‹ Œuvres complètes; nouvelle édition collationnée et augmentée des lettres de Sainte Chartal, des lettres inédites de l'auteur, du portrait de lui et d'autographes (volume 3)Chapitre 216 sur 450 · FRANÇOIS DE SALB8, A UNE DAMB · texte numérisé non relu

FRANÇOIS DE SALB8, A UNE DAMB

Il blâme une de tes filles spiriiuellet qui, en p•^ \. Uni de lui , disoit des cboiet oairéei à iM avantage ; il charge une dame de loi ee (aiit une charitable réprimande.

M avril Mil.

Ma très-chère fille de mon cœur, sachez que j'ai une fille, laquelle m'écrit que mon éloignemcnta fait approcher ses douleurs; quo si elle ne tonoit ses yeux , ils verst?roienl autant de larmes que le ciel jette Uo

hrt (1), l« terfii de Dieu paroissant par- Wie en VHifirmerie (i). Et vous donc, ma iUe, soyez bien forte parmi les afRictions le TOtre maison. Ces maladies longues sont ie bonnes écQies de charité pour ceux qui ^ assistent, et d'amoureuse patience pour eux qui les ont, car les uns sont au pied de i croix avec Notre-Dame et S. Jean, dont b imitent la compassion, et les autres sont or la croix avec notre Seigneur duquel ils mitent la passion.

Quant à la soeur de laquelle vous m'écrirez (3), Dieu vous fera prendre le conseil xmvenable. Cette douceur es souffrances !8t un pronostic de la future faveur aboniante de notre Seigneur en cette amo, où |a*elie aille ou demeure.

Saluez, je vous supplie, ces deux filles tendrement do ma part, car je les aime linsi.

Au demeurant, s'il est trouvé convenable

de renvoyer cette novice, il le faudra faire

arec la charité possible ; et Dieu réduira

tout à sa gloire. Dieu garde et bénit les

lorties (4) aussi bien que les entrées de

celles qui font toutes choses pour lui, et

qui n'occasionnent pas leurs sorties par

leurs mauvais déportemens. Sa providence

bit vouloir le sacriGce qu'elle empêche

par après d'être fait, comme on voit en

Abraham. Et me semble que je dis je

De sais quoi de ceci au livre de V Amour

U Dieu (5), mais je ne me souviens

pis où.

Dilates cependant votre cœur, ma chère Ole, mon ame, parmi les tribulations; agrandissez votre courage , et voyez le grand Sauveur penché du haut du ciei lers voos, qui regarde comme vous marchez en ces tourmentes, et par un filet de ai providence imperceptible, tient votre OBuret le balance, en sorte qu'à jamais il le veut retenir à soi.

Ma très-chère fille, vous êtes épouse, tion pas encore de Jésus-Cbrisi glorifié, luis de Jésus-Christ crucifié : c'est pourquoi les bagues, les carcans et enseignes

(l)Cta tefraor, tano potvM lao. II Coi., o. xii,

T. Iti

(ti Vlrun ta InBmliai* 9«rlldtor. Il Coi. , o. xii, t. •. m 11 f«i«lt vm ^•U ta MTiM dOBt 11 Ml parlé plu kl.

(4) Dmm entodtat IniroltviB taum et exitam taon, ete.

(•) Uv. IX, 0. Ti. <• to prtf ifiM df l'indifférence «moi^ 4wM Ifi cAmci 4m Mrvîet d$ Ditu,

qu'il VOUS donne, et dont il vous veut pa« rer, sont des croix, des clous et des épinos; et le festin des noces est de fiel, d*hysopo, de vinaigre. Là-haut nous aurons les rubis, les diamans, les émeraudes, le moût, la manne et le miel. Je no dis pas ceci, non, ma chère grande fille, vous tenant pour décourage, mais vous tenant pour adoulourée, et m*étant avis que je' dois mêler mes soupirs avec les vôtres» comme je sens mon ame mêlée avec la vôtre, voyez-vous.

Ne me dites point que vous abusez de ma bonté à m*écrire do grandes lettres; car en vérité je les aime toujours suavement.

Ce bon père dit je suis une (leur, un vase de fleurs, et un phénix , mais en vérité, je no suis qu*un puant homme, un corbeau, un fumier. Mais pourtant aimezmoi bien, ma très-chère fitle; car Dieu ne laisse pas de m*aimen, et de me donner des extraordinaires désirs de le servir et aimer purement et saintement. En somme, après tout, nous sommes trop heureux d'avoir prétention en Téternité do la gloire par le mérite de la passion de notre Seigneur, qui fait trophée de notre misère, pour la couvrir en sa mii^éricordc, à laquelle soit honneur et gloire es siècles des siècles. Amen.

Je suis vôtre, ma très-chère fille, vous le savez bien , je dis vôtre d'une façon incomparable.

LETTRE CCCLXn.

s. rBAIfÇOIS DE SALES , A XADAini DE CnAIYTAL.

Le Silnt lai {«rie de ees prédicatient do eefêMS

à GreDobIc II la felieile d'avoir choisi Jêaaa-

Christ pour too éponz, au lieu de celui qu'eUa

a perdu.

■an itti.

Ma chère fille , cette nuit parmi mes réveils j'ai eu mille bonnes pensées pour la prédication ; mais les forces m'ont manqué en l'enfantement. Dieu sait tout, et j'adresse tout à sa plus grande gloire; et, adorant sa providence, je demeure en paix. Il n'y a remède : // faut que je fotute ce que je ne vetix pas; et le bien que je veuXf je ne le fais pas (4). Me voici au

(1) Hon %90i Tolo boaan kM lado, wêA f eod aoto sa* lia koe a|0. Eom., «. f ii. v. Idb

LETTRES

milieu des prédications et d'un grand peuple, et plus grand que je ne pensois pas; mais si je n*y fais rien, ce me sera peu de consolation.

Croyez que cependant je pense à tous momens à vous et à votre ame, pour laquelle je jette incessamment mes souhaits devant Dieu et ses anges, afin que de plus en plus elle soit remplie de Tabondance de 868 grâces. Ma très-chère fille, que j'ai d'ardeur, ce me semble, pour votre avancement au très-saint amour céleste, auquel, en célébrant ce malin, je vous ai deredief dédiée et offerte, m*étaiit avis que je vous élevois sur mes bras comme on fait les petits enfants, et les grands encore quand on est assez fort pour les lever. Voyez un peu quelles imaginations notre cœur fait sur les occurrences. Vraiment je lui en sais bon gré, d'employer ainsi toutes choses pour la suavité de son incomparable affection I en les rapportant aux choses saintes.

Je n*ai manqué de faire une spéciale mémoire du cher mari défunt. Âhl que vous fttes néanmoins un heureux échange en ce jour-là, embrassant Tétat de celte parfaite résignation, auquel avec tant de consolation je vous ai trouvée ! et votre ame, prenant un époux de si haulc condition, a bien raison d'avoir une extrême joie en la commémoration de rheure de votre fianccment avec lui. Or sus, il est vrai, ma très-chère fille, notre unité est toute consacrée à la souveraine unité ; et je sens toujours plus vivement la vérité de notre cordiale conjonction, qui me gardera bien de vous oublier Jamais, qu*après et longtemps après que je me serai oublié de moi-même, pour tant mieux m*attacher à la croix. Je dois à jamais tâcher de vous tenir hautement et constamment dans le siège que Dieu vous a donné en mon ame » qui est établi à la croix.

Au demeurant, allez do plus en plus , ma chère fille , établissant vos bons propos , vos saintes résolutions ; approfondissez do plus en plus votre considération dans les plaies de notre Seigneur, dû vous trouverez un abtmede raisons qui vous conHrmeront en votre généreuse entreprise , et vous ferop.t sentir combien est vnin et vil le cœur qui fait ailleurs sa demeure , et qui niche sur un autre ari)re que celui de la croix. 0 mon

Dieu ! que nous serons heiirau&, ai bmi vivons et mourons en ce saint tabemaclel Non , rien , rien du monde n'est digne de notre amour : il le faut tout à ce Sauveur qui nous a tout donné Le sien.

Vraiment j*ai eu de grands sentimens, ces jours passés , des infinies obligatioas que j'ai à Dieu ; et, avec miliedouœu», j'ai résolu do rechef do le servir avec phu de fidélité qu'il me sera possible , et tenir mon ame plus continuellement en sa divine présence ; et avec tout cela , je me sens une certaine allégresse , non i)oint impétueuse^ mais ce me semble , efficace pour entreprendre ce mien amendement. N'en semvous pus bien aise , ma chère fille , ai un jour vous me voyez bien fait au service de notre Seigneur? Oui , ma dière fille; car nos biens intérieurs sont inséparablement et invisiblement unis. Vous me souhaiin perpétuellement beaucoup de grâces; et moi , avec ardeur nonpareille , je prie Dieu qu'il vous rende très -absolument toute sienne.

Mon Dieu l très-chère fille de mon ame, que je voudrais volontiers mourir pour L'amour de mon Sauveur! Mais au moins, si je ne puis mourir pour cela, que je vive pour cela seul. 0 ma fille , je suis fort presse : que vous puis-jo plus dire, sinon que ce .mémo Dieu vous bénisse de sa grande hé* nédiction?

Adieu , ma chère fille : pressez fort oe cher crucifié sur votre poitrine. Te le sup* plie qu'il vous serre et unisse de plus en plus en lui. Adieu encore, ma très-chère iille; me voici bien avant dans la nuit, maii plus avant dans la consolation que j'ai de . m*imaginer le duux Jésus assis sur votre | cœur. Je le prie qu'il y demeure au grand j januiis.

LETTRE CCCLXin. A

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