COPIE D'UN CAHIER (4) ' DE PLUSIEURS DEMANDES
PAITBS PAR M ADAM B DR CH ART AL A 80R BIRNHRDRBUX PÊRR.
EUe les écrivoit de sa main, ei laiisoit de la place pour lei réponies. Elle commence aioii :
Au nom de Jésus et de Marie.
Premièrement, tu dois demander à ton très-cher seigneur s'il trouvera à propos que tu renouvelles tous les ans, aux reconfirmations, entre ses mains, tes vœux, ton abandonnement général et remise de toimême entre les mains de Dieu ; qu'il spécifie particulièrement ce qu'il jugera qui te touche le plus, pour en faire cet abandonnement parfait et sans exception , en sorte que je puisse vraiment dire : c Je vis, non pas moi ; mais Jésus-Christ vit en moi (2). » Que, pour parvenir là, ton bon seigneur ne t'épargne point, et qu'il ne permette que tu fasses aucune réserve , ni de peu ni de prou ; qu'il te marque les exercices et pratiques journalières requises pour cela, afin qu'en vérité et réellement i'abandonnement soit parfait.
Réponse. Je réponds, au nom de notre Seigneur et de Notre-Dame, qu'il sera bon, ma très-chère fille, que toutes les années vous fassiez le renouvellement proposé, et que vous rafraîchissiez le parfait abandonnement de vous-même entre les mains de Dieu. Pour cela, je ne vous épargnerai point ; et vous retrancherez les paroles su* perflues qui regardent l'amour , quoique juste, de toutes les créatures, notammeni des parens, des maisons, des pays, et surtout du père , et tant qu'il se pourra les longues pensées de toutes ces choses-là,
(1) Ce caRier eat inaéré dana nn recoell dea Epltrea apirltuellei de madame Jeanne-Françoiae Frémlot, baronne de Cbantal, fondatrice et première sopérienre de la Vi»itation de Sainte-Marie, 1 fol. ln-V»;à Lyon, chei Vincent de Cflenr«illy,i644; et chea Antoine Cellier, lééi, p. 819; il nona a été commoniqoé par la dame de la VlaltatloB de Parle.
(S) Vif o antem, jam non aco, t Iflt Toro U aa GRriataa»
LETTRES
sinon es occasions èsqiielles le devoir oblige d'ordoniiLT ou procurer les affaires roquises, afin do parfaitement pratiquer celte parole : « Ois, ma fille, et entends, et pen- » che ton oreille ; oublie ton peuple et la » maison de ton pèr.e (1). » Devant dîner, devant souper, et le soir en allant vous coucher , examinez si , selon vos actions du temps présent , vous pouve;^ dire sincèrement ; a Je vis moi , mais non pas ipoi ; » ains Jésus-Christ vit en moi (2). »
Demande. Si Tame, étant ainsi remise, ne SQ doit pas, tant qu'il sera possible, oublier de toutes choses poqr le continuel souvenir de Dieu, et en lui seul se reposer par une vraie et enlièrp confiance?
Réponse. Oui, vous devez oublier ce qui n'est pas de Dieu et pour Dieu, et demeurer totalement en paix sous la conduite de Dieu.
Demande. Si l*amo ne doit pas, spécialement en Toraison , s'essayer d'arrêter toutes sortes de discours ; et, au lieu de regarder ce qu'elle a fait, oe qu'elle fera , ou qu'elle fait , regarder Dieu, et ain^ limplifior son esprit et le vider de tout et de tous soins do soi-m^me, demeurant en cette simple vue de Dieu et de son néant, toute abandonnée à la sainte volonté df notre Seigneur, dans les effets de laquelle il faut demeurer contontc et tranquille , lana se remuer nullement pour faire des ; ctes do rontendcment ni de la volonté : je dis même qu'en la pratique des veitus, et aux fautes ot chutes, il no faut bouger de là, ce me semble; car notre Seigneur met ou l'ame les sentimens qu'il faut, et Téclaire là parfaitement; je dis pour tout, et mieux mille fois qu'elle ne pourroit ôlre ])ar tous sesdivscours et imaginations. Vous me direz : Pourquoi sortez-vous donc de là? ODicu! c'est mon malheur, etmalj:ré moi ; car rexpérienœ m'a appris que cela est fort nuisible : mais je ne suis pas maîtresse de mon esprit, lequel sans mon eongé veut tout voir et ménager. C'est |>ourfj nui je demande à mon lr(>s*cher Seigneur l'aide do la saisie obéissance) pour arrêter ce uiisértible coureur, car il m'est avis (ju'il cnnndra le commandement absolu.
(1) Audi, nili, et Tld<>, et inclina aarem taam; et (ibliviMcre populum luum et doDium pairis tul. Ps.
{i) Cal., c. ii, ▼. tO.
Hépaniê. Puisque notre Soigneur , d^s ii y a si long- tempe, voua a attii^ en cette sorte d'oraison, vous ayant fait goûter les fruita tant désirables qui en proviennent, et connoltre la nuisance de la méthode contraire, demeurez ferme; et, ayeclaplos grande douœur que voua pourreSyrameDez votre esprit à cette unité et à cette simplicité do présence et d'abandonnemsnten Dieu; et d'autant que votre esprit désire que j'emploie l'obéissanoo, je lui dia ainii; Mon cher esprit, pourquoi voulez-vous pratiquer la partie de Marthe en roraiiOB, puisque Dieu vous fait entendre qn'il veut que vous exerciez celle de Marie? Je vQos commande donc que simplement vous demeuriez ou en Dieu ou auprès de Diev, sans vous essayer d'y rien faire , et sans vous enquérir de lui de chose quelconque, sinon à mesure qu'il vous excitera. Ne r«tournez nullement sur Ypus-mème, aifis soyez là près de lui.
Demande. Je retourne donc demandera mon très-cher père , si l'ame étant ainsi remise , ne doit pas demeurer toute reposée en son Dieu , lui laissant le soin de ce qui la regarde , tant intérieurement qu'extérieurement, et, demeurant conune vous dites, dans sa providence et sa volonté, sans soin, sans attention, sans élection, sans désir quelconque, sinon que notre Seigneur fasse en elle, d'elle , et par elle, sa très-sainte volonté, sans aucun empêchement ni résistance de sa part ? 0 Dieu! qui me donnera celte grâce que seule je vous demande , sinon vous , bon Jésus, par les prières de votre bon serviteur?
Réponse. Dieu voussoitpropice, ma trèschère fille ! l'enfant qui est entre lesbrasde sa mère n'a besoin que de la laisser faire et de s'attacher à son cou.
Demande. Si notre Seigneur n'a pas un soin tout particulier d'ordonner toutcequ' est requis et nécessaire à cette ame ainsi remise ?
Réponse. Les personnes de cette condition lui sont chères comme la prunelle de son œil.
Demande. Si elle ne doit pas recevoir toutes choses de sfi main, je dis tout, jusqu'aux moindres petites, et lui demander aussi conseilde tout?
Réponse. Vouv cela , Dieu veut que nous soyon? comme un petit enfant. 11 faut sou-
liment prendre garde de ne pas faire des attentions superflues, s'enquérant de la volonté de Dieu , en toutes les particularités des actions menues ordinaires et non considérables.
Demande. Si ce ne sera pas un bon exercice de te rendre attentîTC sans attention pénible, de demeurer tranquillement dans la ▼okmté de Dieu , en tant de petites occasions qui nous contrarient et voudroient Jious fâcher? car pour les grosses on la voit de loin , comme d*étre détournée de cette consolation , qui semble être utile ou nécessaire , être empêchée de faire une bonne action, une mortification , ceci ou cela , quel qu'il soit , qui semble être bon , et, au lieu, être divertie par des choses inutiles et dangereuses, et quelquefois mauvaises.
Jtépanse. Ne consentant point aux choses mauvaises, rindifférence pour le reste doit être pratiquée en toute rencontre , sous la conduite de la providence de Dieu.
Demande. De se rendre fidèle et prompte à Tobservance et obéissance des règles, quand le signe se fait, n y a tantd'occasions de petites mortifications 1 cela surprend au milieu d'un compte , de quelque action : on peine de se déprendre ; il ne faut plus faire que trois points pour achever l'ouvrage , une lettre à former, se chauffer on peu ; que sais-je?
Réponse, Oui , il est bon de ne s'attacher à rien tant qu'aux règles , de sorte que s'il n'y a quelque signalée occasion , allez où la règle vous tire, et la rendez plus forte que tous ces menus attraits.
Demande. De se laisser gouverner abso* lument pour ce qui est du corps, recevant simplement tout oe qui nous est donné ou fait , bien ou mal ; accepter ce qui sera de trop, selon notre jugement , sans en rien dire , ni témoigner nulle sorte de désagré* ment; prendre les soulagemens du dormir, reposer, chauffer, de Texemption de quelque exercice pénible , ou de mortification , dire à la bonne foi ce que Ton peut faire ; que si l'on insiste, céder sans rien dire. Ce point est grand et difficile pour moi.
Mpanse, 11 faut dire à la bonne foi ce que Ton sent , mais en telle sorte que cela n'ôta pas le courage de répliquer à ceux qui ont Boin de nous ; au reste de se rendre si parfaitement maniable, cest ce que je désire bien fort de votre cœur.
Demande. De se porter avec grande dou < ceur à la volonté des scsurs, et de toute autre , sitét qu'on la connoitra , encore que l'on pût facilement s'en détourner et exa* miner ; ceci est un peu difficile , et pour ne rien laisser à soi-même; car combien de fois voudroit-on un peu de solitude, de repos , de temps pour soi? cependant on voit une sœur qui s'approche , qui désireroit ce quart-d'heure pour elle, une parole, une visite, etc.
Béponse, Il faut prendre le temps couves nable pour soi , et cela fait, regagner l'occasion de servir les désirs des soeurs.
Demande» Voilà ce qui m'est venu en vue : il me semble que je pourrois m'exercer et mortifier. Mon très-cher seigneur l'approuvera , s'il le trouve à propos , et ordonnera ce qu'il lui plaira, et , mon Dieu m'aidant, je lui obéirai.
Réponee, Faites- le, et vous vivrez.
Amen.
Demande. Je demande pour l'amour de Dieu, de l'aide pour m'humilicr. Je pense à me rendre exacte à ne jamais rien dire Sont il me puisse venir quelque gloire ou estime.
Bépùme, Sans doute , qui parle peu de soi-même fait extrêmement bien , car, soit que nous en parlions en nous excusant , soit en nous accusant, soit en nous louant , soit en nous méprisant , nous verrons que toujours notre parole sert d'amorce à la vanité Si donc quelque grande charité ne nous at tire à parler de nous et de nos appartenan ces, nous nous en devons taire.
Le livre de l'amour de Dieu, ma trôschère fille, est fait particulièrement pour vous ; c'est pourquoi vous pouvez , ains devez avec amour pratiquer les enseignements que vous y avez trouvés.
La grâce de Dieu soit avec notre esprit à jamais. Âmen. Âmen.
Demande. Je ne veux oublier ceci, parce que souvent j'en ai été en peine. Tous les prédicateurs et les bons livres enseignent qu'il faut considérer et méditer les bienfaits de notre Seigneur, sa grandeur, notre rédemption , spécialoment quand la sainte Église nous les représente. Cependantl'ame qui est en l'état ci-dessus, voulants'essayer de le faire , no le peut en façon quelconque, d'où souvent elle se peine beaucoup. Mais I il me semble néanmoins qu'elle le fait en
LETTRES
une manière fort excellente , qui osl un simple ressouvenir ou représentation fort délicate du mystère, avec des affections fort douces et savoureuses. Monseii^neur l'entendra mieux que je ne pourrai le dire : mais aussi quelquefois on se trouve durant la mémoire de ses bénéfices en quelque occasion où il soroit requis de discourir, comme quand on en veut faire des confessions oii renouvcllemens , qu'il faut avoir de la contrition ; cependant Tame demeure sans lumières, sèche et sans sentimcns ; ce qui donne une grande peine.
Réponse. Que Tame s*arrête aux mystères , on la façon d'oraison que notre Seigneur lui a donnée ; car les prédicateurs et livres spirituels ne l'entendent pas autrement. Et quant à la contrition, elle est fort bonne, sèche et aride; car c'est une action de la partie supérieure et supn^mo de l'ame.
LETTRE DLXXXI.
s. FBANÇOIS DE SALES, A MADAME DE CHANTAL.
(Urée dn nonutère de' la VUiUtlon de ta Till/ de Roaen. )
Témoignages d'amilié du Sainte la bienheureuse mère de Chantai, qui aToil la fièvre, ei è qui il annonce la réussite d'un mariage.
Vraiment lo serein d'hier, ni le vent ne m'ont fait aucun ennui , ma très-chère mère; mais oui bien raccablemcnt d'aujourd'hui , qui m'a empêché d'aller saluer volro cher cœur en présence, nonobstant le juste empressement du mien ; je veux dire de vous aller voir moi-même qui en a vois tant de désir. Or sus, il n'y a romède , ça été le béni mariage de mademoiselle de Chabannes, qui enfin réussira, comme je pense. Conservez-vous bien parmi cette fièvre salutaire. 0 1 Dieu vous conserve ma très-chère mère, et vous comble de bénédictions partout où vous êtes, et moi aussi. Vive Jésus I Amen.
LETTRE DLXXXII.