‹ Œuvres complètes; nouvelle édition collationnée et augmentée des lettres de Sainte Chartal, des lettres inédites de l'auteur, du portrait de lui et d'autographes (volume 3)Chapitre 334 sur 450 · FRANÇOIS DE SALES, A LÀ SUP^RIBURB DE GRENOBLE · texte numérisé non relu

FRANÇOIS DE SALES, A LÀ SUP^RIBURB DE GRENOBLE

(Tirée d« nonutère de It VlsllaUoa te la fille te Vais.)

Pensées de Dieu bien différenlet dea nôlrvt. AtIi A cette supérieure sur son oraison , sur l'étai de son ame, sur la manière dont elle doit se comporter avec le nouvel évéque de Grenoble, sur le père spirituel , et le eonfessenr qu'elle doit lui demander, etc.

Or sus , VOUS avez vu que ia divine Providence a bien disposé , et très-favorablement pour vous et votre maison , sur la réception de M. Mistral. Si cette même Providence établit une maison à Valence, elle vous fera voir de même que nous ne savons guère , et que notre prudence doit demeurer doucement en paix, et faire, hommage à la divine disposition qui fait* tout réussir au bien des siens. Oh ! que ses cogitations sont bien différentes des nôtres , et ses vues inconnues à nos sentimens I

Non , ne craignez pas que vos sentimens me fassent rien faire ; car encore que je vous chéris très-parfaitement toutes , si estce que je sais bien que vos sentimens ne sont pas vous-mêmes , encore qu'ils soient en vous.

Je vous ai assez bien entendue sur votre oraison : ne vous mettez point sur Texamen pointilleux de ce que vous y faites. Ce que je vous en dis sufiBÎra pour le présent.

Si vous avez un nouvel évéque, vous n'avez pourtant rien de nouveau à faire avec lui , sinon de lui offrir votre obéissance , et de lui demander sa protection ; et selon que vous le verrez aisé et doux ,

utrnuBS

ou |)ar Yout-inéme , ou par une diwrèta entremise , vous pourrez lui demander un père spirituel , à qui vous puissiez adresser es occurrences , et par le soiiMluqucI vous puissiez traiter avec lui quand l'affaire le requerra. Si c'est M. Scanon, j'espère qu'on en aura de la satisfaction ; car bien que je ne le oonnoisse guère , si est-ce que j'en ai ouï dire de grands biens.

Murmurez tant que vous voudrez contre moi , car je ne m'en soucie point , et sais bien que vous savez que je vous chéris , et ai une très-entière confiance en vous. Que si je ne voua ai pas fait voir ces lettres , c'est que je n'y ai pas seulement pensé ; comme à la vérité cette multitude et variété d'affaires m'ôte la mémoire de la plupart

des choses.

Oui , il faut demander M. Daoust à ce nouvel évèque; car à la vérité monsieur le grand-vicaire ne sauroit en cela avoir ce soin particulier, parmi le soin universel que son office lui donne.

Demeurez en paix, ma très-chère fille, et n'épiez pas si particulièrement les sentimens de votre ame; méprisez-les, ne les craignez point, et relevez souvent votre cœur en une absolue confiance en celui qui vous a appelée dans le sein de sa dilection.

LETTRE DCXIII.

a. FAANÇOIS DE SALES , A UNE MAITRESSE DBS NOVICES DE L'OBDRB DE LA VISITATION.

Il lui promet Tassislancc de Dieu si elle est humble, ti elle se repose en Dieu , si elle travaille par uu motif d'obéissance. Il ne faut pas rechercher son repos au préjudice de i'amour de Dieu.

Dieu vous suggérera, ma très-chère fille, tout ce qu'il veut de vous , si en rinnoccnc^ et simplicité de votre cœur, avec une entière résignation de vos inclinations, vous lui demandez souvent en votre cœur : .^ftgneurj que voulez-vous que je fasse {\)t Et je suis consolé que vous ayez déjà ouï sa voix , et que vous le serviez en la nourriture de ces filles.

L'excuse aussi n'étoit pas bonne de dire : Je n*ai pas des mamelles , jo n'ai point de lait : car ce n*est pas de notre lait ni de nos mamelles que nous nourrissons les enfans de Dieu ; c'est du lait et des mamelles du

(1) DuBloe, qold ■• vis ISeeitt act., g. u, t. t.

diria époux , et nous ne flaisona antre eteii sinon les montrer aux enfans , et leur dîie : Prenez , sucez , tirez et vivez. Tenez don ainsi votre cœur ouvert et grand, pour bien faire tout le service qu'on vous ia^ sera.

A mesure que vous entreprendrez, aoos la force de la sainte obéissance , beaucoup de choses pour Dieu , il vous secondera d» son secours , et fera votre besogne avec vous , si vous voulez faire la sienne arec lui ; or la sienne est la sanctification et perfection des âmes.

Travaillez humblement, simplement et confidemment à cela ; vous n'en recevfa jamais aucune distraction qui vous soit nuisible. La paix n'est pas juste , qui fait le labeur requis à la glorification du nom de Dieu.

Vivez toute à ce divin amour, ma très* chère fille , et sachez que c'est de toutmoa cœur que je chéris votre ame bien aimée, et ne cesse jamais de la recommander k h miséricorde étemelle de notre Sauveur, é laquelle je vous conjure de me recommander réciproquement fort souvent.

Je suis tout vôtre , ma très-chère fille.

LETTRE DCXIV.

s. FRANÇOIS DE SALES , A U.NB RELI6IC0II DE LA VISITATION.

Ceqoe c'est que devivre selon l'esprit, et de Tirre

selon la chair.

Qu'il est bien raisonnable , ma très-cbèn fillo , que je vous écrive un peu; et que je le fais de bon cœur ! Plût à Dieu que j eusse l'esprit nécessaire à votre consolation ! Vivre selon l'esprit .. ma bien-aimée fille , c'est penser, parler et opérer selon les vertus qui sont dans l'esprit, et non selon les sens et scntimons qui sont en la chair. De ceui-d il s'en faut servir, il les faut assujettir, et non pas vivre selon iceux ; mais ces vertus spirituelles, il les faut servir, et leur fout assujettir tout le reste.

Quelles sont ces vertus de l'esprit, ma chère fille ? C'est la foi , qui nous montre des vérités toutes relevées au-dessus des sens; l'espéran o , qui nous fait aspirer à des biens invinsibles ; la charité , qui nous fait aimer Dieu plus que tout et le prochain comme nousrmémes , d'un amour non scn-

Met, mm naturel , noti intéressé , mais d*un amonr pur, solide et invariable , qui a son Condementen Dieu.

Voyez-vous , ma fille , le sens humain , appuyé sur la chair, fait que maintes fois nous ne nous abandonnons pas assez entre les inains de Dieu , nous étant avis que , puisque nous ne valons rien , Dieu ne doit tenir compte de nous , parce que les homttes qui vivent selon la sagesse humaine méprisent ceux qui ne sont point utiles. Au contraire , Tesprit appuyé sur la foi s'encourage emmi les difficultés , parce qu'il tait bien que Dieu aime , supporte , et secourt les misérables, pourvu qu'ils espèrent en lui.

Le sens humain veut avoir part en tout ce qui se passe; et il s'aime tant, qu'il lui est avis que rien n'est bon s il ne s'en est mêlé. L'esprit, au contraire, s'attache à Dieu , et dit souvent que ce qui n est pas de Dieu ne lui est rien ; et comme il prend part aux choses qui lui sont communiquées par charité, aussi quitte-t-il volontiers sa part es choses qui lui sont celées, par abnégation et humilité.

Vivre selon l'esprit, c'est aimer selon l'esprit ; vivre selon la chair, c'est aimer selon la chair : car l'amour est la vie de l'ame, comme l'ame est la vie du corps.

Une sœur est bien douce , bien a?n»nblo, tt je la chéris tendrement : clic m'uini-.> bien, elle m'oblige fort; je l'aime réciproquement pour cela. Qui ne voit que j'aiino lelon les sens et la chair? car les animeux qui n'ont point d'esprit, et n'ont que la chair et les sent , aiment leur bienfaiteur et ceux qui leur sont doux et ap;réables.

Une sœur est rude , âpre et incivile ; amis au partir de là , elle est très-dévote , et même désireuse de s'adoucir et civiliser : et partant , non pour plaisir que j'ai en elle, ai pour intérêt quelconque , mais pour le bon plaisir de Dieu , je la chéns , je Taccotte , je la sers , je la caresse. Cet amour est selon l'esprit; car la chair n'y a point de part.

Je suis méfiant de moi-mémo , et pour cela Je voudrois bien que l'on me laissât vivre selon cette inclination : qui ne voit que ce u*est pas selon l'esprit? Non certes , ma très-chère fille ; car tandis que j'étois eneere Men Jeune, et que je ifavois point

encore d'esprit, je vivois déjà ainsi. Mais quoique selon mon naturel je sois craintif etappréhensif, néanmoins je me veux essayer de surmonter ces passions naturelles, et petit à petit bien faire tout ce qui appartient à la charge qul^ robéissancè procédante de Dieu m'a imposée : qui ne voit que c'est vivre selon l'esprit l Ma chère fille, vivre selon l'esprit, c'est faire les actions, dire les paroles , et faire les pensées que l'esprit de Dieu requiert de nous.

Et quand je dis faire les pensées , j'entends des pensées volontaires. Je suis triste, et partant je ne veux pas parler : les charretiers et les perroquets font ainsi.

Je suis triste ; mais puisque la charité requiert que je parle , je le ferai : les gens spirituels font ainsi.

Je suis méprisé ; et je m'en fâche : ti font bien les paons et les singes.

Je suis méprisé , et je m'en réjouis : les apôtres faisoient ainsi.

Vivre donc selon \'%prit , c'est faire ce que la foi , l'espérance et la charité nous enseignent, soit es choses temporelles, soit es spirituelles.

Vivez toutes selon l'fispril, »n" fille; demouroz doiiccmop'

tout assurée quo !)• sez-vouf o:\ ..;'•' (îo s:i mi • '

î • Lv; hvM [Mlerncllc.

vcliv UîUlî et moi je jiî(\ vous l(î savez l)îcn.

I- vcîre i^To se porte bien, et ' \i i voii ^ appartient selon le sang ; ainsi en soit-il de ce qui vous appartient selon l'esprit! Amen.

LETTRE DCXV.

s. FBANÇOIS DE SALES , A UNB EELIGIKU8| DE LA VISITATION.

Le SaîDi l'eihorte A bien unir ton enar A eelnl da

Fils de Dieu.

Ma très-chère mère , que vous dirai-je ? La grâce et paix du Saint-Esprit soît toujours au milieu de votre cœur 1 Mettez-le , ce cher cœur, dans le cété percé du Sauveur, et Punissez à ce roi des cœurs, qui est, comme en son trône royal , pour recevoir l'hommage et l'obéissance de tous les autres cœurs, et tient ainsi sa porto ouverte, afin que chacun le puisse aborder et avoir audience.

LETTRES

Et quand le vcMro lui parlera , n'oubliez pas, ma très-chère mère, de lui faire parler encore en faveur du mien , afin que sa divine et cordiale majesté le rende bon, obéissant cl fidèle.

Bonjour , ma très-chère mère ; je suis sans fm votre très-humble , etc.

LETTRE DCXVL

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