I. Gsa. 0. H» T. fl
LETTRE XLn.
a. FEAIfCOIS OB SALB8 , A UNB PBflSONNB DB
CONIffANCB.
(Tlré« d« l« vU dt Saint. par lUaptf.)
Il rend compte des résolaiions qu'il prend pool U luitedeu vie, et des bons senilmensqu'fl A dans sa relraito. AvauUge de cet exercice.
Fia de BOTembre ISM.
Je fais la revue de mon amo (1) , et sens au fond de mon cœur une nouvelle confiance de mieux servir Dieu (2) en sainteté et en justice , tous les jours de ma vie. J'ai eu do grands sontimens des infinies obligations que je lui ai ; j'ai résolu de m'y sacrifier avec toute la fidéliié qu'il me sera possible , tenant incessamment mon ame en sa divine présence , avec une allégresse non point impétueuse, mais, ce me semble, elRcace pour le bien aimer : car rien du monde n'est digne de notre amour ; il le iaut tout à ce Sauveur, qui nous a tout donné le sien. Je vois tous les contentemens terrestres un vrai rien auprès de ce régnant amour, pour lequel je voudrois volontiers mourir, ou tout au moins vivre pour lui seul, (ju'il me tarde que ce cœur que Dieu m'a donné lui soit inséparablement et éternellement lié l C'est pourquoi je finis mon occupation avec un grand désir de m'avancer en cette précieuse dilection. Et pour m'y disposer :
Le matin', après que j'aurai invoqué le nom de Dieu , et m'y serai dédié, je ferai une heure de méditation selon que je l'aurai prémédité. Je produirai force oraisons jaculatoires pendant la journée , selon que le Saint-Esprit m'inspirera ; comme aussi, pour célébrer plus dévotement la sainta messe, je m'occuperai , jusqu'à ce que je sois à l'autel, dans toutes les consjdérdtions et affections par lesquelles la piété peut être excitée envers ce grand mystère,
Je ferai tous les ans huit ou dix jours de retraite , pour examiner les progrès de mon ame , ses inclinations , ses difOculkés , ses défauts. C'est en cette retraite où onregarde le ciel de bien près , et où on trouve la terra bien éloignée de ses yeux* et de son goût; et lorsque les saintes âmes qui sont engagées pour le public nu peuvent jouir da
(1) Notre Mint étoit alors en retraite an chAtete de iÉtae. peove» pripeteva see eMier.
(t) Serviamus Uli la lanctitate etJoilWâ. ennlbes diebos nostris. Luc. c. i, v. TietTI.
LETTRES
cette félicité , elles font un cabinet en leur cœur, où elles vont étudier la loi de leur maître , et la reçoivent de sa propre main. De plus, en cette montagne, qui est si élevée qu'on n*y entend point le bruit des créatures, on goûte (<) , comme dit le prophète, que Dieu est doux et suave. Cest par la pratique (le cet exercice , que nous apprenons si nous avançons à la vertu , où Ton prend les saintes et solides résolutions de vivre selon les lois de la véritable et éternelle sagesse.
LETTRE XLin
SAINT FRANÇOIS DE SALES, A SA SAINTBTé L£ PAPE CLEMENT VIII.
An coantocement 4« 1603.
Oflendit contiliam A DitharinA Aurelianensi de fundandit ordinis carmcl.iarum viiginibus suscoptum dii^num etse quod auloriiaie apostolicA fulciaiur.
Beatissime Pater ,
Cum essem Lutetiœ Parisiorum , ejus rei gerendae gratiâ , de eu jus exitu non ità pridem ad bcatitudincm vestram lilteras dedi , faoere non polui quin plures conciones haborem , cùm uri populum , tùm ad regom ipsum et principes. Eà aulem occasione, Cathaiina Âurelianonsis, princeps à LongavillA , virgo non tantùm magnorum principum sanguine , sed eliam , quod caput est, Clirisii charitate perillustris , quo) per id tempus monastcrium fa^minarum ordinis carmolitarum.reformatarum in ipsâ Parisiensi civitalefandare animo moliebatur, me aliquot excellcnti pietalc et doctrinû theologis adjungondum duxit, quorum sententiis animi sui consilium etscnsum expcnderet et probaret.
Ilaqueconvenimusomnesaliquotdiebus; eâque rc exacte pcrpensà, vidimus pcrspicuè consilium hoc à Deo 'rigincm duxisse , et ad ejus gloriam multorumque salutera quàm maxime speclare. Ângcbat tamen quôd fiori posse non vidobatur , ut fratres ejusdem ordinis, qui monaslerii hujusmodi gubcrnacula suscipercnt, in Gallinm facile inducerenlur :^erùm huic dilTirultati obviàm itum est, ex reccnti exemplo ejus monasterii illiui ejusdemque ordinis, quod
(1) Giuuto «t Tldal» ^aoalaw tMfia Va. jaxm, v. ii
•tt DoaUMt.
in Urbe unius ex patribos congreggiioiib oratorii cur» commissum est.
Quare selecti sunt viri très , doctrinâ , morum integritate ac rerum gerendanim periliû conspicui , qui , maximo monasterii bono, ofieri prœfici possent, atque ità deinceps omnibus diflicultalibus quœ ex locorum et temporum injuria orirentur sigillatlm (occurrere).
Ità factum est satis , ut aliud saperesie non videretur, quàm ut sacrum hoc negotium sanctœ scdis apostolicae judicio fulciretur, et régis voluntati permitteretur : ac régis quidem , praeter multorum spem , statira concensus accessit. Quare nunc ad beatitudinis vestrae pedes miltitur hic nuotius , qui supplicitcr ab eà petatapostolica mandata, quibus res constetct perfioiatur.
Ego verô , beatissime pater , qui omnibus propemodùm hàc de re consiliis inlerfui, et si dignus non sum cujus testimonium audiatur, non possum mi.hi tem()erars quin , quemadmodùm facturum me rec«pi| lesta lu m faciam, quoad per me fîeri pot^ è re christianà fore , ut hi cœlestes motus, hoc teni|)ore , et eo prœsertim loco , vcstra beatitudinis apostolicis benedictionibus pronioveantur. Id princeps \mc virgo , id permult<c alia?, id ego cum ois, humillimis pelimus preiibus. Deus autem optirout maximus beatitudincm vestram nobis M bonis omnibus quàm diutissimè servet incolumem !
Il lui fait part do dessein de madame la dachMN de lA>iigiieville, de fonder A Pari» un luonastèn de carmélites , et d'établir cet ordre en Krauet, Il pen>e que cette entreprise est digne d'dM appuyée par raulorilé apostolique.
Très-saint Père ,
Étant à Paris pour Taflaire au sujet de laquelle j'ai eu Thonncur d'écrire il n'y a pas long-temps à votre sainteté , je ne pua éviter de prêcher devant le roi, les prinoflt et le peuple. A cette occasion , madamft Catherine d*Orléans, duchesse de Longueville, princesse très-illustre, non-seule* mont par la noblesse de son sang et det princes de sa maison , mais encore par la charité de Jésus-Christ qui règne dans s(m cœur, ayant dessein de fonder dans Paria un monastère de carmélites , nie fit appeler avec d'autres théologiens d'une piélé émiiieDta ei d'un profond saTOifi pour
délibérer ensemble sur cette fondation Nous nous assemblâmes pour cet efTet pendant quelques jours ; et la chose étant mûrement examinée, les raisons de part et d^autre bien pesées et considérées , nous trouvâmes que ce dessein étoit inspiré tle Dieu , et qu'il lourneroit à sa plus grande gloire et au salut d'un grand nombre de personnes. Une seule chose nous fit de la peine, H sembloit devoir tout arrêter; c'étoit la difficulté de faire venir en France dos pères (carmes) de la réforme de Ste Thérèse, pour {^uverner ces religieuses. Mais ayant fait réflexion qu*il s*est établi tout récemment à Rome un monastère de carmélites déchaussées, qui est dirigé par un père de la congrégation de rOraloire(l), la dilTicullé s'anéantit aussitôt.
On a donc jeté les yeux sur trois hommes distingués par leur sainteté et par l'intégriléde leurs mœurs, et très-versés dans la conduite des affaires , pour prendre soin des biens de cette communauté , et pour présider à cette bonne œuvre. Par ce oioyen on a obyié aux imonvénions qui pourroient arriver dans la suite par l'injure des temps et la caducité des lieux.
n ne reste rien maintenant à désirer, tioonque le saint-siége apostolique donne les mains à cette entreprise, et l'abandonne à li volonté du roi , qui a déjà donné son coiiâentement, contre l'attente de presque tout le monde. C'est pourquoi, très- saint père, ce courrier va se jeter aux pieds de votre sainteté , pour la supplier d'accorder ses bulles apostoliques, aGn d'achever beareusement et cimenter à perpétuité cet éubiissement.
Pour moi, quoique très-indigne que mon témoignage soit entendu, cependant, parce que j'ai été présent à toutes les délibérations que l'on a faites sur cette affaire, et quo k me suis engagé à déclarer ce que j'en prase à votre sainteté , je ne puis m'empécher, très-saint père, de vous assurer, autaal qu'il est en moi , que cette fondation, ^ Tient d'un mouvement de i'espçit de Mes, étant accompagnée de votre bénédiction et appuyée de votre autorité , no peut être que très-utile à la chrétienté, eu égard
Cl)lAC»«fréfailoB de ronitolre dont il est parlé dani Ml* ktlni, toi c«n« d« Rome , qui a pour auteur S. Phiidt Rèri; «t II M rtal pa« la confoodre trec cotle f Md** ftr ■. d« Bénille.
au temps où nous vivons,et au lieu où elle se fera. C'est la grâce que vous demande trèshumblement cette vertueuse princesse, aux supplications de laquelle grand nombre de personnes du même mérite et du ' même rang joignent les leurs, et moi principalement, qui supplie aussi la divine Majesté de vous conserver long-temps cq santé pour ma consolation particulière et celle de tous les gens de bien. J'ai l'honneur d'être, avec un très-profond respect (4), Ires-saint père , etc.