PAR M. BOSSUET, ÉVKQUE DE MEAUX
(Tome XIV des Sennons, p. 51-54; Paris, 1808, iD-12.)
Je troure dans ces derniers siècles doux boiiimes d*tine saintelé exlraordiflaire, saint Cliarles Borroni^e cl François de Salos. Leurs talennéiôicnt diflTérvns, et leurs conduites diverses; car ciiacun a reçu son don par la disirittution del*esprit: mais tous deux ont travailié avec niCoie fruit àl'édiflcaiioo di*l*l^gMse, quoique par des voies dilTérentes. Saint Cliarles a ré\eillé dans le clergé cet esprit de piété eccléslasilque. LMIIustre François de Sales a rétabli la dévotion parmi les poupleii. A\ant saint Cliarles Borromre, ii sembloit que l'ordre ecclésiastique avoit oublié sa vocation , tant il avoit corrompu ses voles; et Ton peut dire, mes scrurs , qu*avant %otre saint instituteur, l'esprii de la dé\otion n*étoit presque plus connu parmi les gens du Mècle. On reh^guolt dans iescltilires Il \ie intérieure et spiritu«llc, et onla croyoit tropsauvage pour paroltredans lacouretdans le grand mondf*. François de Sales a été choisi pourTaller chercher dans sa reirai te r et pour désabuser les esprits de cette créance pernicieuse. Il a ramené la dévotion au nii'icu du nondo ; mais ne croyez pas qu*ii i*alt déguisée pour ia rendre plus agréable aux yeux des mondains , il i*amène dans son liabit naturel , avec sa croix , a?(-c ses épines , avec son di tachement et ses souflfrances , en l*état que l'a produite ce digne prélat, et dans lequel elle nous parolt en son intmduciion à la vie dévote ;\e religieux le plus austère la peut reconnoltre , et le courtisan le plus dégoûté , s'il ne lui donne pas soo affccikm, no peut lui rduser son estime.
Et certainement, chrétiens, c'est une erreur intolérable qui a préoccupé les esprits, qu'on nepeutéire dévot dans le monde. Ceux qui se pL^igiient sans cesse que i*on n'y peut pas f;ilrc son salut . démentent Jésus-Christ et son l^vanglle. Jésus^Cliri^t s'est déclaré le Sauveur de tous ; et fiar U il nous fait connoître qu'il n'y i aucune condliion qu'il n*ait consacrée, cl à laquelle il n*ait ouvert le cliemin du ciel; car, comme dit excellemment salut Jean-Chrysostômc (1), la doctrine de l'Évangile est bien peu puissante, si elle ne peut policer les villes, régler Icssociéiés et le commerce des hommes. SI pour vivre chrétiennement, 11 faut quitter sa famille et 11 société du genre humain , pour habiter les déserts et les lieux cachés et naccessibles, les empires seront renversés et les villes abandonnées. Ce n'est pas le dessein du Fils de Dieu : au contraire , il comniand>ï aux siens de luire devant les hommes (2). II n'a pas dit dans les bois, dans les solitudes, dans les montagnes seules et inhabitées, il a dit dans les villes et parmi les hommes : c'est là que leur lumière doit luire, afin que l'on glorifie leur Père céleste. Louons donc ceux qui se retirent; mais ne décourageons pas ceux qui demeurent ; s'ils ne suivent pas U vertu, qu'ils n'en accusent que leur lâcheté et non leurs emplois , ni le monde, ni les attraits de 11 cour, ni les occupations de II vie civile.
(1) In Ep. ad aoBk Bom. xxvi, a. 4 » t. ix.pb Ht (^ Hall. v. is.