FRANÇOIS DB SALES , A UN AMI
(Tirée da monastère de la Vltlutlon de la illle de Montar^ii. )
Le Saint le félicite sar le réUbliMeraent de ne santé, et lui fait part de quelques nou? elles.
Monsieur , je loue Dieu de cette nouvelle sanié, le retour de laquelle vous m'annoncez par votre lettre du 6 décembre , avaiil que j'aie eu aucune sorte d'avertissement de voire maladie. Veuille cette bonté du Seigneur qui vous a été propice et à moi en votre guérison , nous favoriser longuement de sa durée, et d'une constante consolation en cette sainte et douce amitié qu elle a établie entre nous. Que si je savoisque mes lettres eussent quelques secrètes vertus pour vous donner un bon portement , ainsi que votre affection vous le fait estimer, croyez, monsieur, que j'en écrirois jour et nuit ; et ne vous écris point d'autre encre que celui de mon sang , pour marque des caractères si aimables et si précieux , lequel les effets me seraient si chers et désirables. Ce grand Dieu devant lequel je suis joumellemont offrant la divine hostie de propitiation sait bien qu'en ce temps-là je lui nomme toujours votre nom avec rhuinble recommandation. Si cela, comme je n'en doute point , a la force d'attirer les bénédictions divines de son sein paternel , je veux espérer qu'il vous en comblera.
M. de Granger est allé , comme je pense, en Languedoc , sans passer ici où nous l'attendions , plus pour apprendre les particularités des grâces et traits de votre fu-. veur , pour autres raisons , bien que je sais qu'elles sont grandes.
Ce que j'avois prévu de la volonté de monseigneur de Nemours, touchant sou hôtel , s'est trouvé plus que véritable ; car, outre ce que j'avois considéré , il y a de plus qu'il n'est nullement hors d'occasion d'aller peut-être plus tôt que je ne pense à Paris, vous pouvez bien penser pourquoi : mais je dis ceci entre nous deux. Son altesse lui a promis de rechef d'effectuer le mariage, ou devant carême-prenant, ou après Pâques : le temps d'après PAques peut être bien long.
S4S LETTRES
LETTRE DCLXXXVm.
s. FRANÇOIS DE SALES, A UNE DEMOISELLE. Sur les amitiés fondées sur la charité.
0 Diru ! que les amilîës fondées sur le solide fondement de la charité sont bien plus constantes et formos quô celles desquelles le fondement est en la cliair et au Siing, et aux respects mondains 1
Ne vous troublez point pour vos sécheresses et stérilités , ains consolez-vous en votre esprit supérieur, et vous souvenez deceqse notre Seigneur a dit : Bienheureux sont les pauvres d'esprit, bienheureux sont ceux qui ont faim et soif de la jusr
tice(4).
Quel bonheur de servir Dieu au désert sans manne , sans eau , et sans autre consolations quo celle qu'on a d'être sous sa conduite ot de souflrir pour lui 1 Lu trèssainte Vierge puisse bien naître dedans nos cœurs , pour y apporter ses bénéfiictions. Je suis en elle et en son ûls tout entièrement vôtre.
LETTRE DCLXXXIX.
s. FRANÇOIS DE SALES , A UN COUSIN.
(Tlré« dm monastère de lu VIsitatloB de la TlIIe de Bordeaux. )
Le Saint s'excuse de n'aroir point réponda plus loi à une de ses lettres, et lui fait son compliment de condoléance sur la mort de son père.
Monsieur mon cousin , je puis dire quo ce fut sans ma faute quo nous bissons retourner notre liuiuais sans réponse à la letlro que vous avez pris la peine de m'é' crirc.
Monsieur Desago fut celui qui me trompa, ayant luimc^me lo premier été trompé par su surdité ; car ilmo dit que votre h^piais étoit sorti de la ville le soir , pour faire son parlement plus m.'itin , qui me ;;arda d'écrire comme je devois.
Je suis trop long à faire celte exruse : mais pai donnez-moi ce que je crains, le dérhcldo l'opinjun que vous nrns-urozquo vous avez d»* mon nireolion , laquelle, sî elle pouvoit croître , s'augmenteroit tous les jours commo vous on fixités naître en tout l.'inps d<î nouveaux sujets, comme est
■y, Urnti p u|icre!>sp.'iili> ■ Itv.U qui csuriuut etaiiiunt jiii.l SIC. r-'Airu .c. T, ». .«! r,.
la patience qu*il vous « plu avoir à ma prière à l'endroit de M. deBellecombe.de laquelle ne voulant plus abuser , monsieur, on no vous priera point de la continuer plus avant, mais de la voir employer avec votre incommodité et sans leurs profits, puisquMls ne s*en sont servis à faire Tap* i pointement que voua désirez.
J'ai su le trépas de monsieur votre pèit mon oncle, bientôt après qu*il fut aven, et en ressens les aiDictions que je devoîii l'amitié do laquelle ilavoit toujoars henoé notre maison , et à la perte que vonsam faite , laquelle je sus bien profiter par h mémoire que celle que peu d^aiméea aipi* ravant j'avois faite moi-même sur un pan! sujet. Je n*attendis pas , croyez-le bien, je vous supplie 7 de recommanclor son amai notre Seipneur, que vous m'en eusM averti ; mais lui rendis ce devoir snrtochamp à la première nouvelle , et n'eusse pas retardé non plus à vous écrire , poar vous faire la cérémonieirse offrande daiCF vice de notre maison et du mien ea parti» lier, si je n'eusse su que vous nous crom tout vôtre pour une bonne fois , sans qiH ' soit nécessaire d'en renouveler ai soufett les reconnoissances : et quant aux consolalions , je sais qui vous êtes , et ma oousiae aussi, et laisse au bon Jésus, lequel vom avez en votre esprit, à vous faire cet o^ Gce. JVn dis do même de M. Duvillar» dms cousin.
LETTRE DCXC.
s. FRANÇOIS DE SALES , A UNE DEMORBLU.
Remèdes contre la trop grande crainte 4e la moit
Quoiqu'il n*y ait aucun péché auxeffroii et craintes de la mort, si est-ce qu'il ya du dommage pour le cœur , lequel , troablé do cette passion , ne peut pas si bict se joindre par amour avec son Dieu, comme il f(T()it s'il n'éloit pas si fort tourmealé. Donc je vous assure que si vous persévérei à ces exercices de dévotion , comme je voit que vous faites, vous vous trouverez pelil à petilfj;randement allégée de ce founneni» d'autant que votre ame se trouvant aina exempte de mauvaises affections , et 8*a« nissant de plus en plus à Dieu , elle se troBvcTa moins attachée à cette vie mortelle H aux viîinos complaisances que l'on y prend. Continuez donc en la vie dévote , selon que
DE S. FlUlfÇOIS DI SALES.
vous avez commencé, et allez toujours de bien en mieux dans le chemin dans lequel vous êtes, et vous verrez dans quelque ''tomps ces terreurs B'affoibliront, et ne vous inquiéteront plus si fort.
. £xerccz-vous souvent es pensées de la grande doijiceur et miséricorde avec laquelle Dieu notre Sauveur reçoit les âmes W leur trempas, quand elles se sont confiées çn lui pendant leur vie, et qu'elles se sont ÇSMiyées de le servir et aimer chacune en aa vocation. Oh Ique vous êtes borif Seigneur • à ceux qui ont le cœur droit (\) !
Belevez souvent votre cœur par une jidinte confiance, mêlée d*une profonde bumilité envers notre Rédempteur, comme disant: Je suis misérable. Seigneur, et vous recevrez ma misère dans le sein de yotrc miséricorde , et vous me tirerez de votre main paternelle à la jouissance de votre héritage : je suis chétive et abjecte , -mais vous m*aimerez en ce jour-là , parce que j*ai espéré en vous et ai désiré être vôtre.
Excitez en vous, le plus que vous pourrez, l'amour du paradis et de la vie céleste , et laites plusieurs considérations sur ce sujet, lesquelles vous donneront sufiQsamment celles qui sont marquées au livre de 17ntroduction à la vie dévote (2) , à la méditation do la gloire du ciel , et au choix du paradis ; car à mesure que vous estimerez et aimerez la félicité éternelle , vous aurez moins d'appréhension de quitter la vie mortelle et périssable.
Ne lisez point ces livres, ou les endroits des livres èsquels il est parlé de mort, de jugement et de l'enfer ; car , grâces à Dieu, vous avez bien résolu de vivre chrétiennement, et n'avez pas besoin d'y être poussée par les motifs de la frayeur et do Tépouvantement.
Faites souvent des actes d'amour envers Jiotre-Dame , les saints et les anges célestes. Apprivoisez-vous avec eux , leur adressant souvent des paroles de louanges et do dilectioi»: car, ayant beaucoup d'accès avec ces citoyens de la divine Jérusalem céleste, il vous fâchera moins de quitter ceux de la terrestre ou basse ci té du monde.
Adorez souvent, louez et bénissez la
<t) Qaàm honiit IumI Deu bis qol net» rank eorde !
F». LXXIlfT. 1.
(I) FreBlère partit de V Introduction à la ri> dévote, ik. nvi ft isTo.
très-sainte mort df notre Seigneur cruciâé, et mettez toute votre confiance en son mérite, par lequel votre mort sera rendue heureuse , et dites souvent : 0 divine mort de mon doux Jésus, vous bénirez la mienne , et elle sera bénie ; je vous bénis , et vous me bénirez, ô mort plus aimable que la vie ! Ainsi S. Charles , en la maladie de laquelle il mourut , fit mettre à sa vue l'image de la sépulture de notre Seigneur , et celle de l'oraison qu'il fit au mont des Olives , pour se consoler en cet article sur la mort et passion de son Rédempteur.
Faites quelquefois réflexion sur ce que vous ^tes fille de l'Église catholique, et vous réjouissez de cela : car les enfans de celte mère qui désirent de vivre selon ses lois, meurent toujours bienheureux; et comme dit la bienheureuse mère Thérèse, c'est une grande consolation à l'heure de la mort d'être fille de notre mère la sainte Église.
Finissez toutes vos oraisons en confiance, comme disant : Seigneur, vous êtes mon espérance (4), en vous j*ai jeté ma confiance (2). 0 Dieu ! qui es()éra jamais en vous, lequel ait été confondu (3)? J'espiTO en vous, ô Seigneur, et je ne serai point confondue éternellement (i).
En vos oraisons jaculatoires parmi la journée, et en la réception du très-saint Sacrement , usez toujours de paroles d*amouretd*espérance envers notre Seigneur, comme : Vous êtes mon père, ô S(Mgneur I ê Dieu, vous êtes répoux do mon ame,vous êtes le roi de mon amour, et le bien-aimé de mon ame ! 6 doux Jésus, vou4 êtes mon cher maître, mon secours, mon refuge.
Considérez souvent les personnes que vous aimez le plus, et desquelles il vous fâcheroit d'être séparée, comme des personnes avec lesquelles vous serez éternellement au ciel, par exemple, votre mari et vos enfans. Et ce garçon (direz-vous en considérant votre fils) qui sera un jour, Dieu aidant, bienheureux en cette vie éternelle, en laquelle il jouira do ma félicité et s'en réjouira, et je jouirai de la sienne et m'en réjouirai , sans jam»i<^ plus nous se-
(1) 0 «4. Domine, ipM met P«. xa. ▼. •. (I) Mihi adtiarrere U^o Imnuiii eut, pon«rf In OonlBO Deo fipjm lucnm. Ps. lxxii. v. I8.
(I) Niillui »peraiit in Domino, «t confosus est. Eccti.,
G. Il, T 11.
(V) In te. Domine. spenTl ; non confundar In œlerenm