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Ha très-chère mère , ayant reçu votre lettre et lo message que l'on m'a fait de votre part, je vous dirai que je connois fort distinctement les qualités de votre cœur,et entre toutes , son ardeur et force â aimer et chérir ce qu'il aime : c'est cela qui vous Tait tant parler à notre Seigneur de cecher trépassé, qui vous porte à ces désirs desavoir où il est.
Or, ma chère mère, il faut réprimer oc« élanccmens, qui procèdent de l'eicès ût celte passion amoureuse : et quand louj surprendrez voire esprit en cet amusement , il faut soudain , et même avec des paroles vocales, retourner du cfltédc noire Seigneur, et lui dire ou ceci même ou chose semblable : 0 Seigneur, que voire providence est douce I que voire miséricords est bonne I Hé I que cet enfant est heureui d'être tombé entre vos bras paternels, on tre lesquels il ne peut avoir quebieo, où qu'il soit !
Oui , ma chère mère : car il se fauibieo garder de penser ailleurs qu'au paradis ou au purgatoire, puisque , grâces à Dieu , il n'y a point de sujet de penser autremenl, Retirez donc ainsi votro esprit , et après cela divertissez-le à des actions d'amour envers notre Seigneur crucifié.
Quand vous recommandez cet enfanl d la divine majesté, diUis-Iui simplernsDl: Seigneur, je vous recommande l'earanl de mes entrailles ; mais bien plus Tenant drs
DE S. FRANÇOid OË SALES.
entrailles de votre miséricorde , engendré de mon sang , mais réengendré du vôtre. Et {Mssez outre ; car si vous permettez à votre ame de s'amuser à cet objet proportionné et agréable à ses sens et à ses passions inférieures et naturelles , jamais elle ne s'en voudra ôter ; et, sous prétexte de prières de piété ^ elle s'étendra à certaines complaisances et satisfactions naturelles , qui TOUS ôteront le loisir de vous employer autour de l'objet surnaturel et souverain do voire amour. Il se faut sans doute modérer en ces ardeurs des affections naturelles, qui ne servent qu'à troubler notre esprit et à divertir notre cœur.
Or sus donc , ma très-chère mère que j*aime d'un amour vraiment filial , ramassons bien notre esprit dans notre cœur, et rangeons-le au devoir qu^ii a d'aimer trèsuniquement Dieu ; et ne lui permettons aucun amusement frivole ; ni pour ce qui se paase en ce inonde, ni pour ce qui se passe en l'outre ; mais ayant départi aux créatures ce que nous leur devons d'amour et de charité , rapportons tout à ce premier amour magistral que nous devons au Créateur, et conformons -nous à sa divine volonté. Je suis très-affectionnément , oui chère mère , votre plus fidèle t eto.
LETTRE DCLX.
s. FRANÇOIS DE SALES, A UNB VBttVB.
Qa^il fool UNijoars tenir ton tOM en repos 4«YMt
Dieu.
Ma très-chère mère, puisque vous m'a- ?ez dit que mes lettres vous consolaient toujours beaucoup , je ne veux perdre nulle oooasion de vous en faire avoir, pour vous témoigner en quelque sorte l'affection que j'aurois de me rendre utile à votre ame, à votre ame, dis«jo, que je chéris extrêmement.
Tenezrla toujours assise et en repos devant Dieu pendant les exercices extérieurs, et levée et nuHivan te pendant les intérieurs, comme font les abeilles , qui ne volent point dans leurs ruches et faisant leur ménage , mais seulement à la sortie. Pendant que nous sommes parmi les aff^aires, il se faut étudier à la tranquillité de cœur, et à tenir notre ame douce en l'oraison : si elle veut voler, qu'elle vole ; si elle se veut remuer, qu'elle se remue , bien qu'encore là la tran»
' quillité et simple repos de l'ameà voir Dieu, à vouloir Dieu , et à savourer Dieu» est extrêmement excellent.
Quand je commence à vous écrire , je ne pense pas à ce que je vous écrirai ; mais ayant commencé, j'écris tout ce qui me vient , pourvu que ce soit quelque chose de Dieu ! car je sais que tout vous est agréable , ayant de beaucoup fortifié l'entière confiance que mon cœur avoit au vôtre en ce dernier voyage, où je vois bien , ce me semble , que vous a^ez toute assurance en moi.
J'écris à cette bonne D. N., laquelle m*é» crit que je la conseille sur sa vie future ; en quoi j'ai de la peine , pour n'avoir guère vu son esprit, et le mien étant trop commua et trivial pour considérer une vie si singulière comme est la sienne : toutefois je lui dis simplement ce que je pense. Dieu vous tienne en sa sainte protection , et vous comble de ses grâces.
LETTRE DaXI.