‹ Œuvres complètes; nouvelle édition collationnée et augmentée des lettres de Sainte Chartal, des lettres inédites de l'auteur, du portrait de lui et d'autographes (volume 3)Chapitre 200 sur 450 · SOI · texte numérisé non relu

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LETTRES

pour le senrice de notre doux et bon maître, envers ceux qui sont vérilablement en lui nos enrants ; et leur ouvrir, où leur nécessité le requiert, le sein malcrnel de notre nflcction à leur salut , et leur donner le lait de la doctrine: je dis matcrnellenionl, à cause que l'amour des mères est toujours plus tendre envers les enfans que celui des pères, pour ce, à mon avis, qu'il leur coûte plus. Soyons-le pourtant Tun et Tautrc , car c'est le devoir que le souverain nous a imposé.

Au reste, je vous assure que j*ai ri, mais savez-vous , de bien bon cœur, quand j'ai vu , sur la fin de votre lettre , que Ton vous uvoit dit que je m'étois mis en grande colère et a vois dit tout ce que me marquez pr.r la vôtre ; et de plus vous me dites : Mon père, ne cachez point la vérité à votre fils , qui est perplexe sur ce sujet.

Et je vous dis véril^bleniont : Mon fils , mon cœur va rendre i^ votre cœur Thommau;e de la vérité. Si œlui qui vous a fait un narré de ma colère n*en eût pas eu davantage que moi , vous ne seriez pas en ])pine du chélif |)ère ; mais je vous supplie , quand il retourncia à vous, ombrassez-le de ma part, et lui donnez double aumône , car je vous confesse qu'il n'a pas tout à fait tort : je suis un chc'lif homme, sujet à passion , mais , par la grâce de Dieu , depuis que je suis berger , je ne dis jamais parole passionnée de colère à mes brebis.

Il est vrai que , sur la résistance de ces bons NN., je menaçai celui-là de son supérieur ; mais je ne fis rien que ce que je dois faire et que je ferai toujours en tel cas. Je fus ému à la vérité, mais je retins toute mon émotion , et confessai ma foiblesse à notre mère (i), qui, en cette occasion, n'eut, non plus que moi , aucune parole de passion ; et je vous dirai bien de plus , il semble que ces bonnes gens-là lui donnent de fréquens sujets de mortification qu'elle boit insatiablement.

Mais dites -moi , quel tort avons- nous fait à ce bon homme? Hélas 1 notre mère ni moi , ne prétendons qu'à dresser une r#ctite ruche médiocre, et conforme à notre dessein, pour lo^er nos pauvres abeilles, qui ne se meiloiit vu peine que de cueillir le miel sur les sacrées et célestes collines , er non de la grandeur et embeliissemeot de

(t) iiadAme i% CiiaaUi.

leur ruche. Il est vrai , quand Je considèn notre mère et ses filles, gratiat ago eiqid me conforlavit ^ Chritto Jesu Domino nostro, quia fidèle m me exUHmatit^ nens in ministerio.

 rocc4)sion de cette congrégation , j'*ai assez dit là-dessus pour vous ôter de peine.

Pour le regard do ces bons gentilshommes , pour Dieu , monsieur mon très-cher confrère , absolvez de tout ce que je puis absoudre, sans réserve : car pourquoi vous réserverois-je aucune autorité que je paisse communiquer , puisque vous ne réservei aucune peine que vous puissiez prendre pour le bien do mes chères brebis?

Hélas! monsieur mon cher ami, fd quelquefois les larmes aux yeux , quand je considère ma babylonique Genève calviniste : lïuredilcus nostra versa est aà alienoe ; le sanctuaire est en dérision, la maison de Dieu en confusion , et qu'en dirai-je ^ Je ne puis bonnement que pleurer sur ses ruines.

Quand je considère notre pauvre petite et humble Visitation, qui apportera tant de gloire à Dieu, encore ai-je quelque oonaolation d*ètre l'évéque de ce diocèse ; ao moins y aurai-je fait ce bien. Mais si cet évéché avait un Ililaire , un Augustin , un Ambroise, ah 1 ces soleils dissiperoient les ténèbres de l'erreur. Toulefoisr jo m'arrête et dis comme les gens de notre Evangile : JDieu a bien fait tout. Et vous, mon par* fait ami et très-cher confrère , vous ferex bien si vous me croyez incomparablement votre très-humble , etc.

J'ai été vivement touché d'apprendre qu'au prieuré de N. , l'on n'y voit plus la face de la sacrée dilection et union, sans laquelle la religion n'est qu'une véritable illusion : le pire est que la dissension est entre les bons , dont elle est plus dan<;ereuse ; et , comme dit S. Bernard parlant des religieux , qu'il estime être les yeux de l'Église épouse de Jésus- Christ, A^on est dalor sicHt dolor eorum. Votre œil doit discerner ce qui sera propice pour remédier à ce mai. Votre modération palc^ nelle doit dissiper ces humeurs peccanles ; votre zèle, votre justice et votre force, doi* vent terminer ces discordes.

LETTRE (XCXXXIIL

S. PAAlfÇOIS DB 8ALRS, A UADAMB DB CORNILLOIf y SA SOEUR.

Le Saint U console tar la mon de M. le baron de Toreni, leur fr?re.

Après un nâilOlT.

O Dieu I ma pauvre très-chère sœur, que fai de peine pour le déplaisir que voire eœur soufTrira sur le trépas de ce pauvre frère , qui nous étoit à tous si cher ! Mais il n'y a remède : il faut arrêter nos volontés en celle de Dieu , qui, à bien considérer toutes choses, a grandement favorisé ee pauvre défunt, de Tavoir ôté d*un siècle et d*une vocation où il y a tant de danger de se damner.

Pour moi, ma chère fille, j'ai pleuré plus d^ine fois en cette occasion; carj*aimais tendrement ce frère, et n ai su m'empôcher d*avoir les ressentimens de douleur que lu nature m*a causés , mais pourtant je suis maintenant tout résolu et consolé, ayant su combien il est trépassé dévotement entre les bras de nos pères barnabites (1) , de BOtre chevalier (2), après avoir fait sa confession générale, s*ètre réconcilié trois fois, ivoir reçu la communion et Textréme-onc* tîon fort pieusement.

Que lui peut-on désirer de mieux selon Tame? Et selon le corps , il a été assisté en lorte que rien ne lui a manqué.

Monseigneur le prince cardinal et madame la princesse (3) l'envoyèrent visiter, et les dames de la cour lui envoyèrent des présens pour sa bouche; et enfin monseigneur le prince cardinal , après son trépas, envoya douze flambeaux avec les armoiries de son altesse , pour honorer son ensevcfissement.

Dieu donc soit à jamais béni , pour le loin qu'il a eu de recueillir cette ame entre ses élus : car en somme , que devons-nous prétendre autre chose ?

Il ne se peut dire combien la pauvre petite veuve a témoigné de vertu en cette occasion. Nous la garderons encore ici (4)

(t) u mardi après !• dloMoelie da la Trlalté. î3 nal IHT.

(f) teBoa da Salat« frèra dn saint éréqna , chaTaller Il Islla, ffanlllhonma ordinaire de la chambre de son iheMe royale da Sarole. son lieutenant au château da Xlce. ttc

(S) Ce son! las de» enfans da son allasse le dae do Sitets.

(4) km BooMiMo do ta VlsltiUoB oà S. mBfols éorifoit «ttslsilrasaasi

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quelques jours , jusqu'à ce qu'elle soit bien rassise. Jamais homme ne fut plus généralement regretté que celui-ci. Or sus, ma très-chère fille, consolons nos cœurs le mieux que nous saurons, et tenons pour bon tout ce qu*il a plu à Dieu de faire ; car aussi tout ce qu'il a fait est très-bon.

Je rends cette lettre commune à mon trèsKîher frère (4), et à vous , dans Tespérance de vous voir bientôt. Dieu bénisse à jamais votre cœur, ma très-chère sœur, ma fille , et je suis sans fin très-parfaitement tout vôtre , et votre , etc.

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