‹ Œuvres complètes; nouvelle édition collationnée et augmentée des lettres de Sainte Chartal, des lettres inédites de l'auteur, du portrait de lui et d'autographes (volume 3)Chapitre 184 sur 450 · FRANÇOIS DE SALES , A UNE SUPÉRIEURE DE LA VISITATION, A SA NIÈCE · texte numérisé non relu

FRANÇOIS DE SALES , A UNE SUPÉRIEURE DE LA VISITATION, A SA NIÈCE

n faut senrir Dieu selon son gré, non pas selon le nôire, et ne point se regarder soi-in^^ine, mais le bon plaisir de Dieu et la Providence.

it octobre 1618.

Que fait le coeur de ma très-chère fille , que le mien aime en vérité très-parfaitement? Je pense, certes , qu'il est toujours fort uni à celui de noire Seigneur, et qu'il lui dit souvent :

Le Seigneur est ma lumière.

C'est ma garde coufumiére; De qui saurois je avoir peur?

C'est l'Ëlerne! qui m'appuie.

Ferme souiicn de ma vie :

Qui peut ébranler mon cœur(i)?

Ma très-chère fille , jetez profondément voire pensée sur les divines épaules du Seigneur et Sauveur, et il nous portera et vous fortifiera (2). S'il vous appelle ( et il est vrai qu'il vous appelle ) à une sorte de service qui soit selon son gré , quoique non selon votre goût, vous ne devez pas moins avoir de courage , ains davantage , ;

venletis requiem animabus vestria ; JuKum entm meam •nave est, el onus mcum Icre Hatth., c. xi, t. 29.

(1) Dominas illuminatio mea , et Mina mea ; qoem Umebo r Dominua protector vUa mea t àqoo irepIdaLoT Pa. xxxTi, T. 1 et 1.

(I) Jacta saper DomlaoïB ewin tuan, et Ipse le «oatftot. Pc. UT, V. n.

que si voire goût cooooiiroit à son gré : cir quand il y a moins du nôtre en quelque affaire, elle en va mieux.

Il ne faut pas, ma chère nièce, ma fille, permettre à votre esprit de se regarder soimême, et de se retourner sur ses forces ni sur ses inclinations : il faut ficher les yeux sur le bon plaisir de Dieu et sur si providence.

Il ne faut pas s'amusera discourir, quand il faut courir; ni à deviser desdiflQcultés, quand il les faut dévider.

Ceignez vos reins de force , et remplissa votre cœur de courage , et puis dites * le ferii prou ; non pas moi y mais la graes de Dieu en mot (4). La grâce de Dm donc soit à jamais avec votrs esfrii.

AmenfSt),

LETTRE COLCIX.

s. FRANÇOIS DE SALES, A LA M^BB DE CUASTEL, A LTON.

Le Saint la console dans les peines qu'elle épVMvoit d'être séparée de luietde madame deChiAtal, qui l'avoit laissée à Lyon en qualité d'éctnome du monastère de la Visitation.

Le Jour dt St.-Slmon rtSt ia<ii.

flSooiobralSU.

Certes, ma très-chère fille, vous me faites bien plaisir de me nommer voire père ; car j'ai en vérité bien un cœur amoureusement paternel pour le vôtre, f lequel je vois bien toujours un petit foible en ses ordinaires léi^ères contradictions qui lui arrivent ; mais je ne laisse pas de Taimer. Car, encore qu'il lui semble quelquefois quMl va perdre courage pour des petites paroles et répréhensions qu'on lui fait , toutefois il ne l'a encore jamais pordo son courage, ce pauvre cœur; car son Dieu l'a tenu de sa main forte , et , selon sa misériconle , il n'a jamais abandonné sa misérable créature. 0 ma très-chère fîilel il ne l'abandonnera jamais : car, quoique nous soyons troublés et angoissés de ces impertinentes tentations de chagrin et de dépit, si est-ce que jamais nous ne voulons quitter Dieu , ni Notre-Dame , ni notre congi égation qui est sienne , ni nos règles qui sont sa volonté.

Vous dites bien en vérité, ma pauvre

(1) Non eiro, icd g raila Del mecom. I. Cot. xt, ?. IOl (S) Gratia DomlDi Doitrl Jesa-ClirUU corn splriui veaira, frttr«a> Abmb. Galat., e. fi, f.lt.

Qle Marie , ce sont deux hommes ou èmmes que vous avez en vous.

9st comme une certaine Marie , lacomme fut jadis S. Pierre , est un idre , ressentante , et se dépiteroit ers avec chagrin quand on la touest cette Marie qui est fille d'Eve , par conséquent est de mauvaise hu- L'autre , c'est une certaine Marie me très-bonne volonté d'être toute , et, pour être toute à Dieu, d'être nplement humble , et humblement jnvers les prochains : et c'est celle- ^oudroit imiter S. Pierre , qui étoit après que notre Seigneur l'eut conc'est cette Marie qui est fille de la se vierge Marie , et par conséquent ne affection.

s deux filles de ces diverses mères ent ; et celle qui ne vaut rien est si ise , que quelquefois la bonne a bien à s'en défendre ; et lors il est avis à auvre bonne qu'elle a été vaincue , la mauvaise est plus brave. Mais irtes , ma pauvre chère Marie ; cette ise-là n'est pas plus brave que vous ; lie est plus perverse, surprenante iâtre ; et quand vous allez pleurer , , bien aise, parce que c'est toujours de temps perdu ; et elle se contente s faire perdre le temps , quand elle 3 peut pas faire perdre l'éternité, chère fille , relevez fort votre, couirmez-vous de la patience que nous I avoir avec nous-mêmes; éveillez t votre cœur, afin qu'il soit un peu ; gardes à ne se laisser pas surprenlyez un peu attentive à cet ennemi ; vous mettiez le pied , pensez à lui ; voulez , car cette mauvaise fille est t avec vous , et si vous ne pensez à lie pensera quelque chose contre mais quand il arrivera que de surle vous attaque , encore qu'elle vous n peu chanceler et prendre quelque entorse, ne vous fâchez point , mais ez notre Seigneur et Notre-Dame ; â tendront la sainte main do leur 3 , et s'ils vous laissent quelque temps le , ce sera pour vous faire de rechef er et crier de plus fort à l'aide.

'ez point honte de tout ceci, ma fille , non plus que S. Paul , qui con- [u'il avoit deux hommes en soi , dont

! Tun étoit rebelle à Dieu , et l'autre obéis- I sant. Soyez bien simple , ne vous fâchez ' point , humiliez-vous sans découragement , encx)uragez-vous sans présomption ; sachez que notre Seigneur et Notre-Dame vous ayant mise au tracas du ménage , savent bien et voient que vous y êtes tracassée ; mais ils ne laissent pas de vous chérir , pourvu que vous soyez humble et confiante. Mais , ma fille , n'ayez point honte ! d'être un peu barbouillée et poudreuse : il vaut mieux être poudreuse que tigneuse ; et pourvu que vous vous humiliiez, tout se tournera en bien. Priez bien Dieu pour moi , ma chère fille , certes , toute bienaimée; et qu'à jamais Dieu soit votre amour et protection. Amen.

LETTRE CGC.

s. FRANÇOIS DE SALBS, A M. SIGISMOND-d'EST, MABQUIS DE LANS, GOUVERNEUR DE SAVOIE.

(Tirée dA la Tto do Salai» par Clu-Aor. do Saloa.)

Le Saint lai rend compte de tout ee qol s'éleit passé entre M.l'archevéqae de Lyon et lui , et de ce qoi a? oit été roccasion da voyage qae ce prélat af oit fait A Annecy pour y ?oir notre Saine

IS DOTOOriMO Mil.

Monsieur , Je réponds à la lettre qu'il vous plut de m'écrire hier , quatorzième de ce mois, que je reçois tout présentement , et supplie votre excellence de croire qu'en cette occurrence je regarde Dieu et ses anges pour ne rien dire qu'avec l'honneur que je dois à la vérité.

Dès l'avènement de monseigneur l'archevêque de Lyon en sa charge , il m'écrivit une lettre de faveur , par laquelle il me conjuroit d'entrer en une sainte amitié avec lui, à la façon des anciens évéques de l'Église, qui n'avoient qu'un cœur et qu'une ame , et qui , par la réciproque communication des inspirations qu'ils recevoient du ciel , s'entr'aidoient à supporter leurs charges, mais principalement quand ils étoient voisins les uns des autres. Et parce que je suis plus ancien en ordre que lui , il m'écrivit dès lors qu'il me viendroit voir pour se prévaloir de ce que l'expérience m'auroit pu acquérir en notre profession , avec plusieurs telles paroles excessives en humilité et modestie.

Depuis il a toujours continué à vouloir me faire cet honneur, auquel o'e»timcuit

VlXfVfS

pas que je me dusse laisser prévenir , pi|is« qu'il est le premier des c^Oques de Franco, et moi le dernier de Savoie, je Tallai voir à Lyon , comme voire excellence s«')it ; et lui , par sa courtoisie , a voulu pontr'échanger ma viâite , sur rocca»ion de celle qu il faisoit de son diocèse à Langnieu , Saînt- Ândré, Grolée, et autres lieux qui en dépendent, èsquels il avoit déjà gagné une journée des trois qu'il y a d'ici à Lyon.

Et je ne sus nullement d'assurancp sq venue que le soir avant qu'il arrivât ; cari encore que six jours auparavant le sieur de lledio , originaire do ce pays , mais chanoine de l'é}i;li8e do Saini-Ni^ior de Lyon i m'eût écrit qu'il avoi^ quelque opinion que monseigneur l'arclievôque étendrpit sa vi-^ site jusqu'ici , si est-ce que , n'y faisantpas fondement, j'envoyai un laquais pour le savoir, qui ne revint que le jeudi au soir avant le vendredi auquel monseigneur Tarchevéque arriva.

Or, il ne vint point à cachetie , eommo OBt coutume de faire ceux qui traitent dea affaires odieuses, mais au vu et au su de tout le monde , et amena PYCC soi huit hommes à cheval , entre lesquels il n'y en avoit point de marque, sinon le sieur Deville, docteur en U)éolop;ie e( grand prédicateur , originaire do Rossillon , près de Saint-Rambert, et son aumônier , nommé M. Rémond.

Étant ici , je vous assure que nous n'ar vons ni fait ni dit, non pas môme pensé , aucun traité , ni pour les choses du monde, qui (si je ne me trompe) nous sont à tous deux fort à dégoût , ni pour les choses ecclésiastiques , n'ayant rien eu ni à démêler ni à mêler; mais seulement purement et simplement nous avons parlé des devoirs que nous avons au service de nos charges , do la façon des oiTices ecclésiastiques , et de telles choses entièrement spirituelles.

Il fitdeux excellentes prédications, l'une en l'église cathédrale , l'autre au collège le jour de S. Charles , pleines de piété et de zèle. 11 célébra tous les jours la messe en divers lieux ; et ne futjamais parlé de chose quelconque , sinon conformément à nos vocations. Votre excellence ne m'obligera pas peu, si elle en assure son altesse ; et je lui engage pour cela mon honneur et ma réputation, et à Dieu, qui lésait, ma con- «deiieeetmooMluit.

Que si votre excellence me le permet , je lui dirai , avec esprit de liberté , que je suis né , nourri et instruit, et^ tantôt envieilli en une solide fidélité envers notre prince souverain , à laquelle ma profession , outre cela I et toutes les considérations humaines qui se peuvent faire , mo tiennent étroite*ment lié. Je suis essentiellement Savoisien, et moi et tous les miens; et je ne saqrois jamais ôtre autre chose. Je ne sais pas donc comme je puis jamais donner aucun ombrage , principalement ayant vécu comme j'ai fait.

Je me promets de la faveur de votre excellence que son altesso demeurera parfaitement satisfaite , et que rien ne se saura de cet ombrage , qui auligeroit le bon monseigneur de Lyon beaucoup plus qu'il ni m'afI1igepasmoi,qui, par la suitedu temps, des événemens, serai toujours reconnu très-assuré et très-fidèle ser\'iteur de sdb altesse , à laquelle je souhaite toute sainte prospérité,

LETTRE CCa.

s. FRANÇOIS DE SALES, A UNE S^JPtvWOÏÏÊ DE LA VISITATION (4).

IniMrUDce ei néMMiié du dépouillMBent lali-

lieur.

Ter» déMmbN Iflib

Je vois, certes, de mes propres yeux, ce me semble , et le sens de mon propre C09ur, ma très-chère fille, que voiisavez fait une pratique do très-grand dépouille» ment. Mais, ô que bienheureux sont les nus de cœur 1 car notre Seigneur les revêtira de grâces , de bénédictions et de sa spéciale protection. Pauvres et chétives créatures que nous sommes en cette vie mortelle, nous ne pouvons quasi rien faire de boQ qu'en souffrant pour cola quelque mal : non pas même nous no pouvons quasi pas servir Dieu d'un côté , que nous ne le quittions de l'autre ; et souvent il nous convient quitter Dieu pour Dieu , renonçant à set douceurs , pour le servir en ses douleurs et travaux.

Ma très-chère fille , hélas 1 les fiUee que l'on marie renoncent bien à la présence des pères et mères à leur pays , pour se soumettre à des maris bien souvent inconnus, ou au moins d'humeurs inconnues , afin de leur faire des enfans pour ce monde. U but

bi^D qvo les Biles de Dieu aient un courage encore pins grand que cela , pour former en sainteté et pureté do vie des enfans à sa divine majesté. Mais avec tout c^Ia , ma très-dière fille , jamais nous ne pouvons nous quitter, nous que le propre sang de notre Seigneur, je veux dire son amour, par le mérite de son sang , tient collés et unis ensemble. Certes , pour moi je suis en vérité si prfaitement vôtre , qu*à mesure que ces deux ou trois journées de distance semblent nous séparer corporcllemcnt, de plus fort et avec plus d'aflection je me joins spirituellement à vous, comme ma fillo trèschère. Vous serez la première auprès de notre mère en mes prières et en mes soucis : soucis pourtant bien doux, pour l'oxlri^me confiance que j*ai en ce soin colesto do la divine Providence sur votre amc , laquelle sera bien heureuse , si elle jette aussi dans ce sein d*aoiour infini toutes ses appréhensions.

Or sus, ma chère fille, tenez vos yeux haut élevés en Dieu; agrandissez votre courage en la très-sainte humilité, fbrlificzle en la douceur , confirmez-le en Tégidité ; rendez votre esprit perpétuellement mattrc de vos inclinations et humeurs ; ne permettez point aux appréhensions d'appréhender Yotre cœur : un jour il vous donnera la $eience de ce que vous aurez à faire le jour suivant (î). Vous avez ci-devant affranchi plusieurs passages , et ça été par la graco de Dieu : la même grâce vous sera présente en toutes les occa^ions suivantes, et vous délivrera des difficultés et mauvais chemins Tun après l'autre, quand il devroit envoyer un ange pour vous porter es pas plus dangereux.

No retournez point vos yeux devers vos infirmités et insuffisances , sinon pour vous homilier, et non jamais pour vous décourager. Voyez souvent Dieu à votre dcxtre, et les deux anges qu'il vous a destinés , l'un pour votre personne, l'autre pour la diroolion de votre petite famille. Dites-leur souvent à ces saints anges : Seigneurs , comment ferons-nous? Suppliez-les qu'ils vous fournissent ordinairement les coimois-^ances du vouloir divin , qu'ils contempli^nt les inspirations que Notre-Dame veut que vous receviez do ses propres mainollos d'umour. Ne regardez point cette variété d'impcr-

fections qui vivent en vous et en toutes Ioh filles que Notre-Seigneur et Notre-Dam3 vous ont confiées , sinon pour vous tenir en la sainte crainto dWcnser Dieu , mai? non jamais pour vous étonner ; car il ne se faut pas ébahir si chaque herbe et chaque fleur requiert son particulier soin en un jardin.

J'ai su quelqu'une des grâces de Dieu fit à notre très-chère sœur Marie-Renée (4) sur son trépas. Elle étoit fort ma fille; car lorsque je f\]s là , elle fit une revue de toute sa vie, pour me donner connoissance de ce qu'elle avoit été , avec une humilité et confiance incroyables, et sans grande nécessité, avec une extrême édific4ition pour moi, quand j'y repense. La voilà maintenant à prier pour nous et pour vous spécialement, puisqu'elle est trépassée votre fille, et sous votre assistance.

Faites-moi la consolation , ma chère fille, de m'écrire souvent , et de me dire toujours en confiance les choses que vous croirez que je puisse utilement savoir de l'état de votre cœur, que je bénis au nom de Notre Seigneur de tout le bien ; et suis en Dieu tout vôtre.

LETTRE OXIL

s. FRANÇOIS DE SALES , A LA MÈRE N ARIB- JACQUELINE FAVRE, SLTéRIEURE DE LA VISITATION A LYON.

(Tirée da monastère de la Viiitat. de Grenoble.)

I/amour de la vocation eat un excellent moyen de sesanclifier. Reinëdeaauxiciitaiions d'impureté, auxquelles les personnes les plus saintes sont exposées comme d'autres, pour leur servir d'é-. preuves. Les supérieurs doivent veiller A l'observaiion des régies, au bon ordre cl à la bienséance en toutes choses, et faire porter respect aux choses saintes.

Annecy. 18 décembre leis.

Il est vrai, ma très-chère fille, nous avons bien tardé à vous écrire : il y a aussi trois semaines que pour moi je vais traînant entre la santé et la maladie ; mais ce n'est pas cela qui m'a empêché d'écrire : c'est que nulle commodité ne s'en est présentée , ni petite ni grande. Dorénavant, quand nous

;•) Marie-IleDâe Irapel. vtuie. fondatrire et preqiiere nô.iccdu »erond munaïklère de la VisUalionà Lyon, en Uriloccu.r. n'acheva pas Tannée de sa probaUoa. ajati rail une chute on elle t'earonça truii côte», ttafant caché son niai par morliOcatiou, en sorte qn'll devint incurable. On lui flt faire profeufon avant sa mort, dix oa orne mois après la faséailra d« aMiiaalèn. gai m St la t Cévritr saii.

IiETTRES

n'eo aurons point ici, nous enverrons à Chambéri ,car là elles ne manquent jamais. Mais vous, ma très-chère fille, n'écrivez pas tant de lettres à chaque fois : il suffira, quand vous aurez tout écrit à la chère mère, de faire un seul polit billet au pauvre père, qui ne dit rien, sinon qu*il est tout vôtre.

Je suis consolé plus qu'il ne se peut dire de voir que vous chérissez ardemment votre vocation ; cela seul vous peut sanctifier, et rien sans cela. Grâces à Dieu, nous voyons que sa divine providence s'en veut servir pour le bien do plusieurs âmes en divers endroits où l'on désire cette congrégation , laquelle , par miracle , est féconde, ce semble, au propre instant de sa naissance.

( Je pense bien que de ces filles qui veulent voir la pratique et la forme des règles, il en faudra faire venir une partie ici , afin que vous ne soyez surchargée d'un soin excessif, et avec notre chère sœur Marie- Aimée(4), que je vois déjà, ce me semble, un peu tremblante sous le faix ; or. Dieu agrandira son courage, et lui donnera la foroe d*un zèle généreux sur le fondement d'une humilité profonde.)

J'ai vu la tentation. Hélas l ma très-chère fille, il en faut avoir; cellc-la embarrasse quelquefois le cœur, mais jamais elle ne le terrasse, s'il est un peu sur ses gardes et hardi. Humiliez- vous grandement , et ne vous étonnez point. Les lis qui croissent entre les épines sont plus blancs ; et les roses auprès des eaux sont plus odoruntes, et deviennent musquées. Celui qui n'est point tenté, que sait-il (%)'(

(Si votre peine vous tient au sentiment, comme il me semble que vous le signifiez, changez d'exeroices corporels, quand vous en serez pressée : si vous ne pouvez bonnement changer d'exercices, changez de place et de posture. Cela se dissipe par ces diversités.

Si elle vous tient en l'imagination, chanter, se tenir avec les autres, changerd'exercice spirituel, c'estrà-dire passer de l'un à l'autre, et les changemens de place vous aideront encore.

Surtout ne vous étonnez point , mais renouvelez souvent vos vœux, et humiliez-

(1) La mèie Marte-Aimé» de Blonay.

(t) Qui MW eal lenUlw, quid acllt Ccoua.. o. xzzir» ▼.t. •

VOUS devant Dieu. Promettez à votre coBor la victoire de la part de la sainte Vierge.)

Si quelque chose vous tient en scrupule, dites -le hardiment et courageusement, sans faire aucune réflexion , lorsque vous allez à la pénitence. Mais j'espère en Dieu qu'avec un esprit noble, vous vous tiendrez exempte de tout ce qui peut donner scrupule.

Je veux bien que vous portiez une fois la semaine la haire , sinon que vous connoissicz que cela vous rendit trop paresseuse es autres exercices plus importants, comme il arrive quelquefois.

Tenez bon, ma très-chère fille, pour l'étroite observance des règles, pour la bienséance de votre personne et de toute la maison. Faites observer un grand respect aux lieux et aux choses sacrées. Le soin que vous aurez en tout cela sera grandement agréable en notre Seigneur, surtout si vous le prenez avec humilité, douceur et tranquillité.

Nos sœurs vous diront toutes les nouvelles de deçà, et de lu réception de la bonne madame de Chatelar, et de mademoiselle d'Avisé. Cela fait un peu de mal au cœur dés mondains, mais il n'y a remède; il faut que notre Seigneur soit servi.

Je dis à notre sœur de Gouffié, que je vouloi:-» moshui m'e.<sayer de donner de la générosité à la dévotion de nos sœurs, et en ôter la tendreté quo l'on a souvent sur soi-même. Cetti^ petite douilletterie quiôte le repos (et nous fait désirer dos particularités spirituelli s et intérieures] , nous fait excuser nos humeius et flatter nos inclinations : mais, ma très-chère fille, ce n'est pas besogne faite, bien qu'en vérité toutes s'y acheminent. Or, je ne doute point que Dieu ne vous donne les mêmes senlimens, puisque vous êtes un même esprit avec tous nous.

J'approuve que vous continuiez d'appeler notre mère, mère , puisque c'est votre consolation * et que vous m'appeliez père, puisque j'ai pour vous un cœur extraordinairement plus quo paternel. Sachez, ma chère fille, que depuis que vous êtes en charge , vous m'êtes toujours si présente, que je suis, ce me semble, (Hîrpétuellement avec vous, non sans faire mille et mille souhaits sur vo'*^ chère ame.

Pour Dieu 9 saluez un peu monseigneur Tarchevèque (4) quelquefois de ma part.

Vous ne sauriez croire ce que je lui suis, et comme Dieu bénit sa petite visite qu*il fit ici. Je salue M. de Saint-Nizier, duquel vous vous louez tant : Dieu agrandisse ses bénédictions sur lui et sur notre M. l'aumônier. Item je salue madame la présidente Le Blanc, quand vous la verrez; et M. Colin et M. Vulliat, laissant à part ma chère sœur Marie -Péronne (2), à qui je suis tout, et à toutes nos bonnes sœurs. Je salue enfin votre cœur, que le --niian chérit de toutes ses forces , et lui soulmlte la bénédiction de celui de notre Seigneur, auquel soit gloire éternellement, ameij, et à celui de sa très-sainte mère Notre-Dame.

Votre renouvellement n'ayant pas été ijBÛt le jour de la présentation, vous le pourrez faire le jour de Tan, ou les Rois, ou comme monseigneur l'archevêque voudra :

car je crois bien que vous voudrez bien que ce soit lui qui le reçoive. Nos sœurs d'ici dirent avant la messe, pendant que je m'habillois, le Feni, Creator; et après le renouvellement, le Laudate Dominum, omnes genteSy et prononcèrent bien gra- Tement leur renouvellement.

Ma chère fille, hélas I je suis tout vôtre.

LETTRE CCCIII.

s. FBANÇOIS DE SALES , A MADAME DB GHANTAL.

MadiBie de Chantai s'éUnt plainte à notre Saint

de la pesanteur de la supériorité , il l'exhorte à

la supporter avec courage. 11 lui ditque ses iilles

seront sa couronne , et que sa congrégation est

«ne source où bien des âmes viendront puiser

les eaux du salut

18 déoembrt leis.

Je crois que Dieu vous tient de sa main, ma très-chère fille, car le révérend père général des feuillans (3) me l'écrit. Tenezvous donc bien à lui , et regardez deux ou trois fois le jour si votre main n'est pas toujours fermement attachée à la tienne.

Voyez-vous, cette petite troupe de filles, c'est une couronne que Dieu vous prépare , et dont vous jouirez en la f-éil dté étemelle : mais il veut que vous la

(1) L*srclMTé4M de Lyoa.

(t) La Bèr* Harle-PérooM dt ChtsiaL

(fitmm !••■ da S. Françob.

portiez toute dans votre coeur en cette vie, et puis il la mettra sur votre tête en Tautre.

Les épouses anciennement no portoient pas de couronnes et de chapeaux de fleurs au jour de leurs noces, qu'elles n'eussent elles-mêmes amassées, liées et agencées ensemble. Je veux dire, ma chère fille, ne plaignez point la perte de vos commodités spirituelles, et des contentemens particuliers do vos inclinations, pour bien cultiver ces chères âmes; car Dieu vous en récompensera au jour de vos noces étemelles

Ne voyez-vous pas, ma chère arae (car mon cœur me fait dire ainsi), que votre petite congrégation est comme une fontaine sacrée en laquelle plusieurs âmes puiseront les eaux de leur salut, et que déjà plusieurs, à l'imitation de la vôtn», veulent ériger d'autres pareilles congrégations à la grande gloire de Dieu, et à la grande facilité du salut pour plusieurs.

Ne vous lassez donc nullement d*étre mère, quoique les travaux et soucis de maternité soient grands. 0 ma fille très-chère l que de bénédictions mon amc souhaite à la vôtre. Je salue nos sœurs professes du cœur qu'elles savent ; et nos novices d*un cœur qu'elles ne savent pas. Hé l Dieu répande sur elles l'esprit de douceur et de simplicité, l'esprit d'amour et d'humilité, l'esprit d'obéissance et de pureté, l'esprit de joie et de mortification l Ma fille , mon cœur est tout vôtre en ce même Sauveur. Dieu soit béni.

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