibr» léiS.

Il faut donc bien faire ainsi , ma trèschère fille ; écrire seulement au père ou à

(1) U j a appareace que c'eat madamt da ClMAlaL

la mère âtfapîeinefit, è( I l^iitfe iiti seul petit billet.

La tentation de rire en t^égtiseet ft Toffice est mauvaise, quoiqu'elle iie semble que folâtre et badine ; car , après la charité, la vertu de religion est la plus cicellehle. Car, comme la charité rend à notre Seigneur l'amour qui lui est dû selon notre pouvoir , aussi la religion lui fend ITioàneur et la révérence requises ; et , paN tant, les fautes qui se commettent contta elle sont grandement mauvaises. D est vtai qu'en cela je ne vois pas grand péché, puisque c'est contre la volonté ; mais il ûe faut luis pourtant laisser cela sans (jueiqUe pénitence. Quand Vennemi ne peut pèi rendre nos âmes Uarion^il tefkd nos ccntrs Robin (4) ; et il ne s'en soucie pas, pourvu que te temps se perde, que Tesprit se dissipe , et que toujours quelqu'un sdt scandalisé. Mais voyez-vous, ma chère iSOe de mon cœur , n'épouvantez pas ces bonnes filles; car d^une extrémité elles pourtoidit passer à l'autre , ce qu'il ne faut pas.

Je ne vous dis pas encoro mes pensées sur le sujet dont vous m'avez écrit, parce que c*est aujourd'liui Ko^ (2), jour auquel les anges viennent chercher le paradis en terre , où certes il est descendu en là petite S|)élonque de Bolliléem , dans laquelle, ma chère lillo, je vous trouverai ces jours suivans avec toulos nos chères sœurs , qui sans doute feront h^ur résidence, cornme de sages abeilles , auprès de leur petit roi. Q^lles qui s'humilieront plus profondément I? verront de plus près : car il est tout abîmé dans le fin fond de l'humilité , mai» humilité courageuse, confiante et constante. Ce doux enfant soit à jamais la vie de votre cœur , ma très-chère fillê , que jo chéris non-pareillement, etqui est toujours présent nu mien , tant il platt à Dieu que mon affection se fortifie par cette séparation de bien extérieur 1

(1) C'est ane manière de parler proverbiale, ti qat it* pnlfle t|tie ldr«ftae le démon Do peut pa» obut bire Isaberdaii!» la mélancolie, il làcbe de dou« porter à noe Joie iminudéréc.

(?) C>«l-4-dir* le lèmpt ou l'oeiarii (le Vofiti la date de celle lettre ne permet pan de prendre U mol daAoàlpotf le Jour m<iiuc de cette féie.

DE S. riyNpBn^BB SAUS imftBQGCSVI. titMlldV

•• VkAÎlCOIS im SALES, A M. DB FLORAt, GSRTILBQIIME DE M. LE DUC DE NEkoUBS.

• (iMi êm Mteflèlv dé M tUltâ^ùm de le flll» «•

AOIMB. )

TO.oolgUigci d'amiitd.

Eti rûiÊÉlié i#is.

^ fit lÀOi , thoiisieur , môii très-cher trëtè, Je vais eti esprit vous embrasser â co retour, et vous offrir ce c(Èur que j'ai pour vous toujours plus plein de toutes les affections plus sincères qu'un frère peut avoir pour un frèfe extrêihement aimé , et presque autant aimé comme aimable. Mais , mon très-cher frère , je ne dis pas sinon presque autant ; car je confesse qu'après que je vous aime extrêmement , encore ne TOUS aimé-je pas assez selon vos mérites. Vivez heureux, avec la bénédiction du ftls(4) et de la nièro dont vous venez de îénérer la sainte maison. Je suis votre plus humble frère et serviteur , etc.

(Sw to aêim eaktor m irovre m killat éa ttaor islfj, fkîrt da bMnheoreaz.)

Voilà encore quatre lignes du père , qud je vais glisser dans mon paquet, parcd que je désospérois , voyant ses affaires ^ qu'il pût les joindre : je l'avois déjà fermé : et troid qu'il tn'envoVe ce billet. Sdnâoir ^ votre serdteor. U est extl^meHiont tard.

LBTTRBCCQVn.

U MiEBB FAVAE , A SAINT FRANÇOIS DE SALES.

(tlié* d« U Tto da la mire Fàvra, par la mère dé

GlMoti.)

Ole lai rend eomptede se* peines, tant Intêrlearei qûê eorpotvilei, ei exiéHettrei « et de la diipofiiiôB deaonâiiie.

Monseignetir 6t mon très-cher père ^ que pui»je vous dire de moi? Je ne vois que oroix eti mon chemin. Outre les imperfections démon esprit, je comiilence à ressentir importunément le contre-poids de non corps, etc.

Nous vif ons dans les incertitudes < rebuts et humiliations de telle nature, que je ne sais quelquefois où nous en sommes.

Votre pauvre grande fille a besoin d'être fortifiée. En ces rencontres journalières de iiiorti£k^tions , je n'ai miintenant nul sen-

MMaeaai Maria.

MMqtM,grAeMàDiètije remmte toch ]oui« en la pointe de l'espHt de PaflëctiOn à todt ce qui arriva , parce que je le vois comme tthose pei^ee de Dieu pour m'huinillër. Il fdutavOtier, motiseigneur , que tout ce (}ui se passe oonduiroit fort à l'humilité quiconque en feroit sdn pH)fit. Il Me semble que le fruit que notre Seigneur nous veut faire tiré^ de là , est un dénuement de toute chose créée , et Taffection de ne tenir qû*â lui seul. J*&i de temt)s en teftips ces vues aveo quelque sentiment, et d'autrefois je les ai sans aucun goût ; et d'ordinaire je vis sans satisfaction. Dieu veuille que ce soit à sa gloire , et cela me suffit.

LETTRE CCCVm.

s. FRANÇOIS DE SALES, A UNE bS SES FILLES SPIRrrUELLES.

(Tlléa «• la Tia da Salai, par la para da U Blvlèra).

Etn^tê de rftniéli^*propit), bleneonCraIreà l'anumr

da prochain i dont le Saini prépose un laoUrbien

pressent.

Att aoBtBaflaamant da ISis.

Quand sera-ce que cet amour naturel du sang, des convenances, des bienséances , des correspondances , des sympathies , des grâces , sera purifié et réduit à la parfaite obéissance de Tamour tout pur du bon plaisir do Dieut Quand sera-ce que cet amour-propre ne désirera plus les présences , les témoignagps et significations extérieures, ains demeurera pleinement assouvi de rinvariabic et immuable assurance que Dieu lui donne de sa perpétuité? Que peut ajouter la présence à un amour que Dieu a fait , soutient et maintient? Quelles marques peut-on requérir de persévérance en une unité que bieu a créée? La distance et la présence n'apporteront jamais rien à la solidité d'un amour que Dieu a lui-même formé.

Quand sera-ce que nous serons tous détrempés en douceur et suavité envers notre prochain ? Quand verrons-nous les âmes de nos prochains dans la sacrée poitrine du Sauveur? Hélas ! qui regarde le prochain hors de là , il court fortune de ne léimcr ni purement , ni constamment , ni également ; mais là , mais en ce lieu, qui no i*aimerait, qui ne le supporteroit? qui ne toufiBriroit ses igxperf eotioas t qui le

Ifouwolt do wauTtïBO gnw T <iiii le tron- Teroiteiuiiiyeiix?Or, il est ce prochain, ma Irès-chëre Bile , il y est dans le aein et dans la poitrine du divin sauveur ; il y est foitime très-simé, et tant aimable que famaat meurt d'amour pour lui , amant duquel l'amour est en sa mort , et la mort en son amour.

LETIBE CCCIX.

a. FRANÇOIS DB SALBS , A DN ÉtAqUE.

(Th«i «■ miiui. do lukoari ll-Juqw.]

Le 5t<nllDl ipprend qu'il l'otrinplaïtl laréeonciliiliondcdeai prnonnes luiqnellMcc prtld l'iDtcrrMOil; il iltribue l« laccit au reipect quVIlm ■Toienl nue ce mtnie ortlil.

Monseigneur, je ne puis m'empëcher de vous re^aluer toujours quand les commodili^s s'en présentent , désireux de vivre continuellement en vos souvenirs et en la sainte bienveillance dont vous m'honorez : c'est le seul sujet de ces quatre lignes : car, quant su reste, ce porteur fidèle vous dira toutes nos nouvelles , qui sont petites , Owinme en temps de pais.

l'ai J}{en voulu essayer d'accommoder sa volonté avec celle du sieur de Barraux; muis ils ont réciproquement refusé les ordonnances du médecin , disant qu'ils n'éloicn t pas malades : c'est-à-dire, ils ontbien avoué qu'ils avoient siijet de s'en vouloir l'un l'autre , mais qu'ils n'avoient nulle intention de se rechercher pour en tirer satisfaction , pour le respect qu'ils dévoient àla vdtre, laquelle je les exhorterai toujours de révérer comme le sanctuaire de leur bonheur;et moi joie ferai A jamais de tout mon cœur, comme étant sang Gn , monseigneur, votre , etc.

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