FRANÇOIS DE SALES , A UNE DAME
Le Saint Tinstruit des excercices de dérotion qu'elle doit pratiquer pendant la journée.
Madame , j'ai été bien consolé par les lettres que vous m'avez écrites, voyant que notre Seigneur vous a fait goûter les commencemens de la tranquillité avec laquelle, moyennant sa grâce , il nous faut désormais continuer de le servir parmi la presse et la multiplicité des affaires auxquelles j notre vocation nous oblige. J'ai une extrêmoment bonne espérance pour vous , parce que j'ai vu , ce me semble , en votre cœur une profonde résolution de vouloir servir ea divine Majesté , qui me fait espérer que vous userez de fidélité es exercices de la sainte dévotion.
Que si*bicn il y entrevient beaucoup de
manquement par infirmité, il ne faut nullement s'étonner : mais en détestant d*Qa ' côté l'offense que Dieu en reçoit, il faut de l'autre avoir une certaine humilité joyeuse qui ait à plaisir de voir et oonnottre notie misère.
Je vous dirai brièvement les exerdœg que je vous conseillerai. Vous les venez plus clairement en cet écrit que je fais. La préparation de toute la journée, qui se fait brièvement le matin; l'oraison mentale avant dîner , selon votre loisir, pour une heure ou environ; le soir, avant souper, une petite retraite, en laquelle, comme eo manière de répétition , voua fassiez une douzaine de vives aspirations en Dieu, selon la méditation du matin, ou sur quelque autre objet.
Parmi le jour , et entre les affaires, le plus souvent que vous pourrez , examines si votre amour n'est point engagé trop avant, s'il n'est point détraqué, et si vous ne vous tenez pas toujours par Tune des mains de notre Seigneur. Si vous vous trouvez embarrassée outre mesure , accoisez votre ame ,-remetteZ'la en repos. Imaginez-vous conunent Notre-Dame employoit doucement l'une de ses mains, tandis qu'elle tenoit notre Seigneur de l'autre, oa sur son autre bras , en son enfance : car c'était avec un grand égard.
Au temps de paix et de tranquillité, multipliez les actes de douceur ; car , par ce moyen , vous apprivoiserez votre cœur à la mansuétude.
Ne vous amusez pas à combattre les m(«nues tentations qui vous arrivent, par des contestes ou disputes avec elles , mais par de simples retours de votre cœur à Jésus- Christ crucifié, comme si vous alliez baiser son côté ou ses pieds par amour.
Ne vous mettez point en peine de faire beaucoup d'oraisons vocales, et toujours quand vous prierez et que vous sentirez votre cœur porté à l'oraison mentale, laissez-l'y aller hardiment; et quand vous ne feriez que l'oraison mentale avec l'oraisoD dominicale , et la salutation angélique , et la créance , vous pouvez vous contenter. Je me dédie de grand courage au service de votre ame , qui me sera dorénavant chère comme la mienne propre. Notre Soi gneur soit à jamais maître do nos cœurs, comme je suis en lui votre, etc.
LBTTBE DCLXIV.
». rUNÇOtS DE SALES, A DNB DANB MUliB. Arli •nr la choix dM oonfoueun. Li vertu d'une
lia chère sœur, mafllte, je ne réponds qo'auxdeux lettresque ce porteur m'a rendues de votre part; car la troisième , envoyée par la voie de madame de Chantai , M m'est pas encore arrivée. Ce m'eatbeaucoup de contentement que vous viviez sans MTupule, et que la sainte communion vous soit profitable ; sur quoi je vous dis qu'il but doue continuer : et pour cela, ma chère fille, puisque monsieur votre mari s'inquiète de quoi vous allez "à N., nevDusopiniAtrez nullement ; car puisque aussi bien TOUS n'avez pas de grands conâeils à prendre , tous confesseurs vous seront presque bons , même celui de votre paroisse, c'està-dire monsieur N. , et quand il s'offrira Mcore des occasions , celui des bonnes mères carmélites. Vous savez ce qu'il faut pourae bien conduire avec toutes sortes de confesseurs: c'est pourquoi vous pouvez aller en liberté pour ce regard- Ha chère fille , demeurez bien douce et bien humble A votre mari.
Vous avez raison de ne vous point inquiéter pour les mauvaises pensées, tandis que vous avez de bonnes intentions et volontés ; car ce sont celles-ci que Dieu regarde. Oui, ma fille , faites bien comme je vous ai dit; car quoique mille petites tricheries de raisons apparentes s'élèvent au contraire, si est-ce que mes résolutions sont fondées sur des raisons fondamentales et conformes aux docteurs et à l'Ëglise : mais je vous disqu'elles sont tellement véritables , que le contraire est une grande llute. Servez donc bien Dieu selon cela, et il vous bénira : mais n'écoutez jamais rien au contraire , et croyez qu'il faut bien que je sois bien assuré , quand je parle si hardiment.
Je rends grâces à la bonne mère prieure, et la porte avec toutes ses sœurs en mon ■me , avec grand honneur et amour, liais, na fille , il y a bien d'autres choses à vous demander pour cette même dévotion de la révérende mère Thérèse ; c'est que je voudrois que vous me fissiez extraire son image
au vif jusqu'à la ceinture seulement, sur celle qu'on dit que ces bonnes sœurs ont , et allant par delà , un de nos curés , qui doit y aller dans sept ou huit jours, la prendroit à son retour pour me l'apporter. Je ne traiterois pas comme cela avec toutes sortes de filles, mais avec vous je fuis seloa mon cœur.
Je recommanderai au Saint-Esprit I ■ chère sœur veuve, afin qu'il l'inspire ::■: choix d'un mariquihii soit à jamais à co:; solation ; c'est le sacré mari de l'amo qu ' j'entends : néanmoins si Dieu dispose de .-iiservir d'elle encore une fois au tracas du ménage complet, etqu'il la veuille exercer à la sujétion , il en faudra louer sa Majesté, laquelle sans doute fait toute chose pour le bien des siens.
Ah ! ma fille, que les vertus d'une femme mariée sont agréables à Dieu 1 car il faut qu'elles soient fortes et excellentes, pour durer en cette vocation ; mais aussi, ômon Dieu, que c'est une chose douce ô une veuve de n'avoir qu'un cœur à contenter ! Mais bien, celle bonté souveraine sera le soleil qui éclairera cette bonne chère sœur, afin qu'elle sache où prendre son chemin. C'est une ame que j'aime tendrement, etc. Où qu'elle aille, j'espèrequ'elle servira bien Dieu; et je la suivrai par les continuelles prières que je ferai pour elle. Je me recommande à celle de notre petite fille N. et de N. II est vrai que N. est ma fille un peu plus que les autres , et me semble que tout est mien, ma très-chère fille, en celui qui, pour ^ lus rendre siens, s'est rendu tout nôtre.
suis en lui, ma très-chère fille, votre, etc.
P. S. Failesavec un soin particulier tout ce que vous pourrez pour acquérir la douceur entre les vôtres, je veux dire en votre inage;je ne dis pas qu'il faille être molle remise , mais douce et suave. 11 y faut penser entrant dans la maison, sortant d'icelle , y étant le matin , à midi , à toute heure. 11 faut faire un principal de ce soin pourun temps, et le reste l'oublier quasi un peu.
letthb dclxv.
s. FBANÇOIS DB SALES , A DITE tUMt.
LETTRES
laelle«. AranCages de la oonfetslon, de Poraison mentale et de la rèeollection.
Les marques que j*ai reconnues en votre amo d*uoe sincère confiance en la mienne , et d'une ardenle affection à la piété, rendent mon cœur tout paternellement amoureux du vôtre. Or sus donc, ma bonne fille, vous verrez que nous ferons prou; car ce cher et doux Sauveur de nos âmes ne nous a pas donné ces désirs enflammés de le servir, qu'il ne nous en donne les commodités ; sans doute il n'éloigne point l'heure de Taccomplissement de vos saints souhaits, que pour vous faire rencontrer plus heureuse ; car, voyez-vous, ma très-chère fille, cet amoureux cœur de notre Rédempteur mesure et ajuste tous les événcmens de ce monde à l'avantage des esprits qui , sans réserve , se veulent asservir à son divin amour.
Elle viendra donc, cette bonne heure que vous désiriez, au jour auo cette Providence souveraine a nommé dans le secret de sa miséricorde; et alors, avec mille sortes do secrètes consolations, vous déploierez votre intérieur devant sa divine bonté , qui convertira vos rochers en eau , votre serpent en baguette , et toutes les épines de voire cœur en roses , et en roses abondantes , qui récréeront votre esprit et le mien de leur suavité.
Car il est vrai , ma fille , que nos fautes, lesquelles , tandis qu'elles sont dans nos âmes sont des épines , sortant dehors par la volontaire accusation , elles sont converties en roses et parfums; d'autant que comme notre malice les tire dans noscœurs, aussi c'est la bonté du Saint-Esprit qui les pousse dehors.
Puisque vous avez assez de force pour vous lever une heure avant matines et faire l'oraison mentale , je l'approuve bien fort. Quel honneur d'être avec Dieu sans que personne sache co qui so passe entre Dieu et le cœur, que Dieu mémo et le cœur qui Todorel J'«[)prouve que voua vous exerciez îs méditation de lu vie et passion de noire SeimiîMir Ji'.<iis-(lhrist.
Le sjoir, entre vêpres et le souper, vous vous relircrez pour un quart d'heure ou une |>elito demi-heure , ou en réalise ou en votre clianil.'ic ; et là , pour rallumer le feu du malin , ou reprenant la mémo matière que vous aurez méditée, ou.preiiant 1
pour sujet Jésna-Cbritt emoilé, vous ferez une douzaine de ferventes et amoureuses inspirations à votre bien-aimé , renouvelant toujours vo§ bons propos d'être toute sienne.
Ayez un bon courage , Dieu vous appelle indid)itablement â beaucoup d*amoar et de perfection. Il sera ûdèie de bod côté à toos aider, soyez fidèle du vôtre à le suivre et seconder. Et quant à moi , ma fille , amrez-vouB bien que toutes mesafléctîonsaont dédiées à votre bien et au service de votre chère amc , que Dieu veuille à jamais bénir de ses grandes bénédictûms. Je suis dose en lui tout vôtre , eto.
LETTRE DCLXYI.
s. FRANÇOIS DE SALES , Â UlfB DAM.
On n« doit pat ■'étonner de la froideur e^rliMllf, poonro qu'on loit ferme dam aet réMlutiati Ce que c'est qu'une lervanle de Dieu.
Vos froideurs, ma très-chère fille, ne vous doivent nullement étonner, poorvo que vous ne laissiez pas , pour le froid, de continuer au train de vos petits eIe^ Cices.
Hélas , ma très-chère fille , dites-moi ,1e doux Jésus ne naquit-il pas au cœur do froid? Et pourquoi ne demeura-t-il pas aussi au froid du cœur? J'entends ce froid duquel , comme je pense, vous parlez , qui ne consiste pas à aucun relâchement de nos bonnes résolutions, mais simplement es une certaine lassitude et pesanteur d'esprit qui nous fait cheminer avec peine en la > oie en laquelle nous nous sommes mis, et de laquelle nous ne voulons jamais nous égsrer, jusqu'à ce que nous soyons au port: n'est-ce pas cela , ma fille?
J'irai , si je peux , à votre fête , et voob donnerai la sainte confirmation. Que puissé-je participer à Tesprit de ce saint qui vous a nommée de son nom dès votre baptême , et qui le confirmera on votre faveur le jour même auquel toute l'Ëgliso lo réclame. Jo vous dirai ce jour-là quelqu'une de ces divines paroles qui plantèrent si avant le Sauveur dans le cœur de ses disciples. Cependant vivez toute à Dieu;el pour l'amour qu'il vous a porté , supporUavous vous-même en toutes vos misères.
Enfin , elre bonne servante de Dieu, ce n'est pas élre toujours consolée , toujours
1 douceur, Uii^ours sans avereioo ni repuunce au bien, car à ce compte-là, ni linte Paule , ni sainte Ângèle , ni sainte Bitherine de Sienne, n'auroient pas bien irvi Dieu. Être servante de Dieu , c'est •j9 charitable envers le prochain , avoir eu I partie supérieure de l'esprit une inviola- Ifi résolution de suivre la volonté de Dieu, roir une trâs-humbJe humilité et simpli- .lé pour se conâer en Dieu et se relever iitant de fois qu'on fait des chutes , s'enurer soi-même en ses abjections, et suporter tranquillement les autres et leurs aperfections.
vous savez bien au reste de quelle aorte lOD cœur vous chérit ; c'est, ma Irès-chère lie, plus que vous ne sauriez dire. Dieu ait à jamais notre tout.
Je suis en lui tout vôtre , etc.
LBTTHE DCLXVU.
cm DAMS , A fl. FRANÇOIS DE SALeS.
(TM* 4* te >!■ #■ Mlit. fit i» Un Tala.)
Uonsieur, j'ai lu six fois depuis un an otre Philothée, jo ne sais si sa conversa- Ion m'a rendue meilleure , mais au moins e voudroia bien lui ressembler. J'ai lu lussi depuis un mois tout votre Tbâotime , lù j'ai appris que l'amour de notre bon Dieu l'est pas de la nature du monde et de ceux le la cour. Je m'en vais donc tâcher de ooular ma vie sur celle de votre Philothée, il de n'aimer, avec Théotimo, rien que )ieu , ou pour lui , selon sa trës-aimabie rolonté.
Je vous prie donc, monsieur, de m'assurer do vos prières, et do me donner quelques cûDseiis particuliers. Au reste , je ne toua feroia pas cette demande , si je n'élois Lrès-assurée que Dieu a ouvert le livre des isnaciences, etqu'eu déclarant mon nom, \a vousdécouvrequi je suis, et tout ce qui te passe dans mon intérieur.
De plus, je trouve vos pratiques et votre dévotion si sjusléea à mon humeur et ù la loiblease de mon sexe, que je ne croîs pas que vous puissiez me rien commander que je ne puisse trËs-facilement accomplir. Je ronnoisplusieursdames qui ont le bonheur de vivre sous votre sainte conduite , et qui
m'ont assurée que Dieu vous avoit fait oattre en ce siècle pour noua apprendre la
vertu , et qu'il ne tiendra qu'à nous d'être itaintes, ai nous voulons suivre les douces lois de votre sainteté.
Pour moi , je vous choisis pour mon bon père et mon directeur, et je vous coojuro que voulant être toute k Dieu , je me résous à être votre très-chère dlle selon Dieu. Adieu, monsieur et très-cher père; conti< auez de faire, comme vous commencez, autant de sainte» qu'il y & de femmes dans
LETTRE DaXVin.
t. PMRÇOIB DR BALBS, A 01» MME (1).
N'attendez pas de moi maintenant que je vousécrive à souhait ; car bien que ce toU par mon frère , si n'ai-je pas beaucoup de loisir, et si je ne sais s'il passera à Dijon ; mais je sais bien pourtaut qu'il fera rendre sûrement ma lettre.
Oui , ma iille , sans doute 11 ne faut pas laisser passer ces Pâques sans faire communier votra Sis. Mon Dlea, c'est un docteur déjà. C'est une grande erreur, ce me semble , de tant différer ce bien en cet Igt, auquel les enf ans ont plus de discours à dis ans que nous n'en avions à quinze. Vraiment j'eusse bien désiré de lui donner la première communion : ce lui eût été un sujet de se ressouvenir de mol , et de m'aimer toute sa vie ; mais bien il n'importe pas pour lui.
J'ai reçu l'image de la bienheureuse mère Thérèse (S), dont je suis consolé et je vous en remercie.
Je suis bien aise de savoir que cette fille soit en paix avocM. Chevrier. Vraiment je lui écrivis par M. de Moiron qu'elle fit ce qu'elle a fait de point en point, sur une lettre par laquelle elle me demandait conseil.
Eh bien , ma chère fille. Dieu soit loué I Pourvu que notre omè soit colorée du vermeil do la dinrllé , Il ne nous doit pas chaloir que nousnyons les piiIes couleurs ; c'est un mal propre à morti&er les sens et les
fiETTRES
sentimens , car il ne laisse point de monvement qu'il n*alanguisse, honnis celui du cœur, lequel , pour Tordinaire, il émeut et rend plus fréquent. Rendez-le bien utile à votre avancement spirituel par votre abnégation réelle des dégoûts des suavités qu'il vous ôte, non-seulement quant au corps, mais encore quant à l'esprit. Vous faites bien de pratiquer mes avis ; car ils sont selon la volonté de Dieu; et si cette maladie vous y donne plus de répugnance , tant plus gagnerez-vous en leur exercice.
Je pensois vous envoyer plusieurs livres, mais l'imprimeur m'a manqué de parole de me les envoyer ; mais je crois que vous en aurez là plutôt que moi ici Je vous envoie néanmoins celui-ci, que j'ai emprunté d'une dame qui l'avoit, afin que s'il est possible , vous ayez le premier de ma part. Il faudra corriger les autres avec icelui ; car je lai corrigé partout tant que j'ai pu. Dieu soit à jamais notre amour , ma chère fille I et croyez que je suis en lui tout particuhèrement vôtre. Vive Jésus I Ne dites pas que je vous ai envoyé ce livre jusqu'à ce que je puisse en envoyer davantage.
LETTRE DCLXEX.