LETTRE DXXV
lUDAllB DB GHAl<rrAL, À S. FBAlfQOIS DE SALES,
(Tliéa doi letiTM d» «adaoM d« CkaaiaL)
Elle demande ta Saint des tfit Mr la dlOeiIlé qu'elle • de bire des actes intériears.
IHJee«fllJa1alfll
rai plusieurs choses à vous dire , mon unique père, mais je ne sais où elles sont , tant mon chétif esprit est accablé et distrait par mille tracas. Ce saint jour toute-
LETTRES
fois me récrée , où je me représente que mon unique père recevra mille caresses de ces grands et saints apôtres , qu'il aime et qu'il sert avec tant d'affection. Certes, je suis gaie , et rien ne me fâche , grâces à Dieu ; car je veux bien tout ce qui lui plaft; ne sentant aucun désir en la pointe de l'esprit, que celui de l'accomplissement de la très-sainte volonté divine en toutes choses;
A ce propos, mon très-cher père , je ne sens plus cet abandonnemont et cette douce confiance , et je n'en saurois faire aucun acte : il me semble bien toutefois que ces vertus sont plus solides et plus fermes que jamais. Mon esprit en sa fine pointe est en une très-simple unité ; il ne s'unit pas : car quand il veut faire des actes d'union, ce qu'il ne veut que trop souvent essayer de faire , en certaines occasions il sent de l'ef- Hort , et voit clairement qu'il ne peut pas 6*unir, mais seulement demeurer uni.
L'ame ne voudroit pas bouger de là; elle n'y pense pas, et elle ne fait autre chose que former au fond d'elle-même un certain désir presque imperceptible que Dieu fasse d'elle , et de toutes les créatures , et en toutes choses , tout ce qu'il lui plaira.
£ile ne voudroit faire que cela pour l'exer^ cice du matin , pour celui de la sainte messe , pour la préparation à la sainte communion , pour actions de grâces de tous les bienfaits de Dieu ; enfin pour toutes choses elle voudroit seulement demeurer en cette très-simple unitéd'espritavccDieu, sans étendre sa vue ailleurs, et en elle dire quelquefois vocalement le Pater, pour tout le monde et pour les particuliers, et pour soi-même, sans divertir toutefois sa vue, ni regarder pour quoi ni pour qui elle prie. Souvent , selon les occasions et la nécessité , ou Taffection , qui vient sans être cherchée, l'ame s'écoule en cette unité : pour ce sujet , j'ai bien la vue que cela suffit pour tout ; néanmoins , mon unique père, fort souvent il me vient des craintes : je me force à faire des actions d'union , d'adoration , l'exercice du matin, de la sainte messe, de l'action de grâce, ce qui me fait grand'peine.
Que si je fais mal en cela , dites-le-moi , s'il vous plaît, et si cette simple unité suffit et peut satisfaire à Dieu pour tous ces actes que je viens de dire , auxquels
nous sommes obligés, dites*moi aussi si durant les sécheresses elle suffira quand l'ame n'en a ni la vue ni le sentiment , sinon presqu'en l'extrémité de sa fine pointe. Je ne désire pas que vous me fassiez une longue réponse sur ce sujet; car en douze paroles vous pouvez me dire tout , repéUnt ma demande, si vous l'approuvez , et m'assurant que cette simple unité suffit pour toutes sortes de choses, sans plus souflnr ni recevoir de craintes ni de divertissement en cela. Enfin dites-moi ce qu'il vous plaira, et cependant, avec l'aide de Dieu , je ma rendrai plus fidèle à ne point faire d'acte , croyant que c'est le meilleur , et que cela suffit en attendant ce que vous me direz.
Mon uiique père, certes je ne sais comme je vous ai dit tout ceci , car je n'es avois nulle pensée quand j'ai pris le papier ; j'en suis toutefois bien aise. Il âut encore dire tout ceci , c'est que cette unité n'empêche pas que tout le reste de l'amené ressente quelquefois une inclination et on penchant du côté du retour vers vous: je ne sens d'inclination et d'affection qu'à cela, je ne m'y amuse nullement , et n'en ai aucune inquiétude, grâces à Dieu, à cause de cette unité en la pointe de l'esprit. Mais quand par manière d'élection, l'incomparable bonheur de me revoir à vos pieds et de recevoir votre sainte bénédiction se passe dans mon esprit, incontinent je m'attendris jusqu'aux larmes, et il oie semble que je fondrai en pleurs quand Dieu me fera cette miséricorde ; mais tout aussitôt je me divertis , et il m'est impossible de rien souhaiter pour cela , laissant purement à Dieu et à vous la disposition de tout ce qui me regarde.
Je sens aussi de l'inclination , de la tendresse , et de la compassion pour nos pauvres sœurs, qui attendent si long-temps leur chétivo mère qu'elles aiment tant.
Je ne saurois m*imaginer , mon unique père, quej'aie besoin de me justifier auprès de vous au sujet de l'affaire de N. , car je sens que vous êtes très-assuré que je ne vous cèle jamais ni mal ni bien de tout ce que je fais, étant incomparablement votre très-humble, etc.
DE S. FRANÇOIS Dfe SALES.
LETTRE DXXVL
AlNÇOIS de sales , A LA MÈEB DE BALLON.
tI« de It mère de BalloD, ptr le père de Croffy. )
) Ballon étant sar le point de quitter ye pour commencer une réforme à ftat tentée de rester dam son menasconséquence elle écrivit au Saint ses se persnadoit qu'il ne les désapprou- Toici la réponse qoe lui fit le Saint.
10 tout leti.
*e fille, si j'avois comme vous à le réforme , je ne pourrois voir l'heure que j'y fusse. Puis donc vez l'obédience de vos supérieurs, (z pas de quoi apporter du retar- Bon exécution. Ainsi, partez au our Rumilly , et saluez bien de k votre arrivée , mes chères filles déjà.
LETTRE DXXVIL
s DE SALES , A MADAME L*ABBESSE DE SAINTE-CATHERINE.
attère de le VUiution de la Tille de Heaox.)
*qtie écrit èrabbessedeSainte^ihe-
l'abbaye, qui éloitdo son diocèse,
itréformée et n'avoit pointde clôture.
t» aoàt Kit.
ds clairement à votre lettre , ma
cousine , ma fille. Il est vrai quB
ong-temps je me suis aperçu des
plusieurs de vos filles avoient
ination; et tout autant que la
me l'a pu permettre, je vous
de temps en temps. Mais il est
que j'eusse souhaité qu'elles
: encore un peu de patience,
)us sommes à la veille de voir
général pour la réformation de
anastères de cette province de
Qfionts, notamment des filles,
aelles les moindres défauts sont
3 que les grands parmi les hom-
la très-chère cousine , voilà donc
jour. Qu'il se soit passé qiicl-
tiences, quelques immortifica-
ques fiertés, quelques désobéis-
îlques amours-propres, quelques
es ; certes il ne se peut être pas
K)ur tout cela le fond de l'affaire
ne laisse pas d'être bon et selon la volonté de Dieu. Tous les défauts qui arrivent en une bonne œuvre n'en gâtent pas la bonté essentielle: d'où que le bon vienne, il le faut aimer. Mon inclination étoit que l'on l attendit de faire celui-ci jusqu'à ce que i' l'ordre en fût venu de Rome , afin qu'il y ' eût moins de résistance. La ferveur de la ( charité de quelques-unes , ou si vous vou- 1 lez, l'ardeur de la propre volonté dest autres , a fait choisir un autre moyen qui leur sembloit plus court. Il ne faut pas pour cela le rejeter , ains il faut y contribuer tout ce que la sainte , sincère et véritable charité nous suggérera ; et nous faut prendre garde de ne permettre pas à notre propre intérêt ou amour d'employer notre propre prudence contre la volonté de Tépoux céleste. Mais de tout ceci il en faut parler plus au long, Dieu aidant.
Madame ma très-chère cousine, ma fille, que cette affaire ait été entreprise, je le sus le jour avant mon départ de cette ville; que l'on en soit venu à l'exécution, je le sus en Argentine (4); mais vous avez été la première qui m'avez donné connoissance de la particularité , bien que depuis j*en aie appris encore davantage. Il importo peu que le bien se fasse d'une façon ou d'autre, pourvu qu'il se fasse en sorte qu'il en revienne plus grande gloire à notre Seigneur. Je suis , madame ma chère cou* sine, votre, etc.
LETTRE DXXVra.
s. FRANÇOIS DE SALES , A MADAME DE CUAÎiTAL
A OUON.
Le Saint désapprouve le changement de monastère pour les lilles , et surioui l'amour de ce changement. Il est trés-fâché de ce que deux maisons vouloient plaider ensemble pour un iniérét temporel. 11 ne peut souffrir que, par esprit d'intérêt, on veuille décharger une maison sous prétexte d'une fondation. Il désire que les bienfaitrices n'exigent pas un grand nombre de privilèges. Les souffrances et les maladies dans les communautés, présages de bénédiction.
80 août Mil.
Je suis de retour et en santé , ma trèschère mère , après mille faveurs reçues, et certes dix mille consolations, non-seulement de la part de madame , de leurs al-
(1) ArgentlM ett an boarf 4eSavol«, an •omié da Mua. rleaue, renommé à eania de set ferfis. BàNsirAar Céom^
t. II, p. 5S0, cité par U Martlnlére.
LETTRES
tesses et de ces rares princesses, mais de plusieurs bonnes amcs , entre lesquelles je vous dis, ma très-chère mère, queTinfante cadette, madame Françoise-Catherine, est entièrement trè^-bonne et très-pleine de vertus , de bonté et de sainte naïveté.
J*ai vu sœur Marie-Chrétienne, que j'ai trouvée au-dessus de tout ce que j'en avois |X)nsé , en piété , en générosité.
Sachez , ma très-chère mère , que j'ai eu en chemin , et ce matin encore , plus de grands sontimens de la grâce que Dieu fait à ceux qu'il emploie à son service , et auxquels il donne le vrai goût des vertus , ayant eu cette pensée sur les paroles que l'Eglise inculque , et qui donnèrent le dernier coup à la conversion de saint Augustin : c Non point es banquets et ivrogne- » ries, non point es couches et impudicités, > mais revêtez-vous de notre Seigneur » Jésus-Christ(4).»Qu'àjamais ce Sauveur aoit notre robe royale , qui nous couvre et défende du froid de l'iniquité, et nous échauffe de ce divin amour que notre cœur cherche.
Je suis tout à fait d'avis que l'on n'ouvre point la porte au changement des maisons parle souhait des filles; car le changement est tout à fait contraire au bien des monastères qui ont la clôture perpétuelle pour un article essentiel. Les filles, comme foibles, sont sujettes aux ennuis, et les ennuis leur font trouver des expédions importuns et indiscrets. Que ces changemens donc procèdent du jugement des supérieurs, et non du désir des filles, qui ne sauroient mieux déclarer qu'elles ne doivent point être gratifiées que quant elles se laissent emporter à des désirs si peu justes. Il faut donc demeurer là et laisser chaque rossignol dans son nid , car autrement le moindre déplaisir qui arriveroit à une fille seroit capable de l'inquiéter et lui faire prendre le change , et, au lieu de se changer elle-même, elle penseroit d'avoir suffi- i samment remédié à son mal quand elle ' changcroit de monastère.
Au reste, j'apprends une extrême tenta- i tion entre les monastères do N. et de N. ■ pour certains millo écus, que je voudrois ' plutôt être au fond do la mer qu'en diffé-
(1) Sicul ia die hune.ttè ambuleniQ!), non in comnies- MlioaUiiit fll «brielAlibM. ooo la cubillba» «t impudicitiis, m4 todnioiBl DufliUui Mwinim iMam Chrislum. Rom. c xm, T II.
rend entre eux Est-il possible que des filles nourries en l'école de la folio de la croix , soient tellement afTectionnées à la prudence du monde,qu>lles ne se sachent pas accommoder par condescendance oa par rési'jÇnation î La lettre que m'en écrivit N. témoigne que le bon droit est grandemont enraciné en l'esprit de Tune et de Tautre. Je suis capable de souffrir toute autre sorte de déplaisir, mais celuM eit au-dessus de mes forces. Pour qui travaillet-on, sinon pour Dieu? et si c'est pour Dieu, pourquoi dispute-t-on? Je hais ces aortes de sagesse et de prudence. Qu'impoite4-il que l'argent soit d'un o6té ou d'antre, pourvu qu'il soit pour Dieu ? et néanmoiiis, ma chère mère, il faudra dire ou à l'une on à l'autre, qu'elle a tort. Quand nousanrooi ouï l'une et l'autre , celle qui aura le tort aura grand tort, et non un petit tort; car il n'y a rien de petit en ces opiniâtretés da mien et du tien.
J'ai aussi presqu'une même aversion au désir que les supérieures ont que l'on décharge leur maison par le moyen des fondations; car tout cela dépend du sens humain, et de la peine que chacun a à porter son fardeau. Soit donc que l'on décharge la maison pour la fondation de N., il me semble qu'il importe peu.
Je vous ai écrit ci-devant sur le sujet des bienfaitrices , qui désirent tant de conditions, lesquelles , comme vous , je ne voudrois pas être en grand nombre.
Les malades do la maison de Paris donnent un grand présage de la bénédiction que Dieu y veut mettre, quoique le sens y répugne. Cependant vivez heureuse dans le sein de la bonté de notre Seigneur ; qu'il fioit béni es siècles des siècles. Amen.