FRANÇOIS DE SALES , A UNE RELIGIBCSE DE LA VISITATION
Moyeni de comballro l'amoar-propre et restime de soi-m<^mc qu'on ne peut arracher du cœur humain. Trois parties de la charité. Avis sur l'oraison et la perfeciion du cœur, sur la tendresse envers soi-même, el sur Tamour du prochain.
Je me représente votre lettre , ma trèschère fille , en laquelle , avec tant de sincérité vous me décrivez vos imperfections et vos peines, et voudrois bien pouvoir correspondre au désir que vous avez d'apprendre quelque remède de moi; mais ni le ioisi- ne le permet, ni, comme je pense, vo'.re nécessité ne le requiert pas ; car certes, ma très-chère fille, la plupart de ce que vous me marquez n'a point d'autre remède ordinaire que la suite du temps et des exercices de la rè;:le en laquelle vous vivez : il y a même des maladies corporelles desquelles la cure dépend du bon ordre do la vie.
L'amour-propre, l'estime de nous-mêmes , la fausse liberté de l'esprit , ce sont des racines qu'on ne peut bonnement arracher du cœur humain ; mais seulement on peut empocher la production de leurs fruits, qui sont les péchés ; car leurs élans, leurs premières secousses ou premiers mouvemens , on ne peut les empêcher tout à fait tandis qu'on est en cette vie mortelle, bien qu'on puisse les modérer, et diminuer leur quantité et leur ardeur par la pratique des vertus contraires , et surtout de l'amour do Dieu.
Il faut donc avoir patience, et petit à petit amender et retrancher nos mauvaises habitudes, dompter nos aversions, et surmonter nos inclinations et humeurs, selon les 0( currences; car, en somme, ma très-chère (ille, cette \ie est une guerre continuelle , et n'y a celui qui puisse dire : Je ne suis point attaqué.
Le repos est rd.^ervc* pour le cîel , où b palme de victoire nous attend. En terre, il faut toujours combattre entre la crainte et l'espérance, à la charge que respcrance soit toujours plus forte , en considératioii de la toute -puissance de celui qui nous secourt.
Ne vous lassez donc point de travaîlkr continuellement pour votre amendement et perfection. Voyez que la charité a trois pvties , l'amour do Dieu , raffection i ni* même et la dilection du prochain : votre règle vous achemine à bien pratiquer tout cela.
Jetez maintes fois la journée tout votre cœur, votre esprit , et votre souci en Diea avec une grande conGance en Dieu , et loi dites avec David : Je suis vôtre^ Seigiimrt sauveZ'moi (i).
Ne vous amusez point beaucoup à penser quelle sorte d oraison Dieu vous donne, ains suivez simplement et humblement sa grâce en raffection que vous devez avoir pour vous-même. Tenez vos yeux bien ouverts sur vos inclinations déréglées pov les déraciner. Ne vous étonnez jamais de vous voir misérable et comblée de maovaises humeurs. Hélas ! traitez votre camr avec un grand désir de le perfectionner. Ayez un soin infatigable pour doucement et chnrit^iblement le redresser quand il bronchera.
Surtout travaillez tant que vous pourra pour fortifier la supérieure partie de votre esprit , ne vous amusant point aux sentimens et consolations, mais aux résolutions, propos et élans que la foi , la règle , la supérieure et la raison vous inspireront.
No soyez point tendre sur vous-même, les mères tendres gâtent les enfans. Ne soyez point pleureuse ni plaignante : ne vous étonnez point de ces importunités et violences que vous sentez , que vous avei tant de peine à déclarer : non , ma fille, ne vous en étonnez point ; Dieu les permet pour vous rendre humble de la vraie humi* lilé, abjecte et vile en vos yeux. Cela ne doit point être combattu par des élans en Dieu, des diversions d'esprit de la créature au Créateur, et avec de continuelles affections à la très-sainte humilité et simplicité do cœur.
Soyez bonne au prochain , et nonobstant
(1) Toof fan e|o, mItob mt tac. Pa. cavui. ?. H,
i lOiilèTemens et saillies de la colère, roBODoez es occurrences fort souvent ces irÎBeft paroles du Sauveur : « Je les «me Y Seigneur père éternel, ces prochaint, parce que vous les aimez ; et vous ne les avez donnés pour frères et sœurs , et vous voulez que, comme vous les •imei, je les aime. » Aussi surtout aimez •chères sœurs avec lesquelles la propre im de la Providence divine vous a assoie et liée d'un lien céleste ; supportez-les, raflaes-les et les mettez dans votro cœur, I trèa-cbère fille. Sachez que j'ai une «-particulière affection à votre avancent, Dieu m'y ayant obligé.
LETTRE DCXVIL
flARCOIS DE SALES, A UNE REMGIBUSB DE LA VISrrATION.
hb Saint U fortifie dam ses résoIuUona.
Cest la yérilé , ma très-chère fille , que m amc vous chérit très-parfaitement ; et 'est impossible, quand je pense en vous, li n'est pas peu souvent , que je ne resnte un élan d'affection fort particulière. Or 808, il falloit bien que le serpent se nrrât de force dans Tâpreté de la pierre or se défaire de sa vieille peau, et se ranrîr heureusement, afin d'être transformé I odombe. Dieu soit loué , ma très-chère le , que vous avez souffert les tranchées mi accouchement, quand vous vous êtes intée vous-mémo à Jésus-Christ !
Marchez maintenant saintement et soileoaeroent en cette nouveauté d'esprit , prdez bien de regarder en arrière , car y aoroit un extrême danger ; et bénissez divine providence , qui vous avoit préléone nourrice si aimable. 0 que Dieu t aouverainement bon et gracieux , ma è»^ière fille 1 Certes , j'ai eu un contennenl incroyable à voir comme il vous a «daite en l'abondance de son amour.
6 ! ne l'abandonnez donc jamais , et dona Umte liberté à votre cœur de s'unir et rrer invariablement à son plaisir ; car il A but pour cela.
Qœ cette chère mère soit supérieure , f consens sans difficulté ; mais que cela I puisse faire absolument comme vous 'en parlez , je n'en sais pas les moyens, il ne dépendra pas de moi, qui suis fort
peu de chose ici, et rien du tout ailleurs : seulement je répète que pour mon consentement, je le donne et contribuerai de plus ce que je pourrai bonnement faire à votre intention.
Mais , ma très-chère fille, ne somiAcs* nous pas enfans adorateurs et serviteurs do ' la céleste providence, et du cœur amoureux et paternel de notre Sauveur! n'est-ce pas sur ce fonds sur lequel nous avons bâti nos espérances? Faites ce qu'il vous a inspiré pour sa gloire, et ne doutez nullement qu'il ne fasse pour votre bien ce qui sera meilleur. Ne capitulons point avec lui, il est notre maître, notre roi, notre père , notre tout ; pensons à le bien servir, il pensera à nous bien favoriser.
Donc, ma fille , pour conclure^ je ferai pour votre petit contentement tout ce que je pourrai, qui est peu; delà je m'assure qu'on fera de même : mais au ciel on fera tout; on vous comblera de consolations par les moyens que la sagesse suprême connolt et voit, et que nous ne savons pas.
Demeurez en paix , nourrissez amoureusement, soigneusement et fidèlement cette nouvelle enfanco aimée , que votre ame a nouvellement enfantée au Saint-Esprit, afin qu'elle se fortifie en sainteté, et qu'elle croisse en bénédictions, pour être à jamais aimée du bien-aimé. Que vous puis-je désirer de plus , ma très-chère fille? Je suis tout à fait, je vous assure, votre très-humble, etc.
LETTRE DCXVra.
s. FBANÇOISDB SALES, A UNE BEL1GIKU8B DE LA VISITATION ,
QUI ALLOIT tTEB SCPARIBUaB.
Le Saint l'exhorte é la douceur, l'humilité et l'indifférence. Grande maxime du Saint < JVa tfatnander rien, «« r$fus§rri9n.
C'est la vérité, ma très-chère sœur, ma fille, que vous m'avez grandement consolé, en la peine que vous avez prise de m'écrire, * puisque même , ainsi que je m'aperçois, vous êtes celle à qui Dieu dispose de faire remettre la charge de supérieure. On vous donnera le loisir de vous bien préparer, par une entière soumission à la céleste pro vidence, et un parfait encouragement à vous bien exercer à l'humilité et douceur, ou débonnaireté de cœur, qui sont les deux
chères vcrtUà que noire Seigneur recommundoit aii:( apâtros, qu'il avoit destinés i la supériorité do t'univera.
Ne demandez rien, ni ne refusez rien de toutce qui est dans la vie religieuse, c'est la sainte îndilTérence qui vous conservera en la paix de votre époux étemel , et c'est runiquedocumcntque je sou hai le être pratiqué par toutes nos sœurs, que mon cœur salue tris-chcrement avec lo vAln, ma trës-cbëre fille.
LETTRE DCXIX.
Tai reçu tous vos paquets, ma très-chère nile, haussez votre tête dans le ciel, voyez que pas un des mortela qui y sont immortels n'y est allé que par des troubles et des afflictions continuelles. Dites souvent entre vos contradictions : C'est ici le chemin du ciel ; je vois le port, et suis assurée que les tempêtes ne me peuvent empêcher d'y aller. Dieu vous console et bénisse millefoisl Je suis plus parfaitement qu'il ne se peut dire, ma trëa-chére fille, votre très-humble, etc.