‹ Œuvres complètes; nouvelle édition collationnée et augmentée des lettres de Sainte Chartal, des lettres inédites de l'auteur, du portrait de lui et d'autographes (volume 3)Chapitre 342 sur 450 · PEANÇOIS DE SALES, A UNE DEMOISELLI · texte numérisé non relu

PEANÇOIS DE SALES, A UNE DEMOISELLI

L'inquiétude et Kempretsement sont ennemis de l'oraison : le don d oraison vient du ciel, et il s'y faut préparer avec soin; on H*y met en la préK sence de Dieu. Comment une Jeune personne, qui veut être religieuse, doit se comporter lorsque ses parens ne se prélent pas asseï i tes bons désirs.

Mademoiselle, je reçus il y a quelque temps une de vos lettres , que je chéris fort, parce qu'elle porte témoignage de la confiance que vous avez en mon affection» qui aussi vous est entièrement acquise»

vous n'en devez nullement douter. Je regrette seulement que je suis fort peu ca* pable pour répondre à ce que vous désirez de moi sur les accidens de votre oraison. Aussi sais-je que vous êtes on un lieu et en une compagnie où rien ne vous peut manquer pour ce sujet : mais la charité^

qui so plait à la communication , fait que vous me demandez la mienne en me donnant la vôtre. Je vous dirai donc quelque chose.

L'inquiétude que vous avez à Toraison , *et laquelle est conjointe avec un grand empressement pour trouver quelque objet qui puisse arrêter et contenter votre esprit, sulfit elle seule pour vous empêcher de trouver ce que vous cherchez. On passera cent fois la main et les yeux sur une chose , sans rien apercevoir, lorsqu'on la cherche avec trop d'ardeur.

De cet empressement vain et inutile il ne vous peut arriver qu'une lassitude d'esprit ; et de là cette froideur et engourdissement de votre ame. Je ne sais pas les remèdes dont vous devez user, mais je pense bien que si vous pouvez vous empêcher de l'empressement , vous gagnerez beaucoup ; car c'est l'un des plus grands traîtres que la dévotion et vraie vertu puissent rencontrer. n fait semblant de nous échauffer au bien , mais ce n'est que pour nous refroidir, et ne nous fait courir que pour nous faire chopper. C'est pourquoi il s'en faut garder en toutes occasions, et particulièrement en l'oraison.

Et pour vous aider à cela , ressouvenezvous que les grâces et biens de l'oraison ne sont pas des eaux de la terre , mais du ciel, et que, partant, tous nos efforts ne les peuvent pas acquérir, bien que la vérité est qu'il faut s'y disposer avec soin, qui soit grand, mais humble et tranquille. Il faut tenir le cœur ouvert au ciel , et attendre la sainte rosée. Et n'oubliez jamais de porter à roraison cette considération , c'est qu'en icelle on s'approche de Dieu et on se met en sa présence pour deux raisons principales.

La première est, pour rendre à Dieu l'honneur et l'hommage que nous lui devons , et cela se peut faire sans qu'il nous parle, ni nous à lui; car ce devoir se fait reconnoissant qu'il est notre Dieu, et nous ses viles créatures , et demeurant devant lui prosternés en esprit , attendant ses coniraandemcns.

Combien de courtisans y a-t-il qui vont cent fois en la présence du roi , non pour lui parler, ni pour l'ouïr, mais simplement afin d'être vus de lui , et témoigner i>ar cette assiduité qu'ils sont ses serviteurs?

Et cette fin de se présenter devant Dîe«, seulement pour témoigner et protester de notre volonté et reconnoissance à son service , elle est très-excellente , très-sainte et très-pure , et par conséquent de très-grande perfection.

La seconde cause pour laquelle on se présente devant Dieu , c'est pour parler avec lui , et l'ouïr parler à nous par ses inspirations et mouvemens intérieurs ; et ordinairement cela se fait avec un plaisir très-délicieux , parce que ce nous est un grand bien de parler à un si grand Seigneur ; et quand il répond , il répand mille baumes et onguents précieux , qui donnent une grande suavité à l'ame.

Or, mademoiselle ma bonne fille , puisque vous voulez que je parle ainsi, l'un de ces deux biens ne vous peut jamais nuuiquer à Toraison, Si nous pouvons parler à notre Seigneur, parlons, louons-le, prionsle, écoutons-le; si nous ne pouvons pas parler , parce que nous sommes enroués, demeurons néanmoins en la chambre, et fâisons-lui la révérence ; il nous verra là, il agréera notre patience , et favorisera notre silence : une autre fois nous serons tout ébahis qu'il nous prendra la main, et devisera avec nous , et fera cent tours avec nous es allées de son jardin d'oraison ; et quand il ne le feroit jamais , contentonsnous que c'est notre devoir d'être à sa suite et que ce nous est une grande grâce etuo honneur trop plus grand qu'il nous souflire en sa présence.

En cette sorte nous ne nous empresserons point pour lui parler , puisque l'autre occasion d'être auprès de lui ne nous est pas moins utile , ains peut-être beaucoup plus , encore qu'elle soit un petit moins agréable à notre goût. Quand donc vous viendrez auprès de notre Seigneur, parleilui. si vous pouvez; si vous ne pouvez, demeurez- là ; faites-vous voir , et ne vous empressez d'autre chose. Voilà mon avis, je ne sais s'il sera bon, mais je ne m'en mets pas en peine ; car, comme je vous ai dit, vous êtes en un lieu oii de beaucoup meilleurs ne vous peuvent pas manquer.

Quant à la crainte que vous avez que votre père ne vous fasse perdre le désir d'être carmélite , par la trop grande distance de temps qu'il vous veut préfiger pour exécuter votre souhait, dites ù Dieu : Seigneur

DE S. PRAIfÇ<»S DE SALES.

fmtfiiHm déiir eti devant voUê(i), et le laisse! faire , il maniera le cœur de votre père, et le contournera à sa gloire et à TOtre profit. Cependant nourrissez votre bon désir , et le faites vivre sous la cendre de lliainililé et résignation en la volonté de Dieu.

nés prières, que vous demandez, ne vous manquent point; car Je ne saurais vous oublier, surtout à la sainte messe; je me confie en votre charité que je ne suis pas oublié BUS vôtres.

Je suis marri que monsieur de Paria nous laisse , etc.

LETTRE DCXLV

S. FUKpJIfl DB SALE9 , A

CKBDÀHB.

a père atgna mire doivent Un laun «ntans se eormcreni à no

dana la religion , niiis itundre par le concile de Trenis.

r Disn tortqoe 1 serTice. Il ne

se pour entrer

Votre lettre, que H. Crichant m'a rendue, m'est de grande consolation, ma trCschère fille , étant«isé de voir que, comme je n'oublie point votre cœur, il n'oublie pas non plus le mien.

Vous avez nertes raison de bénir Di en sur l'inspi ration qu'il donne à votre fille, la choisissant pour le meilleur parti de cette vie mortelle. Mais , ma fille , il faut faire toutes choses en leur temps. Ce n'e^t pas certesmoi qui ai préfigé l'âge auquel il Faut que lesfilles soient religieuses, ains le sacré concile de Trente.

Croyei-moi, ma très-chère fille, s'il n'y t rien d'extraordinaire qui presse , demeurez soumise en paix à l'obéissance des lois ordinaires de l'Ëglise : Mieux vaut l'obéùaance qtu Ibê tictimet (ï); c'est une sorte d'iAéissance grandement agréable à Dieu, que de ne point désirer de dispense sans grande occasion. Noire-Dame n'en demant da point pour enfanter avant le terme orï dittaire, ai pour parler avec notre Seigneur ' avant TAge auquel les enfansont accoutumé de parler,

Marchez ainsi doucement , et tout vous réussira à bénédiction , et pour votre personne mémo ; après l'enfant , Dieu ouvrira

la porte à la mère : et il n'est pas défendu do cuire au sacrifice la brebis au lait de la brebiette. En toute occasion je vous servirai très-affeclionnémcnt. Vous Êtes hore do nécessité d'être aidée en ces occasions, ' puisque Dieu vous a laissé le révérend père , SuQren (jésuite), el que ces sœurs do la Visitation sont tant obligées à votre dilection; '■. et, puisque vous avez tapissé leur oratoire ^ jour de leur entrée en la nouvelle mai- 1 son , elles doivent beaucoup fuiro pour tapisser leur monastère de vos bonnes afTeclioDB , et de celle do votre clière fille. Recommandez-moi à la miséricorde de Dieu, et à la bonté de sa mère. Votre plus bun^ ble , etc.

lElTRE DCXLVI.

a. nUNCOIS DE SALES, A UNE DAME.

Le Sginl renglge t li mamlsslon.

Vous aurez , je m'assure , reçu ce que vous désirez de monsieur le premier jurésident de Savoie , car il le dépêcha soudain; etmaintenant, ma très-chère fille, vous recevrez, s'il vous plaît, en ce billet, une assurance nouvelle que je ne cesserai jamais de vous souhaiter mille et mille bénédictions. Tenez bon, ma chère fille, et soyez immobile es résolutions que vous avez prises pour le salut do votre ame, afin que vous puissiez rendre bon compte de vous- mémo â notre Seigneur, au jour de votre trépas , lequel , â mesure qu'il s'ap> proche, vous invite à vous préparer soigneusement. Soyez bien douce et gracieuse parmi les affaires que vous avez, car tout le monde attend ce bon exemple de vous. II est aisé de conduire la barque quand elle n'est pas pressée des vents, el de passer une vie qui est exemple d'affaires; mais parmi les tracas des procès , comme parmi les vents , il est dilBcile de tenir le chemin. C'est pourquoi il faut avoir grand soin de soi-même , de ses actions et de ses intentions,et faire toujours voir que le cœur est bon , juste, doux, humble et généreux. Vivez toute en notre Seigneur, conservez bien votre ame , et aimez la mienne , la recommandant souvent à la divluo miséricorde , puisque je suis votre , el«.

LETTRE DCXLVU.

(TM*<iMM

Lasli-I^-Grltd. )

La ulnl piitil Ifl ramciclB (1« lai avoir readn dM l«iii«*d»r«]ig)eu*eidsl(VliiuiioB de France,

qD'on lui ■vailtdrcMéci,etdei nouTtllM qu'il loi (pprcnd de ce Toiaumi. Il lai riMainiandt un )(une girton pour loi tronvïT une condlllon. Il dïi qoa ici GansToii ont eu lori de prendra ombrige d'ana clieiia que la prince Ibonia» ■ tloit leou hlre en leur loiiinage.

Monsieur, Je voub remarcie du Boin qn'il vous a plu ds prendre pour me faire avoir des lettres que les sœurs de la Visitation vous ont adressées , comme encore de la variété des nouvellesdu monde, queje prie Dieude nous vouloir donner de jour en jour meilleures pour la prospérité du christianisme , et en particulier pour celle du roi et du royaume.

Je sais que ce jeune garçon étant de ce pays , et assez bien conditionné , trouvera en voua une affection charitable, pour, s'il sa rencontre , être logé à quelque service. Unis les amis et parons ayant dé&iré que je vous le recommandasse , je le fais volontiers , avec espérance que vous no le prendrez pas à importunité , puisque culte mienne recommandation, comme toutes les miennes , bo fait toujours avec la condition et réserve que vous n'en ayezaucuDe incommodiié.

M. le prince Thomas (4), quialogécéans ces trois ou quatre jours passés pour faire lacliusso en ces ploioes voisines, amis, comme l'on vient de me dire , en alarme

H maJrsiA Irti-clireilanDi^ nu 11

ceui de Genève, qui ont te ptm grsfMi tort du monde de se laisser agiter par Unt de veines appréhensions, paisqn'oo observa si soigneusement les denùers articles qui ont été passés.

Je suis de tout mon onnr , nonritar, votre, etc.

LBimB DC3XVni,

s. FBiffÇOIB DE SALES , A UNS DDUMarfi. [Tir4* 4b nmiuiin d> la VbUiOee

J'ai ouï de la bouche du bon monsieur Crident l'histoire de l'entrée et réceplioo de votre obère petite Qlle en l'ordre tmi dea carmélites , et comme elle passa de votre sein maternel , ma trës-chËre fille , dau celui de la bonne mère Madeleine deS. Joseph. J'espère que cette action sera bésit de la suavité de celui qui aime la promptitude des bons desseins et des bonnes aécutiona,etqui trou va mauvaise la pnideiue de cet enfant qui voulait aller ensevelir ua père avant que de se ranger tout A luli sa suite.

11 y a un peu de l'extraordinaire ea l'ofr casion de cette Silo, et peut-être eocoreei sa réception ; mais ce n'est pas merveille qu'une aiguille non engraissée, non diil^intc, non frottée d'ail, non empêchés par le diamant, s'attache si promptement élu puissamment à son aimant. Or eus. Dieu soit loué , ma très-chère fille I voilà votre holocauste presque consommé avant qu'il soit bonnement sur l'autel. La divine Uljesté vous bénisse de plus en plus de sm seintamour.ettecŒur de monsieur votre cher mari, qui conspire si doucement ri vous pour aspirer tout à fait à Dieu , et ne respirer qu'en lui I Je suis invariablement votre, etc.

Mon coeur est tout à fait dédié à cdni do mademoiselle do Vcrion , votre diére sœur , (tans lequel j'ai vu que Dieu règne ; plaiso à sa divini? Majesté que ce soit ùtouif éternité I Amon.

LETTRE DCXLIX.

s FBANÇOIS DB 8ALB8 , A MADBMOISKLUi Dl TRAVBS.

iTlrée da ponutèm 4l» la VUiUtlon 4n PniUHl'Orbt. )

11 !• félieite de ce que sa scsar s'étoit retirée du monde , et il U contole sur leur séparatioa.

Je me réjouis avec vous , ma Irès-chère fille , de la retraite de la chère sœur ^ lant parce qu'en vérité elle a été faite généreusement, saintement , et , pourle dire comme je Ten tends , héroïquement et à la façon des anciennes amcs du christianisme de Fâge le plus saint , qu'aussi d'autant que, comme m'a écrit la bonne mère supérieure , vous avez autant de part en cette retraite, et plus encore que si vous fussiez retirée voiiâ*inéme , au cas qu'il vous eût été loisible.

Oh ! c'est ainsi , ma fille très-chèrement bien-aimée, qu'il faut servir Dieu; car c'est le servir en Dieu , et par Tamour souverainement et incomnarablement excellent. Je sais le fond vif et tendre amour de votre cœur envers cette sœur , et que cette petite séparation lui aura coûté de grands efforts ; et c'est cela qui me donne mille plaisirs en la partie supérieure ; car , en l'inférieure, croyez-moi, ma fille, j'ai trouvé mon sentiment engagé dans le vôtre.*

Vous avez donc si bonne part en ce sacrifice agréable , que .je m'en réjouis trèsaffectueusement avec vous , et crois que la divine bonté aura une douce souvenance de votre holocauste, qu'elle confirmera votre conseil , et vous rendra, selon l'intention de votre cœur, une consolation qui vous fera toujours croître en cet amour, eu une force qui , sans consolation , vous fera toujours de plus en plus parfaitement servir ce céleste amour. Je ne sais que vous dnre davantage , ma très-chère fille , sinon que je suis indiciblement et incroyablement vôtre. Vive Jésus. Amen.

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