FRANÇOIS nE SALES , A UNE nAME MARIÉE
Un bon directeur connoU les âmes qui s'adressent à lui, pour peu qu'elles lui ouvrent leur cœur. Cest un grand avantage d'en être bien connu. Il faut supporter ses propres imperfections avec patience. Dieu tient une conduite différente envers ses serviteurs. Inslruclion par rapport à i'arae. Avis touchant les sécheresses dans l'oraison. C'est une belle chose de dire qu'on s'abandonne à la volonté de Dieu, maison le pratique rarement. Il se mêle souvent de l'amour-propre dans les désirs qui ne sont pas de l'essence de notre salut.
Madame, votre lettre du 20 janvier m'a donné un extrême contentement, parce qu'au milieu de vos misères, que vous me décrivez , je remarque ( ce me semble ) quelque avancement et proGt que vous avez fait en la vie spirituelle. Je serai plus court à vous répondre que je ne désirerois, parce que j'ai moins de loisir , et plus d'empêchement que je ne pensois. Je dirai néanmoins bien assez pour ce coup , en attendant une autre commodité de vous écrire bien au long.
Vous me dites donc que vous êtes aûli-
gée de ce que vous ne vous déotravrez pas assez parfaitement à moi , comme il tous semble ; et je vous dis qu*enoore que je n'aie pas connoissance des actions que voos faites en mon absence , car je ne sois pas prophète , je pense toutefois que, pour le peu de temps que je vous ai vue et dûé, il n*est pas possible de mieux connottre vos inclinations et les ressorts d^icelles que je fais , et m'est avis qu'il y a peu de replis dans lesquels je ne pénètre bien aisément; et pour peu que vous m'ouvriez la porte de votre esprit , il me semble que j*y vois tout à découvert : c'est un grand avantage pour vous , puisque vous voulez m'employer à votre salut.
Vous vous plaignez de quoi plusieurs imperfections et défauts se mêlent en votre vie , contre le désir que vous avez de la perfection et pureté de l'amour de notre Dieu. Je vous réponds qu'il n'est pas possible de nous abandonner du tout nousmêmes , pendant que nous sommes ici-bas; il faut que nous nous portions toujours nous-mêmes jusqu'à ce que Dieu nous porte au ciel; et pendant que nous nous porterons, nous ne porterons rien qui vaille. D faut donc avoir patience, et ne penser pas de nous pouvoir guérir en un jour de tant de mauvaises habitudes que nous avons contractées par le pou de soin que nous avons ou de notre santé spirituelle.
Dieu en a bien guéri quelques-uns soudainement , sans leur laisser aucune marque de leurs maladies précédentes, comme il fit à l'endroit de Madeleine , laquelle en un instant, d'un égout d'eau do corruption, fut changée en une source d'eau de perfections , et ne fut jamais troublée depuis ce moment-là. Mais aussi ce même Dieu a laissé en plusieurs de ses chers disciples beaucoup de marques de leurs mauvaises inclinations , quelque temps après leur conversion, et le tout pour leur plua grand profit , témoin le bienheureux^ S. Pierre , qui depuis sa première vocation choppa plusieurs fois en des imperfections, et s'abattit tout à fait et fort misérablement une fois par la négation.
Salomon dit que c'est un animal bien insolent que la chambrière qui devient soudainement maîtresse (4). Il y auroit grand
(1) Per tria movetor terra, et quartam non potMt miU* nere ; per aerTam, cùm reg lUTerlt ; per stniiom, cvai ff
ianger quePame, laquelle a servi longuctneat à ses propres passions , ne devint or- ^eilleuse et vaine , si en un moment elle 90 devenoit fortement maîtresse. Il faut ]ue , petit à petit et pied à pied , nous nous icqu crions cette domination, pour la con- |uète de laquelle les saints et les saintes )nt employé plusieurs dizaines d*années.
[J faut , s'il vous plaît, avoir patience avec tout le monde , mais premièrement avec youa-mème.
Vous ne faites rien , ce me dites- vous , •n Toraison. Mais qu'est-ce que vous y voudriez faire , sinon ce que vous y faites , qui 9St de présenter et représenter à Dieu votre néant et votre misère? C'est la plus belle harangue que nous fassent les mendiants, que d'exposer à notre vue leurs alcères et nécessités.
Mais quelquefois encore ne faites-vous rien de tout cela , comme vous me dites , , aîns vous demeurez là comme un fantôme et une statue. Eh bien ! ce n'est pas peu que cela. Es palais des princes et des rois on y met des statues qui ne servent qu'à récréer la vue du prince : contentez- vous donc de servir de cela en la présence de Dieu ; il animera cette statue quand il lui plaira.
Les arbres ne fructifient que par la présence du soleil , les uns plus tôt , les autres plus tard , les uns toutes les années , et les autres de trois en trois , et non pas toujours également. Nous sommes bienheureux de pouvoir demeurer en la présence de Dieu , et contentons-nous qu'elle nous fera porter noft-e fruit , ou tôt , ou tard , ou tous les jours , ou par fois , selon son bon plaisir , auquel nous devons pleinement nous résigner.
C'est un mot de merveilles que celui que vous me dites : Que Dieu me mette en telle sauce qu'il voudra, ce m'est tout un, pourvu que je le serve. Mais prenez garde de bien le mâcher et remâcher en votre esprit ; faites-le fondre en votre bouche , et ne l'avalez pas en gros. La mère Thérèse que vous aimez tant, dont je me réjouis , dit en quelque endroit , que bien souvent nous disons de telles paroles par habitude et certaine légère appréhension , et nous est avis que nous les disons du fond de l'ame , bien qu'il n'en soit rien , comme
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