‹ Œuvres complètes; nouvelle édition collationnée et augmentée des lettres de Sainte Chartal, des lettres inédites de l'auteur, du portrait de lui et d'autographes (volume 3)Chapitre 21 sur 450 · DE S. PBARCKMS DE SALES · texte numérisé non relu

DE S. PBARCKMS DE SALES

«noore pleîQ de zèle et de tendreseei et tel est celui que Dieu nous a donné pour résider comme nonce apostolique auprès de son altesse sérénissime le duo de Sa- Toie.

Voire excellence, dans la lettre qu elle ai*a fait Thonneur de m*écrire, et que j'ai leçue depuis peu, montre bien avec quelle ardeur elle est disposée à secourir cette province afiligèe ; en daignant m'écrire et traiter si familièrement ^vec moi, qui ne sois qu'une personne privée et indigne de son attention.

Que si votre excellence a conçu de moi «ne idée plus avantageuse par oe qu'elle aura pu entendre dire à son altesse sérénissime, toujours portée à croire le bien, cela m'engagera à redoubler mes efforts pour tâcher de répondre à la bonne opinion qu'ont de moi mes deux supérieurs, ie n*ai en moi rien qui la justifie, cette b(ADe opinion, si ce n'est un désir sincère de servir l'Église , et d'obéir avec toute la promptitude imaginable aux ordres de mes supérieurs, et en particulier à ceux de votre excellence.

Pour commencer par ce qu'elle m'ordonne dans sa lettre, je lui donnerai , le plus souvent qu'il me sera possible, des fidèles avis sur ce que je jugerai digne de parvenir à sa connaissance et à celle de sa sainteté pour l'avantage spirituel de la Savoie. Il suffît pour le présent que je lui fasse le récit des occupations auxquelles il a plu à monseigneur l'évêque de Genève de m'a[^quer depuis un an et demi.

Une partie de ce diocèse de Genève fut saisi par ceux de Berne qui se l'approprièrent; elle demeura dans l'hérésie durant soixante ans, mJs ayant, les dernières années, été réduite par le sort des armes, lu pouvoir de son altosse sérénissime, du patrimoine duquel elle faisoitautrefois une partie, plusieurs de ses habitans, plutôt effrayés par le bruit des bombes et des arquebuses, que touchés des prédications qui s'y faisoient par l'ordre de monseigneur révèquo, rentrèrent dans le sein de b sainte Église romaine. Ces provinces lyant ensuite été infestées par les courses des Genevois et des François, ils retourné lent à leur bourbier.

Son altesse sérénissime et monseigneur Yvéque voulant remédier à ce mal| je

fus envoyé, par ordre dudit seigneur 6vèque, non comme un médecin capable de guérir une si grande maladie, mais en qualité de surveillant, pour voir quels médecins et quels remèdes il Caudroit employer Ayant alors envie deproûter de la conjoncture favorable, et y étant d'ailleurs invité par le peu de catholiques qui restaient, je commençai à faire quelques prédications aveo quelque espérance d'en retirer beaucoup do fruit. Depuis ce temps-là, soit ie plus souvent moi-même, soi^ dans d'autres occasions différentes, tant les chanoines de la cathédrale que les curés de oe diocèse, nous n'avons manqué de prêcher les fêtes, sinon deux fois qu'il nous fut impossible de le faire.

Et, quoique la crainte des hérétiques nos voisins ait niis grand obstacle au succès de notre entreprise, nous ne laissons pas de continuer et de retirer toujours quelques fruits par la conversion de quelques personnes, parmi lesquelles il y en a deux qui étoient très-opiniàtrément attachées à leurs erreurs.

La nouvelle qui se répand touchant (a paix nous donne lieu d'espérer que nous sommes à la veille de recueillir enfm ce que nous avons semé jusqu'ici , afin que les saints désirs de son altesse sérénissime aient leur effet

Dans les articles que je lui ai envoyés , je lui donne avis d'une démarche que je crois nécessaire; ce seroit de trouver moyen de faire entrer avec sûreté plusieurs prédicateurs qui puissent répandre la parole de Dieu en différons lieux de cette province hérétique.

U faudroit aussi y faire venir des prêtres pour administrer les sacremens dans les paroisses nouvellement converties, les prédicateurs ne pouvant se ûxer à un lieu particulier , mais devant être libres pour courir où le besoin du peuple les api>elle

Mais surtout dans ce lieu de Thonon, qui est le centre général de la province , il faut au plus tôt rétablir les autels, et donner aux églises des omemens pour la décence du service divin , des orgues , et autres choses semblables.

Il faudroit encore pourvoir à quatre ou cinq paroisses qui ont déjà demandé des prêtres pour les desservir.

£t si son altesse commandoit au gouver •

lettubs

neur de la province de favoriBer les mm- Yeaux convertis , inviter les plus obstinés par de bons traitemens , et, sur leur refus, de les priver de tout office et de tout honneur public ; de plus, si en particulier elle donnoit ordre à un des premiers sénateurs de Savoie de venir à Thonon pour engager les habitans à se convertir, ce ne seroit pas un petit secours pour nous.

* L'essentiel consiste à ouvrir les accès nécessaires, parce que sMl y a dans ce pays plusieurs bénéfices, ils sont entre les mains de diverses personnes qui sont la plupart chevaliers do Saint-Maurice ou de Saint- Lazare ; mais le service de Dieu, en sa sainte Eglise, et celui de son altesse sérénissime , demandent qu'on pcp^e d'abord à rétablir solidement la sainte religion , laissant là tout le reste.

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