‹ Œuvres complètes; nouvelle édition collationnée et augmentée des lettres de Sainte Chartal, des lettres inédites de l'auteur, du portrait de lui et d'autographes (volume 3)Chapitre 31 sur 450 · LETTRE XL · texte numérisé non relu

LETTRE XL

s. FRANÇOIS DE SALES, A LA COMMUNAUTE DES FILLES-DIEU DE PARIS, ORDRE DE FONTEVRAULT (2).

(Tirée d« U vie du Saint, pêt Ck.-Auf . de Stles.)

Il les engage à rérorroer certaines pratiques qui s'étoient introduites dans leur communauté, et dont il voyoit avec regret rÂtablissemcut.

De Sales , le li noTembre leot.

Mes très-révérendes dames et chères sœurs,

J'ai pris une tselle confiance en votre charité , qu'il ne me semble plus avoir besoin de préface ou avant-propos pour vous parler, soit en absence, comme je suis contraint de faire maintenant , soit en présence , si jamais Dieu dispose de moi en sorte que j'aie le bien de vous revoir. J'aime en tout la simplicité et la candeur : je crois cpie vous l'aimez aussi ; ce que je vous supplie de continuer, parce que cela est fort séant à votre profession : je pense que les tuniques blanches que vous portez en socit le signe. Je vous dirai donc simplement ce qui m'a ému à vous écrire à toutes ensemble.

Croyez-moi , je vous supplie , je suis fort importuné de l'afFection extrême que je porte au bien de votre maison ; car ici , où je ne puis vous rendre que fort peu de services , elle ne laisse pas que de me suggé-

(1) Le roi répondit à cette leUre, qu'il B'afoit Jamais été refuiié de si bonne grâce, et ne laissa point cependant do solliciter le Saint d'accepter uir benéflce. Hais il répliqua qa'appelé à réfdché de Genèie, il deroit à sa patrie de ne la point abandonner.

(i) L'ordre de FonteTrauIt fut fondé par le bienhearenx Roliort d'Arhrisselles , archidiacre de Rennes , Ters l'an 1100; il lui donna la règle de S. Benoit, arec quelques ciinFiitntlons particnlières que le pape Sixte IV réforma et rétablit en partie. Cet ordre a compté parmi ses abbcs.^rs Jusqaes a quatorze princesses , dont cinq de la branche des Bourbons. Le cou vent de cet ordre qni existoit à Paris, et auquel s'adresse cette lettre . ayant été fondé en UM , dans un monastère précédemment occupé par les Hiles-DIeu , 11 conserra ce dernier Bom. Voies les notas qui sont 4 la Sa da catia laitrii

rer une Infinité de désirs , qui vous sont inutiles et à moi. Je n'ose pas pourtant rejeter les inclinations , parce qu'elles sont bonnes et sincères, mais surtout parce que je crois fermement que c'est Dieu qui me les a données. Que si elles me mettent en danger de quelques inquiétudes , ce n'est pas leurs qualités, mais par la foiblesse de mon esprit qui est encore sujet au mouvement des vents et de la marée Or c'est un vent qui agite maintenant mon esprit en Taffeclion qu'il vous porte , et ne saurois m'empècher de vous le nommer ; car c'est le seul sujet qui m'a fait dérober ce loisir pour vous écrire à la presse d'un monde d'affaires qui m'environnent en ce commencement de ma charge (4).

Je partis de Paris avec ce contentement de vous avoir en quelque sorte témoigné l'estime que je faisois de la vertu de votre maison , de laquelle l'opinion me donnoit beaucoup de consolation et me profitoit inj térieurement , m'animant au désir de ma perfection. La sainte parole dit que Jonas se consola à Vombre du lierre et de l'arbre{^), Maisunvent chaud et cuisant dessécha presque tout en un moment cet arbrisseau (3). Un vent fit presque le même effet en la consolation que j'avois en vous ; mais pensez , je vous supplie, que ce fut un vent du midi d'une entière charité.

Ce fut un rapport auquel je fus obligé de donner créance par la considération de toutes les circonstances. Seigneur Dieu!

que je fus marri, et de ce que l'on me disoit, et de l'avoir su seulement en un temps auquel je n'avois pas loisir d'en traiter avec vous • car je ne sais si mon affection mo trompe , mais je me persuade que vous m'eussiez donné une favorable audience , et n'eussiez su trouver mauvaise aucune remontrance que je vous eusse faite , puisque vous n'eussiez jamais découvert en mon ame ni en tous ses mouvemens sinon une entière et pure affection à votre avancement spirituel et au bien de votre maison.

(1) s. François de Sales étolt alors évéqne de Ge« nèf e , par la mort de M. de Granler son prédénes»our, arrirée le 17 septembre précédent ; mais il n'oiult pas encore sacré, et ne le fui qne le 8 de décembre suiranl.

(1) PreparaTit Dominus Deus heder^ni . et o<ccndlt super raput lonm , ut esset umbra super capiit cjuii, et prrteseret eum ( laboroterat euini ) ; et laciaius est Jonas super licdcrâ liciitiâ in::i;nâ. Jo.x^: . iv , y ce.

(3) Et cam ortus fuisutet sol , pra*ri*pil !).iiiitii..s U'nlo valide et oreoti. Et percuMil sol supor caput Jt'i.a*. ot •stnabal. fit peUvlt aaluMS sua ut morereiur. Ibid. 8.

DE S. FRA?fÇOlS BC SALBS.

Mais n'ayant pas dû arrêter pour cela, étant appelé ici pour un bien plus grand , je me suis mis à vous écrire sur ce sujet, bien que j'aie quelque temps débattu on moi-même si cela seroit à propos ou non : ear il me sembloit presque que cela seroit inutile, d'autant que ma lettre seroit sujette à recevoir des répliques , et m'en feroit donner; qu'elle arriveroit peut-être hors de saison ; qu'elle ne vous représenteroit pas naïvement ni mon attention ni mon affection ; que vous êtes en lieu où vous serez conseillées de vive voix par un monde de personnes qui vous doivent être en plus grand respect que moi ; et que si vous ne croyez à Moïse et aux prophètes qui vous parleront , malaisément croirezvous à ce pauvre pécheur qui ne peut que vous écrire ; et , outre cela , qu'à ce qu'on m'a dit, quelques autres prédicateurs meilleurs et plus expérimentés à la conduite des âmes que je ne suis, vous en ont parlé sans effet.

Néanmoins il a fallu que toutes ces raisons aient cédé à mon affection et au devoir que l'extrême désir de votre bien m'impose. Dieu emploie bien souvent les plus foibles pour les plus grands effets. Que puis-jo savoir s'il veut porter son inspiration dans vos cœurs sur les paroles qu'il me donnera pour vous écrire? J'ai prié ; je dirois bien plus , et je ne dirois que la vérité , mais ceci sufQra ; j'ai arrosé ma bouche du sang de Jésus-Christ à la messe , pour vous pouvoir envoyer dos paroles convenables et prégnantes. Je les porterai donc ici sur ce papier : Dieu les veuille conduire et adresser à vos esprits pour y servir à sa gloire !

Mes chères sœurs , on m'a dit qu'il y a ! en votre maison des pensionnettes particu- I lières et des propriétés dont les malades j ne sont pas entièrement secourues ; que les saines ont des particularités aux viandes et habits sans née ossité , et que les entretiens et récréations n'y sont pas fort dévoles. On m'a dit tout cela et beaucoup d'autres choses qui s'ensuivent. J'aurois aussi beaucoup de choses à vous dire sur ce sujet ; mais ayez ta patience, je vous supplie, failes-moi cet honneur do lire attentivement et doucement ce que je vous en représente Gratifiez en cela mon zèle à vous servir.

Mes bonnes dames , vous devez corriger votre maison de tous ces défauts , qui sont

sans doute contraires à la perfection de la vie religieuse. L'agneau pascal doit être sans macule ; vous êtes des agneaux de la pâque , c'est-à-dire du passage ; car vous avez passé de l'Egypte du monde au désert de la religion , pour vous acheminer en la terre de promission. Certes, il faut que vous soyez sans tache ou macule apparente Mais ne sont-ce pas des macules bien noire? et manifestes, que ces défauts et grandmanquemens que j'ai marqués ci-devant, et principalement en une telle maison? Il les faut donc corriger. Vous les devez corriger à mon avis, parce qu'ils sont petits , ce semblé, et partant il les faut combattre pendant qu'ils le sont; car, si vous attendez qu'ils croissent, vous ne les pourrez pas aisément guérir. Il est aisé de détourner les fleuves en leur origine , où ils sont encore foibles ; mais plus avant ils se rendent indomptables. Prenez-moi , dit le cantique, ces petits renardeaux qui ruinent les tTtgnes (4). Ils sont petits, n'attendez pas qu'ils soient grands, car si vous attendez, non-seulement il ne sera pas aisé de les prendre, mais quand vous les voudrez prendre, ce sera lorsqu'ils auront déjà tout gâté. Les enfants d'Israël disent en un psaume : Filia Babylonis misera;,., bea* tus qui tenebit si allidet parvulos tuos ad pctram (2)/ La fille de Rabylone est miiérable ;.,:,. 6 que bien heureux est celui qui écrase et brise ses petits contre la pierre! Le désordre, le dérèglement des religions est vraiment une fille de Babylone et de confusion. Ah 1 que bienheureux sont les esprits qui n'en souffrent que les commencemens , ou plutôt les terrassent ou fracassent à la pierre de la réformation !

L'aspic de dissolution et de dérèglement n*est pas encore enclos en votre maison ; mais prenez bien garde à vous, ces défauts en sont les œufs ; si vous les couvez en votre sein , ils éclôront un jour à votre ruine et perdition, et vous n'y penserez pas. Mais si ces défauts sont petits , comme il peut sembler à quelques-unes, n'êtes-vouj pas beaucoup moins excusiibles de ne les j)as corriger? Quelle misère , disoit aujourd'hui S. Chrysostôme , dans l'homélie de rËvangile de sainte Cécile , de laquelle

(1) Caplie nobis vnlpct pirmtat , qum demoUvnlar tj wt.CAiiT. o.n» T. is.

(I) PflAk, cinTit ▼. 8.

LETTRES

nous Aiisons la H^te; quelle misère de voir fine troupe de filles atoîr combattu , battu et Tahicu le plus fort ennemi de tous , qui est le feu de la chair, et néanmoins se laisser vaincre à ce chétif ennemi , Mammon , dieu des richesses 1 Et certes toutes propriétés et particularités de moyens en religion se réduisent à Mammon de l'iniquité. CTest pourquoi , disoit*il, ces pauvres vierges sont toutes appelées folles , parce qu'après avoir dompté le plus fort, elles se rendent au plus foible (4).

Votre maison excelle en beaucoup d'autres perfections , et est incomparable en icelles à toutes autres : ne sera-ce pas un grand reproche d*en laisser ternir la gloire par ces chétives imperfections 1 On vous appelle , par une ancienne estime et prérogative de votre maison , Filles de Dieu ; voulez-vous perdre cet honneur par le défaut d'une réformation en ces petites défectuosités, pour un potage de lentilles perdre la primogéniture que votre nom feemble vous avoir donnée par le consentement de toute la France?

C'est à la vérité une marque de trèsgrande imperfection au lion et à l'éléphant, qu'après avoir vaincu les tigres, les bœufs, les rhinocéros, ils ^efiraient, s'épouvantent et trémoussent, le premier devant un petit poulet, et l'autre devant un rat, dont la seule vue leur fait perdre courage : cela est un grand déchet de leur générosité ; et est aussi une grande tare (2) (qui signifie défaut) à la bonté de votre maison , d'y avoir des pensions particulières et semblables défauts , après que l'on y a vu tant d'autres qualités louables. Soyez donc fidèles en la réformation de ces menues imperfections ; afin que votre époux vous constitue sur beaucoup de perfections , et qu'il vous appelle un jour à sa gloire (3).

Mais après tout cela , permettez-moi , je ' vous supplie , de vous dire mon opinion touchant ces défauts. Ils sont à la vérité

(1) NoD est corporum et pecnaiaD par cnpldllas; led acrior mnlto atque vehementlor lile eorporim e«t. Qnantd Igltar oum irobecilliore luctanlur, unto miaus fenift difnao sont Idcirco etiam fatoas appellaTlt , qaonlam , maJoH cerUmlne rapcrato, In hclllore totsm perdlderunl. S. CMkYsosT. Homll. lxxix , la UatL, poêt inittum.

(S) Tare eslano défeotuoslté qui se trouve en quelque chose, soit au poids, au compte ou à la substance. Quand OB fond les métaux . il y t toujours de It tare , de la diminution , par ce qui s'érapore eu ee loame en scorie.

(8) Euf e . serve bone et fldelli t qnla nper pavea falit fldells, super multa te constUutm ; lalra in ffandluiB DominJ tuL Mattr. o. xxf, t. tl.

petits , si on les met en comparaison des plus grands : car ce ne sont que commencemens; et tout commencement , soit en mal, soit en bien, est toujours petit. Mai? si vous les considérez en comparaison de la vraie et entière perfection religieuse, à laquelle vous devez aspirer , ils sont sans doute très-grands et trèa-dangereux. Estce , je vous supplie, un petit inal que celui qui attaque et gâte une partie noble de votre corps, à savoir le vœu dé pauvreté ? On peut être bonne religieuse sans chanter au chœur, sans porter tel ou tel habit, sans telle ou telle abstinence; mais sans la pauvreté et communauté, nulle ne le peut être.

Le vermisseau qui rongea la courge de Jonas sembloit être petit ; mais sa malice étoit si grande que l'abrisseàu en périt (4). Les défauts de votre maison semblent bien minces ; mais leur malice est si grande qu'elle gâte votre vtBù de pauvreté.

Ismacl étoit petit garçon , mais incontinent qu'il commença à piquer et agacer Isaac , la sage Sara le fit échapper , avec Agar sa mère, hors de la maison d'Abraham (î) , c'est-à-dire , du grand père céleste, n y a eu une Sara et une Agar ; cette partie supérieure et en certaine façon sur^ humaine , et l'autre plus basse et humaine; l'esprit et l'intérieur , et le corps avec son extérieur. L'esprit a engendré le bon Isaac : c'est le vœu que vous avez fait comme un sacrifice volontaire sur la montagne de la religion , ainsi qu'Isaac sur la montagne de vision , s'offrit de volonté en sacrifice. La chair et partie corporelle n'engendre qu'Ismaël : c'est le soin et le désir des choses extérieures et temporelles. Pendant que cet Ismaël, ce soin et ce désir, n'attaque point votre Isaac , c'est-à-dire votre vœu et profession, bien qu'il demeure chei vous et en votre maison , j'en suis content , et , ce qui est le principal , Dieu n^en est point offensé ; mais quand il agace votre vçên , votre pauvreté , votre profession , je vous

(1) PrapariTit Dominns Deus bederem, et asceodlt per capot ion« , ot esset nrabra super oapnt aJos , ai prcte^eret euu (laboraverat enim ) ; et laetatus est Jonas super hedcrft IsBiitift roafrnft. Et paravlt Dens Termem aseensa dilucall in orastiapm , al peroosalt hedaram , cl eiaruit. Jokjb. c. it, t. 6 et 7.

(<) Cùm Tldisset Sara flliom Afar JEtnpHn ludentem com isaao OIto suo , dixit ad Abrabam • ^ice anclliam hanc et flliom alw ; non enio) b»res erit fllius ancilla eom flilo neo Inae. C«iiBi.'c; i(xi, v. 9. Qnonodù tvnc I qui secuodomoarnam natns fuerat persequebator eom qrf aaroodùm splrilom, Itt et nunc, etc. Galat. o^ it, t. t9.

DE S. FRAÎfçOlS DE SALES.

opplie , mais je vous conjure , chassez-le et le bannissez. Qu*il soit tant petit qu*il voudra, qu'il soit tant enfant qu'il vous plaira , qu'il no soit pas plus grand qu'une fourmi ; mais il est mauvais , il ne vaut rien , il vous ruinera , il gâtera votre maison.

Encore trouvé-je ce mal en votre maison bien grand , parce qu'il y est maintenu , parce qu'il y est en repos , et qu'il y se* joume comme habitant ordinaire. C'est le grand mal que j'y vois , que ces particularités sont mesbui bourgeoises. Les mou-' thés mourantes, dit le Sago (4), perdent la tiMvité du heaume et onguent. Si elles ne foisoient que passer sur l'onguent , et le sucer en passant, elles no le gâteroient . pas ; mais y demeurant mortes et comme ensevelies, elles le corrompent. Je veux que les manquemens et défauts de votre maison ne soient pas que mouches ; mais le mal est qu'elles s'arrôtcnt sur votre, onguent ; elles y arrêtent , et y sont ensevelies avec faveur. Pour petit que soit le mal , il croît aisément quand on le flatte et qu'on le maintient. Nul ennemi , disent les soldats, neêt petit quand il est méprisé. Ce sont les raisons que Dieu m'a données pour vous prier de vouloir réformer votre maison touchant ces petites où grandes fautes que l'on m'a dit y être ; mais je ne puis assouvir le désir que j'en ai.

J*ai encore voulu considérer quels empêchemens vous pourroient rendre ce saint oeuvre mal- aisé , et vous eh dire mon avis. Je me doute que vous n'estimez pas qu'en ces pensions et autres particularités il y ait aucune propriété contraire à votre vœu, parce qu'à l'aventure tout s'y fait sous la permission et licence de la supérieure.

C'est déjà tin mauvais mot que celui de permission et licence parmi l'esprit de per^ fection. Il seroit mieux de vivre sous les lois et ordonnances , que d'avoir exemptions , licetices et permissions. Vous voyez d^à un sujet de réformation.

MoÂse avoit donné une permission et H" cence touchant Tintégrité du mariage. No- Ire Seigneur, réformant co saint sacrement, et le remettant en sa pureté, protesta que Ifdïse ne l'avoit permis qu'à force et contrainte» pour la dureté de leun

ctxurs (4). Bien souvent les supérieures plient ce qu'elles ne peuvent rompre , et permettent ce qu'elles ne peuvent cmpécher ; et la permission par après a été ruse et malice , qu'ayant duré quelque temps elle s'en fait accroire; et au contraire des choses qui vieillissent, elle se renforce et semble perdre petit à petit sa laideur et sa difformité. Les permissions n^entrent ja* mais que par grâce dans les monastères; mais y ayant pris pied , elles y vont demeurer par force^ et n'en sortent jamais par rigueur.

Mais, outre cela, je dis qu'il n'est rien de si semblable que deux gouttes d'eau : néan • moins l'une peut être de roses , et l'autre de ciguë; l'une guérit, et l'autre tue. Il y a des permissions qui peuvent être aucunement bonnes; mais celle-ci ne l'est pas : car c'est cn6n une propriété , quoique voilée et cachée ; o'est l'idole que Rachel tenoit cachée sous sa robe. On dit que la supérieure le permet , et que c'est sous son bon plaisir ; voilà Rachel qui parle. Mais ce sont les pensions d'une telle sœur, et non pas d'une autre; voilà l'idole de la propriété. Si ce n'QSt pas propriété que Tune a plus de commodité sans nécessité, et l'autre plus do nécessité sans commodité, que veut dire qu'étant toutes sœurs, vos pensions ne sont pas sœurs? L'une souffre, et l'autre ne souffre point ; Vune a faim, dirai-je presque conmieS.Paul (2), l'autre abonde. Ce n'est .pas là une communauté de notre Seigneur. Appelez-la comme vous voudrez ; mais c'est une pure propriété; car là où il n'y a point de propriété , il n'y a point de mien et de tien , qui sont les deux mots qui ont produit le malheur du monde. Le religieux qui a un liard ne vaut pas un liard , disoient les anciens.

L'amour et tendre affection que vous portez à votre maison peut aussi être un grand empêchement à la réformation d*icellc ; parce que cette passion ne peut permettre que vous pensiez mal d'elle , ni que vous oyiez de bon cœur les répréhensions qu'on vous en fait. Mais prenez garde , je vous supplie, car l'amour-propre est rusé, il se fourre et glisse partout , et nous fait ac-

(DBMOi locut. «. X, f. t.

(1) MoyMt ad dortiiam eofdlt Ttttri peraltlt Tobis dl« ■tiMM nvffM TMlrtf; êh lolUo uim non fail tic. llàTTB. 0. us, ▼. 1.

(I) Allnt qtldtni etaril , iUm •«lan •brlu «i. L Coa. o. n, ▼. tl.

LETTRES

croîro que ce n'est pas lui. Le vrai amour do noï^ maisons nous rend jaloux de leurs perfections réelles, et non de leur réputation seulement. La femme du bon Tobie prit h point d'honneur un avertissement de son mari, parce qu'il sembloit révoquer en doute Testime de sa famille (4). Elle étoit trop pointilleuse : si ce mal n*y étoit pas , elle on devoit louer Dieu; s'il y étoit, elle le (lovoit corriger. Il nous faut manger le beurre et le miel avec notre Seigneur, adoucir nos esprits, et nous humilier, chçim$ant le bien et rejetant le mal (t). Les abeilles aiment leurs ruches , qui sont comme leurs maisons ; je vous dis un jour que c'étoient comme des religieuses naturelles entre les animaux ; mais elles ne laissent pas d'éplucher par le menu ce qui y est , et de les purger à certains temps.

Rien n'est si constant sous le ciel qu'il ne périsse ; rien de si pur qu'il ne recueille quoique poussière (3). C'est bien fait de ne point dire inutilement les défauts que Ton voit dans les maisons , et de ne les point manifester, mais de ne les vouloir pas reconnoître , ni confesser à ceux qui peuvent être utiles pour y donner remède , c'est un amour désordonné. L'épouse, au cantique , confesse son imperfection. Je suis noire , dit-elle (4) , encore que belle.... Ne prenez pas garde à ce que je niis brune , e'*esl le soleil qui m'a hâlée. Je pense que vous on pouvez bien dire autarit de votre maison : elle est belle et vertueuse, c'est la vérité ; mais la longueur du temps et des années a un petit altéré son teint. Pourquoi ne lui redonnerez-vous pas ses couleurs par une sainte réformation? Quand il y a quelque défaut passager dans une maison , on le peut dissimuler ; mais quand il est permanent et par manière de coutume , il le faut chasser alors. Il suffit d'y appeler ceux qui y peuvent servir. Ce tut

(1) Anna, axor Tobi«, ibat td opnt inxtriBom qnoUdlè, et (le tabore manoum soarum Tlctom , quem conseqsi poierat , deferetMU Cnde factam est nt b«dum caproram acciplea» detnliasct domt. Cujus cùni Tocem baiantia Tir

cju»au(ii$sct, dixlt : Vldete ne forte fortlfus ait Ad

hMc uxor ejns Irata nupundlt : Manifeata Tana est ipes tna. ctelcemoaynae tn» modo apparuernnl. Atqne bi» et allia liujuscemodl ferbia exprobrabal el. Toaut , en, V. 19et»rq.

(t) Kuiyrom et mel comedet , ut actat reprobare malmn et cli;;crv bonum. Uaijb, c. yii, t. 15.

(3) NeccsM est de mandano pulTere etlam rellffoaa corda aurdeacere. S. Lbo , Serm. iv , de qoedrafealnt.

(4) Mfrra aam. sed formosa... Nolite me oonalderare quèd fu«ra nini, qole decoloreTit ne aol. CaiiTta ci. t. 4 et I.

un amour démesuré en David (4), de ne vouloir pas qu'on défit Âbsalom , tout mauvais et rebelle qu'il étoit. Quiconque aime sa maison , en procure la santé , la pureté et réformation.

Je ()cnse qu'il y a un autre empêchement à la réformation de votre maison ; c'est qu'à l'aventure vous estimez qu'elle ne pourroit se maintenir sans ces pensions parce qu'elle est pauvre. Au contrâifre , je pense que ce monastère est pauvre parce que ces pensions y sont. Il y a en ItâRie deux noblea républiques, Venise et Gênes. A Venise, les particuliers ne sont pas si riches qu'à Gênes. La richessedes particuliers empêche celle du public. Si une fois vous étiez à bon escient pauvres en particulier , vous seriez par après riches en commun.

Dieu veut que l'on se fie en lui , chacun selon sa vocation. Il n'est pas requis en un homme laïque et mondain de s'appuyer on la providence de Dieu en la sorte que nous auti^s ecclésiastiques devons faire ; car il nous est défendu de thésauriser et faire marchandises, mais il n*est pas défendu aux mondains : ni les ecclésiastiques séculiers no sont pas obligés d'espérer en cotte même providence comme les religieux ; car les religieux y doivent espérer si fort, qu'ils n'aient aucun soin de leur particulier pour avoir des moyens. Or, entre les religieux, ceux de S. François excellent en cet endroit , qui est ta confiance et résignation qu'ils ont en la providence divine , n'ont nul moyen ni en particulier ni en général , pratiquant pleinement la parole du Psalmisto : Jacla cogitatum iuum in Domino^ et ipse le enutriet (2). Jette tout ton soin en notre Seigneur, et il te nourrira.

Chacun doit jeter tout son soin en Dieu , et aussi il nourrit tout le monde; mais chacun ne le jette pas en même degré de résignation : les uns l'y jettent sous le travail et industrie que Dieu leur a donnée, et par laquelle Dieu les nourrit; les autres,

(1) Preceplt rex (Da?ld) Joab , et AbluT , et Etiiaf . dl*

cena : Servale mlhl pueruni Abaalon DIxlt rex ad

ChnsI : Est ne pax poero Abaaiom T Cal raapondeaa Chiul : Fiant. Iiiqnlt, aient puer, Inlnlcl dominl mel régla Contristatua Itaqoe rex aaoendlt coanaculuiB

port», et flerlt Etale loquehatnr, Tadena : FUI ml Abatlom , Abaaiom OU ml l qala rolbl trlbnat nt effo moriar / pro te, Abaalon flU ml,OUmlAb<alomt 11. Rso. c XYin, / • v.i,netss. ; ^

(I) s. FraBfoIa dte 1« paanme aelon les ancleai . / paaoUera. Dana la Vulfate oo Ut : Jiicta tupcr Domti-- Hum emrmm uam . tt tpm /t €nHtri§t. Pa. uv. f . tk.

fjtoB purement, sans l'entremise d*aucune industrie, tendent à cela. Ils ne sèment ni ne recueillent, et le Père célexte les nourrit (4). Or votre condition religieuse vous oblige à vous résigner en la providence de Dieu , sans Taide ni faveur d'aucunes pensions ni propriétés particulières; c'est pourquoi vous devez les rejeter.

David admire comme Dieu nourrit les petits poussins des corbeaux (^) : aussi est-ce chose admirable. Mais ne nourrit-il pas les autres animaux? Si fait, mais non pas de la sorte , ni immédiatement , d'autant que les autres sont aidés de leurs pères et mères , et n*ont d'ailleurs moyen de travailler. Notre Seigneur Ips nourrit presque miraculeusement; aussi nourrit-il toujours ses dévotes servantes et créatures, lesquelles par la condition de leur état et profession, se sont dévouées à la communauté et pauvreté particulière , sans l'entremise d'aucun moyen contraire à leur condition.

Les cordeliers ont estimé qu'ils ne pouvoient vivre en cette étroite pauvreté que leur règle primitive requéroit . les capucins leur ont fait voir clairement que si , pendant que S. Pierre (3) se fia en celui qui Tappeloit , il fut assuré ; quand il commença à douter et perdre la confiance , il enfonça dans les eaux. Faisons ce que nous devons , chacun selon sa condition et proiéssioh , et Dieu ne nous manquera point. Pendant que les enfants d'Israël étoicnt en Egypte , il les nourrissoit de la viande que les Égyptiens donnoient; lorsqu'ils furent au désert, où il n'y en avoit aucune, il leur donna la manne (i) , viande commune à tous et particulière à nul ; et laquelle, si je ne me trompe , représente une certaine eommunauté. Vous êtes sorties do l'Egypte mondaines , vous êtes au désert de la religion : ne recherchez plus les moyens mondains; espérez fermement en Dieu ; il vous

fi) Itipirite folatllia coH, qoonlam non seront . neqoa ■eiBM arqae conrrefint In borrea ; et Pater rester c<b- 'lUtpweltilla. Matth. c. ti, t. t6.

ffj Fraciniie Domino in conre<sione, psalllte Deo nœ- Iro La citkarft..... i;ni dat Jamentls eacam Ipaoram, et pal- Il corroriiin InfOcanUbns eain. Psal. cxi.yi. t. 7 et 9.

{il PotrM ëlili (ieso) . Domine , al tu es. Jubé me ad Il Yfirire Miper aquaa. At lp»e ait ; Veni. El descendent Hiraado aaTicaU. ambulabat soperaquam. ut veiilret #IJcMi«. Vldeua vcro Tentnm ralidura , timuit; et euro cAfÉnt ourirl . elamarlt . dicens : pumioe , salvum me Ik.'^ cobUduo Jesua.eiicndena mauum. apprelieadit •n.ct ait iill : lIodIcM lldol, quare dubitâatitllAm. L zti, f . tf M aaq.

(•)CiM.cap. xn,

nourrira sans doute , quand il devroit faire pleuvoir la manne.

Je me doute encore qu'il y ait un autre empêchement à votre réformation ;• c'est qu'à l'aventure ceux qui vous l'ontpropoiée ont manié la plaie un peu âprement : mais voudriez-vous pour cela rejeter votre guérison? Les chirurgiens sont quelquefois contraints d'agrandir la pinio pour amoindrir le mal, lorsque, sous une p(?lite plaie, il y a beaucoup de meurtri.-^ures et concossures : c'a été peut-être cela qui leur a fait porter le rasoir un petit bien avant dans le vif. Je louo leur méthode, bien que ce n'est pas la mienne , surtout à l'endroit des esprits nobles et bien nourris , comme sont les vôtres. Je crois qu'il est niieux de leur montrer simplement le mal , et leur mettre le fer en main , afin qu'ils fassent euxmêmes l'incision. Néanmoins, ne laissez pas i>our cela de vous réformer. J'ai accoutumé de dire que nous devons recevoir le pain de correction avec beaucoup d*es^ time , encore que celui qui te porte soit désagréable et fâcheux, puisque Élis mangeoit le pain porté par les cor^ beaux (4). Ainsi celui nous doit agréer qui procure notre bien , soit qu'il en soit de tout autre pointdcsagréable et fâcheux . Job râctoit Vordure et suppuration de ses ulcères avec une pièce de pot cassé (î) ; c'étoit une dure abjection , mais elle éloit utile. Le bon conseil doit être reçu , soit qu'il soit trempé au fiel , ou qu'il soit coniit au miel.

Que tous ces empêchements ne soient point assez forts , je vous prie , pour vous retarder de faire le voyage de cette votre et nécessaire réformation. Je prie Dieu qu't7 envoie ses anges pour vous parler entre leurs mains , afin que vous ne heurtiez point aux pierres d'achoppement (3). Il me reste à vous dire mon avis touchant l'ordre que vous devez tenir.

Priez Dieu , par des oraisons communes et distinctes , à cet eiïet qu'il vous fasse voir les défauts de votre maison , et les

(1) Abilt (Elias) et fecit Juilà rerbum DominI ; rAmaoe ablisset, sedlt in torrenie Carltb. ... Corti quuquc tirrorcbaiit ci pauem et carnes manè. slmiliierpanmi et carnes Tespere. et bibebat de turrente. Ili. Rec. c. xvii. t. s.

(i) Sathiin pertussU Jub ulcère pessimo « pl.nutA

pedis usque ad verticcm rjus; qui lexiA saiiiem rudebat, aedens in strrqujliulo. Joe. c. ii. t. 7 cl 8.

(3) An^clis suis m/iu>lâtii de te. ut custodlant to ta omnibus viis tuls. la mauibus porlabnni ta, ne fortt •ffandu êd lapldem pedem tuum. Pa. xo, v. u« \.

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moyenâ pour y remédier et pour recevoir îa graro. Piiisqu*il est le Dieu de paix, apaisez * vos o>prîts , mettez-les en repos ; ne permettez pas que la contention que vos esprits auront peut-être faite contre ceux qui vous auront ci-devant voulu corriger, fasse aucun préjugé contre la lumière céleste ;. ne tenez plus votre parti, ni celui de votre maison ; faites tout ainsi que si \i)us vouliez instituer une nouvelle congrégation. Selon votre ordre et votre règle, traitez-en les unes avec les autres en esprit de douceur et de charité. Lors votre époux vous regardera avec ses anges, comme nous faisons les abeilles quand elles sont doucement empressées à la confection de leur miel , et je ne doute point que ce saint époux ne parle à votre cœur , pour vous dire ce qu'il dit à son serviteur Abraham : Cheminez devant moi; etsoytzpar fait (^). Entrez plus avant au désert de la jyerf^ lion : vous avez déjà fait la première journée i>ar Texacto chasteté, et la seconde par l'obéissance , et une partie de la troisième par quelque sorte de pauvreté et communauté ; mais i)ourquoi vous arrêtez-vous en Bi beau chemin , et pour si peu de cho^ , comme sont les pensions particulières?

Marchez plus avant , achevez la journée , mettez tout en commun, renoncez à la particularité , aGn que, selon la sainte parole, TOUS fassiez une sainte immolation et entier sacrifice en esprit et en bien.

Après que vous aurez traité de votre affaire avec vcitre époux et par ensemble , appelez à votre secours et pour votre conduite quelque^uns des plus spirituels qui eoot à Tentour de vous , ils ne vous manqueront pas. J*en nommerais quelquesuns ; mais vous tes nommerez mieux que moi , et ceux-là même à Tavenlure que je voudrois nommer ; ce sont f^ns extrêmement bons à cela, des esprits doux et gracieux , condesccndans quand ce vient à rdfct , bien que leurs répréhensions semblent un pi'tit âpres et mordicanles. A ceuxlà vous devez confier votre affaire , afin qu'ils jugent de ce qui sera plus convenable ; car votre sexe est sujet dès la création à la condition de Tobéissance (2), et ne réussit jamais devant Dieu qu'on se sou-

(1) Ambult coram me, rt esto pcrrccto?. Ce?ibs. cxvii f . I.

(*) sob Tlri potnuie «rlf . •! tpM toslMMior tuL 6111M. c m, T. !•.

mettant à ta cônéhitte et IhsthicikA. Vtoyii toutes les excellentes dames (1) de ta Mêfe de miséricorde jusqu*à présent , et voite trouverez que je dis \rai. Mais en tout h présuppose que Tautorité de madame qè Fontevrault tienne son rang.

C'est peut-être trop parler et trop écrite d'un sujet duquel vous avez à Taventurip des oreilles déjà trop bdttues ; mais Dieu, devant lequel je vous excite , sait que f ai beaucoup plus d'aflbction que de parole en cet endroit. Je suis indigne d'être écouté ; mais j'estime votre charité si grande , que vous ne mépriserez point mon avis, et crois que le bon Jésus ne m*a pas donné tant d'amour et de confiance en votre endroit, qu'il ne vous ait donné une affection réciproque de prendre en bonne part ce que je vous propose pour le service de votre maison, laquelle je prise et honore à l'égard de toute autre, et Testime une des bonnes que j'ai vues. C'est cela qui m*a (bitdésireir qu'elle soit meilleure et parfaite. Il me fâche de voir de si grandes qualités, comme SOD^ celles de votre maison , esclaves sous les menues imperfections, et, comme parle l'Écriture , de voir votre vertu réduite en captivité, et votre beauté spirituette entre les mains des ennemis (3). C'est pitié de voir une précieuse liqueur perdre son prix par le mélange d'une petite souillure, et un vin exquis par le mélange de l'eau. Tbn vin (3), dit un prophète , est mêlé d*eau.

Je vous dirai comme votre saint patron S. Jean , qui reçut commandement d'écrin aux prélats d'Orient : Je sais vos œuvreê^ qui sont presque toutes bonnes; vous étCS presque telles , bonnes religieuses , moti j'ai quelque petite chose à dire contre vous (4), il vous manque quelque chose. Je vous loue en toute chose, dit S. Paul à ses Corinthiens (5) ; moi* en cela je ne tout loue pas. Je vous supplie et conjure par ta chariié qui est entre nous , ôtcz de votre maison ce qui est de trop , et «joutez

(1} On éolt entendre |»tr cet damei les retIgleuMt éê Fontevrault, qal reirardent la Mère de mlséricorêr comme leur mère et première abbewe.

(1) Tradldlt In capti«liaiem >iriutem eorom , el pidcfarttudlnrm eoram In mann« inimicl. Pa. lxxyii, v. il

(A) viniim loum miitum ealaqui. Is. c. ii. t. st.

(4; No\i opéra tua . el fldem , cl t linnlrtium tnaffl , M minitiprlum , et pAtirnllam lanm . el opéra toa nofl^ ciraa. pinra prlorlltut; »ed halieo advernui te paMS. Arou. n. ii.t. 19 et xO.

(«; ûuid dii-aoi Tobist Laodo Toa tia hoe M& L Con. 0. XI, T* IS.

DE S. FRAtiC<M I>E SALES.

lfi\ Y déftiut. Donnez-moi , Je vous prie très-humblement, cette consolation de lire eetle lettre en repos et tranquillité d'esprit, et de la priser, non au poids du vuli^iro , nais an poids du sanctuaire et de la dmriié ; et je prie Dieu qu'il vous donne les résolutions nécessaires à votre bien , pour h plus grande sanctification de son saint nom en vous , afin que vous soyez de nom rt dVflTet ses vraies filles. Je vous promets Tassistancede vos oraisons pour toute ma vie , et plus particulièrement pour cette entrée que je fuis en la laborieuse et dangf^reuse charge d'évéque , afin que , prêchant le $a(ut aux autres, je ne sois réfnmtfé à damnation (1).

Dieu soit notre paix et consolation.

Je suis et serai toute ma vie , mes rêvé- Tendes dames et très-chères sœurs en Jems-Christ , votre , etc.

LETTRE XU,

•.' FRANÇOIS DE SALES , AUX CHANOINES DB SAINT-PIEKnE DE GENÈVE,

Ulnr écril aa sujet de «a nouvelle promoUon A l'evéché de Genève.

àM ehàleu et 4tl«t, da d« novBsbre im%.

Messieurs ,

Je voudrois voir en moi autant de sujet de la joie que vous avez de ma promotion comme j'en vois en Tamitié que vous me portez; j'aurois beaucoup moins d'appréhension dfi la pesanteur du devoir auquel je me vois porté. Je me confie néanmoins en la bonté de Dieu (laquelle ne nous défaut jamais es choses nécessaires) qu'il me donnera la grâce de sa sainte instance , pour TOUS rendre le service que je désire , et auquel mon éducalion et ma naissance nlDvkont. Si vous me faites ee bien de Fen supplier avec moi , vous aurez toujours plus de raisons de vous le promettre, et aoi de l'espérer, comme l'un des plus grands contcnlcmens que jamais j'aie souhaités, permettez -moi cependant que je TOUS salue dès ici , attendant que bientôt faie le bonheur de vous voir en votre ville, i laquelle je désire la pai\ et la consolation 4u Iraiiit- Esprit , et de laquelle je suis entièrement » conune de vous, messieurs , le ienriteur , eta

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