FRANÇOIS DE SALES, AD PAPE PAUL V
Tlrgliiil
Dealissimc pater.exstant in hâcdiœccsi Gebenncniiiduomoniisteriuordinissancta Qarîo, quorum unum ex civitate Geben- ■enêi in civitatem Anneciucensem , oltorum ex oppido Orbiensi in oppidum Aqiiianenso , liœroticorum injuriû et violentiâ anie sex^ginia atino^i expulsa, secosi=criin t.
GùmquB sororcs diclorum monasterionim , inter varias et rrcquontisaimas pauperlulis et mcndicitatis œrumnns , vitam bartcnùs ubumque traxerint et ^ustentaverint ; nuac tamcn , post tôt hœrclicorum incur^iones, ucdiuturnorum bcllorum cladcs , cùm diœccsis ista , miscrandâ paupertate vexDta , illarum mendidtati occurrere deinceps minim6 valeat.
Ad pedes beatitudinis vcstrœ humiliter prostratœ , illius provideniiam apostolîcam summis votisorant, ut in posterum, per ejus placitum et dispensa tjonem, illis liccat praxiia et alla bona iuunobilia in communi pofsidcre.
Quemadmodùm cum aliis ejusdem ordi- Ais sororibus, Gratiunopoli degentibus, minùsque cgenlibuà , pro apostolicœ sedis palcmâ chariiate.dispeasalum csso omnes probi rerum spiritualium seelimauires laudaverunt.
Sic enim Bet ut molestJstiml» taakU(f bas animi , qutc in taatâ remm oauiius inopîâ spiritum propemodûm extingounti IibcratŒietsoluta3,alacritcrin œteris»
gulisEui ordinisadamussIrnservandiSiK Dei taiidibuscclebrandis, necnonproEo clcsiâ precibus fundcndis , longôfeliciiH, faciliiïs , et alleniiùs incumbant et per» verent,
Il le iDppKc d'iccordïT dlipenta aoi iwii»* Salnle-Cliln, «Hn qu'ellM poluMt p*wM« de* bjeni CD eommua.
Très-saint père , il y a dans n dicMèw de Genève deux monaslères de l'ordre dt Sainte-Claire , l'un desquels a été traiHlM do la ville de Genève en celle d'Annecy, et l'autre , de la ville d'Orbe en celled'Êrài, les religieuses ayant élé chasséei delnn maisons par la fureur des bérétiqDes, ilT a plus de soixante ans.
Ces pauvres filles, après avoir épromf tout ce que l'cxlrème pauvreté et la mendicité entraînent de misères après ellei, étoient venues dans ce diocèse dans Fetp^ rance d'y trouver quelque soulagemâot dans leur nécessité ; mais ce pays est Kfe ment épuisé lui-même par les fréquenies incursions des hérétiques, et par una longue suile de guerres , fléaux toujunn accompagnés de ravages et de ruinet, qu'elles n'ont plus d'autres ressources que voire sainteté,
Proslcmécs humblement à ses [ùeib, elles implorent sa charité apostolique, qui sait si bien pourvoir à tous les besoins de ses enfans, à ce qu'il lui plaise de leur donner dispense pour posséder en comnnni des terres et d'autres biens immeubles.
C'est ce que les casuistes les plus édii- ■ rés dans la vie spirituelle ont approuvé, tt ce que la bonté paternelle du saint-siégei déjà accordé aux religieuses claristes d* Grenoble, quoique moins pauvres et iDoiu à plaindre que celles-ci.
Par ce moyen , affranchies du chagiiB qui les ronge, et de l'extrême indigenOB de toutes choses, qui éteint presque eB elles l'esprit de Dieu, elles se porteront avec joie à l'observation de leurs autre* règles, àcélébrcrledivino&ic«,ct ÉprieT Dieu pour toute l'Église, cnGn elles perse' véreronl à servir Dieu avec plus de pio' grès, da facilita et d'attention. JU !%•■'
MOT d*éirey «reole plus profond respect , trte iimnt père , etc.
LETTRE CCCXLIL
S. nANÇDU DE SALBS , AU CARDINAL BBLLARMIN.
lléntfQiet qae It précédenla.
AiMcy, 17 Mptombre 1617.
Habemus hlcmonasterium unum sancls Qar», et alterum Aquiani, in quibus sororeBJejuniis, vigiliis, pedum nuditate,ac multis aliis corporis macerationibus , Deo opiimo maximo servire conanlur : cùmque mendicatis hlnc indè cleemosynis haclenùs quamvis aegerrimè, inter multas et frcquentiseimas œgritudines , utcumquè vixerint; nunc demùm res ad eum stalum redactaest, utnuilâ prorsùs ratione earum Tîrtui provideripossit , nisi sedes apostoiica cum eis dispensare dîgnetur, ut in communi prsdia et alia bona immobilia possiderepoasint.
Nam triginta annorum bellum durisrimum, ac crebrae infestissimœque baereticonim incursîones effecerunt, ut in kAe Gebennensi diœcesi deinceps inveairî non poesint eleemosynœ, qus monaateriis istia sustentandis etaiendis sufficere queant.
MJtto mendicitatem femînarum, ut experimento oertissimo constat, acerrimis sollicîtiidinibus, continuis, immoderatis ac mehndiolicis cogitationibus, importunis de liodo qusrendi et habendi inventionibus, 61 inquietissimis anxietatibus, plenissimam
Quare videns paupertatem banc extreniam interiori plurimùm obesse, neque poaae moniales istas diutiùs in propoailo peraeverare, nisi de remédie opportono iilis à sede apostoiica provideatur, qiiamvis non milù, sed ordini fralrum miiKMiim, cura illarum incumbat, nolui tamen committere quin carum super hâc le supplicationem et preces , quas sanc- Umûdo domino nostro ofiferre inlcndunt, meîs etiam bumiliimis votis adjuvarem apud dominationis veslrae illustrissimaB dementiam , quam illis summopcrè cupio propitiam.
Samdem intérim obiter admonens , in Ma mooasteriia mulienun hujus provin-
ciœ nulle modo observari concîlii trîdcntini saluberrima décréta de confessario exlraordinario bis tervo in anno monialibus dan* do, et de puellis feminisve anle profe3:>io* nem ab cpiscopo probandis. Quin eliam. f quando per jubihcum cuicumquo iicel* quem maluerint,ab ordinarioapprobalum, * confessarium eligere, per summum nefai istis hxc via solandi conscientias suas in* . tercluditur.
Atque hoc illustrissimad domination^ vestrae aperuisse satis iit. Deus autcm ipsam quàm diulissimè servet incoiu« mem, cujus sacras manus humiliimô exosculor.
Monseigneur, nous avons ici (à Annecy) un monastère do reli^^ieuscs de Sainte-Claire, et un autre à Evian, dont les sœurs servent Dieu par leurs jeûnes et leurs veilles, en marchant nu-pieds et pralîquanl plusieurs autres mortilications. Elles ontjusqu*à présent traîné une vie languissante, et ont été afiligées par de fréquentes maladies, ce qui n*est pas surprenant , n*ayant d'autre moyen pour vivre que des aumônes mendiées de tous côtés, qu'elles n'arrachent qu*avcc peine. Mais à présent la misère est si grande qu'elles sont réduites à mourir de faim , à moins que le saint-siége ne veuille bien leur permettre d'avoir des fonds et des biens immeubles en commun.
Le fléau d'une guerre de trente ans et les violentes incursions des hérétiques, sont cause que ce pauvre diocèse ne peut plus suffire à sustenter et nourrir les religieuses de ces monastères.
Je ne parle point de ce que Texpérience nous apprend de la mendicité des fenunes s on sait qu'elle est toujours remplie de solU-. citudes continuelles, de soins immodérés, de chagrins aigus et de pensées mélanco* liques ; on n'ignore pas les moyens fâcheux qu'il faut employer pour se procurer ses besoins, et le trouble qui enrésulu» pour la conscience.
Voyant donc combien cette pauvreté ex^ ' trèmc est nuisible à la vie intérieure, et que ces religieuses ne peuvent persévtfrei lung-temps dans la sainteté de leur \vny Cession, à moins que le saint-siége u*y. pourvoie d'une manière convenable ; ^uol* que ces filles ne soient pas sous ma juri-
LETTRES
diction, mais qu'elles soient dirigées par les frères mineurs, je n'ai pas voulu manquer d'ajouter mes très-humbles prières à celles qu'elles présentent à sa sainteté, et de reconmiander cette affaire à votre ëminence, que je supplie instamment leur être favorable.
Je me sers de la même occasion, monseigneur, pour vous faire savoir qu*cn ces monastères de cette province, on n'observe point les décrets du saint concile de Trente touchant le confesseur extraordinaire que Ton doit accorder deux ou trois fois Tannée aux religieuses, et touchant l'examen des filles par l'évoque, avant qu'elles fassent profession. Â regard du premier point, quoique dans le temps du jubilé, il soitpermis à toutes sortes de personnes de se choisir un confesseur tel qu'elles le jugent à propos, on a la méchanceté de priver ces chères filles de cette consolation, pour l'acquit de leur conscience.
Je pense qu'il, suffit d'avoir découvert ces abus à votre éminence, pour qu'elle y apporte le remède. Je prie Dieu qu'il vous conserve long-temps dans une parfaite santé; et, vous baisant les mains, je demeure avec un profond respect, monseigneuTy de votre éminence, etc.
LETTRE CCCXLIIL
s. PBAPfCOIS DB 8ALBS, A UN ECCLÉSIASTIQUE.
L'une dea principales propriété» de l'emiiié eit It coosUDce. Avantage de l'amiiié cbréiicune 8ur celle dea enfana du siècle; tendresse du Saint.
SepMBbrt 1617.
Entre les incertitudes du bien-aimé iroyage qui nous devoit assembler pour plusieurs mois, monsieur mon très-cher frère, je ne regrette rien tant que de voir difiérer le bonheur que nos cœurs se promettoient de se pouvoir entretenir à souhait sur leurs saintes prétentions ; mais le monde et toutes ses affaires sont tellement sujets aux lois de l'inconstance « qu'il nous en faut souffrir l'incommodité, tandis que nos cœurs disent : Non moveborinœiemum (4) : non, rien, ne nous ébranlera en l'amour de la croix, et en la chère union que le crucifix a faite de nos esprits. Mais voici le tempe qu'il faut em- (i)f».ta,v«T.
ployer l'avantage de notre amitié an^essus de celle des oiifans de ce monde, et la faire vivre et régner gloriousemcnl, nonobstant l'absence et division des séjours ; et cola â cause que son auteur n'est point lié au temps ni au lieu. Certes, mon irè9-€bcr frère, ces amitiés sacrées que Dieu a faites sont indépendantes de tout ce qui est hors de Dieu.
Or, si j'élois véritablement Théophile, comme votre grand prélat m'appelle, plus selon la grandeur de sa charité que seloa la connoissance qu'il a de mes infirmités, que je vous serois agréable, mon très-cher frère! mais si vous ne me pouvez aimer, parce que je ne le suis pas, aime»noî, afm que je le sois , priant notre grand Androphile qu*il me rende par ses prières son Tliéophilo. J'espère d'aller faire dans quelques jours un peu de saint repos auprès de lui, qui est notre commun phénix, pour odorer les bluettes de cinnamome dans lesquelles il veut mourir, pour plus heureusement revivre parmi les flammes de l'amour sacré, duquel il est écrit les saintes propriétés dans une histoire qu*il compose.
Mais qui vous a pu dire que nos bonnes sœurs de la Visitation ont été traversées l)Our leurs places cl bàUmcnsl 0 mon cher frère I Dominus refugium facfum est nobis (<) : Notre Seigneur est le refuge de leur esprit; ne sonl-olles pîis trop heureuses? et comme notre bonne mère, toute vigoureusement languissante, mo dit hier, si les saurs de notre congrégation sont bien humbles et fidèles à Dieu , elles auront le cœur de Jésus , leur époux crucifié, pour demeure et séjour en ce monde, et son palais céleste pour habitation éter» nelle.
Il faut que je dise à l'oreille de votre cœur, si amoureusement aimé du mien, que j'ai une suavité d'esprit inexplicable, de voir la modération de cette chère mère, et le désengagement total des choses de la terre qu'elle a témoigné parmi toutes ces petites traverses (2). Je dis ceci à volro cœur seul- ment; car j'ai Tait résolution do ne rien dire do celle qui a entendu la voix du Dieu d'Abraham : Egredere de terra