LETTRE DXVI
S.FnANÇOIS DE SALES, A MADAME DE CHAlfTAL .
Pensées sur l'échange que fit notre Seigneur de soncœur avec celui de sainte CatherinedeSienne. Souhait de bénédictions h madame de Chantai pour son Toyage, et à toutes ses filles : Péloignemeni des lieox n'empêche pas l'unioD des court.
M avril i6ts.
Je m'en vais à l'autel , ma chère fille, où mon cœur répandra mille souhaits pour le vôtre , ou plutôt notre cœur répandra mille
4Sê
LETTUBfl
tiéliédictioDa sur toi-méine : cor je parie plus véritablement uin«i. Diou , ma chère eœup, ma filie bien aimôe, à propos de notiy cœur , que nous no nous arrive-t-il comme à cotte bénite sainte , do inquelle nous commençons la fôte ce soir, Sto Catherine de Sienne , que le Sauveur nous ôtiU noire cœur , et mit le Bien en lieu du nôtre I Mais n'aura-t-il pas plus tôt fait de rendre le nôtre tout sien, absolument sien, purement et irrévocablement sien ? Oui , qu*il le fasse , ce doux Jésus ; je Tcn conjure par le sien propre, et piir l'amour qu1l y confirme, qui est l'amour des amours ; que s'il ne le fait (ô ! mais il lo fera sans doute, puisque nous Ton supplions), au moins ne saurait-il em{)ôchcr que nous ne lui allions prendre le sien , puisqu'il tient encore sa poitrine ouverte pour cela : et si Dous devions ouvrir le nôtre, pour, en ôtant le nôtre , y losar le sien , ne le ferions-nous pas? Qirà jamais son saint nom soi t béni I
Allez , ma fîllo , allez : mon esprit vous va suivant, et répandant sur vous mille bf^nédielions. Au nom do Dieu, nous allons, et demeurons avec une fort pure intention do servir de tout notre cœur à la gloire éternelle de sa divine Majesté , ici où nous demeurons , et là où nous allons. 0 Dieu ! que c'est une douée chose, cpie d'avoir la sainte unilé des cœurs , qui , par une merveille inconnue au monde , nous fait être en plusieurs lieux sans division ni séparation quelconque! Demeurons et jdions en poix , ma très-cli6re fille : et comme une seule anift se console en l'une et l'autre mdin , tenant son fils de l'une et son père de l'autre ; ainsi réjouissons-nous de quoi on uno parfaite unité d'esprit, et de tout nous-mêmes , ici où nous demeurons , et là où nous allons, nous nous tenons à ce Sauveur que notre cœur veut chérir révéremmcnl comme son père , et tendrement comme un fil&. Or sus, je m'en vais présen- ' ter ce cœur a ce cher Sauveur en la sainte ' messe.
^ 0 Seigneur Jésus 1 sauvcjs, bénissez, ; confirmez et conservez ce cosur qu'il vous a - plu de rendre un en votre divin amour : et puisque vous lui avez donné l'inspiration de se dédier et consacrera votre saint nom , que votre saint nom le remplisse comme un baume de divine charité , qui en
une parfaite unité répande les variétés dt parfums et des od^urs de suavité requiiesè l'édification du prochain. Oui , Seigneur Jésus , remplissez, combles,Vt fqitos surabonder en grâce , paix consolation et bénédiction , cette amc qui en votre saint nom va et demeure où votre gloire la veut et appelle. Amen.
Mille bénédictions à nos chères filles.
Dieu qui les a assemblées les bénisse; Ienr3 saints anges soient à jamais autour d'elles, répQpdant à pleines mains les grâces et consolations célestes dans leurs ccEmrs bienaimés, et que la sainte Vierge , déployimt sa poitrine maternelle sur elles, les cpnserve on la vertu de son amoureuse éte^ nité. Amen. Vive Jésus 1
LETTRE DXVn.