FBANÇOIS DE SALIES, A UNE SUPÉMIEUAE DE LA VISITATION
Le Saint loi écrit au sujet d'une fille qui, dans un monastère de flalnte^Marle, vouloll faire plus d'oraison que la communauté. Il fait voir que sou institut est une école de vertu qui conduit toutes les filles qui y rentrent A la perfection» par des moyens dont le plus convenable est la parfaite obéissance et la mort de la propre volonté, A laquelle la dévotion même doit être soumise.
Ma très-chère fille , je vous dirai sur la difiQculté qu'a cette bonne fille, qu'elle se trompe grandement si elle croit que l'oraison la perfectionne sans l'obéissance , laquelle est la chère vertu de l'Époux , en laquelle, par laquelle et pour laquelle il a voulu mourir. Nous savons par les histoires et par expérience qtie plusieurs religieux et autres ont été saints sans l'oraison mentale ; mais sans l'obéissance , nul .
C'est bien fait, ma très-chère fille ; il ne faut point de réserve ni de condition ; car qui reccvroit des âmes en cette sorte , la congrégation seyerroit toute pleine du plus fin et par conséquent du plus dangereux amour-propre qui soit au monde : l'une mettroit en condition de communier tous les Jours, l'autre d'ouïr trois messes, l'autre de faire quatre heures d'oraison, l'autre de servir toujours les malades ; et, par co moyen , chacune suivroit son humeur ou sa présomption , en lieu de suivre notre Seigneur crucifié.
Il faut que celles qui entreront sachent que la congrégation n'est faite que pour servir d'école et de conduite à la perfection, et que Ton y acheminera toutes les filles par les moyens les plus convenables, et quo les plus convenables seront ceux qu'elles ne choisiront point. Qui segou-. veme soi-même^ dit S. Bernard, t7 a un grand fou pour gouverneur. Qu'elle demeure donc en paix entre les bras de sa mère, qui la portera et la mènera par le bon chemin.
11 faut aimer l'oraison, mais il la faut aimer pour l'amour de Dieu. Or, qui l'aime pour l'amour do Dieu n'en veut qu'autant que Dieu lui en veut donner; et Dieu n'en veut donner qu'autant que l'obéissance permet. Si donc cette fille (que j'aime néanmoins bien fort , pour le bien que tous
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m*endites)8e veut perfectionDer à sa guise, il la faut remettre à elle-même ; mais je ne crois pas , si elle est bien dévote, et qu'elle ait le vrai esprit d*oraison , quVllc ne se soumette à la pure obéissance. Elle est trop prévoyante de dire que , pour un peu de temps , elle 8*accommodera à ne faire que demi-heure, mais pour toujours, qu*il lui fâcheroit.
La vraie servante de Dieu n*est point soigneuse du lendemain : elle fait fldèlement ce qu*il désire aujourd'hui , demain elle fera ce qu'il désirera ; et, passé demain, ce qu'il désirera, sans dire ni ceci ni cela. C'est ainsi qu'il faut unir sa volonté, non au moyen de servir Dieu, mais à son service et à son bon plaisir. Ne soyez point soigneuse du lendemain, et n$ dttes point: Que mangerons-nous? m, De quoi nous vêtirons-nous ? ni, De quoi vivrons-nous ? Fotre Père céleste sait que vous avez besoin de tout cela : cherchez seulement le règne de Dieu, et toutes choses vous seront données (4). Cela s'entend du spirituel comme du temporel.
Que donc cette fille prenne un cœur d'enfant, une volonté de cire, et un esprit nu et dépouillé de toutes sortes d'affections, hormis de celle d'uimcr Dieu ; et quant aux moyens de Taimer, ils lui doivent être indifférents.
Vivez doucement et saintement entre les peines que vous avez sous votre charge, ma très-chère Glle , toute bien aimée ; et je prie Dieu qu'il soit la vie de votre amo. Amen.
LETTRE DCVIII.
s. FRANÇOIS DE SALES , A LA MÈRE FAVRE.
Les personnes qui vivent en communauté ne doivent pas ambitionner de faire tout ce que Tont les autres, excepic ce qui est de règle, mais se conduire chacune selon la mesure de sa grâce et la direction des personnes chargées de la conduire.
Ma très-chère grande fille , selon mon avis il n'y aura point d'inconvénient de laisser communier cette bonne sœur; ains il faut, s'il est iK)ssible, arracher aux sœurs de la congrégation cette imperfection or-
(1) Nollle Rolliciti esse, dlreotes ; Qald manducablmnsf •at, Quid bibemus? mit, Quo operiemurf Scitenlm Pxter rester quia bis omnlhui Indigetls Quœriie ergo priinum rvKnom liel et Ju»tlti.-)ni ejus. et b»o oiooia tdjiciealur vobto. Mattm., c. ti. t. 81, Il et sa.
dinaire aux femmes et filles, de ta et jalouse imitation. Uleafantaflém est possible, à ne vouloir pas tonte tout ce que les autres font, ains seul à vouloir tout ce que les autres vc c'est-à-dire à ne faire pas toutes les i exercices, fors ceux de la règle.
Ains que chacune marche selon de Dieu ; maisque toutes aient cette et simple prétention de servir Dieu ainsi toutes une même volonté, une entreprise , un même projet , vwi grande résignation d'y parvenir, u cune selon les moyens que la sup et le père spirituel jugeront expà en sorte que celles qui communie souvent n'estiment pas moins les qu'elles, puisqu'on s'approche main plus près de notre Seigneur en s'e rant avec humilité, qu'en s'en appi selon notre goût propre ; et que ce ne communient pas si souvent ne i sent point emporter à la vaine émi
Il est vrai qu'il ne faut pas pei que la règle soit outrorpassée , sino; ment, et pour des sujets pareils à c Ma très-chère fille, que nous sera; rcux si nous sommes fidèles ! Mon t lue cordialement votre esprit, que D nisse de sa très-sainte main I Amen