FRANÇOIS DE SALES, AU PAPE CLÉMENT VIII
(Tirée do Ui rlo du Saint, par Ch.-Aag. de Stlet.)
Il lui rend compte de sa coiirérence avecTtiéodpre de Bèze, el da Jugemeniqu'il fait sor ce ministre Il propose ce qu'il croit pouvoir contribuer à M
conversion.
AprèsleSaTrUlitr.
Beatissime Pater ,
Cùm anno praeterito de Theodori Bezae, primarii inter calvinianos haeretici , ad Ecclesiam catholicam reditu et conversione , tùm pater Spiritus , Balmensis , ex ordine capucinorum , insignis et probitate et doctrine concionator, tùm etiam ego ipse, multorum non levibus permoti sermonibus , benè sperare cœpissemus, ne in re tam desiderandâ aut industria nostra aut adminicula cœlera desiderentur, ità inter nos conventum fuit, uti scilicct illc quidem, qui per ea tempera ad capitulum (quod vocant) générale sui ordinis Romœ indictum , properabat , de re totà coram bcatitudine tuâ dissereret; peteretque ne, si rumorem sequatur eventus, redeunti haeresiarchae apostolica providentia desit.
Mihi verô ea contigit cura uti , quàm diligentissimè et cautissimè fieri queat , intimes BezBB sensus aliquâ accepta ^ul fit) occasione commodâ , ipsiusmet ore detegcrem ac explicarem. Id autem ut faccrem , varia praetexens negotia , sœpiùs Genevam eam ob causam ingressus sum ; sed nullus
mihi patuit aditus ad hominis quem qnarebam privata et sécréta coUoquia , praeter* quàm hoc ultimo tertio Paschatis die, cùm et solum et satis primo accessu facilem inveni. Sed tandem aliquando postquàm, ex* torquendœ illius animi sententiœ gratiâ , omnem, quoad per me fieri potuit , movi»sem lapidem, lapideum tamen corejus immotum adhuc , aut sanè non omninô conversum deprehendi inveteratum scilicet dierum malorum.
Quâ de re totâ beatitudinem tuam monuisse debui, ne vel minus diligens videar, vel minus obediens mandatis quae mihi sanctitatis tuas litteris et patris Spiritus sermone sunt exposita.
Meum verô de homine illo judicium est , si paulô frequentior , tutior ac commodior ad ejus colloquia pateret accessus, forsitan fore ut reducatur ad caulas Domini , sed praBcipuè si , quod speramus , beatitudine tuâ annuente, Genevse instituatur cum ministris disputatio. Âtque quidem , beatissime pater, in rébus arduis et magni mo* menti etiam periculum fecisse operae pretium est.
Yerùm, quandè per beatitudinis tuae clementiam licet , omiltendum non duxi quin eam certiorem faciam, undequaquè passim finitimos Genevensium populos , hactenùs in haeresim abductos, ditionum Gexensis et Galliardensis, ritûsque etrei catholicae restitutionem dcmississimè postulare , que deinceps catholicam vitam agere queant , atque quotidianam plurimorum inter eos audiri querimoniam, qui catholici cùm sint, Genevensis reipublicae tyrannide prohibeantur ritu catholico vivere ; cùm alioquin Genevenses , non suo , sed christianissimi Francorum régis nomine , in ojusmodi populos imperium ac vim exerceant ; neque probabile sit ejus tyrannidis, quâ conscientiœ cathohcorum opprimanlur, conscium esse regem qui tantû contenlione catholicam communionem nupcr obtinuit
Quare credibile admodum est, si à beatitudine tuâ his de robus rex ipse admoneatur, fore uli quamprimùm longé rectiùs rea se liaboat. Quin etiam , si paulô pressiùs idem ipse rex à Genevensi republicâ conlenderet ut libertas (quam vocant) conscicnliœ intrà civitatis ipsius Genevensis mœnia permittatur , sperandum esset rem eam, quâ vix alià magis hisce tempoti
DE S. FRAIfCOTS DE SALES.
hns optanda occurrit , felicem habituram e^entum.
Hsc ità , beatissîme pater , fusiùs explicare sam ausus, qu6d non sim nescius qQàm fidei ac disciplina christianaB instaurandaB clementia tua llbenter incumbat, et absentia non nisi per prsBsentes possit a§noscere.
Très-saint père ,
Cette année dernière , le père Esprit de Baumes, docte et dévot prédicateur de Tordre des capucins, et moi, ayant conunencé à bien espérer de la conversion de Théodore de Bèze, qui est le chef entre les hérétiques calvinistes , et ce , sur. le rapport d'on grand nombre de personnes bien sensées , afin que , dans une affaire si désirable, il ne manquât rien , ni du côté de notre industrie, ni de la part des autres moyens, ' nous convînmes entre nous que lui , qui ' pour lors s'en alloit à Rome pour le chapi- | Ire général de son ordre , en traiteroit am- 1 plement avec votre sainteté , et lui deman- ! deroit ce qui seroit nécessaire pour cela , 1 afin que , si les bruits qui courent sont suiîis de révénement , la bonté de votre sain- i teté , qui pourvoit aux besoins de tous , ne manque point à co pauvre hérétique.
Or, j'ai été chargé d'apprendre ses senti- ; aens de sa propre bouche à la première occasion favorable , et de le faire avec le phLsde soin et de prudence qu'il me seroit possible. Pour cet effet, je suis allé fort souvent à Genève , sous prétexte de plusieurs alfeires différente?» ; mais je n'ai jamais pu trouver le moyen do parler à cet homme % particulier , quoique je le cherchasse exactement ; ce n'est que la troisième fête de Pâques que je l'ai trouvé seul , et assez facile pour une première entrevue. Mais après que j'eus fait tout mon possible , et que je n'eus rien oublié pour tirer de lui son sentiment, je vis que son cœur n'avoit point encore été ému , mais qu'il étoit tout de pierre, ou du moins qu'il n'étoit point du tout converti ; sa malice étoit invétérée par nae longue suite d'années passées dans le vice.
J'ai dû avertir votre sainteté de toute cette affaire , pour ne pas paroître manquer à l'exactitude et à Tobéissance que je dois aox conunandemens que j'ai reçus d'elle pirson bref et par la bouehedupère Esprit.
Ul.
Le jugement que je fais de cet homme , est tel que je pense que si l'on peut lui parler ur peu plus fréquemment, plus sûrement et plus commodément, peut-être il reviendra au bercail de Jésus-Christ; principalement si , comme nous l'espérons , on peut, avec le consentement de votre sainteté , établir dans Genève une dispute avec les ministres. Et certes , très-saint père , dans les choses difficiles et de grande im» portance , il est quelquefois nécessaire do hasarder.
Mais puisque la clémence de votre sain • teté me donne toute liberté de l'instruire , je crois que je ne dois point oublier de lui dire que les peuples voisins de Genève, des pays de Gex et do Gaillard, qui ont été jusqu'à présent hérétiques , demandent avec instance et humilité d'être admis de nouveau à la profession de la religion catholique , et que plusieurs ne cessent do se plaindre de ce qu'ils en sont empêchés par la tyrannie de la république de Genève , quoiqu'ils soientvéritablementcatholiques; vu que d'ailleurs les Genevois n'exercent point sur eux leur empire en leur propre nom, mais au nom du roi très-chrétien. I. n'est point probable que sa majesté consente à cette tyrannie, elle qui n'a obtenu qu'apfès bien des désirs et des demandes réitérées , la communion catholique, il y a fort peu de temps.
C'est pourquoi il est à croire que dans peu de temps les affaires en iront mieux , si le roi en est sollicité par votre sainteté. De plus, s'il pUiisoit à sa mîijesté exiger de la république de Genève que la liberté de conscience fût permise dans cette ville , il y auroit espérance que cette chose, qui est la seule désirable dans ce misérable temps, réussiroit heureusement.
J'ai pris la hardiesse , très-saint pore, do m'expliquer ainsi avec étendue , parce que je n'ignore point combien votre clémence s'applique volontiers à penser sérieusement aux moyens de rétablir la foi et la discipline chrétienne , et qu'elle ne peut connoître les choses éloignées d'elle , sinon par ceux qui sont sur les lieux. J'ai l'honneur d'être, avec un très-profond respect, très-saint père, etc.
IB PAPK CLiUENT VIII , A B. FRANÇAIS D8
SALB8.
(TMb d* Il Yl* «iSalDl, p*rCk.-Air. MSilW.}
U SainleU louB la dllifieace de S. Prtntoli d*ai l'affaire «Idini II conTenloD deBtl», Btl'elhone 1 ■■ penMénncE.
DileclG fili, salutem et aposlolicam bene-
dictionem.
Fidci catholicffi etudium , et zelum ealutÏB animanim , servo Dei et in sortem DoluiDi vocato plané dignura , in tuis Utterîs perspeximua ; et quid hectenùa egeris in negotio illo , de perditâ ove ad Christi ovile reducendA , cognoi imits.
Tuera , Gti , dili^i:nliam et sedulitatem In Domino conunendamus ; et quamvîs ea res, cujus felicem eiitum vaidè optamus , non mediocrem, ut scribis, difBeultatem habeat , quia Umen Dei opus est , cujus gloliam quœrimus, et cujus misericordiâ alque aiuilio nîlimur, te proptereà magnopcrè bortamur , ne eani curam doseras , ncve cesses quod semel inchoasti , Dei adjutrice gratiâ, urgere. Speramua enim quod fabor tuus non erit inani» in Domino.
Quod adpopuloB illos attinet, quos calhoticœ religionis rcstitutionem avidô expetere significaB , id quidom pcrjucundum nobis acctdit, et ed de re scribemus in eam sentenLiam quara res postulat et tu admones. Tu intered quod potes prsesta, Deojuvanle ; et nos tibi paterne bcnedicimus.
Datum Homte , apud Sanctum-Pctrrjm , Bub annulo piacatoris , die vigcsimfl nonâ maii, annomillesimoquingentesimononagesioio septimo , pontifîcatùs noatri anno aexto.
Stlvius Aktoniahcb.
lé fils, salut et bénédiction apostolique.
Nous BTona pleinement reconnu dans vos lettres le zèle que vous avez pour la foi catholique et pour le salut des âmes, lequel lèle asaurânent est digne d'un serviteur de Dieu , qui est appelé à l'héritage du Seifjneur ; et nous avons tu ce que vous avez lait jusqu'à présent pour amener au bercail de lésus-Ciirisl la brebis perdue, et comment voua vous êtes comporté dans cette affaire.
Nous lovonâ grandement, mon fils, et
nous approuvons le soin que vous a porté, NousdénnnBBrdemÀentqi:
entreprise ait une faenreuse Issue ; t qu'elle Boit trts-difflcile , comme voi le nriandez , néanmoins, parce qne c' asarte de Dieu , dont tiOiia chère gloire , et sur la miséricorde et le ^ duquel nous nous appuyons, nousv hortons bien fort à ne point abaii le soin de cette alTaire , et à ne poin de poursuivre vivement, avec le sec la grâce , ce que vous avez comme nous espérons que votre Inmail t p<u cai'n daiM le Seigneur (4).
Quant à ce qui coDcerne ces p> qui , suivant l'avis que vous nous i nez , désirent avec ardeur le rét) ment de la religion catb<dique < pays (3) , certes , cela nous a été fori I bic ; et nous ne manquerons pas > . sur ce sujet, selon que la chose le r ; et les avis que vous nous donnez, dant Taites de votre part tout ce q 1 sera possible avec la grâce de Diei vous donnons notre bénédiction pab Donné ô Rome, A Saint-Pierre, eo neau du pêcheur, le 29 mai 1597 sixième année de notre pontificat.
Stlvius Antohu