FRANÇOIS nB SALES , A UNE SUPÉMBURB DE LA YISrrATION
QCI ALLOIT ÉTABLIE UN MONASTÈRE DE S0!f OEDEB.
(Commonlqnée pét H. TeohtMr, llbr.-édlt)
Le Saint l'encourage par la vue de rexeellenee de cet emploi, ensuite il lui donne les avis dont elle a besoin. Il lui recommande une parfaite confiance en Dieu, une grande humilité, l'obéissance, la simplicité, la charité, la douceur, la paix intérieure, l'égalité d'humeur, la Justice, la prudence, la fidélité k la grâce.
Le service que vous ailes rendre à nostre Seigneur et à la tres-glorieuse mère est apostolique : cajr vous ailes assembler, ma tres-chere fille, plusieurs âmes en une congrégation, pour les conduire comme une nouvelle bande à la guerre spirituelle contre le monde , le diable et la chair, en faveur de la gloire de Dieu ; on plustost vous ailes former un nouvel essein d'abeilles, qui en une nouvelle ruche fera le mesnage du divin amour plus délicieux que le miel. Or. ailes donq toutes courageuses en une parfaicte confiance sur la bontéde celui qui vous appelle àcettesainte besoigne. Quand est-ce qu'aucun espéra en Dieu , et qu'il fut confus (4) ?
La défiance que vous aves de vousmesme est bonne, tandis quelle servira de fondement à la confiance que vous deves avoir en Dieu ; mais si jamais elle vous
(1) Nvlloi fpertTlt In Domino, 1 1 oonfnras «it. Imui, 0. Il, T. il. '
LETTRES
portoit quelque deficooragement , inquiétude, chagrin et mélancolie , je vous conjure de la rejctlcr comme la tentation des tentations, et ne permettes jamais à vostro esprit do disputer et rcp!i(|ucr en faveur de l'inquiétude ou de rabatlcmont de cœur auquel vous vous sentircs penchée. Car cette simple vertu est toute certaine , que Dieu permet arriver beaucoup de difficultés à ceux qui entreprennent son service, mais jamais pourtant il ne les laisse tomber sous le faix tandis qu'ils se confient en luy. C'est en un mot le grand mot de vostre afTairo, de ne jamais employer YOstre esprit pour disputer en faveur de la tentation du descouragement , sous quel prétexte que ce soit, non pas mesme quand ce seroit sous le spécieux prétexte de l'humilité.
I/)iumiIilô , ma tres-chero fille , faict refus des charges , mais elle n'opiniastre pas le refus, et estant employée pur ceux qui ont le pouvoir, elle ne discourt plus sur son indignité quant à cela, ains croit tout, espère tout, supporte tout avec la rhurité ; elle est tousjours simple. La sainte humilité est grande partisane de l'obeyssanco : et comme elle n'ose jamais penser de pouvoir chose quolconquo , elle pense aussi tousjours que lobeyssance i)eut tout; fl comme la vraye simplicité refuse hum- Lkiuent les charges , la vrayo humilité les exerce simplement.
Vostro corps est imbeçille ; mais la charité, qui est la robe nuptiale, couvrira tout cola. Une i)ersonne imbecille excite à un saint support tous ceux qui la connoissent, et donne mesme une tendreté de dilection particulière, pourveu qu'elle tesmoigne do porter dévotement et amiublement sa croix.
Il faut estre également franche à prendre et demander les remèdes , comme douce et courageuse à supporter le mal. Qui peut conserver la douceur emmi les douleurs et allangourissements, et la paix entre le tracas et multiplicité d'afTaircs, il est presque parfaict : et , bien qu'il se trouve peu de gens es religions mesme, qui aient atteint h ce dejrré de bonheur, si est-ce qu'il y en Q i>ourtant, et y en a eu en tout temps, et fatit aspirer à ce haut point. Chascun presque a de l'aysance à garder certaines vertus, et de la difliculté à garder les
austres , et chascun dispate pour h terti qu'il observe aysement , et tasehe (Tesigercr les difficultés des yertas qui lui sont malaysées. Il y avoit dix Vierges, et il n'y en avoit que cinq qui eussent rhuyledeli douceur miséricordieuse et debonnairelé.
Cette égalité d'humeur, cette douceur et suavité de cœur, est plus rare qoe la pvfaicte chasteté, mais elle n'en est qoe plM désirable : je la vous recommande , m tres-chere fille, parce qu'à icclle, oomm à rhuyle de la lampe, tient la flamme da bon exemple , n'y ayant rien qni esdifie tant que la charitable debonnairelé.
Tenez bien la balance droite entre vos filles , à ce que les dons naturels ne voos fassent point distribuer iniquement vos affections et vos Ixms offices. Combien y a-t-il de personnes maussades extérieorB ment qui sont tres-agreables aux yeux de Dieu 1 La beauté , la bonne grâce, le bien parler, donnent souvent des gransatlraiU aux personnes qui vivent encore selon les inclinations; la charité regarde la vraye vertu et la beauté cordiale , et se respand sur tous sans partialité.
Ailes donq , ma chère fille, à rcrarre pour laquelle Dieu vous a esleue : il sera à vostre dextre, afin que nulle difficulté ne vous esbranle ; il vous tiendra de sa main, afin que vous suiviez sa voye. Ayes uq courage , non-seulement grand , mais de grande haleine et de grande durée; et, pour l'avoir, demandes-le souvent à celuy qui seul peut le donner , et il le vous donnera, si en simplicité de cœur vous correspondes à sa grâce.
L'amour et paix etconsolation du Saînct- Esprit soit à jamais en vostre ame ! Amen. Vous estes ma fille , et d'une dilection paternelle, je vous donne la sainte bénédiction de Dieu. Bénie soyes-vous, en allant, en demeurant , en servant Dieu , en servant le prochain, et vous humiliant jusque dans votre néant, en vous relevant jusque dedans vostre tout ; et Dieu soit tres-uoi* quement vostre tout, ma tres-chere Bile! Amen.
LETTRE DCVI.
s. FRANÇOIS DE SALES, À UNE SDPÉaiEl'RE DE LA VISITATION.
Les roligifuset d'un insUtui ii« doirtol pat bmpri»i.-i- celles d'un auUe ordre 11 Ctut IraYailler
à M^irtr IHMttJIfié, dMl !• détton Ml Vmt- Mmkf H Mpp«rteff «tèe ëoMMu d'étra aéprité dctastrei.
DE S. FHARÇOIS de sales.
LETTRE DCVn.
I Ma fille, gaitlee-Yous bien de corres- ' pondre en lorte quelconque à ces bonnes MMirBi ni à leuf fondatrice, sinon par une très-invariable humilité , douceur et naïveté de cœur. tNe vous défendez nuUe- ■lenfc, ma très^chère fille (4) ;» ce sont les propres paroles du Saint-Esprit , écrites par 6. Paul. 11 y a quelquefois des tentalions humaines parmi les serviteurs et aervantes de Dieu : si nous sommes animée de la dilection nous les supporterons 7npaix.
Si ces bonnes âmes méprisent notre in<* slitut, parce qu'il leur semble moindre que le leur, elles contreviennent à la charité, •n laquelle les fortes ne méprisent point les foibles , Jii les grandes les petites. Il est trai , elles sont plus que vous : mais les séraphins méprisent-ils les petite anges? et au ciel, où est Fimage sur laquelle nous nous devons former, les grands saintj méprisent-ils les moindres? mais après tout cela , en somme , qui plus aimera sera le plus aimé, et qui aura le plus aimé sera le plus glorifié. Aimez bien Dieu, et pour l'amour de Dieu toutes créatures , notam* ment celles qui vous mépriseront ; et ne vous mettez point en peine.
Le malin esprit fait des efforts, parce qu'il voit que'ce petit institut est utile au service et à la gloire de Dieu ; et il le hait particulièrement, parce qu'il est petit et le moindre de tous : car cet esprit est arrogant, et hait la petitesse, parce qu'elle sert à rhumilité, lui qui a toujours aimé la hauteur , la fierté et l'arrogance , et qui, pour n'avoir pas voulu demeurer en sa petitesse, a perdu sa grandeur. Travaillez en l'humilité et l'abjection ; laissez dire et faire. Si Dieu ne bâtit la maison ^ en vain travailleront ceux qui Védi fient (^); et si Dieu la bâtit, en vain travailleront ceux qui la veulent détruire. Dieu sait quand et de quelles âmes il remplira votre monastère. Demeurez en paix ; et je suis votre, etc.
(1) Mon TOtmetlpsof detandentes. chariMlmi. Boa., ^ xii. ? . 10.
(I) NUI DomlAiM «41fleaTfrU doMun, !■ TaQoa lâft*m> tarant «al «AUloajit