FRANÇOIS DE SALES, A UN PRÊTRE , SON AMI
La diversité des opinions ne doit point altérer la cbariié et ramilié des chrétiens. Comment se doit comporter un juge.
Monsieur, je ne sais comme il vous peut entrer au cœur que je puisse avoir aucune défiance de votre amitié pour tous les secours que vous ferez à M. le Prieur et à sa troupe réformée ; car je leur souhaite toute sorte de prospérité, et n'ai nulle sorte d'intérêt en révénement de votre entreprise, sinon celui-là même que vous me manjuez en votre lettre être le vôtre, la plus grande gloire de Dieu, et le plus ^rand service de son Église, et que Dieu soit servi, ou par des religieux vêtus de noir ou vêtus de blanc, cela est indifférent.
Mais je dis plus, et le dis devant notre Seigneur, quand j'aurois bien de l'intérêt d'un côté plus que de l'autre , j'o>?pérerois cette grâce de la divine majesté, do n'ètro pas si passionné et désordonné enl'amourpropro que savoir mauvais gré à qui no suivroit point mon parti. Non, certes, je no pense pas que ni mon sentiment, ni mes opinions, ni mes intérêts, doivent servir de règle à pas un homme du monde, et particulièrement à mes amis ; trop obligé que je leur serai, si réciproquement ils ne m'estiment rien moins que leur affectionné et véritable ami , quand je serai d'aulro opinion qu'eux : les anges ont de a^s différends in agibilibuSy et S. Pierre et S. Paul en eurent, comme aussi S. Paul et S. Barnabe, sans diminution de leur indissoluble charité.
Je vous ai dit candidement mon senlimant sur le sujet de la réformation que vous affectionnez : il y a du respect pour l'une que j'estime bonne, et pour l'autre que j'estime meilleure ; marri que je serois de perdre la douceur et paisible affection que je dois à toutes deux. Mais ne vous parlois-je pas clair à votre départ? Ce fut ' de bon cœur que je dis alors, je le répète
maintenant , et le dirai encore ci-après : Unusquisque insuoiemuabundei, dummodo glorificetiir Chrisluê (i). Tout le déplaisir que j'ai en ceci, c'est de ne vous pouvoir pas assez plaire , et m'aocommoder à votre désir, mêmement en ce qui est d'écrire à monseigneur le cardinal Bellarmin.
J'ai déjà été récusé par l'une des parties, qui se plaint de moi ; il n'est pas à propos de me jeter les plaintes de l'autre sur les bras. Je ne sais nullement que c'est quo des autres réformes de N., bormis de M. io Prieur et de M., ne connoissant les autre» que de nom, et quelques-uns do vue. Jesuis délégué commissaire, je ne dois point Cuire de préjugés, afin que, si les parties allèguent quelque chose contre cette réformation, je puisse encore juger. Ily a enfin mille raisons, ce me semble, pour lesquelles je dois ouïr parler départ et d'autre, sansme mêler de faire des offices , ni pour les uns ni pour les autres, jusqu'à ce que jesoisdéchargé do l'office de jugequi m'est conmiis.
Notre amitié n'est pas fondée sur la réformation ni des unes ni des autres; c'est pourquoi je vous supplie do me bienoooserver la vôtre, au travers de toute celle néiîociation, comme de mon côté jesuis invariable en celle que par tant de respects je vous dois. Je sais qu'un autre , moin? discret et charitable que vous, pourroit beaucoup dire de choses de moi, entre les poursuites, comme il a été fait à Chambéri ; dont je loue Dieu que ce soit vous plut^ qu'un autre, bien que, pour parler franche ment entre nous, je me sente fort assuré de n'être point blâmé de quiconque sans passion voudra conférer les temps et les occasions de ce qui s'est passé par mes mains, et de ce cpii s'est passé par les mains de ceux qui se deulent.
Mais quand il plairoit à Dieu que quelqu'un me fit mortifier, mon second remède seroit d'avoir patience. Je finis donc p.v où j'avois commencé, vous remerciant de rechef de la peine que vous prenez pour ces bonnes âmes , qui prient et prieront Dieu pour vous, et vous demeureront cxtrôniement obligées avec moi, qui de tout mon coeur suis sans fin, monsieur, votre plu j humble, etc.
(1) Que chacun a bundo en son beos, poarvy qmMm» ChrUi toilgloriRé. Roii.,c. jliv, t. t.
DK S. PR4NÇ0IS DC S4LES.
ii^
le peu décompte que l'on tint de du lieu, au conseil delà N. ; mais uis pas m'émouvoir à rien faire une mûre délibération; car il faut faire de faute, quand on s'oppose es ; il est impossible d'empêcher un (à bonne intention) ne s'essaie r Tavantage.